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11/12/2019

Artistes femmes

"Les femmes doivent-elles être nues pour entrer au Metropolitan Museum ? "

 

Du XVI e siècle à nos jours, une présentation claire et concise des femmes artistes dont l’œuvre est trop souvent méconnue. J'ai apprécié qu'on ne se limite pas dans cet ouvrage de vulgarisation à tout petit prix (12 euros) aux femmes européennes et/ou américaines.61PUU8pdMNL._AC_UY218_ML3_.jpg
Il n'en reste pas moins que certaines françaises contemporaines sont cruellement absentes (Annette Messager, Sophie Calle, pour ne citer qu'elles...).
Une bonne introduction au format poche qui donne envie d'aller plus loin dans la découverte de la vie et l’œuvre de ces femmes dont pour certaines j’ignorais jusqu'à l'existence.

 

Flammarion 2019, 165 pages. Flavia Frigeri

06:00 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

02/12/2019

Notes à usage personnel

"J'ai peur d'être cette femme qui dérange. Et peur de ne pas déranger assez.
J'ai peur. Mais je le fais quand même."

Dans ces Notes à usage personnel, Emilie Pine évoque d'abord les souvenirs qu'elle a gardé d'une crise familiale: celle où son père, volontairement exilé en Grèce, a failli mourir à cause de son addiction à l'alcool.En filigrane, elle dépeint le portrait d'un homme, écrivain, autocentré et bien peu concerné semble-t-il par ses filles. Avec franchise, courage, c'est aussi le dialogue entre un père et sa fille, en perpétuelle évolution, avec ses hauts et ses bas ,qui se donne aussi à lire et l'essentiel est qu'il continue.emilie pine,irlande,femmes
Dans les cinq autres essais, Emilie Pine va encore au plus près de son intimité puisqu'elle évoque tour à tour son infertilité (alors que sa sœur est enceinte), son sentiment de solitude quand ses parents sont séparés dans une Irlande qui n'autorisait pas encore le divorce, son anorexie et de manière plus générale son rapport difficile à la douleur et au corps , les violences faites au femmes, son addiction au travail et la dépression.
Féministe, elle l'est mais ce n'est pas pour autant facile de d’admettre, même a posteriori ,qu'elle a été violée, tant la question du consentement était alors biaisée, et le reste encore trop souvent. Ce n'est pas non plus facile de lutter contre le sexisme ambiant , même quand,  comme elle, on occupe un poste de professeure de théâtre contemporain au sein d'une université.
Un parcours poignant, au plus près du corps et des émotions, sans fards qui bouleverse m,ais donne aussi à réfléchir. On se réjouit que l'auteure, à qui son père avait fait promettre quand elle était enfant, de ne pas écrire , n'ait pas respecté cette promesse.

 

Traduit de l'anglais (Irlande) par Marguerite Capelle. Delcourt 2019, 188 pages puissantes.



06:00 Publié dans Essai | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : emilie pine, irlande, femmes

01/12/2019

Le goût du baiser

"Physiquement, j'ai besoin de taper contre quelque chose ou contre quelqu'un . J'ai besoin de sentir mon corps. Mon corps devenu en partie insensible, anesthésié.Mon corps confisqué, et moqué par Antoine."

