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20/08/2018

La maison des Turner...en poche

"La maison de Yarrow Street c'était leur mascotte sédentaire, et ses façades délabrées, les armoiries des Turner."

Viola la matriarche des Turner (13 enfants, une flopée de petits enfants et arrière petits-enfants) voit sa santé décliner et l'aîné de ses fils, Charles dit Cha-Cha rassemble la famille pour décider du sort de la maison familiale. Las, nous sommes à Detroit, la crise des subprimes a sévi, la maison ne vaut plus rien mais les avis sont partagés car certains sont très attachés à cette habitation où il sont tous grandi.
Une vingtaine d'années sépare l'aîné des enfants de la petite dernière, Leah,et ce sont surtout à ces deux personnages que va s'attacher le récit .Alternant passé et présent, nous découvrons aussi au passage des épisodes marquants de la vie du patriarche, décédé bien avant la réunion familiale, qui a su quitter sa campagne pour venir s'installer en ville.angela flournoy
De 1944 à 2008, c'est donc la vie, les épreuves, les joies de toute une famille noire que nous découvrons par le biais de personnages attachants qui ont su me séduire même si je ne suis pas une fan absolue de sagas familiales. Un grand plaisir de lecture à ne pas manquer.

La maison des Turner  de  Angela Flournoy , traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut.

19/08/2018

C'est le coeur qui lâche en dernier...en poche

"Vous voulez qu'on vous confisque vos décisions pour ne pas être responsable de vos actes ? C'est parfois tentant, vous le savez."

Pour échapper à la crise économique qui les frappe de plein fouet et les contraint à dormir dans leur voiture, Stan et Charmaine intègrent la ville pimpante de Consilience qui accueille le Projet. La solution pour réduire le chômage ? Accepter de travailler un mois en prison à Positron, puis réintégrer la vie civile, dans une ambiance très années 50, films lénifiants et chanson de Doris Day en boucle, où l'on occupera un autre poste. Dans un souci de rationalité, la maison sera occupée alternativement par deux couples, qui ne devront jamais se rencontrer.margaret atwood
Évidemment, un grain de sable va se glisser dans les rouages, Stan va tomber fou de désir pour la femme qui occupe en alternance son foyer, sans l'avoir jamais vue et, petit à petit, le bel ordonnancement va révéler  une réalité bien plus déplaisante.
Située dans un futur très proche, cette dystopie possède une rare caractéristique pour ce genre de texte: elle est très drôle. On sent que Margaret Atwood s'est beaucoup amusée à balancer son personnage de blonde pas si écervelée que cela, Charmaine, et son amoureux bougon et pusillanime, Stan, dans un maelstrom d'événements qui, tout en pointant les dysfonctionnements de nos sociétés, fait aussi la part belle à une certaine folie jubilatoire. à découvrir sans plus attendre !

C'est le cœur qui lâche en dernier, Margaret Atwood,  traduit de l'anglais (canada) par Michèle ALBARET-MAATSCH ,

18/08/2018

Moonglow

"Dans ma famille, depuis que j'existais, on préférait laisser la question des sentiments, et des discours sur les sentiments, à ceux qui n’avaient rien de mieux à faire."

D'emblée, le lecteur est ferré par cette magistrale scène initiale où le grand-père du narrateur, dans un accès de fureur extrême manque assassiner le président de la société new-yorkaise qui venait de le licencier de manière inique. Ce qui lui vaudra un séjour en prison.
Ce n'est qu'une des nombreuses histoires que le narrateur/auteur recueillera de la bouche de son aïeul, sur le point de mourir. L'occasion de reconstituer une vie fertile en aventures mêlant la libération du camp de Dora, où les nazis exploitaient des déportés esclaves pour construire leurs missiles V2 à la conquête spatiale américaine : "En général, on pouvait faire confiance aux Américains pour accuser leurs héros de tous les crimes, mais personne ne voulait entendre que l'ascension de l’Amérique sur la lune avait été permise par une échelle d'ossements."michael chabon
Mais c'est aussi le récit d'une émouvante histoire d'amour entre ce jeune vétéran de la 2nde Guerre mondiale et une jeune réfugiée française, au bras tatoué de chiffres bleus, hantée par des cauchemars de cheval écorché qui la mèneront à faire des séjours en hôpital psychiatrique.
Mensonges et vérités se mêlent pour le grand bonheur narratif du lecteur qui ne lâche pas les 518 pages de ce roman foisonnant, à la structure temporelle éclatée mais qui ne perd jamais son lecteur en route. Un grand coup de cœur .

