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28/01/2025

Les Ravissements ...en poche

"Si vous avez l'intention de prier, vous pouvez dire tout ce que vous voulez sur qui vous voulez."

Une maladie mystérieuse touche, tour à tour, les onze enfants de la classe d'un petit village d'Irlande du Nord au début des vacances d'été 1993. jan carson
Scientifiques, journalistes se ruent bientôt sur ce microcosme rural où les morts se succèdent et où la jeune Hannah va vivre une expérience troublante : chacun de ses camarades, une fois décédé, lui apparaît.  Rien de morbide pour autant car le lieu où ils sont arrivés est leur village, mais sans les adultes.
Hannah, onze ans, issue d'une famille très pieuse qui la prive de tout ce qui ressemble à une forme d'amusement, va s’accommoder des visites de ces fantômes.
Si l'autrice ménage un certain suspense quant à l'origine de cette maladie, elle se penche surtout sur la communauté d'adultes et ne les épargne guère: bêtise, manque d'amour, manque d'intérêt , racisme larvé, bien peu trouvent grâce à ses yeux. Elle sait aussi éviter l'aspect répétitif qu'on aurait pu craindre et son réalisme magique  se fond avec bonheur dans la narration. Un bonheur de lecture.

 

Traduit de l’anglais (Irlande du Nord) par Dominique Goy-Blaquet

 

27/01/2025

Sweet Harmony

"Oui, bon j’espère qu'il te traitera bien".
Elle n'aurait pas employé de mots plus forts si elle avait voulu le qualifier de descendant d'Attila, de dépravé et de maniaque. "

 

Plus besoin d'aller chez le dentiste, de s'épiler, de se casser la tête pour avoir l'air fraîche après une nuit des plus courtes, il suffit de s'abonner aux extensions de santé qui s'offrent à vous (moyennant des contrats léonins et onéreux ) et les nanotechnologies vont œuvrer pour votre santé et votre beauté. Le bonheur !
Tout semble donc aller pour le mieux pour Harmony, jeune trentenaire qui, ayant soigneusement sélectionné ses extensions, se montre performante dans sa vie professionnelle et sentimentale, .
Jusqu'au jour où un bouton des plus incongrus apparaît sur son menton. La belle mécanique va  alors se dérégler...
Société des apparences où la santé est devenue une marchandise qu'on octroie ou retire sans états d'âme..."Londres. Bientôt" nous dit sobrement la quatrième de couverture. On n'est pas pressés de connaître cette époque. claire north
Avec cette dystopie très courte (159 pages) , je découvre le talent de Claire North (et les éditions Le Bélial). Je sors donc de ma zone de confort et ne le regrette pas du tout car j'ai vraiment apprécié son écriture discrètement ironique, sa manière de peindre les personnages avec beaucoup d'humanité et de sensibilité.
 

25/01/2025

Là où je nous entraîne...en poche

"Je n'écris pas dans un carnet, sur un écran ou des Post-it, j'écris sur notre mère. "

Ouvrir un roman d'Isabelle Desesquelles c'est partager une brassée d'émotions fortes mais qui ne flirtent jamais avec le pathos. L'autrice parvient en  effet toujours à maintenir un équilibre entre ce qu'elle raconte et ce qu'elle suscite chez la lectrice ou le lecteur.619ZIW6UhrL._SL1311_.jpg
Avec Là où je nous entraîne, d'emblée on devine que cette fois nous allons la suivre au plus près de ce qui fonde son écriture, l'événement traumatique qui a marqué son enfance et l'a menée à l'écriture : "Il y a quarante-six ans une petite fille a commencé à écrire dans sa tête où l'on est deux , l'enfantôme et moi. Elle est l'enfance abolie qui vous hante. Une mère se tue, elle tue l'enfant en vous. L'enfantôme, elle, a refusé de mourir . [...] L'écrire, c'est aller à la source. "
Interrogeant les liens entre réalité et fiction, faisant dialoguer deux textes, l'un consacré à cette petite fille devenue écrivaine qui interroge ses proches sur le suicide maternel, l'autre à une tragédie en route au sein d'une famille marquée par l'écriture et l'intensité des sentiments, Isabelle Desesquelles nous coupe parfois le souffle et nous montre la puissance de l'écriture . Une autrice à son meilleur.

24/01/2025

Qui-vive...en poche

J'imagine une vie qui serait une éternelle errance où je m'arrêterais devant chaque personne croisée et l'écouterais quelques minutes. "

Parce qu'il y a eu les attentats; le Covid, les confinements; le retour de la guerre en Europe; la découverte de feuillets énigmatiques après le décès de son grand-père, Mathilde est devenue insomniaque, a perdu le sens du toucher ,est obsédée par des vidéos de Leonard Cohen. Bref, Mathilde ne sait plus où elle en est. Et c'est fâcheux pour cette professeure d'histoire-géographie.Valérie Zénatti
Laissant son mari et sa fille, elle part sur un coup de tête en Israël, entame un périple où elle se frotte à des réalités contrastées, bien éloignées de son quotidien. L'occasion de retours en arrière, de changements de perspectives dans ce pays où sa famille n'a pas choisi de vivre mais dont elle parle néanmoins la langue. Un récit où L'Histoire affleure tout le temps. Un récit sensible et poignant qui prend une dimension encore plus grande au vu de l'actualité.

