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09/03/2012

Désaccords imparfaits

"Il est important que certaines choses demeurent perdues."

"Ce recueil représente toute ma production de nouvelles au cours de ces quinze dernières années, ce qui relève un peu de la plaisanterie. j'avais pensé l'intituler Toute la prose courte, mais c'eût été pousser la plaisanterie un peu loin. Car il ne m'est pas facile de faire court, justement." Dixit Jonathan Coe dans la préface de ces 99 pages.jonathan coe
Trois nouvelles donc et un article , jamais paru en anglais car destiné aux Cahiers du cinéma, sur l'étrange passion que déclencha chez l'auteur le film "La vie privée de Sherlock Holmes " de Billy Wilder.
Thème commun aux trois nouvelles ? Les occasions manquées, les rétropédalages mélancoliques, contrebalancés par un humour pince sans rire: "Je priai mon Dieu d'acquisition récente  que l'homme s'abstienne désormais de toute visite chez nous."
Le style est élégant et  je me suis régalée avec "Ivy et ses bêtises" qui excelle à recréer le monde de l'enfance, ses peurs, ses cruautés délicieuses . Quant à "Version originale", elle offre un expérience très troublante et dérangeante de traduction simultanée... Seule "9e et 13e" m'a laissée indifférente car trop convenue mais peut être la version musicale, dont l'auteur donne les références possède-t-elle une autre dimension.
Quant à la quête éperdue de passages disparus du film de Wilder, cette obsession est joliment décrite et finement analysée. Il plane sur tout cela une atmosphère gentiment mélancolique mais qui ne tombe jamais dans la facilité.

Désaccords imparfaits (9th and 13th), Jonathan Coe, traduit (brillamment) de l'anglais par Josée Kamoun, Gallimard 2012, 199 pages 8.90 euros.

 

20/02/2012

L'ivresse du kangourou

"Comme la plupart des écrivains, j'oscille en permanence entre la cupidité et la lâcheté."

Partager un abri avec un rat mangeur d'homme (ou presque), suivre à la nage un chien qui se dirige avec ardeur vers le lointain, essayer de ramener à la raison et à la maison un kangourou Grand Roux alcoolique et violent, voici quelques unes des mésaventures où Kenneth Cook se met en scène avec son habituel sens de l'autodérision !kenneth cook
Il le dit lui même , il le sait, mais il s'obstine à prendre les mauvaises décisions ! Entre lézards à collerettes volants, bouseux qui lui enfoncent le canon de leur fusil dans le ventre , il arrive finalement mieux à s'en sortir qu'avec les lettrés : "Quand mais ô quand, vais-je apprendre  à ne JAMAIS entreprendre  quoi que ce soit avec des universitaires ? " Auraient-ils des idées plus tordues qu'un aborigène dont les orteils possèdent à eux seuls un véritable langage ? Ou qu'un cow-boy placide et farouchement anti-paris ? Certainement !
On entre de plain-pied et avec une grande familiarité dans l'univers de Cook , un univers que n'auraient pas renié les Marx Brothers tant l'auteur a le sens du comique visuel. Sa description du restaurant panoramique (sans panorama !) tournant est tout simplement à hurler de rire et je voyais vraiment le film se dérouler ! Un livre qui m'a fait rire  aux éclats*quasiment à chaque texte et qui est un véritable chasse-grisaille !

 

* Et ça m'arrive rarement !

08/02/2012

Albert Nobbs

"Je suis juste un peut- être, ni homme ni femme ! Je n'y peux rien."

Une femme, dans un souci économique (un homme gagne un salaire plus élevé ), a endossé une apparence masculine et sous l'identité d'Albert Nobbs exerce depuis trente ans avec discrétion et efficacité le métier de majordome dans un hôtel.georges moore,glenn close
Un ouvrier découvre un jour son imposture mais , simultanément ,lui ouvre de nouveaux horizons. Albert se prend donc à échafauder des rêves d'avenir auprès d'une femme qu'il ne reste plus qu'à trouver...
 Présenté comme une réflexion sur l'identité sexuelle, le récit esquive pourtant avec habileté la sexualité proprement dite et n'hésite pas à jouer plus des ressorts du mélodrame que du naturalisme ( la préface nous assure de Moore qu'il est le premier représentant anglophone de ce mouvement).
On effleure plus qu'on ne creuse et la nouvelle se termine d'une façon bien abrupte...Serait-ce une façon détournée de parler de l'homosexualité féminine ?

Albert Nobbs, George Moore, (1.50 euro) Pocket 2012,93 pages. Adapté au cinéma avec Glenn Close dans le rôle principal.


29/01/2012

Fugues

"Ma vie était soudain traduite, plus facile à comprendre."

Tout le charme (au sens fort du terme) de ces neuf histoires composant le recueil Fugues repose sur l'atmosphère particulière qu'excelle à créer Lauren Groff.lauren groff
Qu'elle situe son action en 1918 à New-York, de nos jours dans la petite ville de Templeton* ou durant la seconde guerre mondiale en France, qu'elle évoque une vie entière ou un instant fort, Lauren Groff fascine toujours le lecteur par sa capacité à le troubler.Peut être est-ce dû à son style imagé , alternant poésie et rudesse mais aussi à sa capacité à souligner à la fois la force et la vulnérabilité de ces héroïnes. Ces dernières assument leur sensualité tant bien que mal dans une société où la découverte d'un bordel va jeter le discrédit sur toute la population masculine d'une petite ville provinciale...
On ne trouvera pas ici de nouvelles à chute comme souvent chez les français , mais bel et bien un écho des textes si insaisissables de Lorrie Moorre (d'ailleurs créditée dans les remerciements).
On se laisse envoûter. Ou pas. Seul le dernier texte , qui m'a trop fait penser à "Boule de Suif " de Maupassant m'a vraiment déçue,le reste du temps je me suis laissée bousculer d'un univers à un autre, le sourire aux lèvres.

13/01/2012

La vengeance du Wombat...en poche !

"Oui, la vie est très étrange du Mauvais Côté du fleuve Darling."

Si comme moi, trompés par le feuilleton "Skippy", vous avez toujours cru que le kangourou était un être futé et affectueux, La vengeance du wombat et autres histoires va cruellement ôter vos illusions.
En effet, Kenneth Cook qui se confronte (presque) sans sourciller avec des sauriens, des reptiles extrêmement dangereux, sans oublier quelques autochtones à la gâchette facile et au gosier en pente, accumule immanquablement les ennuis dès qu'il rencontre un marsupial. Il le sait mais oublie très vite, il le reconnaît lui même. kenneth cook
Se dénigrant avec une belle ardeur, le narrateur de ces histoires du bush possède l'art de se fourrer dans des situations hautement improbables et/ ou dangereuses, et ce pour le plus grand bonheur du lecteur. Eclats de rires garantis !

04/11/2011

Même les truites ont du vague à l'âme

john gierach


"S'il rate, je lui décoche un regard apte à vous flétrir un chêne centenaire."

Même si Tom Robbins, auteur du mythique Même les cow-girls ont du vague à l'âme demeure le champion incontesté de la métaphore, il faut avouer que John Gierach se défend pas mal  ! On prend beaucoup de plaisir à le suivre tout au long de ces chroniques halieutiques, même si on n'est pas un fana de pêche, et ce par tous les temps et dans les endroits les plus improbables.
On traque "les monstres", on monte des mouches, et on rigole aussi, en particulier quand, délaissant quelque peu les truites, l'auteurse fend d'un chapitre hilarant consacré aux chiens ! D'où vient alors que, à mi-chemin,malgré lesnombreux marque-page qui constellent mon parcours, j'ai baissé les bras et laissé patauger tout seul John Gierach dans ses rivières ?
Peut être parce que trop de truites tuent la truite et que j'aurais mieux fait de lire ce recueil par petites tranches ? Sans doute, alors je ne l'abandonne pas définitivement et lui laisse une place à côté de mon lit. A bientôt John !

Livre lu dans le cadre de Babelio que je remercie . Merci aussi aux éditions Gallmeister.

john gierach

 

19/10/2011

La petite-fille de Menno

"La neige était la chance."

Quand Whit , écrivain à succès, l'a quittée, Lindsay a trouvé cela très irréel. Cette fois, il lui faudra bien admettre la réalité : Whit ne reviendra jamais car il vient de mourir.roy parvin,voyez comme ils dansent
Revenant en train (et avec bien peu d'enthousiasme) dans sa famille, Lindsay va profiter d'un arrêt providentiel dans le Wyoming pour faire la connaissance de la nouvelle épouse de Whit .
Un voyage initiatique où une femme encore jeune se transforme lentement,  acceptant simplement ce que lui offre la vie ,de somptueuses descriptions de paysages enneigés, une nouvelle extraite d'un recueil La forêt sous la neige, pour cause d'adaptation au cinéma, une très agréable façon de découvrir l'oeuvre de Roy Parvin.

La petite-fille de Menno, Roy Parvin, traduit de l'américain par Bruno Boudard, Libretto 2011, 106 pages apaisantes.

16/09/2011

L'antarctique...en poche

"Les gens ne comprennent pas, mais il faut regarder le pire en face pour être paré contre tout."

Quinze nouvelles aux tonalités très différentes constituent la mosaïque de L'Antarctique. La plus troublante étant sans conteste la première qui donne son titre au recueil et plonge abruptement le lecteur dans une atmosphère  tour à tour chaleureuse, sensuelle et...glaciale."Chaque fois que la femme heureuse en ménage partait, elle se demandait comment ce serait de coucher avec un autre homme."Évidemment, elle va essayer...claire keegan
Cette détermination, ce caractère bien trempé caché sous des dehors lisses ou juvéniles, les héroïnes de Claire Keegan, même plongées dans des situations extrêmes ou oppressantes depuis des années, savent l'exercer pour se préserver et couper net.
Chacun se débrouille vaille que vaille pour affronter l'adversité, affronter la folie d'une mère , ou d'une épouse, la jalousie d'une soeur...
Il suffit parfois de peu de choses: refuser de fermer une barrière,accepter de se lancer sur un grand toboggan, lutter ensemble contre une armée de cafards...
L'humour est également présent, par petites touches, dans "Drôle de prénom pour un garçon" par exemple. Il désamorce la tension dans un couple et permet d'envisager une situation rabâchée sous un angle totalement neuf et décalé.
Claire Keegan n'est jamais aussi à l'aise que quand elle observe les tensions familiales , soulignant au passage de petits détails qui seront scrutés et interprétés comme "Une paire rouge à hauts talons pour les embrouiller" ou une marque sur le poignet d'un enfant...
Chaque nouvelle constitue un univers à part entière,dense et lumineux, en parfait équilibre, et ces textes, ni trop longs, ni trop courts, ne créent jamais de frustration mais laissent souvent le lecteur pensif et envoûté...

08/09/2011

Fiasco ! Des écrivains en scène

Joanathan Coe, Margaret Atwood, Julian Barnes anthologie,humour,robin robertsonsont quelques uns des écrivains qui se livrent ici à des confessions hilarantes concernant leurs revers en littérature ,côté média ou relations avec leur éditeur.
Rien ne leur est épargné: des repas payés en tickets restau, ce qui est un tue-glamour des plus efficaces, des conférences données devant un public souvent bienveillant mais extrêment clairsemé, sans compter ce que Claire Messud lors de ses débuts apprendra très rapidement: "Les gens ne veulent pas être des losers, ils ne veulent même pas en connaître."
Certains auteurs, non traduits en français, mériteraient de l'petre de toute urgence tant ils font preuve d'une autodérison des plus efficaces, que ce soit Matthew Sweeney qui apprendra à ses dépens qu'"Il est dangereux de surcharger un poème de "s". ou de se faire détartrer les dents d'un peu trop près avant une lecture." ou Simon Armitage qui concentre en une journée apocalyptique toutce qui peut arriver de pire à un écrivain  !
Laissons le mot de la fin à Rick Moody qui conclut ainsi son texte : "La vérité crevait les yeux: ma carrière d'écrivain était lancée ! Et fondée sur négligence, déception, malentendu, rancoeur familiale et fautes de frappe."
Un régal qui donne envie de découvrir en totalité l'anthologie dont sont extraits ces textes:

