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26/04/2018

Sens averse (répétitions)

"Il va falloir chanter à la barbe de l’horreur
Il va falloir danser sous petite et grande ourses
Grand et petit chariots bien mieux que les autos
Comme de bonnes casseroles et de bonne volonté." (p.121)

  • Ouvrir un recueil de poèmes c'est prendre tout à la fois des nouvelles du poète et du monde dans lequel il s'inscrit avec sa sensibilitévalérie rouzeau.
    Ouvrir Sens averse, c'est retrouver d'emblée le plaisir partagé de jouer avec les mots, de cueillir des brassées de plantes aux noms déjà  déjà métaphoriques, d'évoquer les moments du quotidien (faire cuire des pâtes, patienter à la caisse du supermarché...) en faisant un pas de côté ,un pied de nez aux conventions, en inventant un escargot... Mais c'est aussi évoquer le sort des abeilles, de la planète, d'écrire un dizain au lecteur "qui est souvent une lectrice",de convoquer, aussi bien la Compagnie Créole que Jacques Higelin, de glaner chez d'autres poètes afin de composer d'autres bouquets de vers et d'avoir l'élégance de mentionner ses sources. Bref, de faire feu de tout bois.
    De la caissière du Lidl à Dominique Rocheteau, des accidents du quotidien aux souvenirs de l'enfance, fêlures anciennes ou chagrins actuels, tous ont droit de cité et la forme ludique qu'emprunte le poème chez Valérie Rouzeau permet de faire la nique au malheur et à la tristesse. Ce recueil est pour moi un viatique, constellé de marque-pages, ancré sur ma table de chevet.

 

La Table Ronde 2018

 

06:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : valérie rouzeau

27/08/2017

Mariées rebelles ...en poche

Enfin, le premier recueil de poèmes de Laura Kasischke, dont on n'entendait parler que dans les articles consacrés à celle que nous ne connaissions que comme romancière ! Et ce dont deux éditeurs lillois qui se sont lancés dans cette folle entreprise ! La préface de Marie Desplechin nous donne une folle envie de dévorer tout à la fois le livre et un baba au rhum (dont acte); quant aux poèmes, je vous laisse le soin de les découvrir. Il y est beaucoup question de femmes, de neige et d'amour.laura kasischke

Mariées rebelles *, Laura Kasischke, Traduction Céline Leroy, édition bilingue, préface de Marie Desplechin.

Points Seuil

11/03/2014

Je suis debout

"L'hiver sera ici.La mousse glaciale du givrlucien suele raidira les feuilles encore vertes. La dernière scarole sera fichue. L'hiver va mordre les gencives rouges des chanteurs de rue. Ils bredouilleront vaguement des cantiques vermoulus en offrant à la ronde des chapeaux renversés."

Lucien Suel s'est fait connaître récemment du grand public avec trois romans où la poésie avait la part belle : Mort d'un jardinier (clic), La patience de Mauricette (clic) et Blanche étincelle (reclic). 
Mais cela fait bien longtemps qu'il "capte les pensées fugitives , la prose bop spontanée, le cut-up des langues, sans hiérarchie ni sélection. Rien que la vie brute" Et pour cela , il s'empare avec enthousiasme et plie à ses envies toutes les formes de poésie à sa disposition : calligrammes -pour mieux figurer les terrils-, haïkus, prose poétique, alexandrins ... autant de cadres pour jouer avec les mots, leurs sonorités : "Dans le tumohubohulte d'azur et d'acier, le promeneur est un espion, un danseur sur la scène sur le champ de bataille."
Une belle énergie pour dire et vivre "la quotidienneté en continu", cueillir des alexandrins qui nous avaient échappé, souligner l’absurdité de ce que nous nous contentons d'effleurer, faire sourire et réfléchir tout à la fois : "La campagne, de publicité, était souillée".
Rien n'est indigne de la poésie: le déambulateur, les lunettes, le pèse-personne, le téléphone mobile. Rien n'échappe à l'attention du poète, à son intérêt. Il scrute, pointe des mots les incohérences de notre époque et réaffirme aussi son amour de la Beat Generation. ça pulse, ça vibre et je n'ai qu'une hâte: entendre ce soir Lucien Suel faire vivre avec intensité ses textes.

Ce sera au bateau Livres à 19 h à Lille.

Je suis debout , recueil regroupant des poésies déjà parues ou inédites, Lucien Suel, La table ronde 2014.

 

 

 

06:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : lucien suel

24/12/2012

Offrons le globe aux enfants

Offrons le globe aux enfants, au moins pour une journée.petite-assiette-sapin.jpg

Donnons-leur afin qu’ils en jouent comme d’un ballon multicolore,

Pour qu’ils jouent en chantant parmi les étoiles.

