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07/09/2021

Premier sang

"Le droit d’aînesse se traduisait chez les Nothomb d’une manière alimentaire : plus on était âgé, plus on pouvait espérer manger."

Voilà bien longtemps que je n'avais ouvert un roman de cette autrice, mais on me l'a offert et je me suis surprise à le dévorer.amélie nothomb
En effet, en dépit d'un style parfois dérangeant , la vie du père d'Amélie Nothomb  est tout à fait romanesque et ce depuis l'enfance, jusqu'à la prise d'otages de Stanleyville où le jeune diplomate s'illustrera en discutant avec les rebelles pendant des mois.
Pas d'effet de manche, la fin, sanglante de la prise d'otages est escamotée en un très court récit clinique, mais beaucoup d'émotions néanmoins dans ce texte où Amélie se glisse dans la peau de son père en quelque sorte.

24/02/2021

Manger Bambi

"Bambi prend tout, demande plus, et n'avale jamais rien, met tout soigneusement de côté pour maman, qui a besoin de sommeil et de tranquillité. Tandis qu'elle-même a besoin de lucidité, de force et de courage. La haine, c'est bon, elle a déjà ce qu'il faut."

Bambi a tout du faon aux pattes grêles, l'innocence apparente, la jeunesse (elle a seize ans) et  la beauté, mais pas question de jouer les proies. C'est elle qui harponne, sur les sites dédiés aux sugar daddies , ceux qui vont devenir ses proies. Gare à ceux qui pleurnichent et l'énervent ,elle ne supporte pas. Et là, elle peut se déchaîner et devenir complètement guedin. Une Bambi armée d'un Sig Sauer, seul legs paternel, ça peut faire du dégât !
Mais un jour la belle mécanique s'enraye et Bambi va se trouver prise au piège de ses propres mensonges...caroline de mulder
Avec une langue drue, rapeuse, empruntée aux jeunes, Caroline de Mulder brosse le portrait d'une adolescente tour à tour violente,mais douce avec sa mère, qui refuse d'être une victime, qui se ment parfois à elle-même mais sait aussi manipuler les autres. Bambi possède une multitude de facettes et l'autrice sait nous la montrer en pleine transformation, se donnant les apparences d'une pauvre petite fille fragile (qu'elle est aussi parfois), se prenant parfois elle-même à ses propres comédies, ou devenant folle de rage. Une chose est sûre: Bambi ne se laissera pas manger par qui que ce soit sans lutter jusqu'au bout..
La tension règne dans ce texte qui ne cède pourtant jamais au piège du voyeurisme. On est chahuté, bouleversé, et on sort un peu groggy de la lecture de ce roman dévoré d'une seule traite.

Gallimard 2021, 199 pages qui pulsent.

26/03/2020

La vraie vie...en poche

"La mort habitait chez nous. Et elle me scrutait  de ses yeux de verre. Son regard mordait ma nuque, se délectait de l 'odeur sucrée de mon petit frère."

Attention, bombe émotionnelle !
Dans un lotissement jouxté par le bois des Petits Pendus (tout un programme), vit une famille qui se donne l'apparence de la normalité: deux parents, deux enfants dont l'aînée, la narratrice, aime et protège son petit frère.
En effet,dès l'incipit, le ton est donné : "A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère, Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres." C'est là que le père, tyran domestique, entrepose les trophées de chasse les plus divers, dont une hyène particulièrement effrayante. Cet animal deviendra ainsi la métaphore du mal qui, à la suite d'un choc traumatique, fera basculer Gilles dans un univers où les émotions auront disparu. Dès lors, la narratrice se donne une mission en apparence impossible:effacer cette vie qu'elle considère comme une mauvaise branche pour sauver son frère.adeline dieudonné
Nous la suivrons donc au fil de cinq années, où, avec une volonté farouche, elle va progressivement se donner les moyens de changer le présent. Dotée de grandes capacités scientifiques,  elle analyse lucidement la situation, d'un œil quasi clinique: sa mère est une amibe qui a pour seule fonction d'avoir peur de son mari . Quant au père , "Son goût pour l’anéantissement allait [l']obliger à[ se ]construire en silence, sur la pointe des pieds."
Adelien Dieudonné ne ménage pas nos nerfs, maîtrisant son récit d'une main ferme , tout en le dotant d'une écriture à la fois imagée et efficace. On tremble, on frémit, on a la gorge serrée devant cette héroïne qui se construit à la fois physiquement, psychologiquement et émotionnellement, refusant farouchement de devenir une victime.
Un premier roman que j'ai trimballé partout avec moi le temps de sa lecture, un objet compact dont la couverture rend parfaitement l'idée de huis-clos et de menace animale. Une réussite époustouflante. Et zou sur l'étagère des indispensables !

