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13/06/2022

#LeLacmagique #NetGalleyFrance !

"Sans m'en apercevoir, je me suis soumise à une version assez dépressive de la féminité. Une version rétractée, retranchée. Être une femme, c'est ne pas pouvoir. C'est ne pas avoir le droit. mes compagnes de baignade ont une toute autre définition.  Pour elles, la féminité a  à voir avec la nature et la force. "

Partie s'installer pour un temps au Québec avec son compagnon et ses filles, la narratrice va être invitée à accompagner un groupe de femmes habitant près de chez elle pour une baignade dans un lac, le matin. Une baignade un peu particulière car à ce moment de la journée, ce plan d'eau est réservé aux femmes et elles s'y baignent nues. 
Situé au cœur de la forêt, ce lac va  dès le premier instant prendre une importance particulière pour la jeune femme qui va vivre une expérience l'amenant à prendre conscience des ses peurs, de ses relations pour le moins dysfonctionnelles avec ses parents, très tôt séparés. yaël cojot-golberg
Ni mysticisme, ni sorcellerie, mais une analyse très fine et sans concession de son rapport à la féminité et aux autres.  Il n'y a rien d'anecdotique dans ce récit de vie qui nous fait partager cette expérience toute simple en apparence car selon l'autrice ces femmes ont su instaurer "Une familiarité, une filiation, presque. Tout simplement, elles m'ont vue. "L'écriture, fluide et élégante, fait de cette lecture une expérience qui résonne longtemps en nous.

 Grasset 2022yaël cojot-golberg

 

 

14/03/2022

#Cellesquinemeurentpas #NetGalleyFrance !

"Être malade ouvre un espace excessif à la pensée et la pensée excessive fait de la place aux pensées mortifères. Mais j'ai toujours eu plus soif d’expérience que de l'absence de celle-ci, alors si l'expérience de la pensée est la seule que mon corps pouvait me donner au-delà de la douleur, il fallait bien accepter de m'ouvrir à des réflexions folles et morbides. "

Il y a encore quelques années, le mot "cancer" était banni et on lui préférait la périphrase "longue et douloureuse maladie", euphémisme qui fut bientôt attribué à une autre pathologie, le Sida, dans une sinistre gradation de l'horreur.
Le texte d'Anne Boyer est saturé du cancer sous toutes ses formes : politique, médicale, psychologique, sociale, raciale et philosophique. anne boyer
L'autrice fait de son expérience un vaste exercice de pensée brillante et parfois exigeante, prenant à bras le corps tous les aspects de sa maladie.
Son écriture, très travaillée, sans pour autant qu'elle se regarde écrire, nous fait ressentir au plus intime l'expérience de la douleur . Elle pointe aussi du doigt les ambiguïtés d'un système médical où un traitement peut être plus invalidant qu'efficace,  où un médecin peut affirmer qu'il a pratiqué des mastectomies inutiles car il fallait bien qu'il paie ses vacances ;  système dans lequel une malade après une opération sous anesthésie générale est quasiment jetée dehors, où elle est sommée de travailler quelle que soit la douleur et l'éreintement ressenti.
On sort de ce roman éprouvant un peu hagard, physiquement mal à l'aise,  mais conscient d'avoir lu un texte exceptionnel .

Grasset 2022, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy.anne boyer

11/03/2020

Retour à Birkenau...en poche

"Nous remontons. On retrouve nos mortes, on retrouve nos poux, on retrouve la nuit."

Déportée en 1944  avec son père, son frère et son neveu, Ginette Kolinka sera la seule à revenir de Birkenau.
Si elle annonce brutalement à sa mère la mort du reste de sa famille,elle ne raconte à personne, même pas à son mari, l'horreur de ce qu'elle a vécu. Les 26 kilos qu'elle pèse à vingt ans en disent bien plus long et la culpabilité de la survivante l'en empêche tout autant.ginette kolinka
Il faudra la création de la fondation Spielberg, après le film la liste de Schindler pour que Ginette Kolinka accepte de se confier , avant que d’accompagner des groupes d'élèves à Birkenau.
Retour à Birkenau, où l'on croise fugitivement Marcelline (Loridan -Ivens) et Simone (Veil ) ,est un récit bref, cru, où Ginette Kolinka ne s'épanche guère, sauf à regretter la quasi aseptisation des anciens camps d'extermination, le décalage entre ce dont elle se souvient et ce que sont devenus ces endroits, parfois presque trop jolis au printemps. Afin d'imaginer le bruit , les odeurs, la promiscuité, la violence, le froid, il faut lire ce témoignage cru.
Il faut aussi deviner entre les lignes et les quelques détails qu'elle donne, presque en passant, la reconstruction de cette femme, qui ne pouvait se défaire de l'habitude prise au camp de baisser les yeux, qui a fait deux dépressions mais qui se réjouit de ce que ses sœurs ne l'aient pas considérée comme une déportée. Un récit nécessaire.

