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31/12/2017

L'aube sera grandiose

"Elle l'a serrée très fort et j'ai senti passer, entre elle et moi, comme un courant électrique puissant, une onde chargée d'un incroyable désir de vivre que rien ne pourrait empêcher. Pas même le chômage. Pas même la pauvreté. Pas même la solitude."

Quand Titania, écrivaine, embarque sans prévenir sa fille de seize ans, Nine, vers une destination inconnue, une cabane cachée au bord d'un lac, cette dernière regimbe. Sans réseau, comment supporter ce huis-clos avec sa mère ?anne-laure bondoux
Ce que Nine ignore c'est que Titania rejoue avec elle une scène qu'elle-même a vécue quand sa propre mère, Rose-Aimée ,lui a dévoilé un secret familial. Dorénavant, c'est à Titania de passer le relais et de narrer à sa propre fille une histoire familiale pleine d'amour et de cahots.
Récit d'une nuit blanche, L'aube sera grandiose est un roman fluide qui nous tient en haleine, une magnifique histoire de transmission, une magnifique  histoire d'amour entre des mères atypiques et leurs enfants. L'occasion aussi de se replonger, pour qui les ont connues, dans les années 70, là où tout était plus lent, là où l'ennui n'était pas sauvagement combattu à l'aide d'écrans. Un grand coup de cœur pour terminer l'année.

 

Je vous souhaite à toutes et à tous des aubes grandioses en 2018.

30/12/2017

Défense de Prosper Brouillon

"Qui s'aventure dans un livre de Prosper Brouillon doeric chevillardit s'attendre à éprouver quelques secousses. Ce n'est pas une lecture de tout repos. La vérité vous saute à al gorge  comme un lynx et vous lacère le visage de rides profondes : vous avez vieilli d'un coup, à moins plutôt que ces rides ne soient les cicatrices attestant une sur-sollicitation des muscles zygomatiques affectés à des tâches  qui excèdent leurs forces (utilisez de préférence vos biceps dorénavant pour soulever des enclumes)."

Un centon nous rappelle Wikipédia,  est une œuvre littéraire et/ou musicale constituée d'éléments repris à une ou plusieurs autres, et réarrangés de manière à former un texte différent.
Ce n'est pas exactement ce à quoi s’emploie ici Eric Chevillard qui, réutilisant les citations d’œuvres romanesques qu'il avaient critiquées dans ses chroniques du Monde, leur invente un auteur commun: Prosper Brouillon, romancier éreinté par la critique (qu'il tacle aussi au passage), mais adulé par les lecteurs. Il feint donc ici ironiquement de prendre sa (leur) défense, pour mieux l'(les) éreinter avec humour. Usant d 'un langage parfois pompeux, abusant des hyperboles, Chevillard se livre à un réjouissant jeu de massacre, citations à l'appui.
Grâce à l'efficacité d'un moteur de recherche, je me suis amusée à identifier les trois -quarts environ des auteurs des sus-dites "perles". En voici quelques-uns: Eric Neuhoff arrive en tête des citations misogynes rien moins que puantes (au sens propre du terme hélas), talonné de près par Beigbeder (qui semble vouer une rancune tenace à Chevillard). Alexandre Jardin est lui aussi abondamment cité. Deux femmes, dans des genres très différents dans ce palmarès: Eliette Abécassis et Denise Bombardier.

Un grand plaisir de lecture pour terminer l'année en beauté et ne pas oublier que la gloire est souvent éphémère.

Papillon m'avait donné envie: clic.

29/12/2017

à l'ouest

C'est d'abord un livre que l'on tient bien en main. Une petite brique sympathique dotée d'une jaquette en papier kraft. Du soin, de la qualité, de l'attention.anne wolfers
Un carnet de croquis tenu au fil du temps de l'évolution d'une dépression vécue par l'auteure. Une image par page ,dessinée au Bic noir Slickpen nous apprend Anne Wolfers dans l'unique page retraçant la raison d'être de ce carnet de bord, quasi au jour le jour, sorte de bulletin météo de l’âme et du corps de l'autrice-narratrice.
On y voit les fluctuations de la vague, métaphore de la dépression , du mal être ayant entraîné cette hospitalisation en psychiatrie.
Les légendes sont laconiques, les croquis rugueux, ne mettant jamais en valeur la personne dont il est question. On est ici dans un dessin brut, frôlant le naïf, mais jamais complaisant.
Parfois une échappée vers la lumière se manifeste ,par exemple sous la forme d'une corde à linge comme une guirlande où voltigent joyeusement des vêtements d'enfant ou de la présence réconfortante d'un petit chien. La narratrice n'occulte rien des échecs, des conséquences sur son corps des traitements , mais aussi du retour vers le sourire, vers la vie. Un bel objet artistique, sensible et lumineux.