 

Éditions de l'Olivier 2024, 169 pages. Points 2025

22/01/2025

Après...en poche

"Un manque d'épaisseur dans nos entrevues. Un manque d'épaisseur dans nos liens. Un manque d'épaisseur tragique."

Après s'être installée plusieurs années, loin de l’Australie et de sa mère, Nikki Gemmell, est rentrée au pays avec  mari et enfants. Les relations entre les deux femmes ont toujours  été compliquées et l'autrice écrit même qu'elle avait "rompu avec Elayn d'un point de vue émotionnel à l'age de treize ans , quand elle m'a forcée à acheter mes chaussures d'école avec mon propre argent de poche. Elle voulait donner une bonne leçon à mon père parce qu'il était en retard dans le versement de ma pension alimentaire."nikki gemmell
Femme autonome, parfois rugueuse, Elayn n'était pas une mère conventionnelle et elle ne mâchait pas ses mots.
Son décès subit va tout remettre en question, surtout quand l'enquête de police va montrer qu'Elayn laminée par des douleurs qu'on ne pouvait traiter efficacement, a choisi de mourir.
Commence alors un parcours qui mène l'autrice à brosser le portrait d'une femme à multiples facette, mais aussi une enquête sur le suicide assisté, la manière, souvent inefficace dont on traite les douleurs physiques, les opérations parfois inutiles qui ne font que générer de nouvelles douleurs. Un long parcours qui permettra d'atteindre une forme de compréhension de ce geste et d'apaisement. Un texte fort.

Au Diable Vauvert 2019, traduction Gaëlle Rey

17/01/2025

Misericordia...en poche

" Et c'est là la difficulté de  me retrouver à vivre à l’Hôtel Paradis. Exil. Il n'y a plus rien qui ne soit qu'à moi, ni mon corps, ni mon esprit. "

Elle vit dans une maison de retraite dont l'appellation est pour le moins ambigüe et si on la déplace en fauteuil roulant, parfois comme un paquet, elle n'a rien perdu de ses facultés d'observation et enregistre sur un petit magnétophone le journal de ce qui sera sa dernière année de vie. Sa fille, l'écrivaine Lidia Jorge, retranscrit ici ces textes et leur insuffle émotion et poésie.lidia jorge
Il est très poignant de  voir "de l'intérieur" les explications de comportements qui peuvent parfois paraître incompréhensibles (appel en pleine nuit pour connaître une information pour le moins triviale, terreurs nocturnes parfaitement retranscrites où la narratrice lutte pied à pied contre la mort...). Mais il y a aussi les histoires d'amours entre les pensionnaire ou celles des soignants  et tout ce microcosme  est rendu avec vivacité et bienveillance. Quelques longueurs m'ont parfois perdue en route mais la fin du texte , avec la description du Covid , des mesures qui sont appliquées sans aucune explication aux pensionnaires , restera un moment fort de littérature.

 

Traduit du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues.

 

Éditions Métailié 2023. Points 2025

16/01/2025

#ViesetsurviesdElisabethHalpern #NetGalleyFrance !

" Quelle idée absurde que ce voyage en hiver au cœur de l'été. dans la forêt de neige, je perds pied , entre vengeance et mémoire, colère et recueillement, douleur et résilience. Je me sens disparaître. Pas de guérison possible, juste de temporaires rémissions, et, par intermittence, un féroce espoir. "

Invitée par sa grand-mère maternelle qui vit en Australie, la narratrice ignore que son aïeule compte sur ses talents de scénariste pour mener à bien un crime parfait visant un vieux monsieur dont elle sûre qu'il a participé à la Solution finale... carine hazan
Comédie noire, Vies et survies d'Elisabeth Halpern joue sur un grand nombre d'oppositions qui font tout le sel de ce roman où la narratrice et sa grand-mère possèdent toutes deux le "physique de l'ennemi", mais un ennemi différent , ce qui entraîne pour la première des soupçons à la douane et pour Elisabeth, née Juive en Ukraine dans les années 20,  la survie et de multiples identités. Et puis passer l'été  dans les alpes australiennes enneigées s'avère tout aussi savoureux.
Une grand-mère haute en couleurs, dont la capacité à survivre n'est plus à démontrer, mais qui , au fil de ses pérégrinations, se retrouvera mariée à un survivant des camps recréant un mode de vie bien particulier , voilà qui ne pouvait qu'inspirer une scénariste passant  son temps à se dénigrer.
Mêlant passé et présent, le roman se permet aussi quelques touches de fantastique pour mieux brouiller les pistes et nous laisser sur une fin quelque peu trouble.
Touche finale, Carine Hazan nous livre les clés de son inspiration en reproduisant la dernière lettre envoyée par sa grand-mère, point de départ de ce roman. L'écriture peut-elle permettre de venger ou faut-il "écrire comme on tisse des étoffes, comme on bâtit des ponts, comme on relaie un cri"?
Un roman plein d'humanité et un personnage qu'on n’oubliera pas de sitôt.