03/03/2020

Débâcle...en poche

"C'est peut être à ça qu'on les reconnaît, les familles où ce qui est le plus essentiel va de travers: pour compenser, elles inventent un tas de petites règles et de principes ridicules."

Eva est invitée à la fois pour commémorer le trentième anniversaire que ne fêtera jamais Jan, le frère d'un de ses amis, et pour l'inauguration d'un "site de production laitière ,presque entièrement automatisé." Doublon bizarre qui donne d'emblée le ton de ce roman où les sentiments s'expriment de manière quasi souterraine, dans un microcosme, celui d'un village flamand ,où elle a passé toute son enfance.
L'occasion pour la jeune femme de revivre deux été qui auront décidé de son existence et du fait qu'elle se rende à cette invitation munie d'un gros bloc de glace...lize spit
Eva, Pim et Laurens, une fille deux garçons, les seuls enfants nés en 1988, coïncidence qui les unira façon trois mousquetaires, même si leurs origines sociales sont bien différentes.Un triangle dont les relations s'effilocheront et deviendront de plus en plus troubles.
La tension ne cesse de monter, et même si parfois, on se perd un peu dans ces retours en arrière, rien de grave : on est tenu en haleine par ces familles dysfonctionnelles chacune à leur manière , où le drame se cache dans les détails qu'Eva scrute avec une acuité sans pareille et sème comme autant de petits cailloux blancs qui, rétrospectivement prennent toute leur valeur.
J'ai été bluffée par ce premier roman qui distille une atmosphère à la fois lumineuse et trouble, qu'on ne lâche pas et qu'on termine  quasi exsangue.

Traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuelle tardif.

04/11/2019

La grande fugue

"Victoire Overwinning, injoignable pour cause de suicide, meurtre, viol, noyade ou violences en tout genre. Possiblement en audience avec un détraqué. Rappelez plus tard."

Une violoniste est retrouvée morte, son archet planté sans sa carotide. Premier problème: qui est-elle ? S'agit-il de la fantasque et hyper douée Wanda, premier violon d'un quatuor à cordes ou de sa jumelle Sara-Louise, qui faisait aussi partie de l'ensemble ? ziska larouge
Gidéon Monfort, tout juste revenu au travail , en fauteuil roulant, certes, mais flanqué de son chien Tocard, improbable mélange de Berger allemand et de teckel, mène l’enquête, sous la houlette de la juge d'instruction Victoire Overwinning, haute en couleurs, dans tous les sens du terme.
L'enquête est ici un prétexte et plus que tout ce sont les personnages, leur manière de s'exprimer et leur manière de vivre, dépeintes avec beaucoup de truculence, qui sont au cœur de ce roman fluide et très agréable à lire.
On pense bien évidemment à Nadine Monfils et Ziska Larouge n'a pas à rougir de la comparaison. Un bon moment de lecture.

 

Merci à Babelio et aux Éditions Weyrich, collection Noir Corbeau 2019, 219 pages qui donnent envie de retrouver bientôt Gidéon et Tocard.

 

06:00 Publié dans Roman belge | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ziska larouge

08/08/2019

Un été dans la combe...en poche

"Car j'ai fui, sans pour autant désirer me fuir."