 

 Un grand Merci à Babelio et aux Éditions Esperluette.anne wolfers

06:00 Publié dans Autobiographie, BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anne wolfers

28/12/2017

Les passeurs de livres de Daraya

"Au fond du gouffre, un divan virtuel pour apaiser les âmes torturées."

delphine minoui

Pendant quatre ans, de jeunes syriens voulant incarner une troisième voie ,alternative à Daech et au régime dictatorial de Bachar al-Assad , ont exhumé des décombres de la banlieue rebelle de Daraya des livres. Ils ont ainsi organisé une bibliothèque clandestine, devenue ensuite un lieu de savoir, où des cours étaient donnés, une manière de lutter avec des mots, de se réapproprier un passé mis sous tutelle par le régime en place. Une respiration entre deux bombardements, une revendication allégorique de la liberté.
Delphine Minoui qui a entretenu une correspondance hachée avec eux, fait de son récit un lieu à la mémoire de ces combattants pacifiques.
Comment ne pas être enthousiasmée par un tel récit, célébrant le pouvoir des mots ? Comment aussi ne pas se sentir  impuissant face à une telle situation ?
Mais comment aussi ne pas remarquer cette confiscation du savoir par les hommes ? Aucune femme, aucun enfant dans cette bibliothèque. Les hommes leurs rapportent des livres dans les appartements où ils sont supposés être en sécurité. Ce qui n'est pas précisément le cas aux dires de Minoui. Les femmes ont le droit de risquer leur vie mais pas pour assister à des cours. Elles réapparaissent au détour d'une missive poignante adressée au monde entier ou encore quand elles sortent quasiment de terre, lors d'une trêve. Leurs souffrances sont certes évoquées, mais d'une manière assez générale car tel n'est évidemment pas le propos de ce récit. Un bémol donc mais un texte qui fait prendre conscience de la réalité d'un conflit au plus près.

Lu dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle.

06:00 Publié dans Document | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : delphine minoui

27/12/2017

Rêver

Une psychologue criminologue atteinte de narcolepsie cataplexie, voilà qui n'est pas courant. Abigaël , qui enquête sur la disparition d'enfants, porte dans sa chair les traces des chutes occasionnées par sa maladie. C'est aussi son corps qu'elle utilisera pour garder les traces d'événements dont elle aura validé la réalité, le médicament qu'elle utilise ayant tendance à brouiller la frontière entre rêve et réalité.franck thilliez
Jouant avec la chronologie (mais fournissant obligeamment à son lecteur, un axe chronologique au début de chaque chapitre), Franck Thilliez malmène son héroïne (et nos nerfs) avec son talent habituel. Il mêle avec virtuosité deux intrigues qui, prises indépendamment, auraient été plutôt classiques,  pour mieux nous perdre.
Le fait que l’action se déroule dans le Nord-Pas-de Calais, dans plusieurs lieux que je connais (j'ai même habité Rue Danel à Lille !) ajoute encore au plaisir de la lecture.

 

Merci à Julie et Noémie qui m'ont remise en selle avec ce roman addictif.

21/12/2017

Chacune de ses peurs

Kate, qui se remet avec peine de sa dernière relation amoureuse avec un ex-fiancé à la jalousie pathologique, accepte comme une échappée belle la proposition de son cousin américain :échanger,  non pas leurs mamans ,mais leurs logis.peter swanson
Corbin hérite donc pour six mois d'un appartement londonien bohème et minuscule . Kate semble gagner au change puisqu'elle occupera un superbe appartement à Boston , confortable et immense mais à la déco surannée (fort potentiel donc pour Stéphane Plaza et Valérie Damidot).
Pas de chance, la voisine, Audrey est retrouvée assassinée .Pas de chance toujours, deux hommes commencent à tourner comme des vautours autour de Kate: un agité du bocal et un séduisant voyeur. D' incroyables fiancés potentiels ? L’héroïne aura donc toutes les raisons de pleurnicher qu'elle n'attire que les psychopathes. Le pire c'est qu'on s'en fiche et qu'on a juste envie de lui dire qu'elle devrait peut être se poser les bonnes questions avant de geindre sur son sort .
Thriller psychologique, Chacune de ses peurs se révèle être un puissant somnifère, se satisfaisant d'une trame sans aucun intérêt (impression de l'avoir vu/lu cent fois) et dont les personnages n'ont ni épaisseur ni crédibilité. L'auteur, après avoir décrit à longueur de pages la fragilité de Kate se croit obligé d'écrire "L'anxiété qui marquait sa vie avait ceci de paradoxal: quand elle jouait avec le feu, elle se sentait souvent on ne peut plus normale." Mouais. Il ne suscite aucune empathie, bien au contraire : j’avoue j'en ai assez des femmes présentées comme des victimes et limite à la fin, j'aurais préféré qu'elle ne s'en sorte pas (mince ,j'ai divulgâché !)
Peter Swanson reprend donc de vieilles recettes mais il serait temps que ses amis le dénoncent auprès de Norbert pour qu'il vienne à sa rescousse tant le résultat est insipide.