Editions Phébus 2025. favorited_reviews.png

13/01/2025

Ilnajamaisététroptard #NetGalleyFrance !

" Loin d'un monde régi par des algorithmes  à la logique éprouvée, capables de deviner les films, les chansons qu'on est censé aimer, nous sommes une addition de gracieuses incohérences, de penchants illogiques. Une kyrielle de "je" aux pensées étranges, aux décisions incompréhensibles, aux désirs répréhensibles, aux esprits tortueux en forme d'escalier. De perpétuelles ébauches. Des inconnus à nous-mêmes. "

Pendant deux années, 2023, 2024, à la demande de "Libération", Lola Lafon a rédigé des chroniques, rassemblées dans ce recueil.
L'occasion pour nous de revenir sur des faits oubliés, ou pas, parfois comiques, parfois dramatiques et surtout de porter sur l'actualité  et sur notre société un regard à  la fois chaleureux, plein d'humanité mais aussi très aigu. lola lafon
Elle ne pose pourtant pas un regard surplombant, n'hésitant pas à remettre en cause ses propres comportements dictés  par une société qui sollicite "notre goût de la sanction, du classement", à déterminer qui sont les "bons" et les "méchants" morts ou pauvres. Un regard nécessaire porté par une écriture toujours aussi belle. A lire absolument pour croire (encore un peu) en l'humanité. lola lafon

 Stock 2025

09/01/2025

Pour Britney

" -bien après lui j'ai entendu d'autres hommes me glisser à l'oreille, un peu outrés, Louise on voit ta culotte, je ne leur ai jamais répondu , et alors ? toujours je fermais les jambes  un peu gênée, un peu humiliée d'être soudain rappelée ainsi à ce fait de mon corps, qu'il ne fallait pas oublier, pas cesser de surveiller sans quoi on ne savait pas ce qui pouvait vous arriver, n'est-ce pas, ne pas oublier de veiller à ce qu'on ne puisse pas prendre cela, la fait de se tenir, par simple négligence ou peut-être par envie, les jambes écartées dans un parc avec ses amis, pour un signe, sans quoi il risquait toujours d'y avoir quelqu'un quelque part pour prendre cela pour une invitation. "

 

Ce court roman( 132 pages) tisse les destinées d'une chanteuse pop hyper sexualisée quand elle était très jeune, Britney Spears, et celui d'une écrivaine que l'on renvoyait sans cesse à son corps et à sa sexualité, Nelly Arcand. La première mettra des années à se libérer de la tutelle de son père. La seconde s'est suicidée.
Dans un texte à la syntaxe heurtée, syntaxe qui laisse souvent au lecteur le soin de poursuivre des portions de phrases, Louise Chennevière revient sur ces destinées tragiques, analysant avec une rage sourde, la manière dont ces femmes ont été broyées par une société patriarcale. Destinées qui font aussi écho, dans une moindre mesure à la propre réception de ses œuvres. louise chennevière
La découverte d'une écriture incisive et l 'envie d'aller plus avant dans l’œuvre de Nelly Arcand à qui la chanteuse Pomme a consacré une chanson, "Nelly".

 P.O.L 2024.

08/01/2025

Les filles du chasseur d'ours...en poche

"Tant que vous n'avez pas séjourné au milieu des très anciens et majestueux pins gris au tronc orné de polypores qui peuplent les forêts profondes , vous ne savez rien de la Finlande. "

Comme dans les contes, elles sont sept sœurs. Comme dans les contes, elles vont habiter seules dans la forêt. Ne les imaginez pas comme des petites choses fragile, elles sont fortes, intrépides, ingurgitent des flots de gnôle maison et de bière quand l'occasion se présente. Elles affrontent les éléments, la faim, le froid, la folie aussi.finlande,anneli jordahl
Sauront-elles trouver leur place à la ville  ces  femmes sauvages et libres ?
Un roman surprenant qui emprunte au conte certains de ses motifs pour mieux envisager d'un point de vue extérieur la société finlandaise contemporaine et proposer des modèles féminins , rudes mais attachants . Un roman féministe plein de vigueur.

 

 Traduit du finlandais par Anna Gibson.  480 pages. J' ai Lu 2025