Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/10/2012

à travers les champs bleus

"La plupart du temps, chacun, esprit sensé ou esprit fêlé, trébuchait dans le noir, tendait ses mains vers quelque chose qu'il voulait sans même le soupçonner."

Entrer dans l'univers de Claire Keegan, c'est pénétrer dans un monde où les failles, les blessures se devinent à demi-mots, où les ellipses surprennent le lecteur, où la tendresse est souvent absente, voire dévoyée, où l'amour se fraye difficilement un chemin.claire keegan,irlande
La vie de ses personnages est souvent aussi rude que le climat irlandais et même quand l'auteure situe l'action d'une nouvelle sous le soleil texan, dans un milieu privilégié , les relations familiales n'en sont pas pour autant apaisées.
Tout tient à peu de choses, un changement de vie auquel on ne peut se résoudre, le poids des traditions qui fait qu'une femme va gâcher sa vie  à cause d'un mauvais choix: "Puis elle est montée et a passé le reste de son existence avec un homme qui serait rentré sans elle." . Tout est dit avec une grande économie de moyens.
Parfois pourtant les secrets sont révélés et même s'ils mènent apparemment à la destruction, le soulagement et la renaissance sont à portée de mains. L'humour, trouve aussi sa place, à travers le pouvoir des mots ,que souligne malicieusement la première nouvelle , La mort lente et douloureuse. Il faut prendre le temps de savourer les descriptions de Claire Keegan , de s'imprégner de l'atmosphère créée dans chaque texte et l'on y trouvera un plaisir sans pareil, un peu mélancolique et doux.
Et zou, à côté des autres livres de l 'auteure,clic, reclic, sur l'étagère des indispensables !

Le billet tentateur de Clara

04/07/2012

J'ai vendu ma bagnole à un polonais

"à force de se le faire ressasser, elle en était venue à ne plus avoir d'imagination, justement. les paroles des autres  occupaient toute la place."

pierre gagnon

Même si ce n'est indiqué nulle part, Pierre Gagnon , le québécois auteur du roman Mon vieux et moi, nous livre ici un recueil de nouvelles. Treize textes, parfois très courts, mettant souvent en scène des personnages un peu fêlés*, considérés avec tendresse. Des anecdotes dont toute la saveur vaut par la langue de Gagnon, qui font plaisir à lire mais auxquelles il manque un peu de profondeur. Aussi vite lu qu'oublié mais un joli moment de lecture tout de même.

 

Merci Sylvie !

 

 

*Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière. Michel Audiard.

02/04/2012

La bénédiction inattendue

"Quand j'écris un roman, j'ai toujours peur. J'écris chaque ligne d'une main tremblante, en retenant mon souffle. Comme si j'empilais les fruits l'un après l'autre dans le dos du vieil homme debout près de moi."

Dans ces courts récits s'ébauche le portrait éclaté d'une femme seule, de son fils et de son frère, décédé. La narratrice est écrivaine et s'interroge sur l'écriture, l'inspiration, relate de cette manière si particulière à Yoko Ogawa des événements qui pourraient être banals s'ils n'oscillaient soudain entre le réel et "l'autre côté" ,un univers poétique , surprenant,voire inquiétant. Le tout porté par l'écriture pleine de grâce et d'élégance de l'auteure de La piscine.Yoko Ogawa
De très jolies notations sur les mots et l'écriture : "Les mots étaient tous mes amis. ils donnaient une forme à tout ce qui était incertain, agaçant ou timide. Une forme de mot, rehaussée d'encre bleu nuit."

La bénédiction inattendue, Yoko Ogawa, récits trduits du japonais par Rose-marie Makino-Fayolle, Babel 2012, 188 pages "un tout petit peu décalée[s] par rapport à mon champ visuel".

19/03/2012

So shocking !

"Mais c'était justement pour cela qu'elle le faisait : parce que cela ne lui ressemblait pas ."