A la suite d'une chute de vélo, par ailleurs sans gravité, Aurore a perdu le goût et l'odorat. Pour cette élève de première commence alors une période particulièrement angoissante : comment savoir si on ne sent pas mauvais, comment savoir si on ne se met pas en danger (en ne sentant pas l'odeur du brûlé, par exemple) et surtout comment ne pas perdre goût à la vie et à tous les plaisirs gustatifs et sensoriels en étant privée de deux sens ?
La seule à être au courant au lycée est sa meilleure amie , Bintou, qui avec son franc-parler et son humour parfois cru , guide en quelque sorte Aurore dans ses relations aux autres, l'aidant à envoyer aux orties les préjugés sexistes qu'Aurore a parfaitement intégrés.camille emmanuelle,l'ardeur,éditions thierry magnier
Mais c'est Aurore elle-même qui parviendra à reconquérir son corps en se lançant dans une pratique sportive qui lui permettra d'évacuer et de maîtriser la rage qu'elle sent en elle. C'est aussi la rencontre d'une jeune homme , Valentin, un peu plus âgé et surtout plus mûr que les petits cons ( égoïstes et nuisibles ) du lycée qui lui permettra peut être de lui redonner Le goût du (de ?) Baiser.
Parfaitement ancré dans l'univers contemporain, ce premier roman de la collection l'Ardeur (dûment muni d'un avertissement : certaines scènes explicites peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes) n'a pourtant pas une visée masturbatoire mais bien plus didactique. En effet, via Bintou et Valentin, Aurore va peu à peu prendre conscience que ce qui est véhiculé par les films pornos ou la société ne respecte pas les désirs des femmes.
Camille Emmanuelle montre les rapports parfois ratés, l'irrespect de l'autre de l'autre (amplifié par les réseaux sociaux) mais aussi la tendresse et les relations équilibrées, sans pour autant sacrifier l’aspect narratif de son texte. Un petit bémol: la fin un peu trop cliché mais bon, on ne se plaindra pas car un texte qui propose autant de pistes aux jeunes filles d'aujourd'hui pour  contrer la société machiste ne peut que nous réjouir.


Camille Emmanuelle, Thierry Magnier 2019, 221 pages enthousiasmantes.

22/11/2019

Les sorcières de la littérature

"Angela arrose ses rosiers lorsqu'une poupée vêtue d'une houppelande écarlate fait irruption dans son jardin. Encore une, c’est pas vrai ! Angela lève les yeux au ciel. elle saisit on poignard et frappe la poupée en plein cœur." (extrait de la présentation d'Angela Carter)

Ouvrez vite ce grimoire qui dévoile la magie de 30 femmes écrivaines, poétesses minimalistes ou incandescentes, autrices de science-fiction, de fictions horrifiques, d'hier ou d'aujourd'hui.
Venues des quatre coins du monde, connues ou non, injustement oubliées ou pas, il convient de se précipiter sur ce livre pour célébrer leur force créatrice, leur volonté de briser les carcans de la société, par le truchement de leurs mots.taisia kitaiskaia,katy horan,chloé delaume,cécile roche
Une définition vigoureuse les présente en quelques mots, dégageant les thèmes de leurs œuvres. Ainsi de Sylvia Plath : Furie de la maternité, du mariage et de la lune ; formules tour à tour évocatrices et énigmatiques qui donnent envie de découvrir les autrices qui nous sont encore inconnues : Sibylle aux multiples visages , aux ovules célestes et aux fantasmes tordus (Yumiko Kurahashi).
Taisia Kitaiskaia se charge ensuite de présenter la biographie de chacune d'entre elles et de nous livrer une liste de lectures recommandées (de quoi faire grandir nos Piles à Lire...), textes que Katy Horan illustre d'un portrait en couleur de chacune  de ces sorcières de la littérature. Une préface de Chloé Delaume complète le tout.
Voilà donc tous les ingrédients d'un livre enthousiasmant qui file directement sur l'étagère des indispensables et qui devrait se trouver au pied de chaque sapin de sorcière .

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cécile Roche, Autrement 2019

19/11/2019

#PasseMoiLeChampagneJ'AiUnChatDansLaGorge #NetGalleyFrance

"Bernard Arnault c'est le A de LVMH."

Les revoilà, encore plus riches, encore plus déconnectés de la réalité, la langue encore plus acérée et peut être encore plus drôles: les gens du monde de la mode, dont certains travers sont certes spécifiques, mais dont les réflexions, glanées par Loïc Prigent, pourraient très bien concerner d'autres milieux.loïc prigent
On sourit, on rit franchement, on grince des dents parfois devant tant d'arrogance décomplexée mais on surligne à tour de bras ces réflexions dont on ne sait parfois si c'est elles sont l'expression d'une méchanceté assumée ou d'une bêtise irrémédiable.

un petit florilège: "Je suis un fou de la santé. Je fais de la respiration jusqu'à six heures par jour quand je peux."

