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09/10/2019

#SurLeBoutDeLaLangue #NetGalleyFrance

"Soyons des écologistes des mots, savourons les les espèces menacées que sont "fuligineux", "alacrité", "polymathe", "évergète" ou "parousie" ! "

C'est par le documentaire "A voix haute: la force de la parole "réalisé par Stéphane de Freitas en 2016 que j'ai découvert l'enthousiaste Bertrand Périer, avocat, enseignant et surtout amoureux fou des mots.
L'occasion était trop belle de prolonger ma découverte de l'univers de cet homme passionné par les mots de la loi, bien sûr, mais tout autant par ceux de la musique, de la nourriture ou de l'amour, entre autres.
L'avant-propos est une véritable déclaration d'amour aux mots," [ses]plus chers compagnons" car ils offrent "une infinité de portes ouvertes sur le monde". bertrand périer
Ce goût des mots, il s'efforce de le transmettre aux jeunes, via des cours et des concours d'éloquence, et ici même par quelques propositions ludiques à la fin de chaque chapitre.
Si j'ai d'abord été un peu déroutée par ce qui s'avère être en fait un portrait de l'auteur via certains mots appartenant à ses domaines de prédilection, j'ai été ensuite portée par l'écriture fluide de celui qui sait si bien transmettre ses émotions. Un grand plaisir de lecture.

Jean-Claude Lattès 2019

 

 

08/05/2019

Tsun-dico

Nous pratiquons, toutes et tous,à des échelles différentes, avouons-le,  le tsundoku, mot japonais désignant "l'accumulation de livres qui ne sont jamais lus"...Un mot qui mériterait d'entrer dans notre vocabulaire, non ? Il n'est pas le seul.
Sabine Duhamel s'est amusée ainsi à recenser 200 mots que le français devrait emprunter aux autres langues et c'est un pur régal pour les curieux et les amoureux des mots !
Ainsi voudrions-nous tous profiter du kwadi, terme issu d'un dialecte brésilien traduisant "le bien-être que l'on ressent lorsqu'on se réchauffe et paresse au soleil".sabine duhamel
Faute de mieux, les finlandais ont un terme pour évoquer le fait de "se prendre une cuite seul chez soi et en sous-vêtements" (!) : kalsarikannit. Plus conviviaux, les Allemands pratiquent le fruhschoppen, soit le fait de "boire en bonne compagnie des boissons alcoolisées dès le matin", ce qui peut, mine de rien, si l'on enchaîne amener à la walk of shame britannique, soit littéralement "chemin de la honte" et désignant le fait de "rentrer chez soi en titubant parce qu'on a trop bu ou rejoindre son domicile au lendemain d'une soirée avec une énorme gueule de bois et ses vêtements sales de la veille". Ne reste plus qu'à offrir à sa douce (ou son doux )pour se faire pardonner un Drachenfutter allemand (littéralement nourriture du dragon), soit un cadeau pour l’amadouer.
Rassurez-vous tout ne tourne pas autour de la boisson , loin s'en faut , et c'est un pur régal que de découvrir ces termes hyper précis, révélateurs des particularités de plus de 70 langues et /ou dialectes !

Autrement 2019.

04/12/2018

Mes émotions en expressions

"On peut dire qu'on s'ennuie comme un rat mort ou comme un crouton derrière une malle !"

La peur, l'émotion et la joie sont les émotions ayant donné naissance aux expression imagées les plus nombreuses de ce recueil, mais la tristesse, l'ennui, la fierté , la surprise et la honte ne sont pas en reste ! Une chose est sûre: dévorer cet ouvrage de lexicographes éminents comme Alain Rey et Danièle Morvan , le tout illustré par les malicieux dessins de Roland Garrigue, nous fait voir la vie en rose ! Ce n'est jamais la barbe et les lecteurs, petits ou grands ne monteront pas sur leurs grands chevaux, bien au contraire !alain rey,roland garrigue,danièle morvan
Ils prendront même plaisir à frisonner un peu au vu de la faucheuse et souriront à voir la tête d'enterrement d'une demoiselle d'honneur tout de rose vêtue (ma chouchoute).
A offrir sans modération !

Merci à Masse Critique et aux éditions Le Robert.

 

 

20/03/2018

Maudits mots

"Comment s'y prend-on pour faire mouche ? Il s'agit, toujours et partout, de mettre l'accent sur une différence, fut-elle fantasmatique, et d'en faire un stigmate."