 Michael CHABON  traduit de l’américain par Isabelle D. PHILIPPE R. Laffont 2018.

17/08/2018

Je voudrais que la nuit me prenne

"Et je suis là encore. je suis quoi, je suis qui ? Une ébullition du passé. Sa grande fille qu'il ressasse et convoque, qu'il a devinée et s'injecte en une perfusion poétique."


Un couple de jeunes gens extrêmement amoureux, leur petite fille de bientôt huit ans, une famille donc, vit dans une sorte de bulle de bonheur et de fantaisie, bulle où la poésie, les chansons, les mots en général participent de la fête. La sensualité est elle aussi très présente, que ce soit dans l'exploration des corps ou le rapport à la nature, ce dont rend très bien compte l'écriture très charnelle d'Isabelle Desesquelles.isabelle desesquelles
Ce n'est qu'à la page 81 qu'est clairement énoncé ce qui fonde le thème de ce roman et qui se laissait deviner auparavant par de légers indices disséminés dans le texte. Il ne s'agit évidemment pas ici d'un roman à suspense , mais je me garderais bien pour autant d'en révéler trop. Disons juste que la tonalité change , que la nuit s'invite et que le souvenir trop ressassé se révèle plus nocif que bénéfique.
Un roman qui déchire le cœur (je n'ai pas pu le lire d'une seule traite pour laisser place à l’émotion) mais qui dégage néanmoins une formidable lumière. Un grand coup de cœur.

 

Je voudrais que la nuit me prenne, Isabelle Desesquelles, Belfond 2018, 204 pages poignantes.

16/08/2018

Tenir jusqu'à l'aube

"Elle ne pouvait se permettre aucune erreur, aucun écart. L'enfant et elle devaient filer doux, afficher zéro défaut, ne laisser aucune prise à la société. A tout instant, ils risquaient d'être étiquetés "famille à problèmes". Ils étaient hors-normes, ils étaient fragiles, ils étaient suspects."

Dans l'espoir de maintenir un lien ténu avec le père de son enfant de deux ans, la narratrice, graphiste free-lance, continue à vivre dans une ville où elle n'a ni amis, ni famille qui pourraient la sortir de ce huis-clos parfois étouffant avec son fils.
Les difficultés matérielles s'accumulent et la jeune femme commence à fuguer hors de l'appartement pour échapper à "cette créature qu'elle avait créée de toutes pièces: la bonne mère ".
Ces fugues "comme une respiration" un entêtement" créent une tension dans le roman car elles deviennent de plus en plus une nécessité et la narratrice ne peut s'en empêcher, même si elle a bien conscience de "Tirer sur la corde", titre de la deuxième partie du roman.
Cette tension est d'autant plus grande qu'elle est mise en parallèle avec le récit dont le petit ne se lasse pas: "La chèvre de Monsieur Seguin", cette chèvre ,qui, par amour de la liberté est prête à affronter le pire. Scandant le roman, les extraits de la nouvelle d'Alphonse Daudet seront aussi l'occasion d'un clin d’œil final à la fois jubilatoire et  violent.carole fives
Car oui, de la violence il y en a dans ce roman. Celle des internautes intervenant sur les forums de mamans solos, sortes de harpies vengeresses prêtes à lapider toutes celles qui osent se plaindre de leur fatigue,de leurs galères, de leur solitude... Celle des institutions (crèches, personnel de santé...), des propriétaires de logements, celle d'une société où les violences physiques faites aux femmes sont banalisées et niées, ne serait-ce que par les mots...
Mais Carole Fives sait aussi se faire intimiste en décrivant le quotidien de ce couple fusionnel mère-enfant, en soulignant la nécessité de "Réintégrer son corps." ,"Un corps sans enfant qui s'y cramponne. Un corps sans poussette qui le prolonge". Là, l'écriture colle au plus près des sensations et fait partager au lecteur ce sentiment de grande respiration nécessaire.
Un roman dévoré d'une traite puis relu dans la foulée, plus lentement cette fois pour mieux le savourer. Et zou sur l’étagère des indispensables !

 

 Tenir jusqu'à l'aube, Carole Fives, Gallimard 2018.177 pages intenses.

Merci à l'éditeur et à Babelio.