alan bennett

Bien que ni la couverture ni la quatrième de couv' (très habilement rédigée pour éviter de le mentionner clairement),  ne le mentionnent, il s'agit bien de deux nouvelles, et non d'un roman .
Le premier texte, intitulé" Mrs Donaldson sort du placard" ne traite pas d'homosexualité, comme le titre français le laisse entendre ,mais du voyeurisme . Pratique à laquelle une respectable logeuse va se livrer, entraînée par des locataires impécunieux. Je craignais que ce texte ne soit glauque mais le contraste entre ce à quoi on s'attend et le pas de côté que choisit de faire cette quinquagénaire, fraîchement veuve et pas du tout folichonne , m'a paru délicieux et j'ai eu le sourire aux lèvres tout au long de ces 146 pages ! Ne pas se laisser décourager par le tout début du texte, volontairement déroutant et plutôt cocasse !
La seconde nouvelle , "Mrs Forbes reste à l'abri" , où chaque membre d'une famille trompe les autres ,dans tous les sens du terme, relève davantage de la farce . Moins réussi à mon goût, ce texte qui voudrait être subversif est plutôt ennuyeux et mécanique.L'auteur, s'il se montre parfois sarcastique : "-au point que Betty en vint à se demander s'il n'était pas en train de faire une dépression. Mais elle finit par conclure qu'il n'avait pas assez d'imagination pour cela.", refuse toute densité à ses personnages et les réduit à l'état de marionnettes sans grand intérêt. Bilan plutôt mitigé donc.

Merci Cuné !

titre original: Smut : Two Unseemly Stories, Alan Bennett, traduit de l'anglais par Pierre Ménard, Denoël 2012, 235 pages pas si choquantes que cela !

 

09/03/2012

Désaccords imparfaits

"Il est important que certaines choses demeurent perdues."

"Ce recueil représente toute ma production de nouvelles au cours de ces quinze dernières années, ce qui relève un peu de la plaisanterie. j'avais pensé l'intituler Toute la prose courte, mais c'eût été pousser la plaisanterie un peu loin. Car il ne m'est pas facile de faire court, justement." Dixit Jonathan Coe dans la préface de ces 99 pages.jonathan coe
Trois nouvelles donc et un article , jamais paru en anglais car destiné aux Cahiers du cinéma, sur l'étrange passion que déclencha chez l'auteur le film "La vie privée de Sherlock Holmes " de Billy Wilder.
Thème commun aux trois nouvelles ? Les occasions manquées, les rétropédalages mélancoliques, contrebalancés par un humour pince sans rire: "Je priai mon Dieu d'acquisition récente  que l'homme s'abstienne désormais de toute visite chez nous."
Le style est élégant et  je me suis régalée avec "Ivy et ses bêtises" qui excelle à recréer le monde de l'enfance, ses peurs, ses cruautés délicieuses . Quant à "Version originale", elle offre un expérience très troublante et dérangeante de traduction simultanée... Seule "9e et 13e" m'a laissée indifférente car trop convenue mais peut être la version musicale, dont l'auteur donne les références possède-t-elle une autre dimension.
Quant à la quête éperdue de passages disparus du film de Wilder, cette obsession est joliment décrite et finement analysée. Il plane sur tout cela une atmosphère gentiment mélancolique mais qui ne tombe jamais dans la facilité.

Désaccords imparfaits (9th and 13th), Jonathan Coe, traduit (brillamment) de l'anglais par Josée Kamoun, Gallimard 2012, 199 pages 8.90 euros.

 

20/02/2012

L'ivresse du kangourou

"Comme la plupart des écrivains, j'oscille en permanence entre la cupidité et la lâcheté."

Partager un abri avec un rat mangeur d'homme (ou presque), suivre à la nage un chien qui se dirige avec ardeur vers le lointain, essayer de ramener à la raison et à la maison un kangourou Grand Roux alcoolique et violent, voici quelques unes des mésaventures où Kenneth Cook se met en scène avec son habituel sens de l'autodérision !kenneth cook
Il le dit lui même , il le sait, mais il s'obstine à prendre les mauvaises décisions ! Entre lézards à collerettes volants, bouseux qui lui enfoncent le canon de leur fusil dans le ventre , il arrive finalement mieux à s'en sortir qu'avec les lettrés : "Quand mais ô quand, vais-je apprendre  à ne JAMAIS entreprendre  quoi que ce soit avec des universitaires ? " Auraient-ils des idées plus tordues qu'un aborigène dont les orteils possèdent à eux seuls un véritable langage ? Ou qu'un cow-boy placide et farouchement anti-paris ? Certainement !
On entre de plain-pied et avec une grande familiarité dans l'univers de Cook , un univers que n'auraient pas renié les Marx Brothers tant l'auteur a le sens du comique visuel. Sa description du restaurant panoramique (sans panorama !) tournant est tout simplement à hurler de rire et je voyais vraiment le film se dérouler ! Un livre qui m'a fait rire  aux éclats*quasiment à chaque texte et qui est un véritable chasse-grisaille !

 

* Et ça m'arrive rarement !

08/02/2012

Albert Nobbs

"Je suis juste un peut- être, ni homme ni femme ! Je n'y peux rien."

