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17.01.2010

juste pour vous donner envie...

"Il existe ici des adjectifs pyromanes.
Un fil de braise les habite ,que rien n'éteint.
Ils prennent un malin plaisir, un plaisir chafouin aux feux d'encre, aux feux d'alinéa, de paragraphe, , aux feux de page et de chapitre qu'ils allument.
A leur contact, la moindre phrase s'enflamme et se consume, ne laissant qu'une ligne de cendre, une traïnée de mica noir, le silence illisible d'une poussière d'alphabet.
[...]
Les adjectifs pyromanes sont des êtres nerveux et frondeurs, des énergumènes fronduleux. L'incendie est leur joie, l'écriture la paille, la folle avoine de leur feu.
Seules leur résistent les phrases dont l'incendie leur est égal ou supérieur."

Michel Guillou, Sur le bord de l'inaperçu, Gallimard,2009, billet à venir. Merci à Bellesahi pour cette formidable découverte.

 

16.01.2010

Petite bombe noire

Une nouvelle couv' (plutôt moche), mais un texte jubilatoire ! Une réédition pour ceux qui veulent découvrir l'univers déjanté de Brookmyre  avec son premier roman, Petite bombe noire.41kgKkwQqhL._SL160_AA115_.jpg

Son auteur, Christopher Brookmyre, possède un humour vachard, un style vigoureux ("plus serré qu'un cul de dromadaire pendant une tempête de sable") et ses héros roulent souvent à une vitesse "diana-cide" . Ses intrigues sont pleines de rebondissements et se déroulent dans une région pas du tout glamour , l'Ecosse, qu'il connaît comme sa poche et qu'il nous rend attachante avec ses supporters de foot azimutés et ses alcools variés.

Mais surtout Brookmyre, comme les "méchants" de ses livres,  est un grand spécialiste de la manipulation jubilatoire. On se laisse mener en bateau avec bonheur aux côtés de l'inspectrice Angélique de Xavia qui , petite, femme et noire , cumule tout ce qui peut déplaire à ses collègues. A défaut de collectionner les amants (elle déplore  qu'ils soient moins nombreux que ceux qu'elle a refroidis), elle accumule les ceintures noires dans divers sports de combat mais n'en reste pas moins une femme qu'il faut traiter avec délicatesse même si ,comme dit un de ses collègues admiratifs,elle a des couilles.
Brookmyre pulvérise avec panache tous les poncifs du genre policier (la prise d'otages dans Petit bréviaire du braqueur (indiponible actuellement) est un régal) et nous gratifie au passage d'une analyse politico-économique de la pipe (pas celle de saint Claude, l'autre) ou d'une diatribe contre les Pauves Enculés de Banlieusards...A ne louper sous aucun prétexte !

Petite bombe noire, Christopher Broomyre, Points Seuil.

Découvert grâce à Cuné !

Qui l'avait découvert grâce à Chimère !

 

 

15.01.2010

Ernestine écrit partout/ petit almanach des plantes improbables et merveilleuses

Ayant été convaincue par le billet enthousiaste d'Armande, vite, j'ai déniché le petit recueil épistolaire , volume 1, d'Ernestine écrit partout.
Las, ni la voiture sans permis de la quasi nonagénaire, ni la recherche effrénée de son livre de chevet, à savoir Les deux orphelines, ni ses lettres de réclamation ou de commandes d'objets improbables ne m'ont arraché ne serait-ce qu'un sourire...Tout au plus ai-je ressenti un soupçon de nostalgie  à l'évocation d'émission ou d'animateurs de radio aujourd'hui passés à la trappe... Sans doute n'était-ce pas le bon moment...419F626RQJL._SL500_AA240_.jpg

En tout cas, chez le même éditeur je m'étais nettement plus régalée avec le Petit Almanach des plantes improbables et merveilleuses dont je vous parlais ici il ya déjà ...4 ans  mais que je relis toujours avec le même plaisir . Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer des astuces pour prévoir le temps:51WNG18R4QL._SL500_AA240_.jpg

"A partir de la cinquantaine, vous pouvez aisément vous passer de baromètre en étant attentif aux bulletins que produit régulièrement votre corps : léger torticolis-refroidissement à venir; douleurs lombaires -temps froid et humide; crise de sciatique aiguë-dépression imminente; élancements au niveau du genou qui se passent en marchant-réchauffement en vue. Si vous ne sentez plus rien, de deux choses l'une: prévoyez un temps chaud et sec, ou laissez vos proches s'occuper de vos obsèques."

