30.03.2011
L'autre fille
"Entre elle et moi, c'est une question de mots."
"Faire le récit de ce récit, ce sera en finir avec le flou du vécu, comme entreprendre de développer une pellicule photo conservée dans un placard depuis soixante ans et jamais tirée."
Ce récit initial c'est celui qu'entend un jour Annie Ernaux de la bouche de sa mère, récit qui pourtant ne lui est pas directement adressé. Elle apprend alors qu'elle a eu une soeur, décédée, et que cette enfant est morte comme une petite sainte lui laissant le rôle de "l'autre". Un récit qui donc l'exclut.
Commence alors un processus d'enkystement de la situation car jamais, même quand elle sera devenue adulte et aura obtenu d'autres informations par des membres plus éloignés de sa famille, l'auteure ne parlera franchement de cette soeur, tout à la fois visible et cachée, avec ses parents.
"Une lettre qui jusqu'à présent n'avait jamais été écrite", tel est le cadre de cette collection où paraît le texte d'Annie Ernaux, récit qui paraît parfois dur, (ainsi la manière dont elle désigne ses parents presque uniquement par des pronoms, et elle s'en explique d'ailleurs), un récit où les mots sont presque les éléments principaux, car leur puissance permet tout à la fois la révélation quasi sidérante, l'exclusion et l'établissement hypothétique d'un lien par de-là le temps. Une oeuvre singulière et dérangeante qui ne tombe jamais dans le pathos mais creuse au plus profond.
L'autre fille, Annie Ernaux, Nil 2011, 78 pages denses.
Merci à Mirontaine pour le prêt.
L'avis de Laure qui vous mènera vers plein d'autres.
06:03 Publié dans Récit | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : annie ernaux, lettre à la soeur disparue
30.01.2010
les années
"Une coulée suspendue"
"Ce ne sera pas un travail de remémoration, tel qu'on l'entend généralement, visant à la mise en récit d'une vie, à une explication de soi. Elle ne regardera en elle même que pour y retrouver le monde , la mémoire et l'imaginaire de jours passés du monde , saisir le changement des idées, des croyances et de la sensibilité, la transformation des personnes et du sujet."
Annie Ernaux revient à plusieurs reprises dans Les Années sur son projet d'écriture et la nécessité de l'utilisation du pronom "elle". Je n'ai pas été gênée par ce pronom et me suis laissée emporter d'une seule coulée dans le flot continu du texte, scandé par la description de photos de la narratrice, comme autant de balises pour se poser un peu et prendre la mesure du temps passé.
Toutes mes craintes (retrouver les événements déjà traités dans les premiers romans d'Annie Ernaux que j'avais lus à leur sortie, se perdre dans cette évocation d'un passé qui ne m'appartient que partiellement) se sont envolées et j'ai dévoré d'une traite cette évocation d'une vie qui est aussi un peu la nôtre.
Vient de sortir en poche
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans français | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : annie ernaux

