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15/05/2019

Je me promets d'éclatantes revanches

" C'est une des raisons pour lesquelles l'écriture de Charlotte Delbo dérange :par sa grâce, elle peut refuser de vivre en victime."

C'est par Marie-José Chombart de Lauwe, ancienne résistante et déportée à Ravensbrück, lors de la préparation de ce qu'elle n'ose pas encore appeler son roman (Kinderzimmer) que Valentine Goby découvre la vie et l’œuvre de Charlotte Delbo.valentine goby
Survivante d'Auschwitz-Birkenau, Charlotte Delbo amoureuse, résistante et déportée ne connaît pas une grande notoriété de nos jours. Valentine Goby, fascinée par la puissance de cette écriture poétique s'interroge sur les raisons de cette situation et nous livre ici un bel exercice d'admiration.
Une magnifique manière de célébrer la puissance des mots.

14/05/2019

Fleurs tardives

"J'étais tout de suite chez moi dans ce pays de chair, de peau, de bras, de lèvres. les siennes étaient blindées, rouillées, mais coopératives. N'empêche que c'était comme si j'avais appris à respirer de nouveau, un vrai bain chaud."

Dix ans après le décès de son Jacques chéri, Susie Morgenstern fait la connaissance, via internet d'un veuf, suisse et doté d'un fils unique.
Ils se donnent rendez-vous à Paris et là, Susie, sur une impulsion, pousse Georges sur le lit de la chambre d'hôtel qu'il a louée ! Ce n'est pas parce qu’on a plus de soixante-dix ans qu'on n'a plus de désir sexuel !
Commence alors une enthousiasmante histoire d'amour, soigneusement balisée au début par les deux tourtereaux qui doivent  prendre en compte les réactions de leur familles respectives (on a parfois l'impression que les rôles s'inversent !).susie morgenstern,george rosenfeld
A son habitude, Susie Morgenstern se montre à la fois franche, pudique et pleine d'humour et , ce qui est encore plus intéressant, donne la parole en alternance à George. Nous voyons donc comment chacun d'entre eux ressent les événements, sans que jamais on tombe dans des redites.
La dernière partie est plus sombre, mais tout aussi intéressante.
On souhaite beaucoup de bonheur à Susie et Georges,autant qu'on en ressent à la lecture de cet ouvrage.

Bayard 2018. Déniché à la bibliothèque. 139 pages qui donnent la pêche et filent sur l'étagère des indispensables !

 

13/05/2019

En attendant la neige

"J'allais trouver un territoire vierge qui ne serait pas entaché par cette faute, un espace suffisant pour exister, avoir un futur possible. C'était tout ce que je demandais."

Responsable d'un accident de voiture dans lequel sa mère a trouvé la mort, Véra tout autant pour se reconstruire que pour échapper à l'emprise d'une sœur trop parfaite qui entend régenter sa vie, se réfugie dans un chalet isolé du Jura.christine desrousseaux
Là, elle pourra se désintoxiquer des médicaments prescrits pour lutter contre les conséquences physiques de l’accident et se confronter à sa culpabilité. Mais, trop centrée sur ses problèmes, Véra n’entend pas les mises en garde et devra se confronter à d'autres problèmes inattendus, sans compter que la neige risque bientôt de la bloquer dans son chalet.
Suspense psychologique efficace, En attendant la neige ne ménage pas les nerfs de  son lecteur sans pour autant bâcler les portraits de ses personnages, aussi bien principaux que secondaires. L'atmosphère est prenante et l’on dévore d'une traite ce roman.

Merci Clara !

12/05/2019

L'été dernier à Syracuse

"Deviner le fragilité d'une femme et s'y intéresser, c'est ma technique."

Un couple d'intellos dans la force de l'âge et un couple plus jeune de leurs connaissance, accompagné de leur très jolie pré-ado partent ensemble en vacances en Italie . Ils termineront leur périple à Syracuse.
Dans leurs valises, ils emmènent qui un manuscrit prétendument à finir, qui bien des interrogations, quelques secrets et surtout beaucoup de névroses. Le soleil, la chaleur, le fait d'être des Américains en voyage en Europe aussi,  ajoutés à tous ces non-dits vont former un cocktail détonnant pour le plus grand plaisir du lecteur qui, au fil des narrations alternées de ce roman choral, mesure l'ampleur du drame à venir.delia ephron
Roman commencé de manière plutôt légère, l'été dernier à Syracuse prend, au fil des pages , une tonalité plus dramatique et, s'il n'évite pas quelques invraisemblances dans la dernière partie, constitue un excellent roman à glisser dans sa valise cet été, quelle que soit notre destination.