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle.

Si quelqu'un vous offre ce livre à Noël, c'est qu'il ne vous aime vraiment pas ...

08/12/2017

Tension extrême

Des jumeaux décédés simultanément alors qu'ils se trouvaient à des endroits différents. Des cyberattaques paralysant la PJ de Nantes et s’infiltrant , via les objets connectés, dans l'intimité des policiers, voilà qui constitue un bel accueil pour la jeune commissaire qui vient d'être nommée !
Classique et bien menée, l'intrigue tient ses promesses, alternant enquête et brèves incursions dans les vies privées des policiers.sylvain forge
Cependant, comme dans tous les récits, qu'ils soient filmés ou écrits, mettant en scène les pouvoirs quasi infinis des cyberattaques, j'avoue être restée de marbre , un peu comme si cette omnipotence anesthésiait toute empathie.

06/12/2017

Lucy in the sky

"En repensant à nous, j'eus la gorge serrée, mais je savais que le jeu était fini. J'avais atterri dans la réalité."

Lucy, 15 ans, bientôt seize, acceptait encore il y a peu sans broncher que son père lui tonde les cheveux , faisant ainsi disparaître sa féminité naissante. Avec ce papa pigeon-voyageur, dont les retours éphémères, les répliques étaient ritualisées, tout semblait empli d'humour.pete fromm
Mais voilà, simultanément, tandis que Lucy s'éveille à la sexualité et à l'amour, se mettant parfois en danger, sa mère décide de rattraper le temps perdu à attendre son époux et part elle aussi à la conquête de sa liberté.
Encore un peu enfant, déjà adulte, Lucy oscille et peine à trouver sa place et le manque de modèles parentaux ne va pas lui faciliter la tâche.
Roman d’apprentissage où les rôles parents/enfants semblent parfois inversés, Lucy in the sky souffre de quelques longueurs (428 pages en poche) mais nous entraîne dans le quotidien d'une adolescente atypique qui ouvre les yeux sur ce qui semblait être la normalité avec intensité.

04/12/2017

L'invention des corps

"L'Histoire et la société ont brutalisé leurs corps, comme ceux des autres. Ce sont des siècles de force exercée contre leurs squelettes qui ont modelé leurs silhouettes. Des générations de coercition, de pliage, de froissement, de dilatation, d'expansion, de démolition. L'espace du dehors et du dedans sans cesse en opposition."

D'un massacre d’étudiants mexicains à une bande de hackers se réunissant dans la campagne canadienne, le roman de Pierre Ducrozet est une magnifique trajectoire de réappropriation de corps et de lutte contre les menaces du transhumanisme.pierre du crozet
C'est l'élan d'un jeune professeur mexicain, rescapé de ce massacre, qui va se jeter dans les bras d'un apprenti sorcier de la Silicon Valley voulant se débarrasser de la mort. Rien que ça.
Un roman haletant qui , tout en nous retraçant de manière extrêmement vivante, l'histoire du Net, tire la sonnette d'alarme sur des dérives dont nous sommes très proches . Une ironie féroce, mais aussi beaucoup de tendresse pour des personnages atypiques avec qui nous entrons très vite en résonance, garantissent un immense plaisir de lecture. à découvrir dans plus attendre !

Et zou, sur l'étagère des indispensables !

 

Un grand merci à Clara qui m'a donné envie de dévorer ce roman.

30/11/2017

Même Dieu ne veut pas s'en mêler

"Le génocide, c'est quand l'humanité tire un trait sur vous
Quand sous vos yeux des amis, des connaissances, des épouses se transforment en tueurs,
Quand votre cœur saigne de n'avoir plus de voisins pou vous porter secours, alors que votre agonie dure des mois,
Quand votre humanité vous est déniée,
Quand on tue des enfants , tandis qu'on évacue des chiens,
Quand nul ne songe à votre désillusion le jour où vous découvrez qu'ils vous ont regardé vous faire découper à la machette."

Rescapée du génocide rwandais , telle est devenue  l'identité d'Annick Kayitesi-Jozan. Elle revient dans ce récit alternant les époques sur le massacre de sa famille et en particulier sur la mort de sa mère, assassinée sous ses yeux, sur la manière dont elle et sa sœur ont survécu et réussi à être évacuées en France.
Dans la première partie de ce récit, elle analyse de manière précise et fouillée sa relation à la mort de sa mère et l'impossibilité  pour elle de se délester du poids de ce décès, tant que le corps maternel n'aura pas trouvé de sépulture.annick kayitesi-jozan
J'avoue que les incessants allers-retours dans entre les différentes époques ont fini par me perdre un peu en route et que j'ai lu avec beaucoup de distance la suite du parcours de l'auteure. Un récit nécessaire mais qui aurait peut être gagné à être plus fluide dans sa narration.

Lu dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle.