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17/11/2017

La veillée...en poche

"Ce qui change le cours des choses n'est pas la vérité, mais  de la savoir."

Le père de Sébastien vient de mourir.  Marie, son amie d'enfance,  le rejoint et l'accompagne lors de La Veillée du  défunt. L'occasion de découvrir tout un pan de la vie paternelle, mais aussi de revenir sur des éléments du passé de ces quadragénaires qui auraient pu évoluer différemment.virginie carton
Chacun d'entre nous a eu ou aura à se confronter au deuil d'un parent. Une situation douloureuse pour laquelle Virginie Carton a su trouver le ton juste, ne basculant ni dans le sentimentalisme, ni dans la contrition.Elle dépeint avec une grande précision la gamme des sentiments par laquelle passe Sébastien et brosse avec tendresse une formidable histoire d'amitié , qui a su se jouer du temps et de la distance.
Un roman qui fait du bien et nous donne envie de profiter encore plus de la vie.

La veillée, Virginie Carton, Stock 2016, 219 pages piquetées de marque-pages.

13/11/2017

Les passagères du 221

"Ne pas me plaindre, il a déjà bien de la peine, je vais pas lui rajouter la mienne. Et puis moi, j'ai la liberté
Le sens de la lame...J'en parlerais pas non plus
Mais alors, à part le chat, de quoi on va causer ensemble ? "

Unité de temps, un trajet, de lieu, le bus 221, d'action, des femmes d'âges, de milieux différents se rendent à la maison d'arrêt pour visiter un homme et lui apporter du linge propre.
Nous les quitterons au moment où elle s'apprêtent à atteindre leur objectif. Entre temps, nous aurons découvert leurs tragédies intimes, leurs tourments et la manière dont la prison confisque à la fois leur temps et leurs pensées.catherine béchaux
Dans l'espace clos du bus 221, ces trajectoires se frôlent et vont se souder provisoirement à travers une même crainte: arriver en retard du fait de contre-temps que le chauffeur du bus, qui les observe du coin de l’œil avec une empathie discrète, entend bien leur épargner. ça n'est jamais grandiloquent, c'est tout en retenue pour mieux faire naître l'émotion.
Nous les avons sûrement croisées ou aperçues, ces femmes qui, lestées d’encombrants cabas tout autant que de problèmes et le grand talent de Catherine Béchaux est de leur donner une identité bien ancrée dans la réalité. En effet, l’autrice connaît bien ce microcosme de la maison d'arrêt et nous en brosse un portrait qui sonne juste, en particulier quant aux tracasseries administratives concernant les vêtements qui doivent corresponde à des critères bien précis, tout en dépendant du bon vouloir ou non des gardiens. Un roman qui donne une voix à celles qui trop souvent n'en n'ont pas. Un texte à qui on a fait une place trop discrète dans les médias. à découvrir de toute urgence .

Éditions Liana Levi 2017, 119 pages nécessaires.

06/11/2017

Un loup pour l'homme #MRL17

"Antoine va et vient entre les blessés et sa femme, ici la mort qui rôde et là la vie à venir. C'est un étrange face à face, dans moins de trois mois il sera père. Il est juste avant, dans un grand vide qu'il ne sait comment habiter."

L'appel sous les drapeaux d’Antoine correspond à la découverte de la grossesse de sa jeune épousée. Nous sommes en 1960 et le jeune homme va devoir partir pour l'Algérie.
N'étant pas d'un tempérament guerrier, il a réussi, contre toute attente ,à obtenir une formation d’infirmier, ce qui ne lui épargnera pourtant pas le côté sauvage de cette mission de soin, alliant sauvetage et ramassage des morts sur le terrain des combats.brigitte giraud
Brigitte Giraud, par petites touches, brosse le portrait de jeunes gens un peu à la dérive dans ce qui ne prendra que beaucoup plus tard le nom de guerre. Elle dit le quotidien par des détails criants de vérité, la chaleur, le sable qui envahit tout, le manque d'informations des appelés, la détresse, les salauds et les héros et tous ceux qui oscillent entre les deux.
Les mots étrangers qu'on s'approprie peu à peu, les corps et leurs détresses sont aussi au cœur de ce roman qui nous fait partager les expériences de ces jeunes hommes dans un pays étranger où il sont supposés maintenir l'ordre.
J'ai lu avec beaucoup d'émotion ce roman qui m'a permis de partager un peu ce qu'ont vécu,de manière différente bien sûr, mes parents à la même époque. Un roman rare et puissant.

 

Merci à Antigone, à PriceMinister et à l’éditeur.

de la même autrice: clic, clic clic

18/10/2017

Handi-gang

"-Mais qui est oppresseur ?
- L’État, voyons, les valides: vous-mêmes, tous ceux qui profitent des installations inaccessibles sans les boycotter, toux ceux qui savent et qui ne font rien. Vous n'êtes pas aveugles mais vous ne nous voyez pas !"

Sam, adolescent dynamique et plein de vie, vit seul à Lyon avec sa mère. Handicapé en fauteuil , il se heurte au quotidien à des tracasseries administratives et au manque d'accessibilité de nombreux endroits dans la ville.
Révolté par l'agression d'un de ses amis handicapés, il va fonder le Handi-gang, pour faire prendre conscience au grand public de leurs ressentis et de leur vécu dans un monde inadapté aux différents types de handicaps. Mais, dépassé par des membres adeptes de la violence, Sam devra apprendre à négocier avec la société.cara zina, handicap
Un roman enlevé , plein d'humour et d'informations variées sur le monde du handicap au quotidien.
Seul bémol: malgré la "distribution", je me suis un peu perdue parmi les nombreux personnages.

Editions Libertalia 2017.

12/10/2017

Petits plats de résistance...en poche

 "Personne à ce jour ne l'avait jamais pris en flagrant délit d'une quelconque activité salariée ou même de recherche d'emploi."

Qu'est ce qui va réunir Sandrine Cordier, "bras séculier du gouvernement contre la hausse du chômage" ,autrement dit employée de Pôle emploi, Antoine Lacuenta, agrégé d'histoire en rupture de bans et militant écologiste, un patron de presse, une "égérie sexo-psy", le directeur et les occupants d'un centre d'hébergement menacé de fermeture, une petite fille surdouée, une mamie à la page (et j'en oublie !) ?
La nourriture bien sûr(chaque chapitre porte un titre appartenant à ce champ lexical et l'on fait le grand écart entre "pâtée pour chiens" et "champagne" en passant par des plats beaucoup plus exotiques), mais aussi la résistance annoncée dans l'intitulé du roman. Résistance qui se manifeste à plusieurs niveaux et sous différentes formes, cocasses ou plus sérieuses.pascale pujol
Combinant des thèmes déjà envisagés dans d'autres romans (solidarité transgénérationnelle et/ou sociale, comme dans Bon rétablissement ou Ensemble c'est tout), réalisation de soi par le biais de la cuisine (Mangez-moi), Pascale Pujol donne à son roman la forme d'une ronde où vont se retrouver ses différents protagonistes. Ronde folle par le rythme, mais maîtrisée aussi (je ne me suis pas sentie perdue malgré le nombre de personnages) où l'auteure joue avec bonheur des possibilités qu'offre le récit, multipliant ainsi les surprises et les rebondissements. La plume est alerte et j'ai passé un excellent moment avec cette comédie enjouée.

11/10/2017

Encore plus de bonheur

"Il sourit souvent. C'est louche, cette bonne humeur affichée.On est des ados, quand même. On est supposés tirer la tronche un minimum."

Angela a été maintenue en classe de Seconde (comprendre, elle a redoublé). Si elle a perdu en chemin sa meilleure amie, elle a gagné en expérience et peut se targuer de conseiller efficacement les membres de sa classe. De quoi recommencer du bon pied cette nouvelle année scolaire.rachel corenblit
Que nenni car sur sa route elle va rencontrer la quintessence du boulet: Félix, faire la connaissance du nouvel amour de sa mère, devoir s'adapter à un père converti au véganisme, bref enchaîner les petits et gros malheurs,pour notre plus grand plaisir bien sûr.
Les 157 pages se tournent toutes seules, émaillées comme d'hab' de petits dessins et remarques d'Angela, façon carnet d'ado.

 

 

 

 

 

 

Que du bonheur ! clic !

04/10/2017

Juste quelqu'un de bien

"J'ai enchaîné les mecs sans réfléchir, j'ai gagné pas mal d'argent sans avoir l'impression de me fatiguer...Et puis soudain, la machine s'est grippée."

Bérénice, trente-quatre ans, a mis fin à une liaison sans saveur, mais ne tombe pas amoureuse pour autant. Elle  ne parvient plus à écrire une ligne de romance historique, ce qui est pourtant sa raison d'être , bref rien ne va plus.
Aidée par une mère et une grand-mère hautes en couleurs, ainsi que par une amie très chère, elle va enfin poser les questions nécessaire concernant son père et se décider à apprivoiser Aurélien, un homme dont elle est tombée amoureuse ado mais qui s'obstine à ne pas la reconnaître...angéla morelli
 S'inspirant d'une nouvelle de Stefan Zweig, "Lettre d'une inconnue", Angéla Morelli tire parti à merveille de l'idée de cet homme qui ne reconnaît pas celle qui l'aime. Ses personnages principaux ou secondaires sont croqués à ravi ,plein de petits détails les rendant immédiatement vivants et attachants. On est loin de l'hystérie qui règne parfois dans les romances survoltées qui croient ainsi se donner du rythme.Ici les personnages sont plus posés, parfois empreints de gravité, sans pour autant plomber le roman car l'humour est toujours présent.
On se glisse avec plaisir dans ce cocon douillet de l'impasse pavée et fleurie où vivent des artistes, on pousse le sourire aux lèvre la porte du Va comme j'te pousse, bar qu'on rêverait de fréquenter, bref on passe un délicieux moment, plein d'émotions et de fantaisie.
Ce nouveau roman d’Angola Morelli est une petite merveille !

Juste quelqu’un de bien, Angéla Morelli, Editions Harlequin 2017, 331 pages qui se tournent toutes seules.

03/10/2017

Au pied de la lettre

"Mes parents avaient des jugements  si péremptoires et parfois si imbéciles (ça sautait aux oreilles, je vous jure) que ça m' appris à me méfier des jugements."

Barthélémy Martin est-il dépressif ? Pour le savoir, il ira consulter deux psychiatres qui, bien que frères, ont des méthodes très différentes. C’est finalement à un troisième psy qu'il confiera son histoire par lettres, brossant ainsi, par petites touches l'histoire d'un homme effacé depuis l'enfance qui va peu à peu s'émanciper dans sa vie amoureuse  et dans sa vie tout court.isabelle minière
Roman épistolaire émaillé de formules éclairantes, Au pied de la lettre nous convie dans un univers qui pourrait être morose, mais qui s'avère plein de fraîcheur. On entre en empathie avec ce personnage qui, falot, prend de plus en plus d'épaisseur dans ses modestes révoltes, pourtant très efficaces. Un roman qui donne le sourire.

Merci à Babelio et aux Éditions Serge Safran.

De la même autrice: clic, clic et reclic.

L'avis d'Antigone.isabelle minière

02/10/2017

Mon père, ma mère et Sheila

"Lorsque je suis témoin d'un élan de tendresse entre un père et son fils , je ne peux m’empêcher d'être surpris.Je marque un arrêt, ému de voir que cela se passe si naturellement."

D’abord ce qui frappe dans le roman d'Eric Romand, c'est la forme fragmentaire choisie. Des textes brefs, factuels, où le sous-texte en dit souvent plus que ce qui est énoncé. La peur, la honte ne seront clairement énoncés que bien plus tard dans le récit.eric romand
La forme ici mime le fonctionnement d'une famille dysfonctionnelle des années 70 (la mère a commis une mésalliance aux yeux de sa famille petite bourgeoise), où l' homosexualité du fils , qui se devine à travers son admiration pour l'idole d'alors, Sheila,  provoque "Le regard glacial de mon père et celui désespéré de ma mère" sans que des mots soient clairement posés sur ce que chacun devine. La mère n'arrive d'ailleurs même pas à prononcer sans se tromper le mot "Homosexuel".
C'est aussi tout une époque qui se donne à voir, les repas pantagruéliques de Noël en famille, où la mère s'inquiète de ne pas avoir assez à manger pour ses invités, ceux pris en regardant Danièle Gilbert et les chanteurs en playback qui font face aux aléas de l'émission.
On sourit, on est profondément ému quand au détour d'un texte se donne à voir la douleur d'une mère, ou celle d'un fils qui,suivant les conseils de sa thérapeute se prend dans ses  bras.
109 petites pages pour un roman puissant , tout en retenue et diablement émouvant.

Déniché à la médiathèque.

 Éditions Stock 2017

28/09/2017

Davis Bowie n'est pas mort

"J'ai l'impression de partir à la découverte d'un inconnu parfaitement familier, je reconnais tout, même  ce que je ne connais pas ."

Trois sœurs, Anne, Hélène( la narratrice) et Émilie, perdent leurs parents à un an d'intervalle. L'occasion d'analyser avec franchise, humour parfois acide mais aussi bienveillance, les relations complexes que les frangines entretenaient avec leurs parents.sonia david
Première partie: la mère, haute en couleurs, attirant les regards, les apôtres, et que la narratrice fait profession de ne pas aimer par "vantardise" mais elle s'étonne de "découvrir que l'on peut tout de même aimer quelqu'un que l'on aime pas."
Changement de registre pour le père dans la deuxième partie: "...papa est ma mère juive, mon parent légitime, ma pelote d'amour."
Mais c'est dans la dernière partie que la mort de David Bowie va paradoxalement rapprocher les sœurs et faire renaître leur sororité chaleureuse.
D'emblée,on entre de plain pied dans cette famille qui nous devient très proche. Le ton est enlevé, plein d'humour souvent vachard mais d'émotions aussi et les quinquas chargées de faire le tri des héritages familiaux nous ménagent bien des surprises dans leurs revirements émotionnels. Même si je fais partie des "enfants uniques terriblement à plaindre", je me suis immiscée le temps de cette lecture dans cette fratrie et l'identification a fonctionné à fond !

Antigone a aimé, Cuné, moins.sonia david