Hontes. Confession impudiques mises en scène par les auteurs, réunis par Robin Robertson et traduits par Catherine Richard ( 2006).anthologie,humour,robin robertson

21/06/2011

La première fois

"Est-ce que ton petit copain est un Danny ou un Eddie ?"

 Même s'ils sont parfaitement informés de l'aspect technique de la relation sexuelle , les ados, garçons et filles, des nouvelles de ce recueil La première fois , sont néanmoins fort embarrassés quand il s'agit de franchir le pas.
"Mais ce que je ne parvenais pas à déterminer, c'était le moment où c'était devenu une compétition. le sexe et tout. Quelques années plus tôt , on évitait joyeusement les filles.", constate le footballeur héros de "But", la nouvelle de Keith Gray, qui sera confronté à un choix cornélien...burgess,fine,gray,hooper,mc kenzie,ness,rai,valentine
Trouver des conseils auprès des adultes ? Pas question ! Car même s'ils sont plein de bonne volonté, comme le père du héros de Sophie McKenzie, les parents sont souvent maladroits, voire ridicules . Sauf quand une vieille dame, affranchie de toute contrainte par son âge même ,décide de parler de sexe en plein milieu du repas dominical, au grand dam des parents et au grand plaisir des ados  dans" La majorité sexuelle" de Jenny Valentine. On retrouve dans ce texte toute l'empathie et la malice de l'auteure de La fourmilière , qui a le chic pour peindre des personnages attachants qui établissent des liens par delà les générations.
Mais il y a des choses qui ne changent pas. ainsi le pouvoir de la poésie que va redécouvrir le héros de Melvin Burgess dans "Entrée en matière", pouvoir qui ira au delà de ses espérances...Beaucoup d'humour dans ce texte qui aborde le "problème" de la différence d'âge, quelques années qui représentent un gouffre quand on est ado.
Autre question, bien plus complexe, celle du choix sexuel car "ça se passe autrement pour les garçons" vont devoir accepter les héros de Patrick Ness, dans un texte où tous les mots crus ont été volontairement caviardés, sans pour autant ôter efficacité et sensibilité à ce texte.
Plus classique "Charlotte " de Mary Hooper nous rappelle qu'au XIXème siècel, en Europe, la virginité d'une jeune fille pauvre pouvait être une simple monnaie d'échange.
Tonalité plus grave également chez Bali Rai qui nous rapelle qu'une "serviette blanche" peut avoir de dramatiques conséquences pour une jeune mariée en Inde, même de nos jours.
Le dernier mot revient à Anne Fine qui résume la situation avec son "Faire l'amour ou le trouver" mettant en scène un cours d'éducation sexuelle plus vrai que nature, qui rappelle bien des souvenirs à une enseignante chevronnée , qui ne l'a pas toujours été dans certains domaines...
Les grandes plumes de la littérature britannique pour adolescents nous offrent ainsi un panorama complet d'une question qui nous a tarabustés et tarabuste nos ados, alternant les tonalités et les points de vue (j'ai particulièrement apprécié les nouvelles mettant en scène le point de vue des garçons) et dédramatisant la situation, sans pour autant tomber dans l'angélisme. Une réussite !burgess,fine,gray,hooper,mc kenzie,ness,rai,valentine

La première fois, Scripto, Gallimard 2011, traduit de l'anglais par Laetitia Devaux et Emmanuelle Casse-Castric , 245 pages à offrir ou à laisser traîner, mine de rien, dans des endroits stratégiques...