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19/03/2008

Telles sont les questions...

D'abord la couverture. Un hameçon comme un point d'interrogation inversé, des poissons intriguant et attirant le regard (il m'a fallu plusieurs jours pour identifier les manches de pinceaux !), un pêcheur juste au dessus du titre que j'identifierai plus tard comme étant l'auteur : Pablo  Neruda.51ZQ9Yg8D7L
La main est irrésistiblement attirée par Le livre des questions.L'illustrateur,  Isidro Ferrer  nous convie à une balade où nous ne suivrons pas un lapin blanc mais  un chien de bois sculpté, un fois passée la première page où deux mains enfantines tiennent un livre grand ouvert sur une serrure en forme de point d'interrogation... La  clé vient juste après ...
72 poèmes sous forme de questions. Koans échappés du zen ? Herrin Hidalgo, dans la  postface, évoque tour à tour des aphorismes ou le Livre de Job comme  source d'inspiration de Neruda mais nous laisse libre  de choisir. L'heure n'est pas à la réponse mais au questionnement. Il affirme  également que la couleur jaune domine ces poèmes. Certes mais ce n'est que pour mieux s'opposer à la noirceur de certains textes évoquant par exemple le sort d'Hitler en enfer...
Les illustrations utilisent tour à tour le collage et de photos d'objets créés par Isidro Ferrer (des crayons constituent ainsi une chaise), et racontent elles aussi leur histoire interrogative: on se perd dans un labyrinthe mais la lettre A nous sert de balise...
Un magnifique objet à feuilleter tant pour les textes que pour les images, un livre où l'on revient comme  aimanté...

Juste un poème pour la route :

Dis-moi, la  rose est-elle nue
ou n'a-t-elle que cette robe?

Pourquoi les arbres cachent-ils
l'éclat somptueux de leurs racines?

Qui tend une oreille  aux remords
de l'automobile, cette criminelle?

Est-il plus triste chose au monde
qu'un train arrêté sous la pluie ?

 

06:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (8)

14/03/2008

Initiation à la poésie

Mes 66 plus belles poésies , anthologie parue chez Gallimard jeunesse, regroupe des poèmes d'auteurs classiques  (dont Desnos, mon chouchou) ou contemporains (comme  Roubaud que j'aime beaucoup aussi).51R4_qsd4aL   Beaucoup d'humour et de tendresse , en particulier avec "J'aime l'âne" de Francis Jammes,  poème que je  ne savais pas aussi long  car il  est toujours présenté tronqué,  grâce  aux texte bien sûr mais aussi grâce  aux  illustrations particulièrement réussies. Il me semble que Gallimard a opéré une sélection parmi sa collection jeunesse consacrée à un auteur en particulier, qui  est aussi réussie.
Dommage que  le lecteur ne puisse  attribuer un nom aux illustrations, l'éditeur ayant choisi de  lister les illustrateurs à la fin sans préciser qui a fait quoi. Une mention particulière à  l'auteur des dessins plein d'humour des fables del a Fontaine : la tortue menant la  course en trottinette tandis que le lièvre s'échine à la rattraper sur son vélo  , ou bien encore la  fourmi en peignoir tenant en laisse un roquet hargneux  revisitent avec originalité des texte hyperconnus. Un régal !

Un petit poème pour la route :

"La souris

Merci chère souris
d'avoir abandonné
le fouillis  du grenier
pour la douce chaleur
de mon ordinateur

Ainsi tous mes papiers
ne sont plus grignotés
et je peux voyager
dans les mots et cliquer
sans souci ô souris"

Joël Sadeler   Les animaux font leur cirque

06:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (6)

22/02/2008

Pour vivre

Pour vivre  est un très bel objet qui se présente un peu comme un coffret fermé par un ruban rose et d'où s'échapperaient des poèmes écrits par Bernard Friot et mis en matière par Catherine Louis. 51P8252E90L
Beaucoup de couleurs sourdes pour accompagner ces textes en  demi-teintes qui jouent avec l'espace  de la double page. Un texte juste pour vous donner envie :
poser sa tête
    sur l'oreiller
          sur une épaule
             au creux d'une main

           un geste pour la vie
                sommeil
                       caresse
                             abandon

           reposer le trop- plein de pensées
                                               d'émotions
                                                 de souffrances

                                                 poser sa tête
                                                            ou la perdre

06:02 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7)

03/02/2008

Quand le cinéma guimauve mène à la poésie

Dans son Manuel de  poésithérapie, Jean-Joseph Julaud se proposait avec beaucoup d'humour et d'érudition  de  guérir les maux de notre vie avec les mots des poètes.3189G60MS3L
Je doute fort que les  scénaristes de In her shoes ait lu  ce manuel mais ils ont utilisé cette idée de manière caricaturale dans le film, un poème d'Elisabeth Bishop guérissant en un rien de  temps la  dyslexie du personnage interprété par Cameron Diaz.
J'ignore si  les ventes de cette poétesse ont grimpé , mais j'ai trouvé ce procédé assez malhonnête quand on sait la difficulté à traiter la dyslexie  et les souffrances qu'elle peut entraîner.
Néanmoins, le poème est très beau,le  voici:

L’art de la perte

 

L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser,

tant de choses sont d’un naturel si fuyant,

que leur perte n’est pas une calamité.

