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05/09/2022

#Quandtuécouterascettechanson #NetGalleyFrance !

"Comment l'appeler son célèbre journal, que tous les écoliers ont lu et dont aucun adulte ne se souvient vraiment ? Est-ce un témoignage, un testament, une œuvre ? Celle d'une adolescente enfermée pour ne pas mourir, dont les mots ne tiennent pas en place. "

 Il est des lieux, parfois même vides, mais tellement chargés d'émotion qu'ils ne peuvent manquer de susciter le silence, l'angoisse, voire la fuite. Quand elle a choisi pour la série "Ma nuit au musée" de séjourner dans le lieu qui accueillit Anne Frank, ses parents, sa sœur et quatre autres personnes, Lola Lafon ne pouvait prévoir l'effet que produirait sur elle la chambre de l'adolescente: qu'elle deviendrait presque un lieu tabou.  Pourtant  l'autrice met souvent au cœur de ses romans des jeunes filles qui "se confrontent à l'espace qu'on leur autorise". Autre point commun: "Toutes , aussi, ont vu leurs propos réinterprétés , réécrits par des adultes." lola lafon
En effet quand le Journal est paru, après-guerre oblige, l'heure était à la réconciliation avec l'Allemagne et il fallait gommer les propos trop virulent d'Anne Frank à leur encontre. Cela alla même aux États-Unis, jusqu’à donner un tour joyeux à cette œuvre transformée en comédie musicale à succès !
 Le grand mérite de ce texte , d'une très grande sensibilité, est non seulement de souligner la volonté d'Anne Frank de rédiger un texte littéraire, mais encore de nous rendre pleinement vivante cette jeune fille trop souvent réduite à quelques clichés (dans tous les sens du terme).
Quand tu écouteras cette chanson prolonge la réflexion en creusant l'histoire familiale intime de l'autrice, via ses grands parents, mais élargit aussi le propos en redonnant vie à un très jeune homme croisé par Lola Lafon , victime du génocide perpétré par les Khmers Rouges.  Un texte dont la sincérité et l'émotion serrent le cœur.


 Stock 2022.lola lafon

05/08/2022

La panthère des neiges...en poche (et hors de ma Pal)

"On pouvait s'échiner à explorer le monde et passer à côté du vivant."

Quand Sylvain Tesson est invité par le photographe animalier Vincent Munier pour aller au Tibet , dans l'espoir de photographier la mythique panthère des neiges, l'arpenteur de la planète va devoir apprendre le calme et l'immobilité.
Cette expérience va ainsi lui faire réviser ses valeurs et le cheminement au sein de contrées va se doubler d'un cheminement intérieur vers l'apaisement : "Attendre était une prière. Quelque chose venait. Et si rien ne venait; c'était que nous n'avions pas su regarder. "sylvain tesson
Entrecoupé de réflexions sur la mort de sa mère et la séparation d'avec une femme , Sylvain tesson se montre ici plus vulnérable, moi fanfaron, et quand il se laisse aller à des interprétations erronées concernant le comportement des animaux animaux, laisse Vincent Munier rectifier ses erreurs sans broncher.
Un texte court mais marquant qui m'a donné envie de visionner le documentaire portant le même titre.

24/05/2022

La fille qui voulait voir l'ours

"Je ne me suis jamais senti aussi humaine et pleine vie  que dans ce cosmos sylvestre. J'y ressens la palpitation du monde. J'imagine les  flux de sève dans les arbres, les racines exploratrices du sol, les usines à chlorophylle des feuillages.
 Mais je sens aussi mes limites à écouter, sentir, comprendre tout ce qui m'entoure. "

Acheté  un peu par hasard, beaucoup pour travailler sur le thème du voyage en privilégiant le voyage au féminin, ce récit de Katia Astafieff a dépassé mes espérances par sa fluidité d'écriture, son humour, son attention aux autres et à la nature et surtout sa volonté de ne pas se poser en héroïne. katia astafieff
La narratrice ne nous cache rien de ses échecs, de ses limites physiques et surtout détaille bien les problèmes spécifiques qui se posent aux femmes en matière de préparation logistique: quid du soutien-gorge , comment résoudre le problème des règles en conciliant efficacité et légèreté car il faut veiller à ne pas trop se charger. Et la voilà partie sur le sentier international des Appalaches en plein été...
Un récit qui détonne agréablement  comparé à ceux de certains de ses confrères masculins...

06:00 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : katia astafieff

15/02/2022

Le Signal /Récit d'un amour et d'un immeuble

"Je n'en reviens pas.
Que le signal soit capable encore, après toutes les souffrances , d'offrir cette poésie folle, d'inventer ce paysage nouveau, de la mer en transparence, presque en symbiose."

