14.04.2009
"On se fera écraser une autre fois, le coeur n'y est plus."
"Ne les regardez plus. On les a assez vus." Ah ça bataille ferme, mine de rien, dans les familles observées à la loupe par Isabelle Minières ! ça se déchire à belles dents ou à petit bruit mais on ne sait pas ce qui est le mieux. Ou le pire. Mieux vaut peut être se balancer "il n'y a qu'un prof de lettres pour être aussi bête !" que de ruminer de sales pensées par devers soi. Quant aux enfants, ils ont tout compris quand ils affirment : "C'est pas une histoire pour les grandes personnes. ça leur fait peur. C'est une histoire pour les enfants." Et du coup, parfois, les personnages d'Isabelle Minières préfèrent partir, faire Maison buisonnière , partir voir "dehors si j'y suis", au moins ils ne traîneront plus dans les pattes des atres membres de leur famille...Alors évidemment c'est noir , très noir mais plein aussi d'un humour féroce. L'auteure a l'art de traquer les petites noirceurs quotidiennes, tout ce clapotis d'eau
nauséabonde qu'on feint d'ignorer pour préserver les apparences et "la paix du ménage".Une petite merveille de noirceur !
ps: une seule nouvelle m'a paru un tantinet trop longue : la dernière, mais c'est ma seule restriction .
Un grand merci à Laure pour le prêt !
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23.03.2009
D'"une main faible et légère" mais diablement efficace!
Flirtant parfois avec le fantastique , les dix-huit nouvellesdu recueil d'Agnès Laroche et Eric Rouzaut Mal assise sont toutes noires, voire très noires.
D'emblée, "la fuite des corps" vous cueille à l'estomac et vous flanque un grand coup au coeur. Au fil des textes, l'émotion , qui avait parfois un peu tendance à céder la place à l'efficacité de la nouvelle "à chute"gagne en intensité et on finit sa lecture un peu sonné.
Point commun à tous ces personnages ?Leur équilibre fragile (d'où le titre du recueil), qui les fait basculer sans préméditation dans le drame. Les personnages sont souvent à deux doigts d'intervenir pour se mettre en travers du destin mais il leur sera rarement accordé une seconde chance car trop souvent ils mentent, à eux-mêmes autant qu'aux autres. Les exceptions n'en acquièrent que d'autant plus de valeur comme dans le texte très émouvant "une main faible et légère".
Les auteurs explorent aussi bien nos petits enfers quotidiens que les travers de notre société, exagérant à peine le contenu d'un nouveau jeu télévisé, traquant la violence partout où elle se trouve , fût-ce dans le coeur d'une araignée...car de l'humour il y en a aussi mais évidemment, vous en devinez d'avance la couleur !
Tour à tour sociales ou plus intimistes, ces nouvelles nous entraînent aussi bien au coeur de la foule d'un carnaval (de Dunkerque ?) que dans les "coulisses" d'un hôpital ou d'une usine pour le moins étrange...Un univers riche et varié où résonnent les échos des grands maîtres de la nouvelle , de Maupassant à Buzatti . A découvrir sans tarder !
ps: Une seule nouvelle , "La vieille dame et la rate" n'a pas su me toucher.
Mal assise, Agnès Laroche, Eric Rouzaut, Editions Quadrature.124 pages noires et noires.
Le blog d'Agnès Laroche.
Le blog des éditions Quadrature.
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11.03.2009
Schtroumph grognon, le retour...#2
Un recueil de nouvelles écrites par Colas Gutman,Florence Seyvos,Ellen Willer, Xavier-Laurent Petit et Valérie Zénatti, voilà qui était alléchant et dès que je l'ai vu en médiathèque, hop, il était pour moi ! J'espérais déjà y dénicher un texte susceptible d'intéresser mes élèves mais...rien n'a trouvé grâce à mes yeux, tout m'a paru convenu , prévisible et ennuyeux au possible. Mauvaise pioche donc.
L'avis de Bellesahi qui elle avait bien aimé.