Hélène a elle aussi beaucoup aimé : clic., Delphine également : clic

Un coup de cœur pour Joëlle :clic

carole fives

14/08/2018

Série: The Teach

The Teach (le prof) malgré son nom est une série polonaise de facture plutôt classique ,mais néanmoins prenante.
Un prof de polonais mène l'enquête dans une petite ville (où il a des attaches ) car une lycéenne vient d'être assassinée. On retrouve là des ingrédients connus (magouilles politico-financières, policiers véreux, problèmes écolos...), sans oublier une bonne dose de perversion.
On peut aussi regarder cette série de manière quasi ethnologique : on y boit beaucoup (du thé mais pas que). Le prof de sport du lycée donne d'ailleurs cours une chope de bière à la main... Le même- qui est aussi sexy que l’acolyte de Derrick- arrondit ses fins de mois (attention divulgâchage) à la façon de Channing Tatum (sont vraiment en manque les locales)...
Le héros (niveau 1 sur l'échelle de sexytude) tombe, sans surprise ,tout ce qui est potable dans le bled (cf supra) et évolue dans un lycée gigantesque où de somptueux rideaux de dentelle blanche (ignifugés ?) pendent aux fenêtres des salles de cours, salles où des lycéens écoutent religieusement les paroles professorales (parce qu'il y a une caméra?). Attendez-moi, j'apprends le polonais et j'arrive !178589.jpg
La saison 2 est tournée.

10/08/2018

Fugitive parce que reine

"Non, ni lui ni aucun homme ne lui était arrivé à la cheville. Et s je savais que cette déclaration émanait du regard idolâtre de la petite fille que j'avais été, et si j'étais capable , avec le recul de la maturité, de brosser son portrait de manière plus nuancée-je voyais nettement sa fêlure comme sa force-, néanmoins, maman restait à mes yeux plus héroïque que quiconque.maman était mon héroïne, un point c'est tout."

Tout ou presque a été dit sur ce premier roman autobiographique de Violaine Huisman, couronné par le prix du roman Marie-Claire.violaine huisman
Poignante déclaration d'amour inconditionnel d'une fille à sa mère excessive et déséquilibrée psychiquement , mais qui a toujours su préserver ses enfants, même en usant de moyens parfois radicaux pour lutter contre ses troubles mentaux.
Une femme éprise de liberté dont Violaine brosse un portrait vibrant. Si j'ai moins été convaincue par la deuxième partie du livre qui relate de manière linéaire la vie de cette mère, j'ai néanmoins été enthousiasmée par  'écriture et la tonalité de ce roman.

 

01/08/2018

Les maux bleus

" Je lui dis adieu. Désolée, je ne serai jamais toi. Désolée, papa, maman Désolée. J'aurais bien aimé, pourtant, ça doit être si confortable d'être approuvée.
  Cette fille idéale, aujourd’hui, je la pleure comme on pleurerait une morte."

Bien qu'elle le sache depuis trois ans, Armelle, seize ans, n'a pas encore annoncé son homosexualité à ses parents, un couple de restaurateurs plutôt traditionnels qui rêvent pour elle d'une avenir tout tracé.
L'ostracisation dont elle est soudain victime au lycée et sa participation, bien contre son gré , à la manif pour tous vont précipiter les événements et entraîner son éviction brutale du domicile parental.
La voici donc à la rue, rejetée par tous,ou presque.christine féret-fleury,gay friendly
Partant d'un phénomène, hélas courant, comme il est rappelé en postface, Christine Féret-Fleury réussit le pari délicat d'évoquer l'homophobie dont sont victimes les jeunes au sein de leur famille, tout en brossant le portrait tout en émotions d'une adolescente intelligente et sensible.
Les personnages sont criants de vérité et l'auteure,sans édulcorer les faits, nous propose des situations qui ne tombent ni dans l'angélisme ni dans un pathos à tout crin. Armelle argumente mais , via son journal intime, nous confie aussi ses espoirs et ses douleurs.
Un constat raisonnablement optimiste et pragmatique qu'accompagne une liste de lignes d'urgence  ainsi que les coordonnées d'associations nationales et régionales à contacter au cas où.
Un grand coup de cœur que, comme Stephie, je vais utiliser en cours.

Les maux bleus, hristine Féret-Fleury, Gulfstream éditeur 2018, 191 pages indispensables.

Un grand merci à Stephie (clic) grâce à qui j'ai découvert ce roman.

26/07/2018

Le bestiaire fantastique de Mme Freedman ... en poche

 "Je suis prête à réduire les inégalités scolaires, à démanteler les systèmes d'oppression structurelle et de racisme qui gangrènent notre société, à équiper les leaders de demain des outils universitaires qui leur permettront de révéler pleinement leur potentiel.
D'après mon père, les idées progressistes m'ont lavé le cerveau."