11/05/2019

La fille de la supérette/kombini...en poche

"Ainsi donc le corps, éprouvé par le travail physique, finit par ne plus être "utile". Peu importent le sérieux et l'ardeur que je mets à l'ouvrage, avec les ans, moi aussi, je suis sans doute condamnée à devenir un produit inutile dans cette supérette."

Depuis l'enfance, Keiko a conscience de sa singularité dans la société nipponne où elle est née. Pragmatique à l'excès, elle décide ainsi de séparer à coups de pelle deux enfants qui se battent à l'école primaire, au grand dam des adultes présents, bien évidemment ;(scène qui m'a fait hurler de rire , tant le contraste est grand entre le problème posé et la manière dont il est résolu !).sayaka murata
Intelligente, Keiko met en place très tôt des stratégies pour passer inaperçue (tant au niveau du langage que de l’habillement) et ne plus attirer l’attention sur elle.
Décrochant dans un job d'étudiant dans une kombini, supérette ouverte 24 h sur 24 , 365 jours par an, Keiko connaît enfin le bonheur, tant l'univers organisé de façons quasi militaire correspond à ses aspirations. Diplômée de l'université, elle ne postule pourtant pas à un autre emploi, au grand désespoir de ses parents, qui rêvent de la voir mariée et mère de famille.
L'arrivée au kombini d'un jeune homme atypique va peut être changer la donne.
Quel régal que ces 143 pages constellées de marque-pages ! De manière parfois crue, l'auteure se livre ici à une critique en règle de la société japonaise et de ses diktats. L'humour noir, hyper transgressif, qui apparaît par petites touches, la fin,glaçante, font en outre de ce roman une lecture hautement réjouissante.
Et zou sur l'étagère des indispensables !

Traduit du japonais par Mathilde Tamae-Bouhon

10/05/2019

Le dernier amour de Baba Dounia

"Parce que s'il y a bien une chose que nous n'avons pas à craindre , ici, ce sont les épidémies qui touchent le reste du monde."

Elle ne rajeunit pas Baba Dounia. C'est vrai, comme elle le dit volontiers: "Je n'ai plus quatre-vingt deux ans.". Pourtant elle a été la première à revenir s’installer, seule, dans cette zone proche d'une centrale nucléaire qui a explosé,zone où  des scientifiques viennent juste effectuer des prélèvements.
Là, elle entretient des rapports épisodiques avec les quelques habitants qui l'ont suivie, l'instaurant presque malgré elle, personne référente de cette communauté qui n'en est pas vraiment une.
Par son optimisme, elle force l'admiration Baba Dounia et devient même , sans presque s'en rendre compte une personnalité connue au-delà des frontières.alina bronsky
Le contraste est saisissant entre ce qu'on attendrait d'une telle situation, dramatique au possible, et la manière, pleine de tendresse et d’humour dont la traite l'auteure, sans aucun pathos.
On aimerait bien ressembler à Baba Dounia quand on aura atteint son âge, sans forcément habiter au même endroit !

Actes Sud 2019, traduit  de l'allemand par Isabelle Liber.

De la même auteure : clic. (vient  de sortir en poche, chez Babel)

Cuné a adoré.

Merci Clara !

09/05/2019

L'encre vive

"Car son expérience l'amenait aujourd'hui à reconnaître que ce qu'elle avait considéré jusque_là comme allant de soi, une position sociale, n'était jamais définitivement acquis."

Marie King, cinquante-neuf ans, a élevé trois enfants, maintenant grands ,et après son divorce, se retrouve seule avec son  vieux chat dans ce qui était la maison familiale. Elle s'occupe de son immense jardin , boit un peu trop et dépense comme au temps de sa vie confortable, même si elle n'en a plus vraiment les moyens.
Un jour ,sur une impulsion, elle se fait faire un tatouage et c'est tout un monde qui s'offre alors à elle, au grand dam de ses enfants.fiona mcgregor
C'est donc par le biais d'une artiste tatoueuse, qui deviendra une amie, voire une guide, que Marie va peu à peu reprendre le contrôle de son existence et affronter les épreuves qui l'attendent.
L'encre vive est rempli de fleurs, d'arbres et de plantes qui semblent s'évader du jardin de Marie pour venir s'inscrire dans sa peau de manière irréversible, alors même que notre héroïne va devoir accepter progressivement toute une série de pertes.
Marie prend aussi progressivement conscience de son aveuglement volontaire concernant ses prétendus amis et va nouer des liens plus intenses avec des gens de milieux bien différents.
Alternant les points de vue, l'auteure ne perd pourtant jamais son lecteur qui dévore, presque sans s’en-rendre compte les 537 pages de ce magnifique portrait de femme, pages bruissantes de marque-pages.

Et zou, sur l’étagère des indispensables !

Actes Sud 2019, traduit de l'anglais (Australie) par Isabelle Mailler.

