12/05/2025
le règne de la nuit
""A plus tard mon chou. Ne fais rien que je ne ferais pas ! " .Ce qui laissait à Freda un champ d'action assez large. "
Londres, 1926. Si une grande partie de la population est encore meurtrie par la Grande Guerre, à Londres, la vie nocturne bat son plein et ce pour le plus grand profit de Nellie Croker qui, grâce à ses dancings, a bâti un empire qui suscite bien des convoitises. Et ce aussi bien de la part d'ennemis extérieurs que de sa propre famille...
Venant de York dans l'espoir d'y gagner la célébrité, deux jeunes filles, peut être pas aussi naïves qu'on pourrait le croire, disparaissent bientôt. Profitant de récente émancipation une autre jeune femme , au caractère bien trempé, Gwendolen Kelling se lance à leur poursuite et va bientôt devoir se mesurer à la famille Coker.
On le sent d'emblée, c'est avec une grande jubilation que Kate Atkinson s'est emparée de cette période (qu'en France nous avons appelé "Années folles") située entre la première et la Seconde guerre mondiale . Son roman, riche en péripéties évoquant le roman victorien, et en personnages hauts en couleurs, évoluant sur une crête ténue entre le bien et le mal, est hautement addictif. L'humour pince sans rire y est aussi bien présent et les 500 pages de ce roman se tournent presque toutes seules. Et zou sur l'étagère des indispensables.
Traduit de l'anglais par Colin Reingewirtz
Editions Bourgois 2025
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : kate atkinson
09/05/2025
Le vieil incendie...en poche
" J'ai de la peine à me rappeler que nous avons été indissociables. Nous avions les mêmes timidités, les mêmes craintes de la vie sociale. On ne se chamaillait pas. Notre langue de silences et de cris nous a réunies. "
A quinze ans, l'aînée, Agathe, a fui sa sœur cadette,Véra, aphasique, et son père. Elle a fait sa vie aux États-Unis où elle écrit des scénarios et des dialogues de films. Quinze ans plus tard, Agathe et Véra doivent vider la maison familiale qui sera abattue. Et pour cela , elles ont neuf jours.
Pas de disputes autour des objets ici, Agathe étant même prête à incendier le contenu de la maison dont elle ne veut rien garder. Elle apprend à redécouvrir sa cadette qui n'a plus rien de celle qu'elle se sentait obligée de protéger. Au fil des jours, des souvenirs reviennent et les secrets se révèlent.
Avec une infinie délicatesse, par petites touches, Elisa Shua Dusapin brosse le portrait de ces deux sœurs pour qui les silences sont peut être plus parlants que les mots. Car peut-on se fier aux mots ? Ils sont trompeurs, déformés, peuvent devenir le vecteur d’humiliations...Ils peuvent être difficiles à prononcer ou à écrire , même quand on en a fait son métier...
La nature joue également un rôle très important ici, ainsi que le corps des femmes, corps bridé, corps faillible ou corps retrouvé. Un texte magnifique dans sa concision parfaite et l'émotion intense qu'il dégage. Et zou, sur l'étagère des indispensables.
,L'avis d'Aifelle, moins enthousiaste : clic.
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : elisa shua dusapin
08/05/2025
#Onnabandonnepasunchiensurlautoroute #NetGalleyFrance !
On n'abandonne pas un chien sur l'autoroute (et on n’abandonne pas un chien tout court aurais-je envie d'ajouter) est un road trip foutraque où le narrateur , Jérôme, laissant sa petite famille( qui l'ignore) derrière lui se rend en Espagne, à bord d'une voiture volée, pour refaire sa vie.
Il enchaîne les mauvaises décisions, ce qui va par exemple le mener à poursuivre une voiture sur l'autoroute alors qu'il conduit... une mobylette ! 
J'étais tout à fait entrée dans cet univers loufoque, où un papy se dissimule dans le coffre d'une berline de son plein gré, entre autres, jusqu’à ce qu'un détail me mette la puce à l'oreille et ...patatras ce que je craignais le plus est advenu: le twist final qui fait tout réenvisager d'une manière terre à terre. Déception donc. Mais apparemment les avis sont beaucoup plus enthousiastes que moi sur ce roman.
Merci aux Editions Buchet6chastel et à NetGalley
06:00 Publié dans romans français | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : benoit toccacieli
07/05/2025
Les Amours de Machérie
"Le lièvre ressemble à l'âne mais ce n'est pas son fils. "
Biberonnée aux romans-photos (d'abord en noir et blanc, puis en couleurs), au siècle dernier, c'est avec curiosité que j'ai ouvert cet ouvrage qui ne détourne pas des images de romans -photos déjà existant, comme l'avait fait Clémentine Mélois, mais joue vraiment le jeu avec ses poses outrées et son histoire d'amour contrariée. 