Un homme, un vagabond ? , s'installe dans une baraque ne bois au creux d'une combe perdue dans la campagne.jean-claude pirotte
Son identité, son parcours erratique, son obsession d'un rire féminin, d'un prénom, Hélène, tout ceci nous est donné à voir par le biais d'un "Je", narrateur dont la fiabilité, on le comprend vite, n'est que relative.
En effet, ce "Je" n'est-il pas victime d'hallucinations, de pertes de mémoire , de faux souvenirs ?
Un récit poétique où passé et présent s'interpénètrent et qui se termine par une mise en abyme vertigineuse, se plaçant tout à la fois hors du monde, hors du temps, dans une géographie et une atmosphère évoquant l'univers d'André Dhôtel. 200pages qui désorientent et captivent le lecteur.

La Petite Vermillon, Éditions La Table Ronde 2006.

 

20/06/2019

Ariane...en poche

"Telle que dépeinte en ces lignes, mon existence avait pour unique objectif de me faire valider. Valider par les garçons, valider par les autres, admirer, applaudir. L'enfant mutique et invisible s'était développée en diva qui n'aspirait désormais qu'au regard d'autrui."

Dans les années 90, en Brabant wallon, la narratrice intègre"une école de riches", où elle se sent en total décalage, ne maitrisant ni les codes d'un univers qui n'est pas le sien, ni son corps en pleine mutation adolescente.myriam leroy
Là, elle rencontre Ariane qui semble posséder tout ce qu'elle n'a pas : beauté, richesse, assurance, et qui,  ô miracle, l'adoube comme meilleure amie. Mais cette relation va vite tourner à l'aigre et Ariane prendra bientôt plaisir à torturer psychologiquement celle qu'elle ne chérit plus.
Tout pourrait s'arrêter là, mais Ariane réapparaîtra plus tard dans la vie de la narratrice et la perturbera de manière bien plus vénéneuse...
Il existe bien des romans sur les relations adolescentes toxiques, cet âge où tout se vit de manière exacerbée . Mais la manière dont Myriam Leroy envisage son récit, de manière crue, violente , sans pour autant tomber dans la volonté de choquer le lecteur, fait de la lecture de ce roman une expérience troublante. J'ai aimé les brusques coupes du récit, les réflexions de l'autrice/narratrice, la manière dont Myriam Leroy rend compte d'une époque. un premier roman coup de poing parfaitement maîtrisé. 

De la même autrice, dans un registre différent : clic.

20/11/2018

Débâcle

"C'est peut être à ça qu'on les reconnaît, les familles où ce qui est le plus essentiel va de travers: pour compenser, elles inventent un tas de petites règles et de principes ridicules."

Eva est invitée à la fois pour commémorer le trentième anniversaire que ne fêtera jamais Jan, le frère d'un de ses amis, et pour l'inauguration d'un "site de production laitière ,presque entièrement automatisé." Doublon bizarre qui donne d'emblée le ton de ce roman où les sentiments s'expriment de manière quasi souterraine, dans un microcosme, celui d'un village flamand ,où elle a passé toute son enfance.
L'occasion pour la jeune femme de revivre deux été qui auront décidé de son existence et du fait qu'elle se rende à cette invitation munie d'un gros bloc de glace...lize spit
Eva, Pim et Laurens, une fille deux garçons, les seuls enfants nés en 1988, coïncidence qui les unira façon trois mousquetaires, même si leurs origines sociales sont bien différentes.Un triangle dont les relations s'effilocheront et deviendront de plus en plus troubles.
La tension ne cesse de monter, et même si parfois, on se perd un peu dans ces retours en arrière, rien de grave : on est tenu en haleine par ces familles dysfonctionnelles chacune à leur manière , où le drame se cache dans les détails qu'Eva scrute avec une acuité sans pareille et sème comme autant de petits cailloux blancs qui, rétrospectivement prennent toute leur valeur.
J'ai été bluffée par ce premier roman qui distille une atmosphère à la fois lumineuse et trouble, qu'on ne lâche pas et qu'on termine  quasi exsangue.

Traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuelle tardif.421 pages foisonnantes de marque-pages ! Actes Sud 2018.

 

 

Warning, déclenchez les larmes,  ce roman- là c'est de la bombe ! Impossible de le dévorer : il faut le siroter, le lire attentivement, comme on savoure un alcool fort !

Et zou, sur l'étagère des indispensables! Il va essorer vos petits cœurs tout mous.

 

Merci à Autist Reading qui m'a donné envie de le lire !

03/09/2018

La vraie vie

"La mort habitait chez nous. Et elle me scrutait  de ses yeux de verre. Son regard mordait ma nuque, se délectait de l 'odeur sucrée de mon petit frère."

Attention, bombe émotionnelle !
Dans un lotissement jouxté par le bois des Petits Pendus (tout un programme), vit une famille qui se donne l'apparence de la normalité: deux parents, deux enfants dont l'aînée, la narratrice, aime et protège son petit frère.adeline dieudonné
En effet,dès l'incipit, le ton est donné : "A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère, Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres." C'est là que le père, tyran domestique, entrepose les trophées de chasse les plus divers, dont une hyène particulièrement effrayante. Cet animal deviendra ainsi la métaphore du mal qui, à la suite d'un choc traumatique, fera basculer Gilles dans un univers où les émotions auront disparu. Dès lors, la narratrice se donne une mission en apparence impossible:effacer cette vie qu'elle considère comme une mauvaise branche pour sauver son frère.
Nous la suivrons donc au fil de cinq années, où, avec une volonté farouche, elle va progressivement se donner les moyens de changer le présent. Dotée de grandes capacités scientifiques,  elle analyse lucidement la situation, d'un œil quasi clinique: sa mère est une amibe qui a pour seule fonction d'avoir peur de son mari . Quant au père , "Son goût pour l’anéantissement allait [l']obliger à[ se ]construire en silence, sur la pointe des pieds."
Adelien Dieudonné ne ménage pas nos nerfs, maîtrisant son récit d'une main ferme , tout en le dotant d'une écriture à la fois imagée et efficace. On tremble, on frémit, on a la gorge serrée devant cette héroïne qui se construit à la fois physiquement, psychologiquement et émotionnellement, refusant farouchement de devenir une victime.
Un premier roman que j'ai trimballé partout avec moi le temps de sa lecture, un objet compact dont la couverture rend parfaitement l'idée de huis-clos et de menace animale. Une réussite époustouflante. Et zou sur l'étagère des indispensables !


12/02/2018

#ApprendreàLire #NetGalleyFrance

"Il arrive un moment dans l'existence où l'on sent que ce qu'on n'aurait jamais pu faire est la chose à faire."

Le narrateur , Antoine, la soixantaine, directeur de presse tout sauf sympathique, a commencé à se rapprocher de son père, tout aussi rugueux que lui. Antoine a de vieux comptes à régler avec son géniteur, mais celui-ci refuse de s'expliquer. Les non-dits semblent en effet être de rigueur entre les deux hommes.
A quatre-vingts ans, le vieillard va pourtant surprendre son fils en lui réclamant d'apprendre à lire et à écrire. Analphabète à cause du refus de son propre père de l'envoyer à l'école, le Sarde d'origine va ainsi se débarrasser de son handicap et de sa douleur par l'intermédiaire d'un drôle de professeur: Ron, un escort dont Antoine a utilisé les services.sébastien ministru
Annoncé comme ceci, ce roman semble se diriger tout droit vers deux écueils au choix: sombrer dans le sordide ou couler dans la mièvrerie. Pourtant Sébastien Ministru réussit son périlleux équilibre et parvient même à nous surprendre, voire à nous émouvoir. L'écriture est belle, riche en formules et j'ai eu un véritable coup de cœur pour ce roman qui dissimule sa tendresse sous des dehors rêches.