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20/06/2018

#JournalD'irlande #NetGalleyFrance

 "Ce qui s'installe, se crée entre deux membres d'un couple qui a longtemps vécu ensemble, c'est autre chose que la tendresse. C'est , je crois une peur commune de la mort : de la mort de l'autre, plus que de la sienne."

Blandine De Caunes souligne à juste titre dans sa préface que l’œuvre de sa mère a commencé par la publication du célèbre Journal à quatre mains (rédigé avec Flora Groult) et qu'elle se clôt donc suivant la volonté de la défunte par l'édition de ces Carnets de pêche et d 'amour allant de 1977 à 2003.benoîte groult
Le sous-titre de ce journal indique bien les deux thèmes principaux de ce texte et la place prépondérante accordée à la passion pour la pêche , place qui, je dois l'avouer, a fini par me lasser.
Par contre, l'analyse ,parfois féroce ,des relations entre  Paul Guimard, Benoîte Groult et l'amant de cette dernière surprendra un peu par son intensité. Certes, la situation était connue de tous les membres de la famille (et des lecteurs des Vaisseaux du cœur  par exemple) mais l'écrivaine se montre sans complaisance envers son mari vieillissant qui ne supporte plus cette situation alors que, dans sa jeunesse il avait allègrement trompé son épouse.
On se sent parfois de trop dans cette lecture, même si la revendication par cette femme âgée du droit au plaisir est un acte qui s'inscrit logiquement dans la démarche de cette écrivaine féministe .

Grasset 2018

03/04/2018

Chez nous

"Chez nous, on entendait le murmure des arbres dans les bois."

"Chez nous", phrase rituelle qu'on entend quand on évoque sa famille, son chez soi . "Chez nous", leitmotiv qui scande les 87pages de cet opuscule, illustré par l'auteure, dessins dont les inspirations sont citées en fin d'ouvrage.géraldine kosial
Souvent très courts, ces paragraphes commençant rituellement par la même formule, évoquent  par petites touches ,une famille où l'on était "nés dans un monde voué à disparaître." Un monde où l'on se réjouit de l'arrivée d'un Cora, où les pensionnaires d'un hôpital psychiatrique vont faire des courses, en reviennent le sourire aux lèvres, ce qui vaut à l’expérience, le nom de "Corathérapie". Un monde encore rural mais qui se verra bientôt grignoté par les zones commerciales uniformisées, "Chez nous, les gens étaient façonnés par les paysages de leur enfance."
C'est aussi l'histoire d'une famille modeste , dont on disait que c'était "une famille de braconniers"," " le mot solidarité avait du sens " mais où on pouvait aussi se réjouir que le malheur frappe à côté. Portraits contrastés, sans idéalisation, qui parleront à chacun de nous sans pour autant exhaler de nostalgie. C'est toute une époque qui se donne à voir d'une manière impressionniste et très touchante.

Grasset 2018

16/02/2018

En camping-car

"Notre style de vacances était aristocratique parce qu'il valorisait la liberté, le plaisir, la découverte, l'échappée belle, mais il était aussi foncièrement démocratique: pas cher, pas consumériste, pas tape-à-l’œil, pas couche-tard, pas compliqué, quelque chose d'accessible, de proche, de simple, quasiment rudimentaire, une locomotion terrestre, un contact direct avec les gens, des haltes toujours respectueuses de la nature, des coutumes et des produits locaux [...]. En un mot, une grande vadrouille à l'échelle de l' Europe. Maître de soi, mais pas chez soi."

ivan jablonka

 Dans les années 80, Ivan Jablonka, ses parents et son frère, souvent accompagnés de familles dotées elles aussi d'enfants, ont sillonné les routes estivales en camping-car. L'évocation de ces vacances est tout à la fois l'occasion d'une plongée dans la nostalgie de l'enfance, mais aussi d'une analyse sociologique d'un type de vacances bien particulier dans un véhicule tout sauf anodin quand ses deux parents ont été des enfants cachés durant la Seconde guerre mondiale.
En effet ce véhicule de marque Volkswagen témoignait du "génie de l’organisation allemand [...] mis au service non pas du crime de masse, mais de la vie, de la joie, de l'intimité, de l'intégration familiale, et il est facile de comprendre en quoi le camping-car a sauvé mon père et nous avec."
Ivan Jablonka analyse ainsi  avec une émotion tangible la relation très particulière que son père entretenait au bonheur, n'hésitant pas à enjoindre avec colère à ses enfants ignorant un superbe paysage: "Soyez heureux !"
 Néanmoins, comme l' évoque très justement la quatrième de couverture l'auteur" esquisse une socio-histoire de son enfance" et c'est justement ce côté un peu léger dans l'analyse, s'essoufflant peut être à vouloir courir plusieurs lièvres à la fois que j'ai regretté. N'étant guère adepte de la nostalgie, j'ai en outre trouvé les évocations de ces vacances aussi longuettes que les séances diapos d'autrefois. Bilan en demi-teintes donc.


