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01/10/2019

Les silences sauvages

"...elles font partie de celles qu'on ne regarde pas." En butte à l'hostilité du monde pour des raisons principalement économiques, mais pas que, elles puisent dans leurs ressources intérieures, mais aussi dans leur rapport à la nature, de quoi tenir bon.
Un triptyque de textes donc, pour trois femmes dont le destin serre le cœur pour des raisons différentes.
Il y a d'abord l’héroïne de Sirène, à qui semble s'offrir une seconde chance mais qui sera rattrapée par la violence imbécile . Elle préfèrera confier son destin à l'eau et au brouillard. karin serres
Puis, la jeune femme de Chien qui ruse pour qu'on ne se rende pas compte de sa situation dans une société qui feint d'interpréter comme ça l'arrange les indices de plus en plus visibles de sa détresse. Récit central, il comporte des scène qui m'ont juste broyé le cœur, tant elles sont insoutenables.
Quant à la dernière, c'est celle qui semble la mieux insérée dans la société, mais qui ne possède pourtant qu’un seul tailleur pour assister à une réunion à l'étranger , l'occasion de s'ouvrir au monde et de s'intéresser à un animal océanique étrange, la Limule. Une échappée belle qui clôt ces récits sur une respiration bienvenue.
Entre onirisme, poésie et réalité brute, Karin Serres dépeint avec acuité et sensibilité un univers qui est à la fois le notre et pas tout à fait. Des portraits bouleversants. Une belle découverte.

 

Merci aux éditions Alma  et à Babelio.karin serres

30/09/2019

L'horizon qui nous manque

"Chacun connaît de ces moments maladifs, comme à battre des bras et des jambes dans la semoule, comme à essayer de s'accrocher aux lambeaux de son existence, et les paroles perdent en logique et en sens, et les gestes semblent indépendants de toute conscience."

Dans un espace naturel , miraculeusement préservé, entre Dunkerque et Gravelines, trois marginaux tentent de cohabiter. Le premier installé, Anatole, retraité, fabrique des oiseaux de bois flotté, supposés être des leurres destinés à la chasse.La deuxième, Lucille, institutrice en rupture avec l’Éducation Nationale, est désabusée depuis le démantèlement de la jungle de Calais où elle s'était investie auprès des migrants. Quant au dernier, Loïk, il est bien trop imprévisible pour ne pas retomber dans ses anciens travers qui l'ont déjà mené derrière les barreaux.pascal dessaint
Même si la fraternité existe entre ces personnages qui partagent un goût certain pour Jean Gabin, on est bien loin  de l'esprit d'Ensemble c'est tout . Ici, la tension est quasi permanente et l'on sent bien, entre une tournée de moules-frites ou un concours improvisé de décorticage de crevettes, que tout peut basculer sur un malentendu car "Quand il n'y a plus rien à gagner, on peut continuer à tout perdre...".
Un roman noir, ponctué de chansons des  Rubettes et autres Mike Brant, où l'on arpente les plages du Nord, où l'on suit une chouette, où l'on découvre ce qui fait la culture populaire d'un territoire marqué par l'Histoire , l’industrialisation et la crise économique. Du grand Dessaint.

Rivages 2019, 218 pages iodées.

 

24/09/2019

#PremierArrêtAvantLAvenir#NetGalleyFrance

"Il le fait pour elle, parce qu'il est inquiet, parce que, pour la première fois de sa petite existence égoïste, il s'inquiète pour quelqu'un d'autre que lui."

Pierre, dix-huit ans, coaché par son ancienne institutrice et soutenu par sa mère, a réussi un parcours d'excellence et s'apprête à intégrer une prépa parisienne.Une chance quasi inespérée pour ce jeune homme issu d'un milieu modeste.
Le voilà quittant sa région, mais dans le train, la  rencontre d'une jeune femme, Olympe,  un peu plus vieille que lui,  coiffée de dreadlocks et un essai de Proudhon en mains, va bouleverser ses certitudes.
Tout semble opposer ces deux jeunes gens, ce qui ne peut évidemment que leur plaire, mais chacun à sa manière va enrichir l'autre. Pierre abandonnera-t-il ce pour quoi il s'est programmé ou se laissera-t-il tenter par le projet humanitaire d'Olympe ?jo witek
Avec beaucoup de finesse et un grand sens de l'observation Jo Witek dépeint des adolescents idéalistes et politisés (Olympe et ses amis) mais brosse aussi le portait d'un jeune homme qui s'apprête à devenir un transfuge de classe, sans états d'âme, Pierre. Au contact de ces nouveaux amis ce dernier gagnera en humanité et en maturité. Si le discours final me paraît un peu trop mature dans la bouche de pierre, il n'en reste aps moins que j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman .

Jo Wtek, Actes Sud junior 2019.

Cuné m'avait donné envie: clic.

20/09/2019

Trois fois la fin du monde...en poche

"Faut pas mollir. Organiser son temps. Avoir son propre règlement, que celui des Bleus ne soit plus le seul à s'imposer. Curieusement, au lieu de nous contraindre plus, cela nous garantit de la liberté, ou quelque chose d'approchant."

Un seul personnage principal , Joseph Kamal, va connaître Trois fois la fin du monde. La première en étant incarcéré pour la première fois de sa vie en prison où il fera l'expérience d'une communauté imposée et n'aspirera qu'à la solitude. La deuxième, quand à l'issue d'une Catastrophe, indéterminée, il fera partie des survivants et mettra à profit les acquis de la prison. La dernière, quand il se retrouvera seul dans la nature à rechercher la compagnie des animaux pour ressentir à nouveau des émotions et des sentiments.sophie divry
N'étant guère friande ni de romans carcéraux ni de romans  évoquant la fin du monde , je me suis pourtant régalée du début à la fin de ce roman de Sophie Divry, la présentation et la citation mise en exergue me donnant comme boussole" l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu'à la folie dans son îlot mental". C'est donc avec enthousiasme que j'ai lu ce roman, établissant sans cesse des comparaison avec les textes de Defoe et/ou de Michel Tournier. Quant à la dernière partie, elle a tout de suite fait écho à un texte clairement revendiqué comme source d'inspiration par l'auteure, à savoir Le mur invisible de Marlen Haushofer.
Évoquant le thème de la solitude recherchée ou subie, Trois fois la fin du monde montre qu'une fois de plus Sophie Divry a su se renouveler avec bonheur.

Éditions Noir sur Blanc 2018.

16/09/2019

#Nobelle#NetGalleyFrance

"Tout ce qui est géant peut devenir gênant."

Lors de la réception de son prix Nobel de Littérature, Annette Comte, revient ,dans un  bien trop long discours, sur un amour de jeunesse l'été de ses dix ans , en 1972. Saint Paul de Vence est encore auréolé de la présence de Prévert et tout l'entourage de la fillette semble baigner dans la littérature.
Elle-même fait alors ses premières armes littéraires et on ne manque évidemment pas d'évoquer Minou Drouet, poétesse du même âge qui divisa la critique et connut un engouement passager, mais aussi les foudres de Cocteau qui déclara: « Tous les enfants sont poètes, sauf Minou Drouet. »sophie fontanel
En se plaçant à la hauteur d'une enfant Sophie Fontanel courait le même risque: tomber dans la mièvrerie et/ou avoir un texte qui sonne faux . Et c'est bien ce dernier travers que je lui reproche: à force de soleil, de baignades, d'amours enfantines , d’entretiens avec un grand écrivain, j'ai été saturée par cette gamine qui m'est vite devenue insupportable. Dommage

Sophie Fontanel , Éditions Robert Laffont 2019.

 

09/09/2019

Adelphe

"...ce livre est la bible familiale, transmise par Gabrielle, l'exemple à ne pas suivre, dedans est inscrit tout ce qu'il convient de ne ps faire lorsqu'on est une femme, les mille et une raisons pour lesquelles il faut en finir avec la soumission aux mâles et aux maîtres, cette tragédie dont la pauvre Nêne est la si  consternante incarnation..."

Adelphe est le tranquille pasteur d'une tout aussi paisible bourgade. Autour de lui, une constellation de femmes qui, en cette année 1920 vont découvrir, via Gabrielle, une bourgeoise qui aspire à l'émancipation, le prix Goncourt,Nêne. Cette histoire édifiante d’une servante ,qui se sacrifie sur l'autel de la société patriarcale, va entraîner bien des répercussions chez chacun de ces lecteurs.trices.
Quelle belle idée qu’utiliser un roman, ma foi bien oublié, comme élément déclencheur de prises de conscience au sein d'une petite communauté !isabelle flaten
Adelphe est quelque peu dépassé par les événements et ce sont bien les femmes qui mènent la danse dans ce roman où, si les mots de "lesbiennes", "avortement", "mariage des prêtres" ne sont jamais prononcés par les personnages, les thèmes sont pourtant bien présents.
C'est tout un pan d'Histoire qui se donne à voir ici, même si l'aspect historique proprement dit reste à l'arrière plan, celui d'une émancipation féminine. Un coup de cœur.

Adelphe, Isabelle Flaten, Le Nouvel Attila 2019 .213 pages où souffle un vent de libertés. .

 

04/09/2019

Avec toutes mes sympathies...en poche

"Bénéfice secondaire du malheur, le bonheur ne me frappe plus au cœur, mais les contrariétés non plus."

Après le suicide de son frère, la critique littéraire Olivia de Lamberterie a rompu son vœu et  exaucé le souhait fraternel : écrire un livre. Dont acte. olivia de lamberterie
Mais sans doute eût-il été préférable qu 'elle se laisse le temps de prendre du recul, cela aurait sans doute favorisé une expression plus maîtrisée des sentiments et un peu plus de rigueur dans l'écriture aussi (à deux reprises, à quelques lignes de distance, la narratrice "se gorge" d'activités positives, comme dans une mauvaise publicité).
J'ai donc ressenti peu d'émotions, mais sans doute suis-je sans cœur.

