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19/09/2010

La pêche aux mots

"On est pêcheur, pas empailleur."

Pêche et littérature font souvent bon ménage comme nous l'ont prouvé récemment toute une série de romans.41Yzdv6kglL._SL500_AA300_.jpg
Se faufilant parmi eux, un très bel objet littéraire tout de noir, blanc et rouge  élégamment vêtu ,très fin dans tous les sens du terme, vient de trouver sa place : La pêche aux mots.
Respectant le principe de cette collection, l'auteure, qui n'est pas illustratrice d'ordinaire, a été invitée à accompagner elle-même graphiquement son texte afin de le signer davantage encore. Antigone a pensé à La linéa, j'y ai retrouvé le graphisme du  Petit livre des gros câlins !41E8C32JK5L._SL500_AA300_.jpg
En tout cas, cette simplicité du trait s'allie parfaitement au texte qui file la métaphore de la pêche et de l'écriture, évoquant aussi bien le calme nécessaire à la rédaction que "les viscères" des poissons attrapés: "On n'y touche pas, on les laisse dedans, c'est là que ça bat." En quelques phrases tout est dit . A chacun de s'approprier le texte et de le gfaire résonner en soi.

La pêche aux mots, Joëlle Ecormier, Motus 2009. A lire et relire.

Merci qui ? Merci Dame Cuné bien sûr !:)

11/05/2010

Les mots des familles

Autrefois, il existait une Tisane des familles, dorénavant il y aura Les mots des familles.
Recueillis avec gourmandise par Cookie Allez, ces mots qui fonctionnent parfois en vase clos , font référence à toute une histoire familiale. Ces expressions imagées et fortement réjouissantes permettent aussi de caractériser les Autres ou d'évoquer en catimini les fonctions corporelles...
J'ai particulièrement apprécié"Le jour de la Pentecôte il était coiffé d'un entonnoir"pour désigner avec une certaine cruauté quelqu'un dont on estime que l'esprit (saint) n'a pu entrer dans sa cervelle...Plus charmant, ce "Petit rien tout neuf" désignant un cadeau que l'on offre et dont on veut minimiser le prix ou bien encore le fait de Mettre à pied les araignées, comprendre bien faire le ménage, ce que fait souvent une femme tac-tac à savoir une femme très active, rapide et organisée, qui dirige son monde et sa maison d'une main de fer, ce qui bien sûr ne concerne aucune d'entre nous !41Gyv8rgsVL._SL500_AA300_.jpg

Savoureux et très agréablement présenté par la" cueilleuse de mots ". On attend déjà la suite avec impatience !

Les mots des familles, Cookie Allez, Buchet-Chastel 2010 .

16/03/2010

Bouche bée tout ouïe ou comment tomber amoureux des langues

"Il y a des préfixes réservés également aux nains, aux bossus et aux boîteux."

Parce que c'est un grand amoureux des langues, Alex Taylor a rassemblé dans Bouche bée, tout ouïe, une flopée d'informations recueillies au cours de ses pérégrinations et  de ses rencontres amicales ou amoureuses. ça pétille à chaque page car notre chroniqueur européen préféré a autant de culture que d'humour.417HBow9+SL._SL500_AA240_.jpg
Sans jamais pontifier, il nous gratifie au passage de remarques intéressantes concernant tant l'enseignement que la traduction et se penche avec une curiosité inlassable sur les particularités linguistiques les plus incongrues et donc hautement réjouissantes.
On croisera au passage aussi bien les Teletubbies que de la confiture contraceptive et l'on se régalera des sous-titres aussi savoureux qu'énigmatiques: "Des grands-mères ne font pas de grimaces même en se rasant !" Et comme par magie, en lisant ce livre, j'entendais la voix si caractéristique du si charmant Alex...

Bouche bée, tout ouïe, ou comment tomber amoureux des langues, Alex Taylor, Jean-Claude Lattès 2010, 267 pages bourrées d'informations.