Albin de la Simone et Izabella Maya sont les héros de cette love story se déroulant entre Paris et la Côte d'Ivoire, pays d'où est originaire l'autrice, Marguerite Abouet.
Méchants de pacotille, rebondissements rocambolesques sont au rendez-vous, même si l'intrigue principale évoque les injonctions familiales quant au mariage de la fille aînée dans ce pays africain (et sûrement dans d'autres également). Sympathique mais pas inoubliable. 
Editions du Seuil 2025.
06:00 Publié dans Roman-photo | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marguerite abouet
06/05/2025
On rêve tous de l'impossible
"-Vieillir n'est pas fait pour les âmes sensibles, plaisante Jonah.
-Je suppose que c'est mieux que de ne pas vieillir.
- Très juste."
Edi et Ash partagent une relation d'amitié très forte depuis l'enfance , riche d'humour et de bienveillance. Elles n'ont jamais lâché prise, face aux remous de la vie, mais Edi , en phase terminale d'un cancer, doit partir dans un établissement spécialisé où on pourra l'accompagner dans ses derniers instants. 
Rien de très attrayant à première vue, mais l'énergie, l'humour des personnages hauts en couleurs font de ce roman un texte qui célèbre la vie, sans chichis, sans pathos, sans grandes formules péremptoires.
Franchement, j'aimerais qu'un tel établissement, où les animaux des patients sont acceptés, où le personnel, aidé de volontaires, a le temps et les moyens d'adoucir les derniers moments de leurs patients, existe en France .
Editions Robert Laffont 2025.
Traduit de l'anglais (E-U) par Aline Azoulay-Pacvon.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : catherine newman
05/05/2025
La conquête de l'espace
"Comment ne pas se noyer dans le bouillon opaque de l'insécurité féminine, breuvage millénaire qui sape notre énergie créatrice ? "
L'achat d'une vieille maison "biscornu[e], et pourtant solide" à Saint- Sauveur- en -Puisaye , là où Colette a passé une enfance sauvage et libre, va amener l'autrice-narratrice à se remémorer son passé, ses relations avec ses mère et grand-mère maternelle et interroger son besoin de création. 
Va aussi s’affirmer chez elle, la nécessité de marcher seule dans les bois, malgré ses angoisses angoisses partagées par de nombreuses femmes, mais " Au pire que peut-il m'arriver ? Mourir ? Mais ne meurt-on pas un peu quand on n'obéit pas à ses désirs ? ".
Convoquant, bien évidemment l'autrice de La Maison de Claudine, mais aussi Duras, Mona Chollet ou Vinciane Despret, entre autres, Muriel Boselli , avec une écriture poétique, allant droit à l'essentiel, nous livre ici le récit d'une quête essentielle, à la fois intime et universelle qui parlera à toutes celles qui s'intéressent à la créativité. A lire et relire. Et zou , sur l'étagère des indispensables.
Editions La Tribu 2025
06:00 Publié dans l'étagère des indispensables, Récit de vie | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : muriel boselli
02/05/2025
#Commeunhamsteràlunettes #NetGalleyFrance !
Précision importante: la collection "Bestial" accueille des auteur.e.s d'origines très différentes qui envisagent leur rapport à l'animal. C'est donc plus pour le hamster que pour l'autrice, actrice, vidéaste Web, chroniqueuse, scénariste, réalisatrice et militante féministe française, que je ne connaissais absolument pas, question de génération sans doute, que j'ai choisi cet ouvrage.
"En sortant de l'enfance, je me mets à haïr la fragilité, la douceur, la délicatesse, la sensibilité. Ces qualités que je cherchais et qui ne m'ont protégée de rien ni de personne. J'anesthésie à la demande les paries de moi qui ont le cuir fin, pour fabriquer tout autour de moi une enveloppe aux griffes acérées. "
Depuis l'enfance, l'autrice s'est identifiée au hamster "pauvre petit animal en cage" , symbole de douceur, totalement inadapté dans un monde qu'elle ressent comme agressif, que ce soit chez elle (avec sa sœur qui la maltraite), à l'école, ou plus tard dans le monde du travail.