25/02/2020

Le lambeau...en poche

"Les chirurgiens n'aiment guère que leurs patients ne justifient pas leurs efforts  et Chloé supportait mal l'échec."

Survivant de la tuerie de Charlie Hebdo, Philippe Lançon raconte de manière incroyable l'attentat, on a vraiment l'impression d'y être, choisissant de raconter du point de vue parcellaire qui était le sien.philippe lançon
Gravement blessé au visage, il relate dans Le lambeau sa lente reconstruction, tant chirurgicale que psychologique, de manière très crue, très franche aussi, n'ayant pas peur de ne pas paraître sympathique.
Les arts (littérature, cinéma, peinture...) l'aident beaucoup dans ce retour à la vie, ainsi que les soignants et les policiers qui le gardent, dont ils brossent des portraits pleins de vivacité et d'empathie.
L'écriture est superbe d'un bout à l'autre de ces 510 pages. Un texte couvert, à jute titre, de prix.

Couverture chez Folio de Fabienne Verdier.

19/12/2019

Croire aux fauves

"J'ai perdu ma place, je cherche un entre-deux. Un lieu où me reconstituer. Ce retrait-là doit aider l'âme à se relever. Parce qu’il faudra bien les construire, ces ponts et portes entre les mondes; parce que renoncer ne fera jamais partie de mon lexique intérieur."

Spécialiste des populations arctiques, l'anthropologue Nastassja Martin est attaquée par un ours le 25 août 2015. Tels sont les faits .
Mais la principale intéressée préfère évoquer l'événement en tant que rencontre et échange, car si l'ours l'a défigurée, emportant en lui une partie du visage de l'humaine , elle-même estime que les frontières entre humain et animal sont poreuses et qu'elle a donc gardé en elle quelque chose de l'ours.
 En effet, l'ours n'est pas n'importe quel animal, il faisait partie selon l'auteure de sa destinée, de son rêve et la rencontre était inéluctable.nastassja martin
L'animisme est au cœur de ce récit exigeant et poétique qui raconte tout à la fois une reconstruction mais aussi la nécessité d'instaurer "une négociation au sujet du monde dans lequel nous allons vivre."
Un récit enthousiasmant.

Éditions Verticales 2019, 151 pages troublantes

 

14/10/2019

Retour à Birkenau

"Nous remontons. On retrouve nos mortes, on retrouve nos poux, on retrouve la nuit."

Déportée en 1944  avec son père, son frère et son neveu, Ginette Kolinka sera la seule à revenir de Birkenau.
Si elle annonce brutalement à sa mère la mort du reste de sa famille,elle ne raconte à personne, même pas à son mari, l'horreur de ce qu'elle a vécu. Les 26 kilos qu'elle pèse à vingt ans en disent bien plus long et la culpabilité de la survivante l'en empêche tout autant.ginette kolinka,marion ruggieri
Il faudra la création de la fondation Spielberg, après le film la liste de Schindler pour que Ginette Kolinka accepte de se confier , avant que d’accompagner des groupes d'élèves à Birkenau.
Retour à Birkenau, où l'on croise fugitivement Marcelline (Loridan -Ivens) et Simone (Veil ) ,est un récit bref, cru, où Ginette Kolinka ne s'épanche guère, sauf à regretter la quasi aseptisation des anciens camps d'extermination, le décalage entre ce dont elle se souvient et ce que sont devenus ces endroits, parfois presque trop jolis au printemps. Afin d'imaginer le bruit , les odeurs, la promiscuité, la violence, le froid, il faut lire ce témoignage cru.
Il faut aussi deviner entre les lignes et les quelques détails qu'elle donne, presque en passant, la reconstruction de cette femme, qui ne pouvait se défaire de l'habitude prise au camp de baisser les yeux, qui a fait deux dépressions mais qui se réjouit de ce que ses sœurs ne l'aient pas considérée comme une déportée. Un récit nécessaire.

Grasset 2019.

Déniché à la bibliothèque.

14/08/2019

De terre et de chair

"Une fois de plus, j'ai l'intime conviction que l'objet de l'art n'est ni l'idée, ni le résultat, mais ce qui se passe entre les deux."