Simple, efficace, économique.

Deux petits volumes édités chez Ginkgo.

14.01.2010

Père des mensonges

"L'âme est ductile et va et vient."

Simples rêves perturbants ou fantasmes mis en actes ? le doute n'est bientôt plus permis pour le psychanalyste Alexandre Feshtig : le respectable homme d'Eglise Eldon Fochs, en plus d'être un pédophile , est un assasin. Va alors se mettre en marche la formidable machinerie des autorités religieuses de cette communauté de "sanguistes" pour étouffer à tout prix le scandale.
Père des mensonges est un roman extrêmement troublant qui happe son lecteur et ne le lâche plus.Brian Evenson refuse de jouer bien longtemps sur le suspense mais pour autant son roman ,  une plongée à mains nues dans l'âme pervertie de cet homme raide qui abuse de son autorité morale et religieuse, donne le frisson.51rj8+I3lSL._SL500_AA240_.jpg
La casuistique dont use Fochs  pour justifier et surtout excuser ses actes monstrueux, la manière dont il manipule ses victimes, la façon dont il escamote à la fois l'acte criminel et la souffrance engendrée, tout ceci est rendu avec une hallucinante vérité.
Seule bouffée d'espoir, les lettres du thérapeute qui s'efforce de résister aux pressions de sa direction et de préserver un semblant de probité. Une attitude suffisamment rare pour être soulignée...

Père des mensonges, Brian Evenson, traduit de l'américain par Héloïse Esquié, Le cherche midi, collection Lot 49 ,324 pages éprouvantes et nécessaires.

Lu aussi par Cuné, Amanda, Keisha...

13.01.2010

Mon couronnement

"Sur les gens habitués à réfléchir, avait-il ajouté, Le Touquet agissait comme un lavage de cerveau , et ils ne le toléraient naturellement pas."

108 petites pages qui  se calent avec aisance dans la main et racontent Mon couronnement, celui d'un scientifique à la fin de sa vie, pour une découverte dont il a tout oublié -ou presque- et qui ne sera jamais précisée...41eMDnvMZvL._SL500_AA240_.jpg
Gentiment mais fermement pris en main par sa femme de ménage qui ne jure que par " un bon plat de petites lentilles" pour se remettre d'aplomb, le narrateur fait face à ce déferlement de visites et à cette notoriété subite dont il n'a que faire. C'est aussi l'occasion pour lui de renouer avec son passé, passé lacunaire dont le lecteur complètera les pointillés...Mais c'est lors d'une escapade sur la Côte d'Opale que l'absurdité de l'existence ,qu'il ne cesse de souligner, culminera dans un discours pseudo scientifique hilarant sur les typologies respectives des habitants d'Etaples et du Touquet. Un monde où rôde une folie douce, une folie en sourdine, un monde d'une étrangeté familière. 108 pages, un excellent format, à la fois dense et léger.

Véronique Bizot confirme ici tout le bien que je pensais déjà d'elle après avoir lu son recueil de nouvelles Les sangliers. Billet ici !

Merci Cuné !:)

12.01.2010

Tom petit Tom tout petit homme Tom

Jos est devenue mère à 13 ans, un peu beaucoup parce que les hommes ne peuvent détacher les yeux de sa poitrine format 100 D, sans déconner comme elle a l'habitude d'ajouter. Pas question cependant que son fils, qu'elle élève tant bien que mal dans un mobile home l'appelle maman ! Plus bourrue, ronchon, grande gueule mais aussi tenace qu'elle y a pas ! Alors le petit Tom, pousse vaille que vaille , tantôt maternant sa mère, tantôt pédalant ferme pour se maintenir à la hauteur de la mobylette de Jos qui l'a bientôt distancié...Débrouillard, il prélève des 41fTtGctIIL._SL500_AA240_.jpglégumes dans le jardin d'un couple anglais complaisant et va bientôt se dénicher une grand-mère adoptive et se rapprocher d'un homme disparu de la vie de sa mère quelques mois avant sa naissance.
Tout cela est évidemment cousu de fil blanc et s'inscrit dans un monde où les méchants montrent les dents mais ne mordent pas. On retrouve ici les thèmes chers à Barbara Constantine, d'ailleurs deux clins d'oeil à ses personnages de Mélie sans mélo établissent une complicité avec le lecteur, mais cette fois-ci pour moi la mayonnaise n'a pas pris. On est à mi-chemin de Beatrix Potter et de Darling de Jean Teulé, l'écriture est grasse,  a perdu son pétillement,  l'action se traîne et je n'ai vraiment commencé à m'intéresser aux personnages qu'à la page 150. Une gentille bluette très vite oubliée. Dommage.