Par contre, chez le même éditeur, je vous signale la réédition du livre de Sophie Cherer, Ma Dolto, que je vous recommande chaudement ! Vous ne croyiez tout de même pas vous en tirer à si bon compte !:)
06:00 Publié dans Nouvelles françaises | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : il va y avoir du sport mais moi je reste tranquille
24.02.2009
"Elle se fait des coiffures de rien, des chignons de vent..."
"Dans ce bureau, ils sont chez eux, les mots.". Ce bureau ? Celui du psychanalyste. Là où se vivent de drôles de saynètes ,oscillant entre drame et comédie, là où certains mots sont inaugurés, "des nuées de mots nichés dans les tentures et qui disent la tristesse, l'effroi...Qui disent des choses qu'on ne s'imaginait pas capable de penser." des mots resurgis du passé et avec lesquels on se débat, des mots qui griffent ,des mots qui tuent.
Passant avec virtuosité de la comédie, avec des échos de Raymond Devos, au roman noir (on retrouve souvent la "patte" de l'auteur de roman policier qui vous expédie un personnage ad patres sans barguigner ), Françoise Guérin explore avec aisance toutes les facettes de l'âme humaine. On pourrait lui reprocher parfois un peu de facilité dans les thèmes abordés: "Jolis soucis" passé la première surprise de l'interlocuteur de la narratrice s'avère plutôt convenu, mais à côté de cela nous trouvons de véritables moments d'émotion qui tordent le coeur . Ainsi "Ça va bien se passer...", ma nouvelle préférée ,qui ,tant par le style que par la conclusion, réconfortante et chaleureuse, nous emmène au coeur d'un drame trop longtemps étouffé.
L'écrivain donne aussi la parole aux soignants, ces "Garde-fous" harassés qui explosent parfois : "Mes peurs, mes colères, la violence de la maladie et celle d'une société qui nous confie les plus fragiles d'entre les siens sans nous donner les moyens de les soigner.(...) Pourquoi faudrait-il que la santé soit rentable ? Est-ce que la schizophrénie est rentable? Est-ce qu'un tremblement de terre est rentable ? " .Les mots s'avèrent parfois insuffisants et laissent alors la place aux larmes ...
12 nouvelles indépendantes et ,en fil rouge, un personnage, Mireille,qui ,avec verve et sensibilité ,revient entre chaque faire le lien et terminer le recueil sur une pirouette ironique...Un recueil où se donne à voir toute la virtuosité de Françoise Guérin.
Un dimanche au bord de l'autre. Francçoise Guérin. Atelier du gué. 126pages.
l'avis de Cuné.
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28.10.2008
"je somatise à fond les biscottes !"
Certains ont un poil dans la main, de l'urticaire, les jambes coupées, plus que marre, plein le dos, la tête comme une pastèque, une araignée dans le cerveau, ils sont sur les rotules, se font du mauvais sang, voient rouge, doivent échapper à la conspiration des casse-couilles; pour ne pas se retrouver la face perdue il faut garder les yeux en face des trous et tant pis si le coeur n'y est pas car quand la ville s'écoute , c'est la prise de tête assurée et les profiteroles seront difficiles à avaler ! Les bras m'en tombent pourrait s'exclamer Mauro sang et eau.
Vous l'aurez compris , dans le recueil de nouvelles Mots pour Maux (préface de Philippe Grimbert) des romanciers français se sont penchés sur les rapports parfois difficiles mais toujours passionnants qu'entretiennent les mots et les maux du corps.
Si certains ont choisi la forme fantastique,assez classique, il faut bien l'avouer mais toujours intéressante, d'autres ont opté pour des formules beaucoup plus innovantes. Martin Page nous offre ainsi un entretien d'embauche particulièrement jubilatoire quand on est une femme, Boualem Sansal un texte engagé, Delphine de Vigan une nouvelle pleine d'émotion sur la relation mère/fille, tandis que Léonora Miano se penche sur celles qu'entretiennent une grand-mère africaine et sa petite fille en France.
Qui dit mots dit écrivain et François Vallejo, Martin Winckler se sont fait le plaisir d'en mettre en scène dans leurs textes. Quant au romancier de la nouvelle de Dominique Sylvain, il devra affronter la conspiration des casse-couilles, texte très drôle , tout comme celui de Franz Bartelt où nous retrouvons les habitant d'une ville qui ressemble un peu à celle du Docteur Knock...