Cuné a adoré.

Clara a beaucoup aimé aussi.

 

 

 

 

08/05/2019

Tsun-dico

Nous pratiquons, toutes et tous,à des échelles différentes, avouons-le,  le tsundoku, mot japonais désignant "l'accumulation de livres qui ne sont jamais lus"...Un mot qui mériterait d'entrer dans notre vocabulaire, non ? Il n'est pas le seul.
Sabine Duhamel s'est amusée ainsi à recenser 200 mots que le français devrait emprunter aux autres langues et c'est un pur régal pour les curieux et les amoureux des mots !
Ainsi voudrions-nous tous profiter du kwadi, terme issu d'un dialecte brésilien traduisant "le bien-être que l'on ressent lorsqu'on se réchauffe et paresse au soleil".sabine duhamel
Faute de mieux, les finlandais ont un terme pour évoquer le fait de "se prendre une cuite seul chez soi et en sous-vêtements" (!) : kalsarikannit. Plus conviviaux, les Allemands pratiquent le fruhschoppen, soit le fait de "boire en bonne compagnie des boissons alcoolisées dès le matin", ce qui peut, mine de rien, si l'on enchaîne amener à la walk of shame britannique, soit littéralement "chemin de la honte" et désignant le fait de "rentrer chez soi en titubant parce qu'on a trop bu ou rejoindre son domicile au lendemain d'une soirée avec une énorme gueule de bois et ses vêtements sales de la veille". Ne reste plus qu'à offrir à sa douce (ou son doux )pour se faire pardonner un Drachenfutter allemand (littéralement nourriture du dragon), soit un cadeau pour l’amadouer.
Rassurez-vous tout ne tourne pas autour de la boisson , loin s'en faut , et c'est un pur régal que de découvrir ces termes hyper précis, révélateurs des particularités de plus de 70 langues et /ou dialectes !

Autrement 2019.

07/05/2019

Nous sommes à la lisière

"Ses histoires à elle, pourtant, n’inventent pas d'autres mondes. Pas d'autres amours non plus. Il leur suffit d'être complices de quelques vies sauvages."

Cheval, fourmis, hérisson, écureuil, chat ou oiseaux, entre autres,  peuplent les nouvelles de Caroline Lamarche.
En effet, ce sont eux  les héros, dûment prénommés, donc dotés d'une identité propre, avec lesquels au moins un humain entre en interaction . caroline lamarche
Cette dernière peut être brève, peut être en apparence anecdotique,  mais elle fait résonner de manière un peu différente les existences en tous points ordinaires qui nous sont ici relatées en quelques pages poétiques et d'une précision extrême.
Qu'elle s'arrête pour aider un hérisson à traverser la route et l’amoureuse de la nouvelle Ulysse, reliera par des liens éclectiques, mais toujours pertinents, cette rencontre fugitive avec ses propres interrogations lors d'un repas où se révèleront des enjeux qu'elle n'était peut être pas prête à admettre.
La plus longue et la plus émouvante nouvelle, Frou-Frou, évoque une histoire d'amour hors-normes, à bien des égards et témoigne de l'art de l'auteure pour évoquer avec délicatesse et sensibilité des émotions intenses mais sourdes.
La nature est souvent en danger dans ces textes, mais ses habitants, aux vies parfois éphémères, témoignent d'une volonté de vie et de liberté qui émeuvent au plus haut point.

 

Un grand coup de cœur! Et zou sur l'étagère des indispensables !

 

Gallimard 2019, 165 pages en apparence simples.

06/05/2019

#LaDanseDuTemps #NetGalleyFrance

"Elle avait éprouvé la même chose durant son enfance; elle avait l'impression d'être une adulte responsable dans le corps d'une petite fille."

Entre un père très (trop) doux et une mère psychiquement instable, Willa a très jeune fait le choix d'être pacifique.
Son existence sera donc une suite de renoncements apparents jusqu'à ce que la soixantaine atteinte, Willa qui devenue veuve s'est remariée et a deux grands fils qui entretiennent avec elle des liens sporadiques, reçoive un jour un coup de fil.anne tyler
Une très ancienne petite amie de son fils a besoin de son aide pour s'occuper temporairement de celle qui aurait pu être sa petite fille. Voyant là l’occasion de se rendre utile, Willa quitte sa vie confortable et va découvrir une toute autre vie à Baltimore, au grand dam de son mari qui entend bien que l’expérience ne s'éternise pas.
Choisissant des moments marquants de l'existence de cette femme, Anne Tyler choisit la toute fin de son roman pour lui impulser une soudaine embardée, montrant ainsi que rien n'est irrémédiable.
Un roman confortable qui peut parfois agacer mais qui ne fait pas pour autant la part belle aux bons sentiments.