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03/09/2018

La vraie vie

"La mort habitait chez nous. Et elle me scrutait  de ses yeux de verre. Son regard mordait ma nuque, se délectait de l 'odeur sucrée de mon petit frère."

Attention, bombe émotionnelle !
Dans un lotissement jouxté par le bois des Petits Pendus (tout un programme), vit une famille qui se donne l'apparence de la normalité: deux parents, deux enfants dont l'aînée, la narratrice, aime et protège son petit frère.adeline dieudonné
En effet,dès l'incipit, le ton est donné : "A la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère, Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres." C'est là que le père, tyran domestique, entrepose les trophées de chasse les plus divers, dont une hyène particulièrement effrayante. Cet animal deviendra ainsi la métaphore du mal qui, à la suite d'un choc traumatique, fera basculer Gilles dans un univers où les émotions auront disparu. Dès lors, la narratrice se donne une mission en apparence impossible:effacer cette vie qu'elle considère comme une mauvaise branche pour sauver son frère.
Nous la suivrons donc au fil de cinq années, où, avec une volonté farouche, elle va progressivement se donner les moyens de changer le présent. Dotée de grandes capacités scientifiques,  elle analyse lucidement la situation, d'un œil quasi clinique: sa mère est une amibe qui a pour seule fonction d'avoir peur de son mari . Quant au père , "Son goût pour l’anéantissement allait [l']obliger à[ se ]construire en silence, sur la pointe des pieds."
Adelien Dieudonné ne ménage pas nos nerfs, maîtrisant son récit d'une main ferme , tout en le dotant d'une écriture à la fois imagée et efficace. On tremble, on frémit, on a la gorge serrée devant cette héroïne qui se construit à la fois physiquement, psychologiquement et émotionnellement, refusant farouchement de devenir une victime.
Un premier roman que j'ai trimballé partout avec moi le temps de sa lecture, un objet compact dont la couverture rend parfaitement l'idée de huis-clos et de menace animale. Une réussite époustouflante. Et zou sur l'étagère des indispensables !


12/02/2018

#ApprendreàLire #NetGalleyFrance

"Il arrive un moment dans l'existence où l'on sent que ce qu'on n'aurait jamais pu faire est la chose à faire."

Le narrateur , Antoine, la soixantaine, directeur de presse tout sauf sympathique, a commencé à se rapprocher de son père, tout aussi rugueux que lui. Antoine a de vieux comptes à régler avec son géniteur, mais celui-ci refuse de s'expliquer. Les non-dits semblent en effet être de rigueur entre les deux hommes.
A quatre-vingts ans, le vieillard va pourtant surprendre son fils en lui réclamant d'apprendre à lire et à écrire. Analphabète à cause du refus de son propre père de l'envoyer à l'école, le Sarde d'origine va ainsi se débarrasser de son handicap et de sa douleur par l'intermédiaire d'un drôle de professeur: Ron, un escort dont Antoine a utilisé les services.sébastien ministru
Annoncé comme ceci, ce roman semble se diriger tout droit vers deux écueils au choix: sombrer dans le sordide ou couler dans la mièvrerie. Pourtant Sébastien Ministru réussit son périlleux équilibre et parvient même à nous surprendre, voire à nous émouvoir. L'écriture est belle, riche en formules et j'ai eu un véritable coup de cœur pour ce roman qui dissimule sa tendresse sous des dehors rêches.

19/06/2017

Elvis Cadillac King from Charleroi...en poche

"Tu sais ce qu'il disait, Guitry, quand il en croisait une comme la tienne, avec le cervelet d'Heidi dans les pâturages ? "J'ai échangé quelques idées avec elle. Je m' sens tout vide !"

Sosie officiel - plutôt façon fin de carrière- du King, Elvis, le bien-nommé, est invité à animer l'anniversaire d'une vieille châtelaine.nadine monfils
Flanqué de sa fidèle chienne carlin Priscilla, dotée d'une kitschissime banane rose (postiche), le voilà qui donne un peu de rêve à la vieille dame. Las, cette dernière est bientôt retrouvée morte. Nombreux sont les membres de sa famille, plus fins de race et antipathiques les uns que les autres, qui auraient bien pu accélérer le trépas de la riche mamie.
Dans ce polar façon Frédéric Dard, l'enquête importe peu. C'est la langue truculente de Nadine Monfils qui mène la danse, agrémentant de notes de bas de pages savoureuses toutes les références belges ou non. Fiction et réalité s’entremêlent dans une joyeuse sarabande où l'on ne sait plus laquelle dépasse l'autre.
Les personnages rivalisent de foldinguerie , mais sous des dehors parfois outranciers, révèlent aussi une réelle culture. Qui aurait cru qu’Elvis parviendrait à résoudre deux énigmes grâce à un roman peu connu de Camus ? Vous le voyez, Nadine Monfils a plus d'un tour dans son sac et Elvis, sous des dehors un peu benêt en a sous la  banane !
Certains feront peut être la fine bouche, perso, je me suis régalée !