"Elle est passionnante comme la photocopie d'une feuille blanche."

"C'est quoi sa formation ?
- Piston +4."

"Me regarde pas j'ai mon mauvais profil aujourd'hui."

"Je déteste les fleurs. Envoie moi un sac à la place."

 

"Elle est de quelle origine ?
- Conne."

"J'étais à un mariage où personne n'allait à la gym c'était affreux."

"Pour être heureux il faut jamais penser. Elle est hyper heureuse."

"J'ai deux rendez-vous dont deux ennuyeux."

Grasset 2019

Du même auteur : clic.

06:00 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : loïc prigent

18/11/2019

#MonologuesDeL'Attente#NetGalleyFrance

"L'inconscient. Un lieu vivant qu’on découvre sur un divan."

Sept monologues intérieurs de différents personnages se déroulant dans un espace bien défini, la salle d'attente de psychanalystes, constituent ces Monologues de l'attente.
Dans ce lieu clos, où le temps semble distendu, les pensées se délient, vagabondent, préparent ou non la séance de ces analysants, férus de Freud et de Lacan. hélène bonnaud
Chacun d'entre eux possède son parcours et , en ce mois de février 2018 , le rêve de l'un d'entre eux, qui sert aussi de fil rouge au recueil, clôturera le recueil d'une manière  définitive.
C'est fin, intelligent et bien mené.

Jean-Claude Lattès 2019

14/11/2019

Salut à toi ô mon frère...en poche

"Mes petites vieilles de Popul'Hair me manquent . Elles perdent leurs cheveux, ont des goûts de chiotte en matière de permanente , mais au moins, elles pètent le feu, bouffent leur retraite à pleines dents et piquent les cotisations des actifs avec le sourire et le mors aux ratiches."


Soit une famille en apparence classique: père clerc de notaire, mère infirmière capable de se transformer en  passionaria, prête à tout pour défendre ses enfants, six, dont trois adoptés. Parmi eux, la narratrice, férue de lettres, s'est inventé un métier: lectrice au salon de coiffure Popul'Hair, où elle régale les mamies aux cheveux bleus de poèmes ou d'extraits  de Gargantua ou d’éloge de la folie. En effet, "La rime agit comme une drogue sur les racines de cheveux. ça boucle mieux, c'est un fait scientifique avéré-même René Char qui fait pleurer et donc friser. Et ça rend moins con . ça aussi, c'est un fait."marin ledun
Tout ce petit monde va s'affoler quand, victime du racisme et de sa légendaire gentillesse, Gus, le petit dernier va se trouver accusé du braquage d'un bureau de tabac.
Croisant les registres de langue, les références littéraires, tout en pourfendant la bêtise ambiante, Marin Ledun nous procure un grand plaisir de lecture dans ce roman en apparence léger et plein de d’humour.

Si vous êtes en manque de la tribu Malaussène chère à Daniel Pennac, vite précipitez-vous sur cet opus de Marin Ledun !

j'ai lu 2019

13/11/2019

Post-scriptum

1982-2013, telles sont les dates butoirs de ce nouveau volume du journal de Jane Birkin (je n'ai pas lu le premier volume).
Évidemment, ils faut aimer cette artiste pour avoir envie se pencher ainsi sur des extraits choisis, commentés et annotés par l'autrice a posteriori, mais l'écriture, très fluide et le portrait qui se dessine en filigrane de celle qu'on a l'impression de connaître par cœur, tant elle s'est livrée dans des interviews sans fards, font que l'on est forcément séduits, tant par sa franchise que par son manque total d'arrogance.jane birkin
Elle n'est évidemment pas parfaite, Jane, et elle ne se présente pas comme telle, loin s'en faut,  mais son joli brin de plume, son humour  font que l'on en découvre de nouvelles facettes de notre Anglaise préférée.
Éludant d'une pirouette la maladie, revenant avec élégance sur ses amours, ses filles, ses échecs, parfois, ses deuils, elle nous livre ici ce qu'elle veut bien nous donner et c'est tant mieux car on n'a pas l'impression de lire par dessus l'épaule de quelqu’un.