Un échantillon très diversifié de la littérature contemporaine française, une façon de découvrir ou de retrouver des auteurs chouchous.L'occasion aussi de se souvenir comme nous le rappelle Marie-Ange Guillaume dans sa fable : "pour apprécier le cadeau qui leur était fait, il leur manquait d'avoir connu la poisse, le chagrin, et les giboulées glaciales d'un printemps pourri."
Une excellente cuvée où je n'ai été déçue que par un seul texte.
Des mots pour les maux. Gallimard.292 pages.
Georges-Olivier Châteaureynaud, Marie-Ange Guillaume, François Vallejo, Mathieu Terence, Delphine de Vigan, Martin Winckler, Diane Meur, Boualem Sansal, Dominique Sylvain, Grégoire Polet, Michèle Fitoussi, Martin Page, Léonora Miano, Franz Bartelt, Anne Bragance, Vincent Delecroix, Sylvie Germain, Philippe Claudel
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21.10.2008
Et le bébé était cuit à point
Une mère toxique,exhibant sa sexualité active, une fille trentenaire célibattante malgré elle. Entre les deux ,un chat, Harmonie, qui change de mains et va aussi transformer la vie de la bussiness woman, Blanche.
Ce félin ne serait-il pas un peu magicien ? Si l'on ajoute un prince charmant qui tombe à point nommé, nous avons ici tous les ingrédients d'un conte de fées mais ce serait compter sans l'humour grinçant de Mary Dollinger qui, dans ce conte ô combien cruel , rajoute soudain un bébé cuit à point qui va changer la donne...
Evoluant avec bonheur dans le monde de l'industrie agro-alimentaire , où les mots ont encore plus d'importance que les produits vendus, où mensonge et nourriture sont inextricablement liés, Mary Dollinger complote une nouvelle fois pour nous faire rater notre bus. Sa plume , trempée alternativement dans l'aigre et le doux, nous emmène dans un univers où pas un chat digne de ce nom ne hasarderait les pattes. Un petit bonheur de lecture à s'offrir pour 5 euros ! (61 pages)
Un grand merci à Mary et André !
L'avis de Joëlle
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06.10.2008
De Anorexie à Zan.
Comment résister à l’appel d’un Abécédaire qui paradoxalement commence à Anorexie et se termine à zan ?
Michèle Gazier ne triche pas et n’omet aucune lettre nous faisant découvrir au passage que le kaki est le fruit du plaqueminier ou que le xangurro est un délicieux crabe farci servi dans un restaurant de San Sebastian.
Elle ne se contente pas de nous donner une folle envie de filer à Béziers goûter à la Biterroise, elle égratigne aussi au passage ses dîners parisiens où l’on se retrouve parfois le ventre vide à la fois de la soirée…
Entre Endive et Vins de champagne, nous croisons aussi Manuel Vasquez Montalbàn, « Père gourmet de Peep Carvahlo et as de l’improvisation culinaire » »déversant des flots d’huile, vin blancs et autres bouillons parfumés qui en manquaient jamais d’éclabousser meubles, murs et sols. » et qui « enchaînait avec quelques heures d’écriture dans son bureau. Le passage d’une activité à l’autre était naturel, comme une respiration. Il cuisinait les mots dans le parfum des plats. ».
J’avoue au passage que je me suis trouvé beaucoup de points communs avec Michèle Gazier, autre sœur d’Olive Oyl( la fiancée de Popeye),aux jambes maigres et véloces. Comment ne pas adorer un texte qui commence ainsi : « Trop de lait maternel ,trop de soins grands-maternels, trop de soins tout court .Marre, coupez ! (…) Je n’aime rien, je en veux rien, recrache tout. Je désespère les adultes qui cherchent d’autres nourritures-tortures. »
Mais c’est surtout pour des passages tels que celui-ci que je vais glisser cet abécédaire dans ma bibliothèque de secours anti-grisaille : « L’olive s’accompagne volontiers d’une image d’ascétisme : une poignée d’olives , une tomate, du pain, une larme de cette huile de lumière…Celui qui n’entend pas encore les cigales n’a jamais connu le Sud. » Un vrai rayon de soleil.