 

Perdez quelque chose chaque jour .Acceptez la contrariété

de la disparition de vos clés, d’un moment absent.

L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser.

 

Puis habituez-vous à perdre, perdez, perdez :

les endroits , les noms, et même la clé des champs.

Rien de cela ne sera une calamité.

 

J’ai perdu la montre de ma mère. Eh, tiens ! pas la dernière mais

l’avant-dernière de trois maisons que j’aimais pourtant.

L’art de la perte n’est pas dur à maîtriser.

 

J’ai perdu deux villes, très jolies. Sans compter

des royaumes que je possédais, deux fleuves, un continent.

Ils me manquent, mais ce ne fut pas une calamité.

 

-Même ta perte (la voix moqueuse, un geste aimé)

ne saurait me faire mentir, c’est évident

l’art de la perte n’est pas trop dur à maîtriser

même s’il apparaît comme (écris-le !) comme une calamité.

 

08:39 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (9)

02/01/2008

Petit bonheur de début d'année

Il ne vous suivra pas (vu son poids et ses dimensions) dans tous vos déplacements mais si vous aimez la poésie, cet Agenda du (presque) poète , il vous deviendra vite indispensable, vous le feuilleterez chaque jour car c'est une mine !51H5Kvdj4eL
Mine de citations, mine de manipulations, de jeux avec l'espace, les mots, le rythme, les gestes, Bernard Friot, (oui, celui des Histoires pressées  !) nous régale avec cette année entière en poésie.
Fourmillant d'adresses internet, cet ouvrage s'avérera vite indispensable , tant pour les enseignants que pour ceux qui aiment jouer avec les mots, les sons et les images.
La poésie ici n'est pas intimidante, elle est quotidienne, familière, gourmande et farceuse...Elle donne envie de se lancer à la découverte de nouveaux textes,de nosveaux auteurs et parfois même on a des fourmis dans les doigts et des mots qui sonnent dans la tête , n'attendant plus que d'être notés...
Les illustrations d'Hervé Tullet, à la façon cahier de brouillon d'écolier, jouant avec des couleurs franches et gaies, contribuent à donner un air pimpant à ce très bel objet littéraire.51K5Q0BS08L

Petit rappel : dans la même collection, paru en 2005 , le fameux Agenda de l'apprenti écrivain, de Susie Morgenstern, lui aussi une Bible !

Et pour commencer l'année en poésie, une citation choisie (presque) au hasard :
"Les poèmes sont des cadeaux
des cadeaux  pour ceux qui sont attentifs." Hans Bender

06:13 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (23)

08/11/2007

Pour partir à la découverte...

Huit thèmes pour regrouper des poèmes allant du Moyen-Age à nos jours : Poètes et poèmes, ailleurs, la révolte, les travaux et le jours, douleurs,  amours, nature et (mon chouchou) : impertinences.
Des mots compliqués expliqués (mais sans que ça tourne  au manuel littéraire),un index des mouvements, formes et tonalités, une présentation biographiques des auteurs, tout ça au format de poche pour 5 euros cinquante, que demander de plus ? 21XW1ZJREDL
Anne de Berranger et Philippe Bouchey nous présentent dans Poèmes et poèmes des textes connus mais aussi  d'autres qui le sont moins et c'est ce qui est bien avec cette anthologie qui revendique avoir ses préférences: chacun peut y trouver son plaisir, en y piochant au hasard ou en cherchant un texte correspondant à un thème précis. De quoi faire le bonheur des enseignants, mais pas seulement  !
De quoi partir à  la découverte de poètes qui nous étaient inconnus...

06:01 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (19)

05/10/2007

Vous reprendrez bien un peu de poésie ?

Un mug de thé verts(le thé et le mug), un recueil de poésie , Visions d'un jardin ordinaire, allons profiter du soleil au jardin justement et dégustons le tout.41CHQF07WAL
En vis à vis des photos de Josiane Suel  et des poèmes  de Lucien Suel, une présentation de  Thomas Suel, on devine que la poésie est une affaire de famille.
Des mots simples en apparence  mais qui savent accompagner sans redondances les photos en noir et blanc et les  éclairer d'un jour nouveau. Pas de rimes mais un quotidien truffé de mots picards (un lexique serait parfois le bienvenu...),des photos qui montrent la vie et la mort en ce jardin ,pas si ordinaire que cela.
Le saule tétard , "cochon du jardin" , car tout est bon chez lui, a la part belle, car il se réincarne sous diverses formes.
La vie en effet renaît de la mort au jardin et "le jardinier [qui] a pissé sur le compost" "nourrit la terre.Il  détermine la  résurrection. Il lutte contre l'entropie. Il enfouit".
Pour rêver au jardin si on n'en possède pas ou pour le regarder d'un oeil neuf .
Saluons au passage la librairie d'Hazebrouck (où  je rêve d'aller) qui  a édité ce recueil de poésies, à  savoir "Le  marais  d'Hazebrouck".