19/01/2010

Sur le bord de l'inaperçu

"Ici, seules les femmes savent lisser le temps."

Visiter Baldéa , sur les traces du narrateur, c'est partir pour un monde qui n'a pas de frontières , un monde où il faut accepter de perdre ses repères car "L'incertitude est partout" ,pour le plus grand bonheur de ses habitants et pour le notre également.
En 68 chroniques, Michel Guillou nous peint en effet un univers où "Les plus beaux raisonnements flottent dans l'air comme de purs échafaudages de givres", comme un écho des paroles givrées dans Rabelais, un monde où les expressions peuvent être prises au pied de la lettre (voir le chapitre intitulé "Feux de torchons"),où des "néoforgerons forgent à la hâte les néologismes de première nécessité." Point n'est besoin à l'auteur d'ailleurs de tels auxiliaires car lui même se charge-et avec quel talent !- d'en créer lui même qui sont très évocateurs tels  " se recrocotiner"relevé au passage, sans compter tous ces mots dont on ne sait plus s'ils sont ou rares ou inventés mais qui se fondent délicieusement dans les énumérations dont l'auteur nous régale.41yav09Vw4L._SL500_AA240_.jpg
Tout ceci pourrait relever de l'anecdotique ou du pur jeu avec les mots. Ce serait sans compter sans la véritable topographie -fluctuante et précise- des villes,de leurs guerres, des "zones de Tohu Bohu et de Brou Haha". Une analyse qui passe aussi en revue la flore (très réduite) et la faune pour le moins surprenante, sans compter tous les points d'eau particulièrement dangereux (On comprend pourquoi les piscines sont vides et peuvent servir à ranger les livres...). N'oublions pas un recensement  exhaustif et poétique de toutes les formes d'eau présentes sur Baldéa, et toute une batterie de petits métiers pittoresques: peintres d'horizon, planteurs d'eau, porteurs d'ombre ou poseurs de panne...Sans oublier quelques coups de griffe qui pourraient bien s'appliquer à notre époque bling-bling, Michel Guillou retrouvant ainsi un usage traditionnel du monde imaginaire tel que l'avait utilisé par exemple Swift. Bref, vous l'aurez compris ce livre est un enchantement, tant pour ceux qui sont friands de mots que pour ceux qui apprécient un imaginaire en folie ! Inutile de vous dire qu'il a d'ores et déjà sa place sur l'étagère des indispensables  et qu'il en sortira souvent pour être consulté !

Sur le bord de l'inaperçu, Michel Guillou, Gallimard, 2009, 174 pages chatoyantes et jubilatoires !

 

Merci encore à Bellesahi pour cette découverte !

17/01/2010

juste pour vous donner envie...

"Il existe ici des adjectifs pyromanes.
Un fil de braise les habite ,que rien n'éteint.
Ils prennent un malin plaisir, un plaisir chafouin aux feux d'encre, aux feux d'alinéa, de paragraphe, , aux feux de page et de chapitre qu'ils allument.
A leur contact, la moindre phrase s'enflamme et se consume, ne laissant qu'une ligne de cendre, une traïnée de mica noir, le silence illisible d'une poussière d'alphabet.
[...]
Les adjectifs pyromanes sont des êtres nerveux et frondeurs, des énergumènes fronduleux. L'incendie est leur joie, l'écriture la paille, la folle avoine de leur feu.
Seules leur résistent les phrases dont l'incendie leur est égal ou supérieur."

Michel Guillou, Sur le bord de l'inaperçu, Gallimard,2009, billet à venir. Merci à Bellesahi pour cette formidable découverte.

 

31/12/2009

La fin des haricots et autres mystères des expressions françaises

La fin des haricots, la fin de l'année, quoi de mieux pour clore 2009 que ce recueil de chroniques parues dans "Le Figaro et rassemblées en format poche ?515J9U+ScQL._SL500_AA240_.jpg
Alors, bien sûr, quand on est féru de ce type d'ouvrage, on retrouve des explications données ailleurs, mais une petite révision ne fait jamais de mal aux neurones et c'est toujours l'occasion de se cultiver et de satisfaire sa curiosité  en picorant dans ces textes savoureux, qui fustige parfois au passage les erreurs entendues ou lues dans les media...