D'emblée, l'écrivaine et sculptrice Valérie Rossignol inverse les situations traditionnelles. C'est en effet elle qui , dans le texte intitulé "Homme de terre", relate des séances de travail où un homme nu pose pour elle, tandis qu'elle malaxe la terre et modèle son corps. De la même manière, dans "Homme de Chair", l'homme est le destinataire d'une lettre d'amour.valérie rossignol,préface de belinda cannonne
Deux textes, au plus près de ce qui se joue au cœur de la pratique artistique, comme au cœur des relations humaines.
Si j'ai beaucoup aimé la première partie, dans son analyse fine de ce qui se joue d'indicible entre le modèle, qui n'est en rien passif et la sculptrice, je suis restée plus mitigée, n'étant guère sensible au lyrisme ,en ce qui la lettre d'amour. Il n'en reste pas moins qu'une lettre aussi passionnée, aussi poétique, se hisse à la hauteur des plus remarquables lettres d'amour.

Merci à Babelio et aux éditions L'arbre Hominescent.

Le billet d'Antigone : clic.

Celui d'Alex: clic

13/08/2019

L'écart...en poche

" Je suis en quête de sensations pures,comme une pieuvre munie de capteurs sensoriels sur toute la longueur de ses tentacules. Seule et heureuse de l'être, je poursuis ma route."

Ayant grandi dans l'archipel des Orcades, la narratrice a troqué son existence rude et sauvage  contre une vie nocturne et riche en sensations à Londres. Las, elle a perdu ses amis, son amour ,ses emplois à cause d'une vie nocturne débridée qui a vite viré à l'aigre ,à cause de l'alcool.
Elle choisit donc de rentrer dans son île natale où elle mènera des "essais semi-scientifiques" sur elle-même afin de se libérer de l’alcool. L'entreprise lui prendra deux ans, qu'elle résume ainsi:"Au cours des deux années écoulées, je me suis employée à guetter l'apparition d'un oiseau fuyant et insaisissable, à chasser les aurores boréales et les nuages noctulescents; j'ai nagé dans l'eau glacée de la mer du Nord, couru nue autour d'un cercle de pierres levées, vogué vers des îles abandonnées, volé dans de minuscules avions à hélices, et choisi de rentrer au pays natal."amy liptrot
L'alcoolisme au féminin est encore un tabou ,mais il ne s'agit pas ici du énième récit du "long et laborieux processus de reconstruction" ,mais bien d'une œuvre puissante et littéraire où une voix se fait entendre, une voix qui donne à sentir toute la sauvagerie et la rudesse des univers qui entourent la narratrice.

Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerr

Parution le 14 août

18/06/2019

Journal pauvre

"Se rendre compte à quel point la vie est fragmentaire, mouvante et jamais complète. Chaque action demeure inachevée. Chaque action n'est que la partie d'un tout lui même inachevé."

Abandonnant la fiction, et aussi pour une année sabbatique un travail qu'on devine pesant, l'auteure fait aussi  un choix radical : "Expérimenter le dénuement, être attentive à ceux qui vivent de très  maigres subsides, à ceux qui ont choisi de ne donner qu'un minimum de leur temps contre salaire, ou de ne se consacrer qu'à une activité peu rémunératrice."frédérique germanaud
Un cheminement qui la mènera au final à quitter définitivement le monde du travail salarié et à s’affirmer enfin "écrivain".
Journal pauvre car selon, l'auteure, "Il n'attrape qu'une infime portion de la richesse du monde.", ce texte dit aussi la solidarité, les rencontres, réelles, ou littéraires, et l'attention aux autres et au monde, dans ses plus infimes manifestations. J'ai été séduite par ce journal pudique, plus littéraire que psychologique, ainsi que par l'écriture de Frédérique Germanaud.

152 pages bruissantes de marque-pages où glaner aussi plein d'idées de lectures.

Et zou, sur l'étagère des indispensables.

Éditions de La clé à molette (j'adore ce nom !)2019.

Le billet tentateur de Sabine: clic.

20/05/2019

J'peux pas j'ai chimio

Bêtisier: les Enfoirés (extrait):"-J't'embrasse pas, mon système immunitaire est en chute libre !

-Non mais vas-y . J'ai pas peur de l'attraper !"

Une BD sur le cancer qu'on termine toute tourneboulée mais néanmoins le sourire aux lèvres ? Oui ! Pari brillamment tenu par les auteures qui ont su trouver le ton juste (ni doloriste, ni optimiste façon forcené) pour évoquer les différentes étapes, de l'angoisse des résultats d'analyse à la rémission, en passant par les phases de "grotte" où la fatigue et la déprime mènent le bal( mais c'est pour mieux remonter ).alexandra brijatoff,camille happenot,cancer,humour
Avec humour, tendresse et bienveillance, elles évoquent aussi les proches, les soignants souvent au bord du burn out, les attentes interminables, mais aussi la solidarité et les remèdes plus ou moins fantaisistes, chacun essayant d'aider comme il peut.
Revitalisant !

Marabulles 2019.

Merci à l'éditeur et à Babelio.alexandra brijatoff,camille happenot,cancer,humour