Lu dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle.

22/01/2018

L'amour après

"Il faut déserter les modèles, fuir leurs pièges, leurs barbelés invisibles. L'important, c'est d'avoir de l'air, alors tout peut commencer."

Années 50, Marceline Lorida -Ivens qui est "une fille de Birkenau" est rentrée en France et ne tarde pas à prendre son indépendance vis à vis de sa mère.marceline loridan-ivens,judith perrignon
La jeune femme  dont le corps a été figé dans l'adolescence par le camp a soif de vie et de culture. Elle enchaîne aussi les aventures amoureuses ,même si son corps ignore toute sensation de plaisir, de désir ,et restera à jamais "sec", c'est à dire stérile, sans que Marceline le regrette, bien au contraire.
La nudité reste attachée au regard d'un médecin décidant de la vie ou de la mort et Marceline aura toujours des difficultés à se dénuder, y compris dans un contexte médical.
Un récit rare qui évoque le corps, les sentiments d'une jeune femme fracassée par les camps mais qui est pleine d'ardeur, de vie, d'énergie et d'une formidable liberté.

Grasset 2018

29/12/2017

à l'ouest

C'est d'abord un livre que l'on tient bien en main. Une petite brique sympathique dotée d'une jaquette en papier kraft. Du soin, de la qualité, de l'attention.anne wolfers
Un carnet de croquis tenu au fil du temps de l'évolution d'une dépression vécue par l'auteure. Une image par page ,dessinée au Bic noir Slickpen nous apprend Anne Wolfers dans l'unique page retraçant la raison d'être de ce carnet de bord, quasi au jour le jour, sorte de bulletin météo de l’âme et du corps de l'autrice-narratrice.
On y voit les fluctuations de la vague, métaphore de la dépression , du mal être ayant entraîné cette hospitalisation en psychiatrie.
Les légendes sont laconiques, les croquis rugueux, ne mettant jamais en valeur la personne dont il est question. On est ici dans un dessin brut, frôlant le naïf, mais jamais complaisant.
Parfois une échappée vers la lumière se manifeste ,par exemple sous la forme d'une corde à linge comme une guirlande où voltigent joyeusement des vêtements d'enfant ou de la présence réconfortante d'un petit chien. La narratrice n'occulte rien des échecs, des conséquences sur son corps des traitements , mais aussi du retour vers le sourire, vers la vie. Un bel objet artistique, sensible et lumineux.

 

 Un grand Merci à Babelio et aux Éditions Esperluette.anne wolfers

06:00 Publié dans Autobiographie, BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anne wolfers

13/08/2015

Filles impertinentes...en poche

"à présent, je comprends très bien son état d'esprit. Elle souffrait de ce mal fréquent chez les gens arrivés au milieu de leur vie, qui ont l'impression que tout leur échappe. Il lui semblait qu'elle ne pouvait rien saisir ni retenir. ou qu'elle était en train de jongler avec trop de balles et savait que si elle en laissait tomber une seule, toutes les autres tomberaient bruyamment sur le sol."

