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27/10/2020

Silent Boy

"Comme pour Nathan. Je me suis arrangé avec la vérité."

Anton fait profil bas dans ce lycée difficile où il est interne. Histoire de ne pas attirer l'attention des leaders de la classe qui chahutent certains profs et harcèlent les lycéens qui ne rentrent pas dans le moule.
Sa seule respiration est un forum en ligne où il intervient sous le pseudo de Silent Boy et où il trouve un espace de bienveillance.gaël aymon
Pourtant la rencontre avec Nathan, avec qui il va devoir partager sa chambre, va changer la donne et le forcer à intervenir dans la vraie vie.
Ces 63 pages sont un concentré édifiant de la violence sourde qui sévit dans certains établissements , au sein de certains groupes. Violence verbale ou physique dont les enseignants ne voient trop souvent que la partie émergée de l'iceberg. Une écriture sans complaisance  qui fait mouche.

Collection Court Toujours  Éditions Nathan,  texte qui donne accès à la version numérique et à la version audio.

 

26/10/2020

Le palais des orties

"Cette fille possédait un don, elle voyait l'invisible.
 Ou encore, je le comprends aujourd'hui, ce que nos refusions de voir."

Tous les habitants du Palais des orties, chat et chien y compris tombent sous le charme de Fred, jeune woofeuse venue aider Nora, Simon et leurs enfants , contre le gîte et le couvert.
Rien de glamour, rien de branché dans cette campagne triste où Simon a repris l'exploitation familiale mais l'a orientée vers la culture de cette plante que tout le monde rejette: l'ortie.
Mais ce que Marie Nimier peint, dans ce récit rétrospectif , est surtout l'histoire d'une passion amoureuse entre deux femmes.marie nimier
Avec beaucoup de délicatesse, d'empathie, elle nous fait partager la vie de cette famille que Fred va bouleverser , sans nous livrer pour autant tous les secrets de ces personnages qui nous deviennent vite familiers.
Un roman où l'autrice semble se libérer des carcans où on la sentait parfois enfermée dans ses précédents ouvrages. Une lecture réconfortante et brûlante à la fois.

Gallimard 2020

14/10/2020

Liv Maria

"Quand elle le voyait dans la glace, son corps lui parlait de ça aussi, de la femme un peu morte à l'intérieur qu'elle était devenue, de toutes ces années passées à traîner, son corps avec ses cicatrices de couteau émoussé, son dos brisé, ses bras durs comme du bois, durs comme son cœur."

Magnifique portrait de femme aux multiples vies, aux multiples identités, Liv Maria fait la part belle au romanesque . D'homme en homme, de pays en pays, je l'ai suivie avec enthousiasme mais  suis restée un peu sur ma faim car j'aurais aimé que soient approfondies les motivations de cette femme qui nous demeurent quelque peu obscure. julia kerninon
Quant au twist qui explique son dernier départ, je l'ai trouvé moyennement crédible, certains peoples nous ayant montré que ce n'était visiblement pas un embarras pour certains. Bilan en demi-teintes donc.

 

13/10/2020

Fille

"La perte de chance, tu vois, c'est  d'être une fille."

Dans ce roman, à forte connotation autobiographique, l'autrice interroge les mots liés à la féminité, plus particulièrement dans son histoire personnelle.  Partout on été repris les mots de son père affirmant qu'il n'avait pas d’enfants car il n'avait que deux filles.camille laurens
Il n'en reste pas moins que l'autrice rappelle qu'en Inde "Dire "c'est une fille avant la naissance est passible de trois ans de prison et de dix mille roupies d'amende: on n'a plus le doit de demander ou de pratiquer une échographie pour voir le sexe de l'enfant et avorter en conséquence car trop de filles disparaissent; à force de les étouffer dans l’œuf, il y a des villages entiers d'hommes célibataires."
La malédiction de naître fille, d'être considérée comme quantité négligeable, comme "une pisseuse", si elle a nettement régressé dans les pays développés, n'en demeure pas moins prégnante dans beaucoup d 'autres parties du monde.
Camille Laurens revient donc sur les moments clés de sa vie et en particulier sur la mort de son premier enfant, épisode d'une violence inouïe quand elle comprend les circonstances qui ont abouti à cette tragédie.
Mais le roman se conclut de manière optimiste avec la jeune fille de l'autrice qui rebat les cartes de la féminité avec une belle énergie.
Un roman constellé de marque-pages.

