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09/04/2021

Tous les noms qu'ils donnaient à Dieu

"Peut-être étaient-ce les circonstances de notre création. Peut-être n'étions -nous pas des êtres véritablement distincts mais les parties d'un tout, comme les trembles d'un fourré sont rattachées aux mêmes racines  ramifiées. Et il se peut qu'il en soit encore de même aujourd’hui."

Une touche de fantastique, parfois extrêmement discrète, juste une notation qui pourrait passer inaperçue, des êtres imaginaires pleinement assumés: une ange -muse d'un écrivain  proche de la mort, une sirène qui fascine un marin , Anjali Sachdeva, dans les neuf nouvelles composant ce recueil, laisse libre-cours à son imaginaire, variant les atmosphères et les genres.anjali sachdeva
On passe ainsi des États-Unis à l'Afrique, du présent au passé, voire à un futur qui nous paraît beaucoup trop proche et inquiétant.
La solitude marque souvent ces personnages, qu'elle soit infligée avec désinvolture, redoutée ou non-dite, mais la plainte ne fait pas partie de leur partition. Qu'ils choisissent de s'enfoncer dans une grotte secrète, de se lancer dans des missions apparemment vouées à l'échec, ils nous fascinent toujours et jamais l'autrice ne cède à la facilité de la nouvelle à chute, préférant laisser résonner ses textes bien après que son recueil ait été refermé.
Il y a ici une maîtrise étonnante pour cette jeune femme, dont c'est le premier livre, aussi à l'aise dans l'anticipation que dans la nouvelle "psychologique", toujours un peu teintée de fantastique. On n'oubliera pas ces textes de sitôt.

 

Traduit de l’américain par Hélène Fournier, Albin Michel 2021

 

19/02/2021

Un soir au paradis...en poche

"Mais je suis restée quand même là, à réfléchir à ma vie, une vie pleine de beauté et d'amour en définitive. Il me semblait l'avoir traversée comme j’avais traversé le Louvre, en observatrice invisible."

Quels que soit les aléas de la vie que connaissent les héroïnes des nouvelles de Lucia Berlin, quelles que soient les lieux qu'elles habitent, temporairement ou non, elles ne se plaignent jamais et se débrouillent toujours pour  préserver l'essentiel : l'amour, que ce soit celui des hommes (souvent infidèles) et des enfants.lucia berlin
Artistes, stars américaines lors d'un tournage, professeure connaissant de fins de mois difficiles, Lucie Berlin, observe avec empathie et débusque toujours la fêlure des êtres. Vingt-deux textes qui confirment tout le talent de cette nouvelliste qui s’est souvent inspiré de sa vie.

De la même autrice: clic.

12/10/2020

La reine des souris

"Aucun de nous deux n'avaient de jumeaux dans la famille. C'était le latin qui avait fait ça, décréta Peter, des cygnes ou des dieux barbus me rendaient-ils visite dans mes rêves ? Il se comporta comme si je l'avais trahi de manière mythologique."

Quoi de plus classique qu'un couple d'étudiants se mariant, en dépit des différences sociales (il est fils d'un couple d'avocats, elle est issue d'un milieu bien plus modeste ) ? Évidemment, le jeune homme ne supporte pas  l'annonce d'une naissance gémellaire et laisse sa belle et son énorme ventre en plan.
Partant de cette situation qui défie les époques, Camilla Grudova y injecte, par petites doses, des touches de cruauté  liées à la dévoration jusqu’à un final parsemé de quelques poils et gouttes de sang et marqué par un silence complice de deux femmes.camilla grudova
Avec un humour très noir, l'autrice écrit ici un texte à la fois contemporain et atemporel sur les relations hommes/femmes ,  convoquant les figures classiques des textes horrifiques, un texte qui pousse jusqu'au paroxysme, mais sans tomber dans le voyeurisme.
Du grand art !
J 'attends de lire avec impatience la totalité du recueil.

 

Traduit de l'anglais (E-U) par Nicolas richard, La non pareille La table Ronde 2020 43 pages délicieusement noires.

18/06/2020

Dans la joie et la bonne humeur

"Partons quelque part, avait-il suggéré, où le malheur se porte en bandoulière, où l'on ne sourit que contraint et forcé.
"Paris", avait-elle lancé."

