28.11.2011

Les voies perdues

"C'est au nord de nulle part."

pascal dessaint, Philippe Matsas

On le connaît pour ses polars noirs, voire très noirs, son amour de la nature , mais ce qui pointait parfois au détour d'une phrase, se montre ici plus en lumière: la poésie. Cette manière de prêter attention aux détails, aux matières, aux textures, à l'ombre, à la lumière, à l'indicible, qui se laisse parfois capturer.
Cette poésie que l'on trouve aussi dans les photos de Philippe Matsas, en noir et blanc pour signifier le deuil d'une région parcourue par des voies ferrées désaffectées, qui disent les trains d'autrefois, et les  actuelles "friches humaines, industrielles ou ferroviaires" qui provoquent "le souvenir ou la mélancolie."
Des hommes , il en sera peu question, et dans les textes et dans les photos, seules demeurent des silhouettes en contre jour , un homme comme démantibulé, une femme et ses enfants regardant au loin ou des traces maladroites d'un amour tagué.
Les lignes géométriques , structurent un espace  où le ciel a la part belle, un ciel torturé et changeant, le cile du Nord, quoi !Mais ce sont plus particulièrement les photographies rasant le sol, capturant la grêle de plantes sèches comme des flèches qui semble s'être abattue sur les rails pour mieux les brouiller, les effacer, qui ont retenu toute mon attention. Ce sol qui, sur un autre page "ressemble à une vieille peau tannée, comme celle d'une peau d'hippopotame."Nous retrouvons ici comme un écho de l'univers  décrit dans Les derniers jours d'un homme, une manière de mettre en scène un monde où l'homme est réduit à la portion congrue car le travail a disparu. Restent les cicatrices, les ferrures rouillées, les rails déglingués, les bouleaux qui les enjambent sans vergogne, tout un paysage mélancolique où le voyage n'est plus qu'un souvenir, une trace qui s'efface déjà.

Les voies perdues, Pascal Dessaint, Philippe Matsas, Editiosn Après La lune 2011, à laisser traîner mine de rien sur la table du salon pour le feuilleter et se laisser captiver.

21.02.2010

En ville de A à Z

Pas de titre sur la couverture. Juste une portion de route et des lignes de signalisation tracées, traits pleins ou pointillés. Pourtant l'oeil est attiré et aussitôt les mains se mettent en action et feuillettent...En couleurs, les photos se succèdent, sans logique apparente sauf que...au F d'une antenne arrimée à un mur de briques, se détachant sur un ciel bleu, succède le G d'un escalier qui tourne et aboutit à une porte ouverte, le tout pris en plongée...51R+ANh2+gL._SL500_AA240_.jpg
On se surprend à continuer et l'on découvre , nichés au coeur du livre, les explications et les noms des auteurs: Roberto Beretta et Andreu Llorens, qui ont traqué les 26 lettres de l'alphabet latin au coeur de la ville de Londres.
Leur "étrangeté" leur a permis d'être libérés de tout a priori et d'ouvrir un oeil acéré, dénichant le C d'un croissant au sommet du globe d'une mosquée ou le K , souligné comme volontairement de noir, d'un escalier de secours.
Graphiste de formation, Berretta  trouve que cette "police de la vie citadine" a bien plus de caractère que les typos qu'il utilisait au travail, tout en étant plus subtiles.
Un abécédaire déniché dans la section "enfants" de ma médiathèque qui donne instantanément à tous envie de regarder d'un oeil plus acéré notre environnement.
Un seul regret:  cet album est donné comme étant indisponible, les éditions du Panama ayant disparu.

En ville de A à Z, Roberto Beretta et Andreu Llorens, Editions du Panama 2008.

Ps: à noter que le titre original ," The Quick Brown Fox Jumps Over a Lazy Dog", est un pangramme, c'est à dire une phrase comportant toutes les lettres de l'alphabet.