Offrons le globe aux enfants,

Donnons-leur comme une pomme énorme,

Comme une boule de pain toute chaude,

Qu’une journée au moins ils puissent manger à leur faim.

Offrons le globe aux enfants

Qu’une journée au moins le globe apprenne la camaraderie,

Les enfants prendront de nos mains le globe

Ils y planteront des arbres immortels.

Dünyayı verelim çoçuklara

Dünyayı verelim çocuklara hiç değilse bir günlüğüne

Allı pullu bir balon gibi verelim oynasınlar

Oynasınlar türküler söyliyerek yıldızların arasında

Dünyayı çocuklara verelim

Kocaman bir elma gibi verelim

Sıcacık bir ekmek somunu gibi

Hiç değilse bir günlüğüne doysunlar

Bir günlük de olsa öğrensin dünya arkadaşlığı

Çocuklar dünyayı alacak elimizden

Ölümsüz ağaçlar dikecekler

Nâzım HİKMET (1901-1963)

 

Joyeux Noël à tous !

11/10/2012

Si je suis de ce monde

"Tenir des livre dans ses
  bras voyagés là posés plan-
  tés poussant du sol piles
  renversées égratignées pa-
  quets de phrases portées
  debout."

 Dans Si je suis de ce monde, Albane Gellé invente une forme compacte, une seule phrase, commençant immuablement par l anaphore "Tenir" et se terminant par "debout", comme des butées pour mieux cadrer le texte et le maintenir au centre de la page. Seul varie le contenu, sans ponctuation, au lecteur de la rétablir, parfois hachée, parfois coulant d'un seul souffle.
Dans ces petits pavés , l'auteure joue avec le lecteur qui guette les variations autour de "tenir" et le surprend souvent, l'emmenant dans des chemins de traverse qui vivifient une langue en apparence simple. Au fil des textes, des animaux, des éléments naturels sont convoqués pour dire la volonté de résister malgré les obstacle , quelle que soit leur nature: "(vitesse ogresse des journées)" ou "cerisier en équilibre sur roulis d'un jardin calme", "comment garder de l'air assez dedans parmi rouleaux de mer draps dépliés et noeuds".albane gellé
Des vignettes, des cailloux traçant un chemin où chacun piochera à sa guise pour trouver de quoi Tenir debout, une poésie fraîche et revigorante. Un grand coup de coeur , pour le texte et pour une édition  magnifique, tant par la typographie que par la qualité des papiers employés !

Un grand merci aux Editions Cheyne et à Libfly !

Lu dans le cadre de La voie des Indés (lisez hors pistes !)albane gellé







 

06:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : albane gellé

14/03/2012

Vrouz

Voici du VROUZ ! annonce le bandeau de couverture. Du Vrouz? Un mot-valise  plein d'énergie créé par l'acteur Jacques Bonnaffé (avec Sardine Robinson et Adèle Cockrobin) pour désigner V(alérie) Rouz(eau).valérie rouzeau
Et de l'énergie il y en a dans ce recueil de poèmes qui m'a enthousiasmée du début à la fin !
L'auteure fait feu de tout bois et recycle avec un humour parfois caustique les messages  formatés de notre quotidien, qu'ils figurent sur une emballage de cigarettes , une notice de médicaments, voire une feuille de résultats d'analyses ! Elle nous entraîne dans son univers, qui pourrait être le notre, celui d'une quadra qui s'affirme dès le premier vers "Bonne à ça ou rien" , énumère ses incapacités  , parfois cocasses, parfois plus sombres ,avant de conclure
"Pas fichue d'interrompre la rumeur qui se prend
 Dans mes feuilles de saison"
et c'est tant mieux !
Une grande liberté aussi dans l'incorporation des citations d'auteurs chéris (et dûment répertoriés dans les notes de fin de volume- la dame est fort honnête et nous invite par la même occasion à emprunter de nouveaux chemins -) dans l'utilisation des registres de langue, voire de mots anglais. N'oublions pas en effet que Valérie Rouzeau est traductrice et spécialiste de Sylvia Plath.
Ces jeux sur les sons et les rythmes entraînent parfois la suppression des déterminants et des rencontres lexicales parfois brutales pour dire le monde où les humains sont réifiés, aussi interchangeables et remplaçables que leur téléphone (page87) sonnant dans une poubelle.
Les tonalités diffèrent donc, mais si les nuages et la pluie semblent omniprésents, le temps n'est pourtant pas à la mélancolie facile. L'auteure se livre sans fards , laissant deviner les marques de l'âge, les découragements devant cette "époque médiatique" si creuse et nous offre un très joli autoportrait (page 156) où elle affirme:

"Ne suis pas très causante encore moins conviviale
 Quand vos paroles sont tellement toujours les mêmes
 Interchangeables et creuses formules des tics en toc"

et renouvelle page 114 le thème de la Supplique pour être enterré en demandant :

"Plantez un chêne pour la rouzeau
 Du vertical pour l'horizon
 Puis de l'herbe bien folle autour
 Plutôt qu'un gazon dormitif"

Une bien dynamique façon d'envisager le paysage qui abritera son corps !
Pour conclure une dernière citation :

"J'ai l'amour spontané de mon prochain saud quand
 Mon prochain s'intéresse de trop près à mon goût
 à ma personne  gentille et froide et solitaire
 Alors là je m'éloigne à grande enjambées
 Du buffet dînatoire où j'étais conviée
 Et je rentre chez moi savourer mon congé"

Un recueil tout bruissant de marque-pages (un paquet y est passé !)

Vrouz, Valérie Rouzeau, La table ronde 2012, 169 pages toniques et jubilatoires !

Et zou , le voici promu d'emblée livre de chevet !

06:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : valérie rouzeau

07/03/2012

Une poétesse contemporaine...

...en couverture , un événement rare ! j'ai hâte de me procurer ce numéro !

M6719.jpg

18/01/2012

Pour un matin pas chagrin...

       on clique :...haïku du matin ! haïku

07:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : haïku

10/12/2011

Si je pouvais vivre une nouvelle fois ma vie

Si je pouvais vivre une nouvelle fois ma vie
J'essaierais de commettre plus d'erreurs.
Je n'essaierais pas d'être aussi parfait, je serais plus détendu
Je serais encore plus bête que ce que j'ai été, en fait
Je prendrais peu de choses au sérieux.
J'aurais moins de souci d'hygiène,
Je m'exposerais à plus de risques,
Je ferais plus de voyages,
Je contemplerais plus de crépuscules,
J'escaladerais plus de montagnes,
Je nagerais dans plus de rivières.
J'irais à plus d'endroits où je ne suis jamais allé,
J'aurais plus de problèmes réels et moins de problèmes imaginaires.
J'ai été l'une de ces personnes qui ont vécu sagement et
abondamment chaque minute de leur vie;
Bien sûr que j'ai eu des moments d'allégresse,
Mais si je pouvais revenir en arrière, j'essaierais seulement d'avoir de bons moments.
Pour ceux qui ne le savent pas, la vie est ainsi faite, seulement de moments.
Ne perds pas le présent.
Moi, j'étais de ceux qui ne vont nulle part sans un thermomètre,
une bouillotte, un parapluie et un parachute.
Si je pouvais recommencer à vivre, je voyagerais plus légèrement.
Si je pouvais recommencer à vivre, je commencerais par marcher pieds nus,
Depuis le début du printemps jusqu'à la fin de l'automne.
Et je jouerais davantage avec les enfants, si j'avais encore une vie devant moi. Seulement voilà, j'ai 85 ans et je suis en train de mourir.
 
J. Luis Borges
 
Repéré sur le blog de Katherine Pancol

06:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : josé luis borges

06/07/2011

Ariel...en poche, enfin !

"Elle a l'habitude de ce genre de choses.
 Et ses ténèbres craquent et ses ténèbres durent."

Comme le rappelle Valérie Rouzeau dans sa préface"la biographie occulte parfois l'oeuvre [de Sylvia Plath] et c'est dommage."sylvia plath,valérie rouzeau
S'imposant défi sur défi ,cette jeune poétesse américaine qui par amour pour Ted Hughes, s'était installée en Grande-Bretagne, avait laissé un recueil de poèmes encore en chantier , Ariel, poèmes dont elle était persuadée "Qu'ils feraient sa renommée" et qui ne paraîtront qu'en 1965, deux ans après que Plath se soit donné la mort.
Les notes de la traductrice- et poètesse elle même- Valérie Rouzeau- éclairent les poèmes et d'emblée nous précisent l'ordre voulu par Sylvia Plath pour organiser ce recueil, ordre que changea son mari Ted Hughes.
Si comme moi vous attendiez que ce recueil sorte enfin en poche, vous ne pouvez que dévorer ces poèmes fiévreux , pleins d'énergie, solaires , brassant les thèmes de la mort, de la chair corrompue, de la résurrection aussi, traversés par la luminosité des voilages blancs et du rouge qui blesse les yeux. ..

112 pages qui vont m'accompagner longtemps.