Fayard 2019.

06:00 Publié dans journal intime | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : jane birkin

12/11/2019

Les testaments

"Les uniformes, les insignes, les épinglettes, ça te raidit l'échine. Ici, les ramollos n'ont pas droit de cité ! "

Un testament olographe et des transcriptions de deux témoins (369A et 369 B), documents émis par des femmes,  constituent cette suite de La Servante écarlate, cette dystopie où une théocratie puritaine a été instaurée dans une partie des États-Unis. Là,  les femmes en sont réduites à leur rôle de reproductrices, de servantes , d'épouses ou de Tantes, instruisant les plus jeunes et les formatant.margaret atwood
Très vite, on peut  identifier celles qui sont à l'origine de ces textes, les liens qui les unissent et qui vont permettre de suivre de l'intérieur et au plus haut niveau, ou presque, la mise en place de ce régime autoritaire.
Là où le premier volume était quasiment étouffant, ici une éclaircie se devine, car le régime, gangréné par les corruptions en tous genres, est sur le point d'être détruit de l'intérieur, ou de l'extérieur, voire des deux côtés.
La construction alternée est justifiée d'un point de vue historique à la toute fin du texte et Margaret Atwood, si elle fait la part belle aux sentiments de ses héroïnes, crée une véritable tension tout au long du roman par le jeu des trahisons , des manipulations qui jalonnent son récit et le rendent tout à fait passionnant.
Une habile pirouette lui permet aussi de ne pas tomber dans la sentimentalité tout en éclairant le devenir de ses personnages. Une réussite.

Les testaments, Margaret Atwood, Robert Laffont 2049, traduit de l’anglais (canada) par Michèle Albaret-Maatsch, 532 pages passionnantes.

11/11/2019

Chroniques du hasard

"La parole écrite peut engendrer des versions cinématographiques très variées, mais une version cinématographique de haut niveau s'impose avec une telle force  et une telle précision, que, une fois produite, elle barre la route à toute autre œuvre de qualité."

Finesse, précision, intelligence sont au rendez-vous de ces chroniques hebdomadaires qu'Elena Ferrante a tenu dans The Guardian en 2018 et qui sont ici élégamment traduites par Elsa Damien.
Qu'elle évoque son rapport à la maternité, à sa propre mère, aux autres femmes,  l'écriture, le cinéma, la politique italienne, les plantes, l'auteure de l'Amie prodigieuse, est toujours enthousiasmante.
On devine chez elle une belle énergie, qu'elle a su maîtriser, et ce qu'elle peut révéler de personnel, elle si jalouse de son identité, a ici toujours valeur d'universel.elena ferrante,andrea ucini,elsa damien
La chronique intitulée Nationalité linguistique ravira les amoureux des mots et en particulier les traducteurs et traductrices qui pour elle sont "des héros".
Qu'elle fustige les points d'exclamation car "Dans l'écriture au moins, il faudrait éviter de faire comme ces fous qui gouvernent le monde  et qui menacent, trafiquent, traitent et, quand ils gagnent, exultent, en truffant leurs discours de ces minuscules missiles à tête nucléaire qui concluent chacune de leurs misérables phrases." ou évoquent plus trivialement Les Odieuses (les connasses, quoi ), elle suscite toujours l'intérêt et la réflexion.
J'ai parfois pensé à Virginia Woolf ou à Doris Lessing, dont elle partage le féminisme et j'ai été ravie de découvrir cette auteure (dont je n’avais pas réussi à lire le roman précédemment cité ) car elle a suscité chez moi l'"apprentissage voluptueux, [l']apprentissage qui nous modifie de façon intime et même dramatique, sous le choc de paroles aussi lucides que passionnées."
Le tout est présenté de manière raffinée et illustré de manière à la fois élégante et suggestive par Andrea Ucini, ce qui fait de cet objet un cadeau idéal à glisser sous le sapin. mais,en attendant, il file sur l'étagère des indispensables.

Gallimard 2019,