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19/09/2016

Une famille passagère

"Je l'avais emmené avec moi pour donner quelque chose à aimer à l’amour qui était en moi."

Profitant d'un moment d'inattention des parents, une femme, la narratrice, enlève un bébé dans la station balnéaire de Margate en septembre 1938. L'acte ,qui paraît d'abord impulsif, s'avère en fait clairement préparé.
De la voleuse d'enfants, nous ne connaîtrons jamais l'identité, tout au plus glanerons-nous au fil du texte quelques informations , très lacunaires, sur son passé.gerard donovan
Visiblement perturbée, alternant périodes de lucidité, réflexions pragmatiques et obsession délirante, cette femme nous entraîne dans une vison très dérangeante de la famille et de la maternité. On frémit de la voir observer calmement la mère de l'enfant, éplorée, on a le cœur qui bat quand elle abandonne le petit qui l'encombre pour aller au cinéma, son seul plaisir apparemment.
Dans une prose à la fois poétique et précise, Gerard Donovan nous emporte dans un univers troublé et fascinant. Du grand art.

Une famille passagère, Gerard Donovan, traduit de l'anglais  par Georges-Michel Sarotte, seuil 20156, 191 pages troublantes.

Du même auteur : Julius Winsome, clic.

29/03/2010

Julius Winsome

"...j'ai rencontré un géant efflanqué qui vivait dans un minuscule chalet."

Version sage

"En été j'avais un cercle de fleurs pour arrêter la forêt, en hiver un cercle de livres pour arrêter le frois et me permettre, durant les mois de silence, de me retirer à l'intérieur de la maison. Et autour de moi un autre cercle vivant: les animaux qui s'assemblaient pour recevoir la nourriture que je jetais sur le sol, les oiseaux qui attendaient des graines en hiver  et me remerciaient en chantant à tue-tête au printemps. ils vivaient dans un rayon d'une centaine de mètres, et, le moment venu, renonçaient paisiblement à leur corps."

Julius Winsome vit donc seul au fond des bois et s'apprête à se retirer dans son cercle de livres car l'hiver approche. l'hiver rude et glacial du Maine. L'assassinat de son chien, Hobbes, va transformer ce quinquagénaire doux et pondéré en tueur en série méticuleux et tout aussi calme.
L'alternance du passé et du présent nous aide à mieux cerner la  riche personnalité de Julius qui n'est en rien un être fruste ou asocial.
C'est l'irruption de la violence, de la trahison, sans doute qui vont rompre le lien subtil qui l'attachait au monde. Julius, friand de poésie, exprimant peu ses sentiments, fait évidemment tâche dans le monde rude des chasseurs qui l'entourent et c'est cette singularité qui va tout déclencher.51HkqjDpLuL._SL500_AA300_.jpg
Révolte, fascination tels sont les principaux sentiments du lecteur qui, sporadiquement, ne peut s'empêcher de se dire que tout de même il est en train de s'attacher à un tueur en série mais continue à se laisser séduire par ce géant doux et efflanqué. Un récit parfaitement structuré et un style tout en délicatesse et poésie font définitivement de ce texte un indispensable qui va m'accompagner longtemps.

Version folle

Ayé, je suis encore tombée amoureuse d'un homme des bois, doublé cette fois d'un tueur en série , ça ne s'arrange pas ma pov' fille !

*

Julius Winsome, Gerard Donovan, points seuil 2010, 274 pages dont j'ai retardé le plus possible la fin. Qu'allais-je lire ensuite ? Aucun livre ne trouverait grâce à mes yeux après cet immense coup de coeur, j'ai donc relu aussi sec et corné de plus belle  Julius Winsome !

Vivement que d'autres textes de cet auteur soient traduits!

L'avis de Laure

de Brize

de Sassenach

de Dominique

de Véronique

de l'Or des chambres