Quelle drôle d'idée que de consacrer un ouvrage à un immeuble et de le voir évoluer au fil des ans !
Oui mais cet édifice est tout à fait particulier. Il s'agit en effet du Signal ,immeuble d’habitations construit entre 1965 et 1970 en bord de mer et destiné à offrir une vue imprenable à des populations modestes dont c'était le rêve de toute une vie.
Las, le rêve vire au cauchemar car l'érosion marine a été plus rapide que prévu, réchauffement climatique oblige, et l'océan qui a gagné sur la côte aquitaine a chassé les propriétaires de  leurs appartements. CVT_Le-Signal-Recit-dun-amour-et-dun-immeuble_9276.jpg
Coup de foudre en 2014 pour Sophie Poirier qui suit, fascinée son évolution, imagine les vies des propriétaires expulsés et en procès avec les autorités. 
Cet immeuble fait aussi résonner en elle des relations à d'autres habitations et ouvre simultanément l'imaginaire de ses lectrices et lecteurs.
Le Signal fonctionne donc comme une formidable machine à rêver , tantôt poétique, tantôt prosaïque, n'occulte en rien les aspects sociaux et environnementaux et nous fait à notre tour tomber en amour pour cet immeuble promis à la démolition cette année.

Et zou, sur l'étagère des indispensables !

à noter également les photographies d'Olivier Crouzel . 

 

Éditions Inculte 2022.

03/06/2020

Vers la beauté, toujours !

"Je marche parce que j'ai de l'espoir. Je marche avec espoir plutôt. Je marche parce que ça me semble encore un motif d'espérer. Je marche parce que ça me permet de côtoyer une nature qui est encore sauvage. A certains endroits, ainsi, je ne peux céder au complet désespoir, penser que tout est en grande part fichu. Je chasse de mon esprit les océans de plastique, les forêts incendiées, les catastrophes industrielles, les espèces qui s'éteignent."

Avec un tel cri de ralliement comment ne pas emboîter le pas de Pascal Dessaint, auteur de romans noirs mais  aussi naturaliste passionné ?
Nous l’avons connu plus sombre , nous le retrouvons avec bonheur, lucide mais exaltant la beauté de la nature, le plaisir de la marche, seul , en famille ou avec des amis ,écrivains souvent. Mais s''il nous fait partager un peu de son intimité, il conserve jalousement , et c'est bien compréhensibles les localisations précises de ses balades.pascal dessaint,marche,nature
Trimballant son carnet car "Le carnet a ses avantages, en dehors du souci maniaque de noter tout ce qu'on a vu et de croire que c'est utile, voire scientifique de s'en souvenir. Le carnet permet de mieux supporter les hivers rigoureux, les nuits interminables et les loups qui hurlent autour de soi.On feuillette le carnet. Oh! La feuille séchée d'un hêtre glisse des pages ou la facture froissée d'un fameux gîte où l'on a fait bombance. Le gîte de Lesclun, dis donc, il faudra y revenir ! On tourne ces pages fort instructives et tout remonte, la musique des sources, les belles images et les parfums subtils. et on se remet à marcher dans sa tête. C'est fantastique ! ", il s’inscrit ainsi dans la belle lignée des écrivains-marcheurs qui partagent avec générosité leurs plaisirs mais aussi leur consternation face aux comportements aberrants de gens supposés être sensibles à la beauté du monde mais qui y laissent leurs cochonneries.
 Pourtant, oiseaux, vaches, plantes, effort physique, bon repas, tout fait sens, tout engendre du bonheur, revigore le corps et l'âme.
Pascal Dessaint distingue aussi les différentes sortes de marche et analyse avec précision les rapports entre l'écriture et sa pratique de la randonnée, la nécessité de "ressentir un lieu".
L'humour est aussi au rendez-vous, le marcheur un peu fatigué n'hésitant à pas invoquer le passage d'un oiseau pour provoquer une petite pause bienvenue...
Bref, vous l'aurez compris, Vers la beauté, toujours ! est un livre riche, généreux, piqueté de marque-pages qui nous rappelle au passage que s'il pleut on peut toujours marcher dans son lit,  j'ajouterai :avec en mains un bon bouquin de Pascal Dessaint , par exemple ! Et zou, sur l'étagère des indispensables !

 

Vers la beauté, toujours ! Un grand coup de cœur et une maison d'édition à découvrir : La Salamandre: clic

et reclic

 

10/03/2020

Chasse à l'Homme

"J'ai voulu comprendre pourquoi elle m’avait envoyée à paris traquer le petit Français alors que l'homme de ma vie m’attendait à Montréal. Pourquoi me lancer sur une fausse piste ? Parce que pendant longtemps, je ne me rendrais pas compte, elle disait."

Même si Sophie Calle l'a devancée en se lançant à la poursuite d'un homme sur les conseils d'une voyante,  ce qui était son projet initial, Sophie Létourneau ne se décourage pas et réécrit plusieurs fois ce qui deviendra cette Chasse à l’homme.
Récit, jeu d''écriture performative, ce texte force le réel , interroge l'autofiction et brosse le portrait d'une jeune femme à Paris, à Montréal, mais aussi dans le monde littéraire . "Des escortes, c'est ce qu'ils voient en nous. et tous ces autres que j'oublie. Parce que c'est bien cela ,le pire : ils sont si nombreux, si communs, qu'à force on oublie."sophie létourneau
Et le temps passant, l'autrice dresse un constat alarmant : "Aujourd’hui, j'ai trente-neuf ans, je suis professeure, j'ai publié des livres, je suis en position d'autorité et je ne ais toujours pas comment ne pas laisser le champ libre-le champ littéraire, le champ universitaire, qui sont les deux champs que je connais- à ceux qui font de nos carrières des champs de mines."