Dans son introduction, la linguiste et sémiologue Marie Treps, souligne le fait que maintenant en France les propos xénophobes sont punis par la loi mais que , néanmoins, des précautions langagières , des stratégies d'évitement (insinuations, périphrases, euphémismes...) permettent à ceux tenant des propos racistes d'échapper aux sanctions.marie treps
Elle a donc décidé de faire un état des lieux, inscrivant notre rapport à l'Autre dans la continuité historique, rappelant ainsi que des raisons politiques ou économiques (traites négrières, colonisations ...) sont à l'origine de ces appellations. Ses propos sont étayés par une brassée d’exemples tirés de textes aussi bien anciens que contemporains.
Par chapitres plus ou moins gros, suivant l’importance du corpus,  de "Allemands " à "Polonais et Russes", elle scrute ainsi ces Maudits mots, avant que d'envisager dans son tout dernier chapitre "Retours de bâton" , la juste conséquence, à savoir les insultes dont nous bénéficions à notre tour, de "gaulois"à "fesse de craie" !
On sort de cet ouvrage très riche un peu nauséeux devant tant d'irrespect et de manque d'humanité. Un indispensable !

Merci aux Éditions Tohubohu et à Babelio.marie treps

26/02/2018

J'apprends le français

"Ce que je leur devais aussi, c'est de dire que non seulement, ils nous apportent mais qu'ils nous rapportent. Si ce livre ne parvenait à persuader ne serait-ce qu'un seul lecteur, je n'aurais plus à rougir ni à regretter de m'y être dévoilée. L'accueil de l'étranger n'est pas une charité mais un échange. Il nous ouvre un monde dont nous n'avons pas idée. Il démultiplie nos points de vue, enrichit nos perceptions. Nous en tirons bénéfices."

Marie-France Etchegoin, journaliste de profession, s'est improvisée formatrice en Français Langue Étrangère auprès de migrants venus d'Afghanistan, d’Érythrée, du Soudan. Elle s'est très vite investie et a beaucoup appris, autant qu'elle a enseigné.marie-france etchegoin
Tout dans cet enseignement est fluctuant car les migrants, en plus des épreuves tant physiques que morales qu'ils ont dû affronter, sont en butte aux rouages d'une administration kafkaïenne qui risque de les renvoyer dans le pays qu’ils ont fui.
Tout dans cet ouvrage généreux et engagé est intéressant au plus haut point. L'auteure y dévoile son propre rapport à la langue, car elle ne veut pas se tenir en retrait, comme une ethnologue distanciée, l'enthousiasme de ses élèves, leur foi en la France et en sa langue. J'y ai aussi découvert avec effarement la situation politique en Érythrée, un véritable enfer sur terre. Un livre nécessaire et passionnant, piqueté de marque-pages.

23/10/2017

Les mots du bitume

"L'argot, lui ,fait preuve d'une grande hospitalité envers ce que l'on considère comme des fautes.C'est une langue qui ne juge pas, qui ne condamne pas mais qui accueille."

Longtemps je me suis réveillée de bonne heure en fin de semaine, pour le seul plaisir d'écouter les chroniques d'Aurore Vincenti sur France Inter. (clic)
Les mots du bitume, qui reprend les meilleures d'entre elles, permettra à tous de les (re) découvrir sans avoir à se lever dès potron-minet. L'occasion aussi de mieux comprendre les extraits de rappeurs  diffusés dans l'émission et dont le flow*, ajouté à cette langue quasi étrangère pour moi, ne garantissait pas forcément la compréhension à cent pour cent.aurore vincenti,alain rey
De Rabelais à Booba, en passant par des extraits de dialogues d'Audiard ou de chansons de Brassens, rien de ce qui est linguistique n'est étranger à Aurore Vincenti et elle fait son miel (et le notre) de ces auteurs éclectiques, retraçant avec gourmandise et humour tant l'origine des mots que leur nuances ou leurs  évolutions.
J'ai ainsi découvert que la ville de Grigny était particulièrement féconde en créations l'ingusitiques, que le romani, l'arabe ou les langues africaines nous prêtaient généreusement leurs mots, mais aussi que parfois, l'anglais, auquel les rappeurs français se réfèrent souvent, ne fait qu’emprunter au ...français ! Ainsi en est-il du fameux spoiler (divulgâcher) venant "De l'ancien français espillier qui signifiait "dépouiller" , "piller"et même "spolier"".
De l'érudition en pagaille donc, mais de manière enjouée. Un pur régal préfacé par le maître Alain Rey.

Le Robert 2017.

* flux, débit de paroles dans le rap.