Filles impertinentes regroupe en un seul volume un texte publié en Grande-Bretagne en deux parties: Impertinent daughters (1984, 1985) et My mother's life (1985, 1986)*.doris lessing,relations mèrefille
Née en 1919 en Perse, Doris Lessing déclare pour le premier :"Ce récit pour objet la distance qui sépare ces deux photographies.",les deux images étant celles de sa mère, d'abord représentée sous la forme "d'une collégienne imposante", pleine d'une assurance toute victorienne;  sur la seconde, prise quarante cinq ans plus tard "elle apparaît maigre, vieille et sévère, et nous regarde bravement du fond d'un monde de déception et de frustration."
Ce n'est pas la première fois que l'auteure du Carnet d'or revient sur sa vie et ses relations avec ses parents et en particulier avec sa mère, mais ici, la distance temporelle a joué et Doris Lessing analyse avec toujours autant de franchise mais davantage de compréhension, à défaut d'empathie,  le comportement de cette femme , "produit d'un lieu et d'un temps: Londres, la Grande-Bretagne, l'Empire britannique".
Dans les deux autres parties, Lessing poursuit son analyse, presque clinique, des relations tendues avec sa mère et revient sur ce qui a mené ses parents, êtres très différents,à s'installer en Rhodésie du sud, l'actuel Zimbabwe, quand l'auteure n'avait que six ans.
Ceux qui espèrent du repentir ou des bons sentiments en seront pour leurs frais. Ceux qui apprécient la franchise décapante (et j'en suis) apprécieront. Lessing ne se présente jamais en victime, ne se donne jamais le beau rôle, elle constate les différences infranchissables qui l'opposaient à sa mère.
J'ai parfois pensé, dans un tout autre genre concernant le style, à Marguerite Duras et à son roman Un barrage contre le Pacifique pour le parcours de ces femmes venues s'installer à l'étranger dans un monde à mille lieues de ce pour quoi elles avaient été éduquées.

Filles impertinentes, Doris Lessing, traduit de 'anglais par Philippe Giraudon, J'ai lu 2015, 123 pages .

 

*bizarrement, il y a trois parties dans la version française...

10/12/2014

Fun home / C'est toi ma maman ?

"Sa honte habitait notre maison, aussi invisible et envahissante que le musc aromatique du vieil acajou."

Précisons d'emblée que j'ai lu ces deux romans graphiques dans l'ordre inverse de parution (C'est toi ma maman  ? attend désespérément un billet depuis cet été) et que j'ai acheté Fun Home en poche, qui s'est avéré plus maniable et plus léger dans tous les sens du terme.alison bedchel
Dans chacun de ces volumes l'auteure interroge ses relations à chacun de ses parents , mais si la construction de Fun home est volontairement complexe, la narration en est , paradoxalement, plus fluide. Le "coming out" d' Alison Bechdel précède de peu le suicide ou accident (?) du père, homosexuel honteux et l'auteure dépeint très bien cette enfance si particulière au sein d'une famille d'artistes où règnent les non-dits, le tout dans une bicoque gothique, salon funéraire de surcroît.
J'ai moins apprécié le second volume, placé sous l'égide de Virginia Woolf (il m'a donné envie de relire La promenade au phare) et de la psychanalyse, (le premier faisait référence à l'Ulysse de Joyce) qui m'a semblé plus ardu , voire trop fouillé et au final peu satisfaisant dans l'analyse.alison bedchel


Bilan en demi-teinte donc.

Le billet d'Antigone.

 

02/10/2014

Hyperbole

"Je ne suis que le vaisseau impuissant d'une identité moindre, que je dois supporter malgré moi. J'ai constamment peur d'elle, et prie pour qu'elle ne m'attaque ni ne m'oblige à commettre des actions dont j'aurais honte."

Quand Cuné m'envoie un mail me recommandant un livre, je fonce ! (surtout quand elle sait trouver les arguments comme celui-ci, imparable: il y a des chiens... :))

Roman  autobio et graphique, Hyperbole, explore de manière imagée, (ah le générateur d'amour propre ! ) à la fois précise et pleine d'humour, les tours et  détours de la personnalité en devenir de son auteure. à noter que le seul personnage dessiné de manière  non totalement figurative est l'auteure elle-même (l'espèce de poisson /grenouille ? cornu dessiné sur la couv' , c'est elle). Et ce choix est volontaire, car elle sait croquer à merveille les attitudes et comportements des chiens, tant par ses dessins que par ses textes (les résultats du test d'intelligence de son premier chien sont à mourir de rire et l'adoption du second chien est encore plus gratinée ! ).allie brosh,roman graphique
Ce n'est pas juste un "ego trip" de plus, c'est une analyse vivante, pleine d 'humour à laquelle on peut pleinement s'identifier. Les mensonges qu'on se fait à soi même, nos tergiversation, notre tendance à procrastiner (remette toujours au lendemain ), tout ceci nous est familier, mais , éclairé par l'auteure, prend une coloration nettement plus sympathique.
Un livre qui m'a fait glousser toute seule à de nombreuses reprises (bon, j'avoue avoir dévoré en premier les chapitres consacrés aux chiens, facile à repérer les chapitres car tous sont colorés jusque sur la tranche d'une couleur différente). Je l'ai dévoré d'une traite et il est constellé de marque-pages !