Que penser d'une jeune prof qui donne à ses élèves le sujet suivant : "Écrivez une histoire d'une page dans laquelle votre créature fantastique préférée résout le plus grand problème sociopolitique de notre époque" ? Qu'elle sollicite l'imagination de ses élèves, certes, mais qu'elle est aussi légèrement fêlée . Fêlure qui va aller s'agrandissant car les élèves de Mme Freedman, même s’ils se situent dans la Bible Belt (territoire fondamentaliste chrétien) et plus précisément au Texas, ne sont en rien des anges. Et ce qu'ils révèlent soit avec naïveté, soit avec rouerie , est un quotidien fort agité.kathleen founds
Il n'empêche que deux d'entre eux,Janice Gibbs , rebelle à toute forme d'autorité, et Cody Splunk, futur grand écrivain, vont maintenir un lien avec leur ancienne Prof quand celle-ci sera internée .Ils décideront même de l'aider à s'évader de l'institution où elle est enfermée, institution qui pratique un "modèle  capitaliste de thérapie comportementale et cognitive" pour le moins bizarre.
Commencé le sourire aux lèvres, ce roman évolue très rapidement dans des zones plus troubles. Les émotions sont au rendez-vous,douces-amères ou plus violentes et les extraits de journaux des différents protagonistes, les courriels échangés, leurs narrations scolaires ou thérapeutiques, sans oublier l'intrusion de la téléréalité dans leurs vies forment un kaléidoscope nous permettant une vison à la fois plus approfondie et plus éclatée. Se construit ainsi le portrait d'une femme trop idéaliste,trop sensible aussi, trop fragile aussi.
Un grand coup de cœur !

24/07/2018

La vie effaçant toutes choses

"Je marche sous le joug d'une sacoche de dix kilos que j'appelle mon kit de survie, j'apprends que j'ai peur des baleines mortes et je ne sais pas qui je suis.Et je ne sais pas si je l'apprendrai ici.Mais je sens que si je me laisse porter par les fanfares de la Renaissance, par la tempête et les corps de baleines, j'accèderai à une part de moi que je ne me rappelle pas avoir jamais approchée."

Neuf femmes, d'âges,de milieux différents, mais toutes dans un moment de fragilité, fragilité qu'il leur faudra accepter, et surtout dans une volonté de se débarrasser de "l'échiquier social" qui leur a imparti un rôle -carcan. Signe de ce malaise à la fois psychique et physique, les cauchemars morbides (décrits de manière très réaliste) dont beaucoup d'entre elles souffrent.fanny chiarello
Fanny Chiarello scrute ici avec une attention sans faille les micro-fonctionnements de nos relations avec les autres, en soulignant la violence cachée: "Il y a violence à feindre de ne pas percevoir le spectre lumineux d'un être vivant, même si l'on feint pour le laisser croire qu'il dispose d'une forme d'intimité, là, entre sa valise et le couloir du TER, même si l'on feint pour le laisser détendre ses épaules sans témoin."
Elle décrit aussi avec une précision poétique les paysages dévastés des bords de voies de chemins de fer, les petites villes côtières, les chambres d'hôtels modestes, tous ces lieux que nous traversons sans leur accorder plus qu'un regard distrait, mais qui en disent long sur notre humanité.
Roman ou nouvelles ? L’éditeur ne tranche pas. Disons qu 'il s'agit de neuf récits qui s'interpénètrent par le biais de personnages récurrents, qu'ils soient principaux ou non, une SDF, Rita , étant un peu le fil rouge que l'on va retrouver dans chacun de ces textes, simple silhouette ou actrice à part entière, interagissant avec les autres héroïnes.
Autre lien : la musique, qu'elle intervienne par le biais d'orchestres, d'une artiste ou d'une station de radio dont certains animateurs ou animatrices joueront aussi un rôle au sein de ce dispositif narratif.
Certaines métaphores servent aussi de leitmotiv, comme autant de cailloux que l'auteure sème à l'attention du lecteur.
Un roman puissant, tant par la forme que par le fond .
L'écriture de Fanny Chiarello, précise, vive, donne chair à ces neuf femmes, parfois rugueuses, nous les rend attachantes, sensibles et presque sœurs. Un grand coup de cœur ! Et zou sur l’étagère des indispensables.