Qu'elles soient aux États-Unis, en Irlande, ou exilées volontairement en France, les héroïnes de Nicole Flattery n'ont pas été épargnées par la vie ,sans pour autant tomber dans l’aigreur.
Elles trimballent leur propre vision du monde, mâtinée d'humour noir et de lucidité, se cognent contre des vitres, au sens propre ou au figuré, mais avancent néanmoins, quitte à se laisser glisser hors des rôles sociaux où les hommes voudraient les cantonner.41g0RFXxiQL._SX195_.jpg
Dès la première nouvelle, on est happé par l'écriture surprenante de ce premier recueil de nouvelles, très métaphorique et où se glisse parfois une touche de fantastique. L’émotion vous cueille sans prévenir, comme dans cette nouvelle où "la deuxième femme" établit, mine de rien, un lien avec son jeune beau-fils perturbé.
On est bien loin ici de la littérature pour "poulettes" et on ne cesse de souligner des formules étonnantes  de justesse, neuves et percutantes .
Un premier recueil qui place la barre très haut et file directement sur l'étagère des indispensables. 304 pages addictives.

 

Éditions de L 'Olivier 2020, traduit de l'anglais (Irlande) par Madeleine Nasalik

14/01/2020

La loterie

"Puis tandis que les éclairs fusaient, que la radio crachotait et s'éteignait, les deux vieux blottis dans leur chalet attendirent."

Quand la nouvelle,qui donne son nom au recueil, parut en 1948 dans le NewYorker, elle entraîna une déflagration: lettres courroucées, désabonnements, perplexité ,lecteurs se disant traumatisés...tant cette nouvelle dénonce de manière détournée, mais intense, les petitesses et la violence feutrée d'une société conservatrice.shirley jackson
La postface de Miles Hyman, petit-fils de l'autrice et auteur d'une adaptation de La loterie sous forme de roman graphique, dégage les thèmes essentiels des nouvelles de l'autrice et souligne l'influence de cette dernière sur de nombreux auteurs (dont Stephen King).
L'angoisse sourd de ces textes qui nous donnent à imaginer le pire à partir d'une montée souvent lente de la tension, dans un univers confortable où semblent régner les bons sentiments. Aux côtés du texte déjà cité, je placerai Les vacanciers et La possibilité du mal comme deux autres petits chefs d’œuvre à découvrir impérativement.

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabienne Duvigneau  Éditions Rivages /noir 2019

17/09/2019

#CélibataireHeureuseEtPrêteàTout#NetGalleyFrance

" Lorsqu’elle se réveilla le lendemain matin, elle avait un torticolis, l’impression que de la fourrure avait poussé sur sa langue, et elle se demanda si le fait d'écouter Grandpa Jones toute la nuit n'avait pas provoqué des lésions cérébrales."

Le titre programmatique d'une des onze nouvelles qui composent ce recueil donne le ton : elles ont beau se fourrer dans des situations inconfortables, parfois bien malgré elles (qui a envie de se faire draguer par le véto qui va euthanasier votre vieux chien chéri ?) les héroïnes de ces textes sont joyeusement amorales et donnent la pêche.katherine heiny
Le ton est enlevé et même si je n'ai plus depuis longtemps l'âge du public visé, je me suis régalée en lisant ces textes où l'on retrouve parfois des personnages récurrents. Alors, vite, faites fi de vos apriori sur les nouvelles et précipitez-vous sur ce recueil acidulé , bourré de formules décapantes .

De le même autrice , un roman : clic.

 

11/06/2019

#UnSoirAuParadis#NetGalley

"Mais je suis restée quand même là, à réfléchir à ma vie, une vie pleine de beauté et d'amour en définitive. Il me semblait l'avoir traversée comme j’avais traversé le Louvre, en observatrice invisible."

Quels que soit les aléas de la vie que connaissent les héroïnes des nouvelles de Lucia Berlin, quelles que soient les lieux qu'elles habitent, temporairement ou non, elles ne se plaignent jamais et se débrouillent toujours pour  préserver l'essentiel : l'amour, que ce soit celui des hommes (souvent infidèles) et des enfants.lucia berlin
Artistes, stars américaines lors d'un tournage, professeure connaissant de fins de mois difficiles, Lucie Berlin, observe avec empathie et débusque toujours la fêlure des êtres. Vingt-deux textes qui confirment tout le talent de cette novelliste qui s’est souvent inspiré de sa vie.

De la même autrice: clic.

 

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Malfoy.

23/05/2019

Mary Ventura et le neuvième royaume

"Il n'y a pas de voyage de retour sur cette ligne, dit la femme avec douceur. On ne revient pas en arrière une fois qu'on est au neuvième royaume. C'est le royaume de la négation, de la volonté pétrifiée. Il a un tas de noms différents."