 

Tom petit Tom tout petit homme Tom, Barbara Constantine, Calmann-Lévy, 255 pages fades.

Vite, relisez plutôt ceci ou cela, tous deux sortis en poche !

11.01.2010

Les femmes du braconnier

"...pourquoi cette hécatombe autour de l'écriture ? "

La vie ardente de la poétesse et romancière américaine Sylvia Plath, son mariage avec un poète tout aussi charismatique, Ted Hughes, son suicide enfin, ont déjà donné naissance à de nombreuses études, voire à des romans ( dont le magnifique Froidure de Kate Moses que je recommande vivement).41Ku5EzQujL._SL500_AA240_.jpg
Claude Pujade-Renaud, à son tour, revisite cette existence marquée par de grandes périodes d'exaltation suivies de non moins importants épisodes dépressifs. Mais la maladie mentale n'explique pas tout ,loin s'en faut. En choisissant de multiples points de vue, ceux des principaux protagonistes bien sûr, mais aussi des personnages plus extérieurs , tels une concierge ou un voisin, Claude Pujade-Renaud effectue ainsi un tour le plus complet possible de ces personnages hors du commun.

Des chapitres courts qui s'enchaînent avec fluidité , portés par l'intensité de l'écriture, une écriture traversée par de nombreuses figures animales . Le livre commence ainsi sur la vision d'un cheval qui s'emballe et se clôt sur une guenon se laissant mourir ; animaux que l'on trouve au départ  aussi bien dans les poèmes de Sylvia( en particulier les abeilles liées à l'image paternelle) que dans ceux de de Ted, car comme le montre l'auteure, il y a eu , même au-delà de la mort, durant trente ans "un travail de tissage entre les textes " de ces deux poètes.En outre, deux scènes , l'une d'harmonie totale entre les amants et la Nature, l'autre d'une violence extrême , montrant Sylvia, essoufflée, alourdie par ses maternités,  détruisant avec furie les collets des braconniers, tandis que Hughes se tait mais prend secrètement le parti des ruraux, fonctionnent en écho et symbolisent la rupture en marche...
Le sang, celui de la morsure initiale qu'inflige Sylvia à Ted, celui des règles, qu'elle refuse avec horreur, la couleur vermillon qu'elle emploie à tour de bras, tout ce rouge court au long de ce roman charnel, marqué également par les odeurs fortes liées à l'animalité et à la puissance.
Sous le couvert des différents narrateurs , on devine parfois la voix de l'auteure, quand sont rectifiés certains détails ou bien quand est fustigée l'attitude des féministes qui n'ont cessé de vouer Hughes aux gémonies, lui reprochant en particulier la censure exercée dans l'édition de certains textes de Plath, voire leur destruction totale .
Mais il ne faudrait pas oublier également le portrait , tout en nuances, que brosse Pujade-Renaud d'Assia, souvent présentée comme la briseuse de ménage, mais qui fut elle aussi fascinée tout à la fois par Hughes mais aussi par Sylvia et qui en paya le prix fort.
Une oeuvre riche et puissante montrant aussi les ravages et les bonheurs de l'écriture : "S'ajoutait le cauchemar de ne pas dormir .Ou si peu : je me réveillais malaxée, concassée par les rêves. La sensation d'avoir été lapidée par une grêle de météorites oniriques. Peut être n'avais-je pas droit à un sommeil réparateur puisque je n'avais rien produit? Ou mal. Ou pas assez. La perfection ou rien !"Un roman que j'ai dévoré avec passion, même si je connaissais ou croyais connaître l'histoire de Sylvia Plath.

Les femmes du braconnier, Claude Pujade-Renaud, Actes sud, janvier 2010, 347 pages aussi ardentes que les personnages évoqués.

Directement sur l'étagère des indispensables, à côté de : Arbres d'hiver, de S. Plath en édition bilingue chez Gallimard et chez le même éditeur, mais là seulement  traduites en français, Birthday letters de Hughes.

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