06:07 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (10)

26/09/2007

Comment entrer dans un poème...

A petits pas, tout doucement, Gilles Brulet aux mots, Gilles Bourgeade aux images , nous font entrer En poème ce  monde.9782268057590
Un très joli recueil de poésie de la collection  Lo Païs d'enfance aux éditions du Rocher.
Avec des mots simples mais pas simplistes, le poète nous parle du poème, partie intégrante de la nature (et de nous mêmes? ).Nous "sauv[ons]l'escargot des roues de l'auto"et nous entrons dans le poème qui est "Un lieu très ouvert
Où l'on se sent heureux
Comme une après-midi à la mer".
Les illustrations jouent elles aussi avec les mots et accompagnent harmonieusement les textes de ce petit livre à glisser d'urgence dans nos poches.
A lire et relire.

06:43 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (13)

16/08/2007

Il pleut des poèmes (anthologie de poèmes minuscules)

Ni extraits ni citations , ces poèmes minuscules, réflexions humoristiques ou pas sont une belle  introduction pour ceux qu'effarouchent le mot "poésie".
Je le laisse "traîner "dans mon atelier d'écriture où il remporte souvent un vif succès auprès de mes élèves fâchés avec la lecture ou l'écriture.51F1FCTZBAL
J'y reviens souvent par pur plaisir et à chaque fois j'y découvre de nouvelles pépites...
Jusqu'à présent mon volume préféré de poésie de La rue du monde.

Quand rien
ne chante pour toi, 
Chante-toi
Toi-même

Guillevic


Si tu aimes l'étranger                     Quand il tombe l'arbre fait deux trous,

tu t'aimeras demain                        Celui dans le ciel est le plus grand.    Félix Leclerc

Jean-Pierre Siméon


Bon picorage !

08:12 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (19)

14/06/2007

La voix de Robert Desnos

A la demande de Bellesahi...

Si semblable à la fleur et au courant d'air
au cours d'eau aux ombres passagères
au sourire entrevu ce  fameux soir à minuit
si semblable à tout au bonheur à la tristesse
c'est le minuit passé dressant son torse nu au dessus des beffrois et des peupliers
j'appelle à moi ceux-là perdus dans les campagnes
les vieux cadavres les jeunes chênes coupés
les lambeaux d'étoffe pourrissant sur la terre et le  linge séchant aux alentours des fermes
j'appelle à moi les tornades et les ouragans
les tempêtes les typhons  les cyclones
les raz de marée
les  tremblements de terre
j'appelle à moi la fumée des  volcans et celle des cigarettes
les  ronds de fumée des  cigares de luxe
j'appelle à moi les  amours et les amoureux
j'appelle à  moi les vivants et les morts
j'appelle les fossoyeurs j'appelle  les assassins
j'appelle les  bourreaux j'appelle les pilotes les maçons et les architectes
les  assassins
j'appelle celle que  j'aime
j'appelle celle que  j'aime
j'appelle celle que  j'aime
le minuit triomphant déploie ses ailes de satin et se pose  sur mon lit
les beffrois  et les peupliers se plient à mon désir
ceux-là  s'écroulent ceux-là s'affaissent
les perdus dans la campagne se retrouvent en me  trouvant
les  vieux cadavres ressuscitent à ma voix
les jeunes chênes coupés  se  couvrent de verdure
les lambeaux d'étoffe pourrissant dans la terre et sur la terre
claquent à ma  voix comme l'étendard dela révolte
le linge séchant aux alentours des fermes  habille d'adorables femmes que je n'adore  pas
qui viennet à moi
obéissent à ma voix et m'adorent
les tornades tournent dans ma bouche
les ouragans rougissent s'il  est possible  mes lèvres
les tempêtes grondent à mes pieds
les typhons s'il  est possible  me dépeignent
je reçois les  baisers d'ivresse des cyclones
les raz de marée  viennt mourir à mes pieds
les tremblements de  terre ne m'ébranlent pas  mais font tout crouler à mon ordre
la  fumée des volcans me  vêt de ses vapeurs
et celle des cigarettes me parfume
et les ronds de fumée des cigares me  couronnent
les amours et l'amour si longtemps poursuivis se réfugient en moi
les amoureux écoutent ma voix
Les vivants et les morts se soumettent et me saluent
les  premiers froidement les seconds familièrement
les fossoyeurs abandonnet les tombes à peine creusées et déclarent que moi seul puis commander leurs nocturnes travaux
les assassins me  saluent
les bourreuax invoquent la révolution
invoquent ma  voix
invoquent mon nom
les pilotes se  guidebt sur mes  yeux
les maçons ont le vertige en m'écoutant
les architectes partent pour le  désert
les assassins me bénissent
la chair palpite à mon appel

celel que j'aime ne m'écoute pas
celle que j'aime ne m'entend pas
calle  que j'aime ne me répond pas

Robert Desnos

(14 décembre 1926) in Corps et biens

06:04 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (11)