L'occasion pour moi aussi de souhaiter qu'en 2010 vous vous portiez comme un charme et que vous goûtiez les délices de Capoue ! A bientôt, je vous embrasse !

La fin des haricots et autres mystères des expressions françaises, Colette Guillemard, Omnia, 2009, 274 pages, 12 euros.

14/10/2009

Les mots migrateurs, les tribulations du français en Europe

 

Les mots migrateurs se propose d'étudier méthodiquement les traces qu'ont laissées les mots français dans vingt-huit pays d'Europe, rangés par familles de langue.513DTNYOTuL._SL500_AA240_.jpg
Après une introduction historique très claire  expliquant le succès de notre langue en Europe, Marie Treps recense méthodiquement les mots français, qui ,parfois méconnaissables , ont su s'installer durablement dans d'autres langues.
Cette promenade est riche, peut être un peu trop même si on veut la faire d'une seule traite mais chacun pourra faire son miel des mots principalement empruntés- ô surprise- au vocabulaire gourmand, amoureux ou culturel mais qui, comme le souligne l'auteure témoignent souvent d'un usage désuet de la langue française.
Le lecteur curieux apprendra aussi quelles sont les particularités des diverses langues européennes. Ainsi en slovaque peut on trouver une phrase sans aucune consonne mais dont l'occurence est rare puiqu'elle signifie: "Mets ton doigt au travers de la gorge".
A consulter régulièrement.Ou pas !:)

 

Marie Treps, Les mots migrateurs, les tribulations du français en Europe, éditions du Seuil.

12/10/2009

Lettres à mon libraire

"sanctuaires irremplaçables où s'achète le savoir universel",

A l'initiative de ce joli recueil, Lettres à mon libraire, Jean Morzadec, un fondu de littérature qui oeuvre sur France Inter. Des écrivains ont donc été sollicités pour "raconter, en mots simples, quelle place tiennent les librairies dans leur vie."
Les réponses sont éclectiques, et dans la forme et dans le fond ,mais toutes donnent à voir un véritable amour de ces endroits mi-capharnaüm, mi-caverne d'Ali baba, peuplés d'improbables libraires, capables pour certains d'indiquer de manière précise où se niche tel ouvrage sans même bouger un cil, leur mémoire vive battant à plates coutures celle d'un ordinateur !41zsMO9f8UL._SL500_AA240_.jpg
Certains auteurs, comme Claudie Gallay remercient au passage les libraires qui les ont soutenus, tandis que d'autres en profitent  pour assurer un peu de pub à leur dernier ouvrage en date, oubliant parfois au passage le thème imposé...
Véronique Ovaldé , égale à elle même , arrive à insuffler une étrangeté poétique à un souvenir d'enfance, tandis que Patrick Modiano envisage le recensement de toutes les librairies qu'il a connues dans Paris et qui ont disparu...Didier Daeninckx, quant à lui,  se fend d'une bafouille hilarante là où on se serait attendu à plus de gravité...
Ce recueil est aussi l'occasion de découvrir certains auteurs , ainsi pour moi, Benoît Hopkin qui nous décrit un comportement typique de lecteur compulsif dans lequel chacun pourra se reconnaître, avec entre autres une "tête d'équerre" particulièrement bien trouvée. Bref, de quoi assurer pour six euros le bonheur de tous ceux ceux qui fréquentent ce "temple aux murs de papier" (et de glaner au passage quelques bonnes adresses) ! Un livre qui donne aussi envie d'écrire sa propre lettre...

Lettres à mon libraire, préface de François Busnel, Editions du Rouergue, 6 euros.

11/09/2009

Lâche pas la patate !