Une femme, dans un souci économique (un homme gagne un salaire plus élevé ), a endossé une apparence masculine et sous l'identité d'Albert Nobbs exerce depuis trente ans avec discrétion et efficacité le métier de majordome dans un hôtel.georges moore,glenn close
Un ouvrier découvre un jour son imposture mais , simultanément ,lui ouvre de nouveaux horizons. Albert se prend donc à échafauder des rêves d'avenir auprès d'une femme qu'il ne reste plus qu'à trouver...
 Présenté comme une réflexion sur l'identité sexuelle, le récit esquive pourtant avec habileté la sexualité proprement dite et n'hésite pas à jouer plus des ressorts du mélodrame que du naturalisme ( la préface nous assure de Moore qu'il est le premier représentant anglophone de ce mouvement).
On effleure plus qu'on ne creuse et la nouvelle se termine d'une façon bien abrupte...Serait-ce une façon détournée de parler de l'homosexualité féminine ?

Albert Nobbs, George Moore, (1.50 euro) Pocket 2012,93 pages. Adapté au cinéma avec Glenn Close dans le rôle principal.


29/01/2012

Fugues

"Ma vie était soudain traduite, plus facile à comprendre."

Tout le charme (au sens fort du terme) de ces neuf histoires composant le recueil Fugues repose sur l'atmosphère particulière qu'excelle à créer Lauren Groff.lauren groff
Qu'elle situe son action en 1918 à New-York, de nos jours dans la petite ville de Templeton* ou durant la seconde guerre mondiale en France, qu'elle évoque une vie entière ou un instant fort, Lauren Groff fascine toujours le lecteur par sa capacité à le troubler.Peut être est-ce dû à son style imagé , alternant poésie et rudesse mais aussi à sa capacité à souligner à la fois la force et la vulnérabilité de ces héroïnes. Ces dernières assument leur sensualité tant bien que mal dans une société où la découverte d'un bordel va jeter le discrédit sur toute la population masculine d'une petite ville provinciale...
On ne trouvera pas ici de nouvelles à chute comme souvent chez les français , mais bel et bien un écho des textes si insaisissables de Lorrie Moorre (d'ailleurs créditée dans les remerciements).
On se laisse envoûter. Ou pas. Seul le dernier texte , qui m'a trop fait penser à "Boule de Suif " de Maupassant m'a vraiment déçue,le reste du temps je me suis laissée bousculer d'un univers à un autre, le sourire aux lèvres.

13/01/2012

La vengeance du Wombat...en poche !

"Oui, la vie est très étrange du Mauvais Côté du fleuve Darling."

Si comme moi, trompés par le feuilleton "Skippy", vous avez toujours cru que le kangourou était un être futé et affectueux, La vengeance du wombat et autres histoires va cruellement ôter vos illusions.
En effet, Kenneth Cook qui se confronte (presque) sans sourciller avec des sauriens, des reptiles extrêmement dangereux, sans oublier quelques autochtones à la gâchette facile et au gosier en pente, accumule immanquablement les ennuis dès qu'il rencontre un marsupial. Il le sait mais oublie très vite, il le reconnaît lui même. kenneth cook
Se dénigrant avec une belle ardeur, le narrateur de ces histoires du bush possède l'art de se fourrer dans des situations hautement improbables et/ ou dangereuses, et ce pour le plus grand bonheur du lecteur. Eclats de rires garantis !

04/11/2011

Même les truites ont du vague à l'âme

john gierach


"S'il rate, je lui décoche un regard apte à vous flétrir un chêne centenaire."

Même si Tom Robbins, auteur du mythique Même les cow-girls ont du vague à l'âme demeure le champion incontesté de la métaphore, il faut avouer que John Gierach se défend pas mal  ! On prend beaucoup de plaisir à le suivre tout au long de ces chroniques halieutiques, même si on n'est pas un fana de pêche, et ce par tous les temps et dans les endroits les plus improbables.
On traque "les monstres", on monte des mouches, et on rigole aussi, en particulier quand, délaissant quelque peu les truites, l'auteurse fend d'un chapitre hilarant consacré aux chiens ! D'où vient alors que, à mi-chemin,malgré lesnombreux marque-page qui constellent mon parcours, j'ai baissé les bras et laissé patauger tout seul John Gierach dans ses rivières ?
Peut être parce que trop de truites tuent la truite et que j'aurais mieux fait de lire ce recueil par petites tranches ? Sans doute, alors je ne l'abandonne pas définitivement et lui laisse une place à côté de mon lit. A bientôt John !

Livre lu dans le cadre de Babelio que je remercie . Merci aussi aux éditions Gallmeister.

john gierach