06/10/2020

Au bal des absents

"[...], tous ces gens-là qui la condamnaient à la mot sociale, la mort civile , la mort de faim, la mort de froid, la mort dehors, la mort de désespoir, l'avaient définitivement amarinée à la houle incessante, insondable de la cruauté humaine."

Au chômage, au RSA, bientôt à la rue, Claude, quarante ans, est contactée par un mystérieux juriste qui lui propose d'enquêter sur la disparition de toute une famille américaine dans une maison isolée en pleine campagne.
Notre héroïne ignore encore qu'elle va devoir faire face, totalement seule, à "tant de siècles de méchanceté embusquée dans un gigantesque manoir ". Mais  Claude a de la ressource car "le désespoir , c'est un luxe. Tu n'as pas les moyens", s'admoneste-t-elle. Et de se forger, grâce à une flopée de bouquins, de films, de jurons et de formules d'exorcisme, sans oublier les formations subies à Pôle Emploi,  toute une batterie d’armes, à laquelle elle adjoint une binette bienvenue.
Sous couvert de fantastique, d'horreur, Catherine Dufour nous peint ici le combat solitaire d'une femme contre la misère  à laquelle on voudrait qu'elle se résigne. Un combat social, féministe( j'adore la fin, à la fois drôle et horrifique). catherine dufour
On sourit (quand on aime l'humour noir), on frémit et on apprécie de voir ici convoquées et détournées les figures imposées de ce genre de roman. Claude est pugnace , intelligente et astucieuse et on jubile de voir comment elle apprivoise la situation à sa façon. Un roman hautement réjouissant même pour quelqu'un comme moi qui ne suit pas familière du genre fantastique et/ou horrifique.

 

Seuil 2020

28/09/2020

Procédure Dublin

"Mais c'est leur vie, elles font ce qu'elles veulent et surtout ce qu'elles peuvent. Si nous étions à leur place, je me demande ce que nous ferions.
- Nous ne ferions pas mieux."

Divorcée, sexagénaire, retraitée, solitaire (les enfants ont pris leur envol à l'étranger), la narratrice de ce roman devient bénévole dans une association qui accueille les femmes à la rue , essentiellement des migrantes, perdues dans les limbes administratives de cette procédure Dublin qui oblige à demander l'asile dans le premier pays européen où elles sont entrées.juliette jourdan
Elle s'attache particulièrement au parcours d'une jeune femme africaine, Aminata, parcours erratique, douloureux mais dont la narratrice ne connaît que des bribes et s'en satisfait d’ailleurs car elle a bien conscience du gouffre qui sépare les deux femmes et ne prétend pas pouvoir comprendre Aminata.
Elle est en outre tout aussi lucide sur sa démarche, absolument pas militante : "une bonne action de dame patronnesse. A quoi bon se mentir ? ",ainsi que sur ses relations avec ses proches.
De facture assez classique, le roman brosse un portrait sans fard des manquements français, l'État ne s'occupant que de l'aspect judiciaire et répressif, et déléguant aux "assoces" l'aspect humain et matériel, le tout avec des moyen dérisoires. Sans bons sentiments, sans pathos, Juliette Jourdan, avec beaucoup d’humanité , ne prétend pas vouloir sauver le monde, mais son personnage, même laminé par la fatigue, éclaire avec chaleur une réalité trop souvent reléguée à la rubrique "faits-divers". Je craignais un peu l'utilisation du pronom "Tu" mais cela n'a en rien gêné ma lecture ni mon identification à des personnages, bénévoles  guettés par le burn-out, migrantes confrontées à une réalité violente,  que je n'oublierai pas de sitôt.
Un roman dont on parle trop peu et c'est vraiment dommage.

 

le Dilettante 2020

27/09/2020

Panne de secteur

Muriel Cerf disait qu'elle n'écrivait pas pour les lecteurs qui avaient besoin d'un dictionnaire pour lire  "Picsou magazine." Certes. Cette écrivaine tombée dans l'oubli possédait un vocabulaire riche, mais ses livres étaient tout sauf ampoulés.
C'est exactement le travers dans lequel est tombé Philippe B. Grimbert : il se regarde écrire et le lecteur se demande si c'est bien du français qu'il est en train de lire et non une très mauvaise traduction du moldave. A la fin de certaine phrases, j'avais besoin de me reformuler ce que j'avais lu pour pouvoir avancer dans ce récit qui avait pourtant été sélectionné comme "coup de cœur" dans une librairie où je n'avais jamais mis les pieds.
J'ai donc jeté l'éponge et abandonné ce père , tout sauf sympathique, qui entend décider de la vie d'abord scolaire puis amoureuse de sa fille pour que son avenir soit assuré.philippe b. grimbert,schtroumpf grognon le retour