02/09/2019

#LePlusFouDesDeux#NetGalleyFrance

"Le problème avec les morts, c'est qu'on en fait des bourgeois avec de petites âmes. On leur taille des destins sur mesure quand ils n'ont plus le choix de nous contredire, comme quand je bégaie et qu'on finit mes phrases à ma place, toujours à côté de ce que j'avais l’intention de dire. L'artiste a-t-il pour vocation de modifier le destin des morts ? "

Imaginez : un inconnu vous intime : "-Donnez-moi une bonne raison, une seule de ne pas me suicider cette nuit !" Cette phrase va agir sur Lucie Paugham, célèbre marionnettiste,  comme un détonateur et faire remonter une scène qui s'est déroulée trente ans plus tôt au sein de sa famille. Scène dont les motifs sont restés obscurs aussi bien pour Lucie que pour sa sœur Agnès et leur mère: le suicide du père de famille qui avait posé presque la même question  avant de mettre fin à ses jours.sophie bassignac
Commence alors une relation étrange entre les deux protagonistes, toujours sur le fil du rasoir, relation qui va totalement chambouler la vie de Lucie, tant du point de vue artistique que familial. C'est aussi l'occasion de découvrir l'univers méconnu des marionnettistes pour adultes et de retrouver la subtilité d'une auteure dont je suis toujours avec attention l'évolution.

 Jean-Claude Lattès 2019

 

 

 

 

De la même autrice: clic

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27/08/2019

#LesGrands Cerfs#NetGalleyFrance

claudie hunzinger"Je découvrais "l'effet affût": le monde arrive et se pose à nos pieds comme si nous n'étions pas là. Comme si nous n'étions pas, tout court. On constate que le monde se passe de nous. Et même davantage: il va mieux sans nous."

"Un tonnerre de beauté", telle est la première métaphore pour désigner l'un de ces êtres magnifiques qui donnent son titre au nouveau roman de Claudie Hunziger. Cette apparition nocturne, dans la lumière des phares le 29 octobre 2017 va déclencher une nouvelle étape d'un processus né de la rencontre avec un photographe animalier se consacrant uniquement aux cerfs, Léo.
Ce dernier a demandé à la narratrice -qui ressemble fortement à l'autrice-,des années auparavant, l’autorisation d'installer un affût sur un terrain des Hautes-Huttes, nouvelle appellation à ce lieu retiré ,parfois appelé Bambois dans d'autres textes de Hunziger. A commencé alors une amitié en pointillés, Léo toujours sur la réserve, pendant laquelle le photographe a distillé ses connaissances sur les différents cerfs de ce coin des Vosges.
La narratrice , fascinée par la beauté des cervidés, prend aussi conscience des enjeux économiques qu'ils représentent pour des intérêts contradictoires: ceux des chasseurs et ceux de l'Office National des Forêts. Intérêts contradictoires mais ayant quand même pou runique résultat la destruction des cerfs.
Ce roman est une splendeur,  par la langue, à la fois ultra précise concernant le vocabulaire spécifique lié aux cerfs, que poétique. C'est à un véritable bain de nature que nous convie Claudie Hunziger, bain alarmiste toutefois car l'autrice tire aussi la sonnette d'alarme sur la disparition des espèces animales et végétales, qu'elle a pu elle-même constater en une dizaine d'années.
Un roman qui file sur l'étagère des indispensables.claudie hunzinger

 

Grasset 2019.

De la même autrice :clic , clic et reclic

26/08/2019

Jour de courage

"Il ne fallait pas être bien malin pour comprendre que depuis quarante minutes, Livio parlait de lui, de sa fragilité, de son impossibilité à trouver sa place, il était visible qu'il avait recherché comment l'homosexualité avait été abordée dans les différentes sociétés au fil des époques, et Arthur avait été le premier à voir venir, à sentir monter en lui une violence qui devenait impossible à contenir."

Qui dans cette classe de lycée avait déjà entendu parler de Magnus Hirschfeld ,ce médecin juif-allemand qui dès le début du XXème siècle avait lutté  en Allemagne pour les droits des homosexuels et avait mis en place un institut étudiant la sexologie ? Personne, peut être même pas la prof d'histoire.
Pourtant, Livio, dix-sept ans, volontaire pour prendre en charge un exposé sur les premiers autodafés nazis, va retracer le parcours exceptionnel de cet homme, une manière pour lui de faire comprendre publiquement ce que même sa meilleure amie se refuse à voir. brigitte giraud
Un "passage obligé" dont Brigitte Giraud rend compte au plus près, dans ces 156 pages, retraçant non seulement l'exposé et ses digressions, mais aussi les réactions du public du jeune homme. Le corps de l'adolescent est au centre du dispositif, ce grand corps qui trahit la souffrance de Livio qui peine à trouver sa place non seulement au sein de ses pairs, mais surtout au cœur de sa famille, dont l'histoire familiale repose sur ses fragiles épaules.
Un roman intense qui rappelle que , quelle que soit l'époque, "Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes", citation de Heinrich Heine que Livio aurait dû écrire dès son introduction, oubli révélateur du véritable objet de son exposé.

Flammarion 2019