La suite vient de paraître.

 

 

 

04/03/2016

Une année douce

"Arrivée dans ma chambre, je sens le poids des événements des dernières semaines, c'est comme si d'un coup tout cédait. Comme si je lâchais prise, enfin ? "

Renouant avec son amant (marié) et s’engageant simultanément dans un travail à quatre mains avec celui qu'elle appelle l’Écrivain, la narratrice pressent très vite que cette dernière relation pourrait déborder du cadre professionnel.anne grauwels
Entre deux hommes, entre deux psys, elle nous relate une année douce-amère avec un style fluide. Les personnages sont attachants, pleins de vie et l'on passe un bon moment en leur compagnie.

 

Merci à Babelio et à l'éditeur pour cette découverte.

anne grauwels

 

06:00 Publié dans Roman belge | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : anne grauwels

09/01/2015

La nostalgie heureuse ...en poche

"Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo."

Chaque rentrée littéraire nous apporte un nouvel opus de notre Belge préférée: Amélie Nothomb. S'en suit une avalanche de reportages, critiques, billets, interventions de la dame dans des émissions les plus improbables et la sensation pour le lecteur, même aficionado, de ne pouvoir échapper à la folie Amélie Nothomb.
J'ai donc laissé reposer un peu tout cela avant de dévorer d'une traite La nostalgie heureuse. Je n'aime jamais autant cette auteure que quand elle se raconte sans fard, avec une lucidité qui force l'admiration et un humour toujours présent. J'avais vu le reportage sur France 5,  qui avait entrainé son retour au Japon, son pays de prédilection, et j'ai découvert ici ce qui se cachait derrière les images: la rencontre avec l'ancien fiancé, Rinri et le maelström de sentiments que ce voyage a occasionné. Une plongée dans l'intimité de ce personnage hors du commun qu'est Amélie Nothomb.amelie nothomb
J'aime quand elle va au cinéma avec son bonzaï moribond, Swfit , et que la projection d'Hugo Cabret ressuscite la plante  : "Martin Scorcese l'a libéré de son envoûtement de petitesse."  ou quand les Carabosses tokyoïtes se moquent d'elles  : "Les mémés se régalent de ma déconfiture. Elles calculent qu'à mon âge, j'en ai encore pour une trentaine d'années à être polie.Après, je pourrais péter les plombs comme elles."Voilà une auteure qui assume tous les aspects de sa riche personnalité  ! Un coup de cœur !

05/09/2014

Histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris plus un)

 Un titre à la Woody Allen, une écriture pleine d’empathie, des personnages bien campés mais là encore j'aurais aimé lire plus que 185 petites pages pour mieux profiter de cette histoire de famille et de mariages. peut être en attendais-je trop après celui-ci.

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24/08/2014

Pétronille

"Pétronille, si jeune fût-elle faisait partie des auteurs de bonne compagnie."

De correspondante, puis de lectrice identifiée lors d'une séance de dédicace (décryptée avec verve par la narratrice double de  Nothomb), Pétronille devient convigne (comprendre compagne de beuverie, au champagne, bien sûr !) de la narratrice, s'éclipse puis revient, à son tour auteure d'un roman.
Commence alors le récit d'une amitié placée sous le signe du champagne, boisson que nos deux héroïnes s'emploient à déguster dans les lieux les plus improbables. Amitié entre deux jeunes femmes aussi frappadingues l'une que l'autre ,mais sous des formes très différentes.  L'une est brut de décoffrage, se met en danger,reste mystérieuse par bien des aspects et il n'est pas interdit de reconnaître, vu les nombreux indices, Stéphanie Hochet . L'autre, Nothomb donc, se montre plus policée, mais aussi admirative de sa "convigne" et de son talent d'écrivain.amélie nothomb
Amélie Nothomb n'est jamais aussi drôle que quand elle se moque d'elle-même, "Dans les rues ,on me félicitait pour mon déguisement. Je portais simplement ma tenue de travail."  (voir aussi l'entrevue hilarante avec Viviane Westwwood ! )aussi émouvante que quand elle s'inquiète pour les autres. Le roman file à toute allure, vers une fin en forme de pirouette un peu frustrante car on aurait bien accompagné ces deux demoiselles dans leur périple chaotique et savoureux. Un excellent moment de lecture et une ode au champagne !

l'avis tout aussi enthousiaste de Tamara !

Plein d'autres avis chez Mango !

 

26/01/2014

Barbe bleue...en poche

"La couleur n'est pas le symbole  du plaisir, c'est le plaisir ultime. C'est tellement vrai qu'en japonais, "couleur" peut être synonyme d'"amour"."