Un livre tonique et hautement réjouissant ! merci Cuné !

Pour celui ou celle qui aime "fouiner dans les circonvolutions  profondes de [son] cerveau comme un intrépide idiot"

Hyperbole, Allie Brosh, les Arènes 2014.

Jérôme a aussi aimé !

28/01/2014

L'écriture et la vie

"Écrire, c'est plonger en soi, oui, mais tout en plongeant, faire éclater ce moi, repousser ses propres frontières pour accéder à un espace plus grand. Écrire, c'est faire se rejoindre l'intérieur et l'extérieur, le moi et les autres."

Parce qu'elle éprouve une "impression terrible de fausseté", qu'elle ne parvient plus à trouver "les mots vrais", pendant vingt et un mois Laurence Tardieu a perdu le chemin de l'écriture. L'écriture et la vie est le journal de cette quête de lumière.laurence tardieu
Laurence Tardieu, avec intensité, avec précision, revient aussi sur son roman précédent, La confusion des peines,(où elle faisait éclater 10 ans de silence après la condamnation de son père pour corruption) en soulignant la violence mais aussi la nécessité. Dans les deux textes, on retrouve cette même exigence de vérité pour se tenir debout et sortir du silence ou de la nuit. L'auteure traque sans relâche les mots vrais, analyse avec précision, explore avec ténacité ses liens avec l'écriture et avec la vie. Cette recherche est toujours fluide, jamais laborieuse.
On sort de cette bataille un peu sonné mais aussi revigoré et l'on attend avec impatience le prochain écrit de Laurence Tardieu.

Comment rendre compte d'un texte d'une centaine de pages dont presque toutes sont hérissées d'un marque-page ? 

Éditions des Busclats 2013

25/01/2014

En finir avec Eddy Bellegueule

"Ne plus croire à une existence qui ne repose que sur la croyance en cette existence."

Pas de bol pour Eddy Bellegueule ! Il naît dans une famille où l'on vit à sept avec sept cent euros par mois, où l'avenir est tout tracé (l'usine est juste à côté de l'école),  dans un milieu qui privilégie les valeurs masculines alors qu'il est efféminé.edouard louis
Longtemps, son leitmotiv sera de correspondre au "nom de dur " qui lui a été attribué, Eddy Bellegueule donc. Mais les crachats, la violence physique et verbale qu'il subira deux ans durant au collège, l'attitude de sa famille qui ne sait comment faire face à sa différence, le sentiment de honte qui l'habite face à la pauvreté des siens, pauvreté aussi bien verbale qu'économique, font que cet adolescent "prisonnier de [son]  propre corps", ne trouvera d'issue qu'en dehors de ce monde clos sur lui même.
 Même si le mode de vie, de pensée, décrits dans ce roman à caractère autobiographique ( non assumé sur l'objet livre) pourraient de prime abord paraître d'une autre époque, nous nous situons ici à la fin des années 1990, début 2000, en Picardie. Eddy Bellegueule, vrai nom de l'auteur, s'il choisit de se renommer, n'en profite pas pour autant pour régler ses comptes avec les membres de sa  famille. Il analyse de manière lucide ce qui les entrave d'un point de vue sociologique et ne les juge pas .
Il restitue de manière remarquable la langue fruste, les négligences de sa classe sociale, les arbitrages économiques, la méfiance vis à vis de la médecine, le manque d’intérêt pour l'école, tout ce qui creuse un fossé apparemment infranchissable entre "les petits" et "les bourges".
L'auteur partait dans la vie avec un double handicap (son milieu social,son homosexualité) mais il a réussi à En finir avec Eddy Bellegueule tout en nous offrant un texte magnifique sur ses origines et sa quête d'identité !

Edouard Louis - En finir avec Eddy Bellegueule -220 pages
Seuil - Janvier 2014

Merci à Séverine qui a su me éveiller mon intérêt pour ce que je croyais être à tort une histoire américaine de bas fonds (!) et à Aifelle qui a porté le coup fatal !

Si vous avez aimé Annie Ernaux ou Didier Eribon, à qui ce livre est dédicacé, vous adorerez Eddy Bellegueule !

Lu d'une traite ! Et zou sur l'étagère des indispensables !