19/10/2017

Comment faire lire les hommes de votre vie

"C'est cela, la raison profonde de ce livre.Partager cette chance formidable de n'être jamais seul, de n’être jamais sans quelqu’un qui pose sa main sur mon épaule, me serre dans ses bras."

La majorité des lecteurs sont...des lectrices. Fort de ce constat, Vincent Monadé, ancien libraire et fervent amoureux des livres, nous confie différents stratagèmes, souvent fort drôles, émaillés de conseils de lectures adaptées aux goûts des hommes de notre vie. vincent monadé
L'occasion pour moi de glaner au passage de nombreuses idées de (re) lectures, mais en aucun cas de les partager avec mon Homme: trop de livres envahissent déjà la maison !

Payot 2017.

Déniché à la médiathèque.

13/05/2017

Une putain de catastrophe...en poche

"Les Wilson sont dans une impasse linguistique.Vous, Jeremy, investirez leur mariage. Vous allez, pour ainsi dire, bivouaquer sur leur champ de bataille conjugal.
-Seigneur ! s'exclama Cook. je préfèrerais conduire un camion charge de nitroglycérine."

Au chômage, le linguiste Jeremy Cook est embauché par L'Agence Pillow, cabinet de conseil conjugal,dont la particularité est d'envoyer à demeure un spécialiste du langage pour régler les conflits entre époux.
Au bord de la rupture, les Wilson voient donc débarquer celui qui, à première vue, paraît à mille lieues de comprendre la situation, étant lui-même un célibataire endurci .David Carkeet
Malentendus sur des pronoms, attentes totalement opposées, Jeremy observe, interroge et, tout en suivant la plus bizarre des méthodes, met à jour  les mines anti-mariages susceptibles d'exploser à la plus petite occasion.  C'est drôle, acéré, souvent pertinent et chacun se reconnaîtra dans l'un des motifs de dispute ou d’insatisfaction évoqués dans ce roman.

Une putain de catastrophe, David Carkeet

07/03/2017

Dans l'atelier de l'écriture on n'apprend pas à nager par correspondance

Vieux routier de l'écriture, jean-Noël Blanc se penche ici sur tous les problèmes qui se posent à l'écrivain en devenir .
De manière imagée, avec des titres de chapitres humoristiques et/ou intrigants ("Le goût du protège-dents, "Affûter un couteau"...), il nous livre des réflexions et des conseils, émaillés de citations et d’exemples, hélas pas toujours sourcés, même quand il s'agit de ses textes.jean-noël blanc
Chaque chapitre se termine par des exercices concrets, souvent jubilatoires, comme supprimer tout ce qui nous paraît inutile dans les texte d'un auteur qu'on n'apprécie pas (il n'en saura rien, confie malicieusement Blanc).
Aucune recette pour se faire éditer, l'auteur reste pragmatique et évoque les aléas de l'édition, mais une découverte fort intéressante des coulisses de l'écriture pour les curieux ou ceux qui aiment simplement écrire sans pour autant se prendre pour de futurs grands écrivains.

Jean-Noël Blanc, éditions Thierry Magnier 2017, "Un magasin de bricolage pour ceux qui ont envie de tâter de l'écriture" de 195 pages qui se dévorent presque comme un roman !

03/02/2017

Les livres prennent soin de nous...en poche

Ce n'est pas facile de dire à un tiers ce que l'on a vécu, et qui fait qu'on ne va pas bien. à qui en parler ? à un proche ? C'est prendre le risque d'être renvoyé au silence ou de l'entrainer dans son propre malheur. à un psychologue ou un psychiatre ? Mais le patient refuse souvent ce recours. Restent les livres et le bibliothérapeute."

Encore mal connue  en France, la bibliothérapie se propose de restaurer un espace à soi par l'intermédiaire des livres.régine detambel
Rien à voir avec le développement personnel "Car il faut qu'un livre soit plurivoque, un épais feuilletage de sens et non une formule plate, conseil de vie ou de bon sens, pour avoir le pouvoir de nous maintenir la tête hors de l'eau et nous permettre de nous recréer." Et Régine Detambel de célébrer la métaphore ainsi que l’aspect plurisensoriel du livre.
L'intuition doit présider au choix des livres, pas de systématisme dans les prescriptions ,car un même livre pourra se révéler remède ou poison selon son lecteur.
Telles sont donc les grandes lignes de cette thérapie que l'auteure, kinésithérapeute de formation , enseigne sous sa forme créative à Montpellier. Un avant-goût qui donne envie d'approfondir cette piste.

Babel 2017, avec une préface qui resitue un peu les faits par rapport à la polémique et aux accusations de plagiat (R. Detambel citent les personnes pionnières dans cette discipline).