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27.09.2008
Au pain sec et à l'eau.
Petit fourre-tout Régals du Japon et d'ailleurs nous promène du Japon à Singapour en passant par l'Est de la France d'où est originaire l'auteure, Dominique Sylvain. Las rien n'y fait , nous ne salivons pas, l'exotisme nous laisse de marbre , même la nouvelle où nous retrouvons les sympathiques Ingrid Diesel et Lola Jost se révèle digne du Club des cinq...
De quoi se mettre au régime sec.
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22.09.2008
Y pas d'soucis!
Philippe Delerm avec Ma grand-mère avait les mêmes est allé à la chasse aux phrases touts faites, celles qui ponctuent nos conversations et sont "faussement anodines".
Il le décortique sans vergogne, débusquant l'implicite, traquant les sous-entendus où parfois affleure l'agressivité...
On retrouve ici la gourmandise de Delerm, sa tendresse aussi , mais parfois, on le remarque davantage dans ce recueil, sa lucidité quant aux rapports humains, cette sorte de bras de fer qui s'engage parfois mine de rien, avec le boucher du marché quand il pèse en en mettant un peu trop, par exemple... Une dimension sociale pointe aussi le bout du nez quand avec l'expression "Faut arrêter", il conclut : "Les décroissants ont du pain sur la planche. Car tous les passagers de seconde et première classe ont gentiment composté leur billet, le convoi est en route, un TGV qui va de plus en plus vite, emportant tous ces voyageurs qui voudraient arrêter."
Delerm n'est pas seulement celui qui a ouvert la voie d'un épicurisme du quotidien, de la vie ordinaire. La vie, il la brosse dans toutes ses dimensions. Y a pas d' soucis ! Chacun retrouvera avec plaisir des phrases qu'il entend ou utilise et promis-juré, on y réféchira à deux fois avant de les prononcer car nous ne pourrons plus prétendre être aussi candides... (94 pages, 11 euros)
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20.09.2008
Petit éloge des éloges
Enfin ! Trois petits éloges qui valent le détour alors que leurs petits frères, arguant de jolies couvertures et de l'attrait irrépressible que suscite chez moi le mot "éloge" ne m'avaient apporté que déceptions !
Commençons par Didier Daninckx qui nous rappelle dans sa préface que la littérature a souvent eu comme point de départ des faits-divers, que
les romanciers s'en prévalent ou pas. Pour lui "Le fait divers est le premier monument érigé à la mémoire des victimes, même si ce n'est qu'un pauvre monument de papier noirci." Cinq nouvelles ayant comme point de départ des faits-divers plus ou moins récents vont nous permettre de (re)découvrir par ce biais des morceaux de la grande ou de la petite Histoire. J'ai particulièrement apprécié celle évoquant, tout en retenue, un adjudant de sinistre mémoire, tueur en série, récit qui se termine par une pirouette jubilatoire...
Poursuivons avec Natalie Kuperman qui avec un titre un peu provocateur,Petit éloge de la haine, confirme ici tout le bien que je pensais d'elle à la lecture de J'ai renvoyé Martha.
Monde de l'entreprise ou d el'enfance, rapports de couples ou d'amis, tout passe joyeusement à la moulinette et une "Mini petite souris" faisant irruption de manière innocente dans un appartememt va déclencher une réaction en chaîne tout à fait réjouissante pour le lecteur. Mais je m'en voudrais de gâcher votre plaisir en en disant plus. Juste une citation au passage : "Un espace inoccupé accueille des possibilités déstabilisantes, c'est contre cela que l'on travaille, que l'on agit , que l'on pense."
Bilan plus mitigé pour Elisabeth Barillé et son Petit éloge du sensible, la première partie de ses textes m'a fait retrouver le plaisir éprouvé à la lecture de Singes (pas de billet), la seconde plus autobiographique m'a évoqué plutôt l'univers de Corps de jeune fille que j'avais moins aimé. De jolis moments cependant.06:08 Publié dans Nouvelles françaises | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, humour caustique, éloge, didier daeninckx, petit éloge des faits divers, petit éloge de la haine, nathalie kuperman