Un projet et un texte passionnants pour tous les amoureux de l'écriture et des contraintes littéraires, qui permettent d' envisager le réel d'une nouvelle manière...

La Peuplade 2020.

06:00 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : sophie létourneau

10/10/2019

Le drap blanc

"On se place là où il faut. On agit de la seule façon possible. Et c'est plus tard, dans la solitude qu'on se permet d'être désarticulé."

Elle n'était pas en France quand son père est mort, alors Céline Huyghebaert, peut être pour compenser, va mener une sorte d'enquête, empruntant différentes formes (interviews, récits de souvenirs, description de cartes postales...) pour créer un portrait kaléidoscopique de celui dont chacun se souvient différemment. céline huyghebaert
Pas question ici d'obtenir un résultat harmonieux, au sens où se dégageraient de grandes lignes communes. Non, ce qui intéressant dans cette démarche, c'est l’opiniâtreté de l'auteure et sa finesse d’analyse.
Un récit dérangeant et fort.

Le Quartanier 2019, 323 pages

 

06:00 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : céline huyghebaert

08/10/2019

Voyage du côté de chez moi

"Foulant l'humus et les feuilles sèches, je me remplissais de joie, j'étais attentif à la moindre manifestation, sensible au moindre signe de la vie sauvage. l'abri de ces grands arbres m'était confortable, il me consolait de mes déboires, de mes peines, de mes chagrins. il y avait toujours des formes à emporter, à garder à l'esprit."

A rebours d'autres voyageurs qui "font" des pays étrangers, recherchent l'insolite, l'inconnu ou l’exploit sportif, Jean-Luc Muscat nous propose ici un Voyage du côté de chez moi. jean-luc muscat
Périple de sept jours durant lequel, l'auteur, ancien forestier comme nous l'indique la quatrième de couverture, va prendre le temps de se poser, d’observer jusqu'à se fondre dans le paysage ce qui l'entoure. Voyage contemplatif qui s’oppose à la vitesse exigée par notre société, voyage passionnant pour qui veut bien emboîter le pas à Jean-Louis Muscat et s'émerveiller à ses côtés de ses découvertes et de ses réflexions. Un grand coup de cœur. Et zou, sur l’étagère des indispensables.

Éditions Le Mot Et Le Reste, un volume fin , dans tous les sens du terme, 85 pages à glisser dans sa besace.

 

29/07/2019

Dos au soleil

"Je glane dans leurs douleurs. Je comble leurs silences. Je ne porte pas la parole des survivants. Je prends la parole, la mienne, unique. Je désobéis au silence imposé tacitement."

Dos au soleil commence abruptement par nous plonger dans une période peu évoquée de l’histoire française: le retour en France des réfugiés en provenance d'Algérie en 1962. Parmi eux, les grands parents, la mère et l'oncle de Frédérique Germanaud.
Violence de l’accueil. Désorganisation, prise en charge lacunaire , voie absente, s'ajoutent au traumatisme du départ. Tout cela sera mis volontairement sous le boisseau mais " Ils portent la marque inaltérable de la perte."frédérique germanaud
Le projet de l'auteure ? "Partir , comme dans la sculpture d'un gros bloc de matériau informe. Tailler, évider, donner sens." Commence alors un travail nourri des découvertes, mais aussi des évitements, privilégiant "...les petits événements, ceux qui font la trame du quotidien" et choisissant résolument de tourner le Dos au soleil, c'est à dire de refuser "les figures de bonheur" que peut proposer l’Algérie.
Simultanément, Frédérique Germanaud entremêle son travail du récit de histoire d'amour, ce qui permet un regard extérieur éclairant son œuvre toute entière.
Un texte qui permet de s'émanciper du passé pour aller de l'avant. Une réussite tant par l'écriture, à l fois précise et poétique, infiniment sensible, que par la démarche qui sort des sentiers battus. Un livre prenant et constellé de marque-pages.

162 pages. Le Réalgar 2019.

Merci à Babelio et aux Éditions Le Réalgar.frédérique germanaud

 

31/05/2019

Dîner avec Edward...en poche

Sous l'amicale pression d'une amie, Isabel accepte de dîner régulièrement avec le père nonagénaire de cette dernière. Repas raffinés, nécessitant des préparations complexes, mais aussi réflexions sur l’existence sont au menu.
Un texte agréable à lire, mais qui , au fil du temps distille un ennui poli. Edward est charmant mais n'a pas su me séduire. On avait déjà eu "Mange, prie, aime", nous avons droit ici à Mange et aime. Un peu court non ?61ieLMRht1L._AC_UL436_.jpg

06:00 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : isabel vincent