Marie Treps,gourmande de mots, à son habitude , dans Lâche pas la patate ! nous régale de mots et d'expressions francophones venus du Québec (avec la  délicieuse débarbouillette (carré de tissu éponge pour nettoyer le visage) )ou le très imagé ruine-babines (harmonica), de Suisse, où la lenteur  semble une valeur sûre , de  la Louisiane où l'on sait Laisser les  bons moments rouler (profiter des bons moments) ou de Nouvelle-Calédonie . Mais c'est peut être dans toutes les anciennes  colonies françaises d'Afrique que la langue se  plie avec le plus de bonheur aux néologismes d'une  évidence radicale :ainsi cadeauter au Sénégal ou  frousser au Congo-Kinshasa.  Sans oublier mon chouchou en direct de Côte d'ivoire: C'est gâté complet, ça  ne marche plus du tout,  c'est fichu!
J'y ai découvert en outre que Filet américain, être à la ducasse, fréquenter, amitieux,amusette ô surprise, ne  sont pas comme je le croyais des régionalismes du Nord mais qu'ils nous viennent  tout droit de la Belgique toute proche  ! Comme quoi les mots  se jouent des frontières et s'acclimatent en un rien de temps !51wUiJDT0lL._SL500_AA240_.jpg
Une promenade à  travers les  pays mais aussi l'Histoire avec la binette du colon désignant une chaise longue en Nouvelle -Calédonie,la binette étant un instrument aratoire, tandis que la chaise longue est indispensable à la sieste, "Pendant que les uns travaillent, les autres se reposent..."
Pour tous les amoureux des mots, quel que soit leur âge !

Lâche pas la patate !, Marie Treps, éditions du Sorbier, 2009, 15 euros.Illustrations de  Gwen Keraval

Le billet d'Esmeraldae qui m'avait donné envie !

12/06/2009

Les mots de Brassens

Ouvrir le livre de Loïc Rochard c'est plonger d'emblée dans l'univers de Brassens, l'entendre chanter tous les refrains et les couplets qui ont accompagné et accompagnent encore nos vies, mettre en route un juke box d'où s'échappent en ribambelle quelques grigous, une ou deux gourgandines, une donzelle, pas trop collet monté, un blanc-bec pour qui elle aurait le béguin, pour qui son coeur battrait la breloque.
Féru du Grand Georges, l'auteur s'est en effet donné pour tâche, véritable travail de Bénédictin, de préciser dans ce Petit dictionnaire d'un orfèvre du langage tous ces mots dont nous ignorons souvent le sens exact mais que Brassens a rendu familiers à nos oreilles et qui participent de l'univers si particulier du chanteur. Il précise en outre, et c'est fort utile, la ou les chansons dans lesquelles on peut trouver le terme en question.51mb6HIIDiL._SL500_AA240_.jpg
Dans son intéressante introduction, Loïc Richard nous montre également l'apparente facilité des textes du moustachu à l'éternelle pipe, textes qui coulent souples et aisés,  mais qui ont parfois nécessité une année de travail avant que les mots sonnent juste aux oreilles du compositeur. Car Brassens   s'était "abîmé" dans la lecture et n'aimait rien tant que mêler références mythologiques, langage vert ou recherché, détournant au passage bien des expressions.
Cerise sur le gâteau, Loïc Rochard a même recherché quelques unes des réminiscences littéraires témoignant de la diversité des lectures du chanteur puisqu'on y trouve aussi bien Jean de La Fontaine, René Fallet ou Shakespeare !
Bref, pas question ici de flagorner mais nous sommes ici devant une somme où chacun trouvera son content, car c'est une oeuvre riche mais jamais pédante, un dictionnaire plein d'amour et de poésie .

Les mots de Brassens , Petit dictionnaire d'un orfèvre du langage, Loïc Rochard, Le cherche midi, 358 pages où l'on ne mange pas du poète !

Ps: Depuis , je chante en boucle "la  ronde des jurons" !:)