 

24/09/2020

Les impatients...en poche

"Une voix enthousiaste généreuse en qualificatifs dit ce qu'on voit: une femme de tête, femme d'intérieur, femme d’affaires, femme de chiffres, femme d'avenir, femme de pouvoir, femme de terrain, femme de goût. C'est fou  tout ce qu’une femme doit être pour qu'on en parle, s'étonne à cinquante kilomètres la Reine Mère assistant à la pimodiffusion, c'est moi ou on n'avance pas ? "

A trente-deux ans, Reine entame sa deuxième vie. Après avoir suivi jusqu'à présent un parcours sans faute où,  passant par une école de commerce, elle a jeté son dévolu sur un de ses professeurs, devenu un compagnon  avisé mais vaguement ennuyeux, la jeune femme choisit de délaisser le salariat et de devenir entrepreneuse.maria pourchet
Qu'elle ait rencontré Marin, spécialiste des algues n'y est pas pour rien, mais le jeune homme ne sera pas de l'aventure: le voilà voguant vers l'Antarctique dans la cadre d'une mission professionnelle.
Pas grave, Reine qui vit à 200 pour cent, on découvrira vers la fin du roman pourquoi, aura à ses côtés son meilleur ami, Étienne. Issu de le la classe ouvrière, le trentenaire rêve de devenir calife à la place du calife, comprendre : remplacer le PDG increvable de sa boîte.
Le roman de 188 pages file à toute allure, comme ses personnages, décortiquant au passage avec acuité les rouages d'un monde qui se donne l’illusion d'être sans cesse en réinvention, mais qui reste néanmoins très codé.
Combinant avec tendresse et humour, la romance et la sociologie, Les Impatients est un roman à la fois drôle et caustique qui demande une seconde lecture afin de mieux le savourer.
La narration englobant avec le "on" ou le "vous" le lecteur, le prenant souvent à témoin, fonctionne parfaitement mais nous laisse un peu frustrés: on en reprendrait bien encore un peu (beaucoup).
Gallimard 2019

Et zou sur l'étagère des indispensables !

31/08/2020

les gratitudes...en poche

"Je chéris le tremblement de leurs voix. Cette fragilité. Cette douceur. Je chéris leurs mots travestis, approximatifs, égarés , et leurs silences."

Même s'il y a bien eu des signes avant coureurs, c'est venu d'un coup:  Michka la vieille dame chérie par Marie, ne peut plus rester seule. Les mots lui échappent de plus en plus et elle est tombée dans son salon.
Placée en Ehpad , la vieille dame reçoit régulièrement la visite de Marie,ainsi que celle d'un orthophoniste, Jérôme.9782253934288-001-T.jpeg
Leurs points de vue , ainsi que celui, biaisé de Michka, qui raconte de manière cauchemardesque des événements dont on ne sait s'ils sont réels ou rêvés, alternent pour brosser de manière sensible et tendre le portrait de cette femme qui s'éloigne de plus en plus de celle qu'elle a été.
Tourmentée par une gratitude qu'elle n'a pu exprimer, Michka sera aidée par ses deux amis pour mener à bien cette mission.
On ne peut qu'être séduit par la délicatesse dont fait preuve à son habitude Delphine de Vigan.
Seul bémol : la volonté de vouloir à tout prix terminer sur une note trop optimiste, ce qui gâche un peu le plaisir du lecteur.

30/08/2020

Bacchantes...en poche

e vin est devenu un investissement , soigneusement gardé ,dans d'anciens bunkers à Hong-Kong. Alors qu'un typhon menace, faisant grandir la tension dramatique, trois femmes réussissent à s'introduire dans ce lieu ultra sécurisé. Commence alors un face à face entre les braqueuses ultra chic retranchées à l'intérieur et les forces de police dirigée par Jackie Thran...418RokujgJL._AC_UY218_.jpg
En un peu plus d'une centaine de pages , Céline Minard revisite le film de braquage, en une version ultra sophistiquée, qui bouleverse les règles du genre. Ses héroïnes sont de contemporaines Bacchantes qui redonnent tout son sens au breuvage célébré par Bacchus. C'est élégant et mené de main de maître.