Placé sous le triple signe du jaune, de l'or et du champagne , Barbe bleue revisite le conte éponyme  en se posant la question suivante: pourquoi des femmes ont-elles continué à épouser ce "serial killer" avant l'heure ? amélie nothomb,
Le dispositif inventé par don Elemirio, ce Barbe bleue contemporain, est basé sur la proposition d'une collocation particulièrement avantageuse car "La colocataire est la femme idéale."Attirée par le confort et la modicité du loyer la jeune et belge Saturnine saura-t-elle rester en vie ?
Plein d'humour et de vivacité, les dialogues opposant les deux principaux protagonistes les voient ferrailler avec une belle ardeur et Saturnine se montre particulièrement retorse face à cet homme qui ne ment jamais. Plein de verve et de fantaisie, émaillé de remarques pleines d'humour : "On devrait taxer l'autosatisfaction", Amélie Nothomb se montre ici au mieux de sa forme, même si j'ai ressenti une légère baisse de régime vers la fin.

 Un roman biscornu et plein de charme qui file à toute allure.

30/12/2013

Marilyn désossée (féérie iniatique)

"En 25 années, j'ai acquis toutes sortes de métiers dans les mains: écrire, boucherie,  librairie, jouer la comédie, maquiller le chanteur Kristophe, vendre des bières, conduire des trams , fabriquer des chapeaux , faire des tartes, garder des mouflets,  chanter en anglais...; cet éventail de sachant qui sait faire me permet  d'aller ci et là sans obligation de m'atteler à un leu de travail fixe. Nomadisme."

Marilyn 6-8 ans ce serait un peu Zazie sans son métro mais avec une aussi belle vigueur dans le maniement de la langue, un regard aigu sur le monde qui l'entoure et une formidable déclaration d'amour anticipée à l’homme qu'elle aime(ra). C'est aussi une découverte du plaisir amoureux et de formidables scènes de classe hallucinées et hallucinantes d'énergie débridée.isabelle wéryMarilyn 25 ans, le rythme ne faiblit pas, l'héroïne se glisse dans toutes sortes de formes de vie et les ruptures stylistiques, poésies qui se glissent de manière impromptue, déformations orthographiques, jeux sur les sons, nous mènent à un train d'enfer vers la troisième étape de ce "road movie traversant la vie d'une fille": Ici et maintenant où Marilyn se lancera dans l'écriture et découvrira sous un autre jour les gens qui l'entourent. Émotions garanties et formidable déclaration d'amour à la Belgique .
Marilyn désossée est un roman joyeux qui pulse, ne s’embarrasse d'aucune contrainte, où l'on sent une véritable passion pour la langue, triturée, malaxée, débridée, un Objet Littéraire Non Identifié qui donne la pêche et l'envie de découvrir d'autres textes de cette jeune auteure, Isabelle Wéry !

Un grand Merci à Libfly pour la découverte de cette pépite explosive toute hérissée de marque-pages, sélectionnée pour le prix Rossel 2013 !

Marilyn désossée, Isabelle Wéry, Maelström Reevolution (merci à eux aussi !)isabelle wéry

 


16/12/2013

La nostalgie heureuse

"Je suis une aspirine effervescente qui se dissout dans Tokyo."

Chaque rentrée littéraire nous apporte un nouvel opus de notre Belge préférée: Amélie Nothomb. S'en suit une avalanche de reportages, critiques, billets, interventions de la dame dans des émissions les plus improbables et la sensation pour le lecteur, même aficionado, de ne pouvoir échapper à la folie Amélie Nothomb.amélie nothomb
J'ai donc laissé reposer un peu tout cela avant de dévorer d'une traite La nostalgie heureuse. Je n'aime jamais autant cette auteure que quand elle se raconte sans fard, avec une lucidité qui force l'admiration et un humour toujours présent. J'avais vu le reportage sur France 5,  qui avait entrainé son retour au Japon, son pays de prédilection, et j'ai découvert ici ce qui se cachait derrière les images: la rencontre avec l'ancien fiancé, Rinri et le maelström de sentiments que ce voyage a occasionné. Une plongée dans l'intimité de ce personnage hors du commun qu'est Amélie Nothomb.
J'aime quand elle va au cinéma avec son bonzaï moribond, Swfit , et que la projection d'Hugo Cabret ressuscite la plante  : "Martin Scorcese l'a libéré de son envoûtement de petitesse."  ou quand les Carabosses tokyoïtes se moquent d'elles  : "Les mémés se régalent de ma déconfiture. Elles calculent qu'à mon âge, j'en ai encore pour une trentaine d'années à être polie.Après, je pourrais péter les plombs comme elles."Voilà une auteure qui assume tous les aspects de sa riche personnalité  ! Un coup de cœur !

Déniché à la médiathèque.

 

 Plein d'avis sur babelio !