Un couple presse une jeune femme sur le quai d'un train d'embarquer pour le Neuvième Royaume. Bien que réticente, elle se laisse convaincre  par des arguments fallacieux ("sois mignonne") et embarque.
Le voyage prend petit à petit une dimension inquiétante, mais heureusement , une voyageuse expérimentée, tricotant une robe en laine vert printemps, va venir en aide à notre héroïne dans un univers innervé par la couleur rouge. Embarquée malgré elle vers une destination sans retour, l'héroïne trouvera-telle pourtant le moyen d'échapper à son destin ?sylvia plath
On comprend que cette nouvelle ,publiée pour la première fois dans sa version de départ , ait été refusée par a magazine américain Mademoiselle en 1952. Elle ne devait certes pas convenir à la ligne éditoriale enjouée qui était alors de mise.
Qualifiée par l'auteure de "vague conte symbolique", comme le précise la préface, nous avons ici un texte prégnant où se lisent déjà les thématiques de Sylvia Plath , alors seulement âgée de vingt ans. Une quarantaine de pages qui font battre le cœur, tout inédit de Plath  étant bien sûr une bonne nouvelle, superbement illustré par Cheeri et traduit par Anouk Neuhoff.

Un petit plaisir à s'offrir de toute urgence ! Et zou, sur l'étagère des indispensables !

 

La Table ronde 2019.

04/03/2019

Fair-play

"- Mari, dit Jonna, parfois tu es vraiment trop explicite.

-Ah oui ? Parfois, on doit pouvoir des choses inutiles, non ?
  Elles reprirent leur lecture."

Mari et Jonna, les doubles de Tova Jansson et de sa compagne, Tuulikki Pietalä, partagent un appartement où elles disposent chacune d’un atelier, relié par un grenier commun.
Les deux femmes ont environ soixante-dix ans, mais ont su conserver une capacité créatrice qui s'exerce sous différentes formes artistiques. Elles voyagent à l’étranger,  se rendent aussi dans leur maison insulaire où elles pêchent et s'opposent parfois avec véhémence aux chasseurs qui ne respectent pas les dates d'ouverture de la chasse.tove jansson
Une grande complicité et une grande fraîcheur se dégagent de ces textes courts, lumineux où Mari évoque aussi bien sa pratique artistique que des détails du quotidien, rituels ou disputes ,passagères, tant les deux partenaires semblent bien rodées l'une à l'autre.
Ce n'est qu'à la toute fin qu Mari évoque de manière explicite ses sentiments pour Jonna avec une infinie délicatesse : " Mari l'écouta à peine. Une idée audacieuse était en train de prendre forme dans son esprit : celle d'une solitude, rien qu'à elle, paisible et pleine de possibilités. Une fantaisie qu'on peut se permettre quand on a le bonheur d'être aimé."

Un bonheur de lecture.

Fair-Play, Tove Jansson, traduit du suédois par Agneta Ségol, La Peuplade 2019, 141 pages emplies de bienveillance.

De la même autrice : clic , clic et reclic

 

03/12/2018

Le petit sapin de Noël

"Elle portait des sandales vertes, ce qui suffit à expliquer les autres excentricités de sa conduite."

Elles s'appellent Pompey, Joyce ou Jenny et vivent à la fin des années 30 en Grande-Bretagne mais, par bien des aspects, elles pourraient être nos contemporaines.
Elles font partie de la bonne société, une classe sociale qui peine parfois à se décorseter,  à laisser libre cours à ses sentiments, à accepter que les femmes ont changé : elles travaillent et entendent bien ne pas se laisser dépérir sur pieds pour un homme égoïste et pleurnichard.stella gibbons
Les hommes ne sont pas toujours à la fête dans ces textes car Stella Gibbons traque leurs petites lâchetés mais ne manque pourtant pas de souligner les réelles qualités de ceux qui semblent sans charme au premier abord.
Ce recueil de nouvelles commence par un conte de Noël avec tous les ingrédients du genre, mais ne croyez pas pour autant que Stella Gibbons fasse dans les sucré: elle rappelle plutôt ces biscuits anglais au gingembre : son esprit piquant prend vite le dessus et épingle avec malice les travers de ses personnages. C'est à la fois délicieusement suranné et toujours d'actualité ! Un petit délice à ne pas manquer !

Le petit sapin de Noël (Christmas at Cold Comfort Farm and other stories) traduit de l’anglais par Philippe Giraudou, Éditions Héloïse d'Ormesson 2018, 102 pages so british.