Elle s'est d'abord étonnée puis a constaté: "C'est donc à moi de comprendre la violence du monde envers moi. Le monde, lui ,n'essayera jamais de comprendre sa violence envers les choses plus petites ou plus fragile. Comme si la puissance cachée derrière la douceur faisait terriblement peur à cette humanité. "
Elle nous relate donc dans un premier temps "la complainte rouillée de ce narratif" avant de constater qu'elle fait partie d'une génération "paradoxale" : "on ne veut pas ce qu'ont eu nos parents, sans pour autant être prêtes à abandonner notre romantisme." et de prôner la sororité.
Une vision intéressante, qui interroge sur nos relation aux autres.
Merci aux Editions Lattès et à Netgalley.
06:00 Publié dans Essai, Récit de vie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : marion séclin
29/04/2025
Rappel à la vie
"Quand je vois des joggeurs par les vitres de ma voiture, je leur trouve toujours un petit air désespéré, comme s'ils couraient pour fuir ce qui les rend malheureux. Mais c'est peut-être justement pour ça que je vais commencer, pour garder une longueur d'avance sur mon propre malheur avant qu'il ne me rattrape et que je ne puisse plus m'en débarrasser."
"Du canapé aux cinq kilomètres" est un programme de running permettant de lutter contre la sédentarité. Différents personnages , ayant des problématiques et des âges différents, vont le rejoindre et tisser des liens, permettant ainsi de lutter contre leur isolement, leurs doutes, faire même preuve de solidarité en dehors de la course. 
Un peu trop programmatique à mon goût, pétri de bonne intentions, ce roman choral très très court (123 pages) fait le job des romans feel good mais sans vraiment susciter l'émotion.
Traduit de l'anglais (Irlande du Nord) par Cécile Arnaud.
Editions La Table Ronde 2025.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : david park
28/04/2025
Pour tout le monde en même temps
"L'écriture m'aide, mais c'est l'amitié qui me sauve. "
Pendant le confinement, Sophie Divry choisit de vivre à Lyon, dans son appartement où la fin d'une relation la laissera totalement seule. Elle choisit ici de nous livrer des extraits de son journal intime, tenu du 16 mars 2020 au 11 mai 2020, et de les faire résonner avec des interviews, réalisées quatre ans plus tard ,des gens avec lesquels elle était en contact, à cette époque si particulière. 
Liberté est laissée aux lecteurs, lectrices de se rendre directement , ou pas, à ces échanges dont les références sont données à chaque fois.
Des phrases extraites de discours, politiques, médiatiques, scientifiques, émaillent également cet objet littéraire avec des typographies différentes, voire en bleu, pour mieux nous replonger dans cette ambiance où le mot "guerre" résonnait sans cesse.
Ressentis différents, analyses politiques ou psychologiques, adaptation-ou pas-, soumission ou ruses pour gratter quelques moments de liberté, quelques espaces où respirer enfin, tout cela se donne à voir dans un récit très tenu, pudique mais qu'on devine très sincère. 137 pages qui nous replongent aussi dans nos souvenirs pour prolonger la réflexion. Un livre qui ne donne pas de leçons, ne verse pas dans l'introspection à outrance, mais propose un échantillon varié de ressentis intéressants dans une forme singulière et parfaitement adaptée. Un grand bonheur de lecture.
Editions du Seuil 2025.
06:00 Publié dans journal intime, l'étagère des indispensables | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : sophie divry
24/04/2025
Respect
"On sait aujourd’hui que les femmes violentées s'anesthésient pour survivre, et retournent ensuite aveuglément à la violence pour retrouver ce calme cette espèce d'absence à elles-mêmes qui premier les a "protégées". C'est ingénieux ce mécanisme, mais combien terrible puisqu'il augure une longue suite de prédations que les ignorants appellent le consentement. "
Il ne s'agit pas ici de règlement de compte ,ou d'auto-apitoiement comme pourraient l'estimer certains, mais de la volonté de comprendre pourquoi, à partir du viol de la petite Anouk de sept ans, viol que son père n'a pas voulu entendre parler, n'a pas voulu croire, les violences se sont succédé dans la vie de celle qui allait devenir la "muse" d'un cinéaste misogyne. 
Il s'agit aussi du récit d'une femme qui a su remonter vers la lumière et témoigne avec des mots très forts, car elle est une créatrice à part entière, des répercussions au long terme des violences sexuelles sur les enfants.
Je n'ai pas pour habitude de lire ce genre de texte, mais l’intensité et la qualité littéraire de ce texte , découverts grâce à la Grande Librairie, m'ont aussitôt donné envie de le découvrir et je ne le regrette absolument pas.
Editions Julliard 2025.
06:50 Publié dans Autobiographie | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : anouk grinberg


