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25/09/2018

Désintégration

"C'est moi qui décide à présent. J'ai gagné le seul pouvoir qui m'a toujours importé, celui de refuser une chose lorsque les conditions de celle-ci ne me conviennent pas, et , surtout, la liberté de n'en exercer sur personne."

 Son seul objectif est d'écrire. Mais ni ses études, pourtant spécialisées, ni ses origines sociales modestes ne pourront l'aider à se frayer un passage dans un univers où elle n'a pas sa place. Ses colocataires bourgeois bohèmes parisiens, souvent fils ou filles de, le lui font bien comprendre, que ce soit par des réflexions ambiguës ou lorsqu'ils feignent de l'ignorer, lorsqu'elle n'a pas les bons codes, comportement d'autant plus violent que nié.emmanuelle richard
La liberté de la narratrice s’exprime aussi dans son rapport à son corps. Elle couche avec qui elle veut ,quand elle veut, et tant pis si cela bouscule les conventions d'un milieu hypocrite.
Avec acuité, Emmanuelle Richard dépeint la vie des travailleurs précaires à laquelle son héroïne est aussi confrontée, ces gens qui s'usent le corps et l'esprit pour un travail inintéressant et mal payé qui leur laisse juste la fin de semaine pour reconstituer leur force de travail.
En opposition,s'intercalent les entrevues avec celui qu'elle appelle l'homme-fleur, producteur qui la juge d'emblée vulgaire et qui la fascine sans pour autant lui donner l'envie de vaincre La désintégration à laquelle le présent la confronte, maintenant qu'elle a fait ses preuves en étant éditée.
Comme Annie Ernaux, la narratrice a "vengé sa race" mais ici elle est confrontée à la solitude des corps et au manque de tendresse.
Un roman qui peut choquer par sa virulence ,mais une description très juste d'un monde que bien souvent nous aussi feignons d'ignorer.

24/09/2018

#ToutesLesFemmesSaufUne#NetGalleyFrance

"Il faudrait pardonner à ce vieil enfant essoufflé criant depuis soixante ans qu'on le tire du froid, ignorant que c'est fait. Je ne pardonne pas , je n'ai pas assez d'orgueil. Au maximum, je comprends. Et encore, pas sûr."

Sa fille, tout juste née, ne s'appellera pas Marie comme toutes les femmes de sa famille avant elle, mais Adèle. Avec énergie, avec colère, avec passion, la narratrice raconte à sa fille, son enfance tiraillée entre une mère qui aurait voulu tour à tour l"emmener sous l'eau avec elle, tour à tour sauver", qui souhaitait simultanément que sa fille s'élève socialement et ne le supportait pas car, elle-même , qui aurait pu devenir institutrice, avait été retirée de l'école trop tôt.maria pourchet
Elle dit la soumission, la langue "domestique",  le"vocabulaire émacié de votre langue", qui justifie la vie bridée, finie avant d'avoir même commencé ; cette langue qui s'inscrit en italiques dans le texte et au fer rouge dans la mémoire, devient un vivier où puiser des formules toutes faites pour justifier les vie brisées et l'amour qui ne peut circuler.
La narratrice évoque aussi la violence larvée de la maternité où le personnel n'est pas toujours tendre avec la primipare qui refuse de se plier aux règles implicites, d'où des mesures de rétorsion larvées.
Alors, oui ,on est bien loin des relations apaisées entre mères et filles, mais ça fait un bien fou de lire ce texte rageur et libre qui fait fi de toutes les convenances. Un grand coup de cœur.

18/09/2018

L'écart

" Je suis en quête de sensations pures,comme une pieuvre munie de capteurs sensoriels sur toute la longueur de ses tentacules. Seule et heureuse de l'être, je poursuis ma route."

Ayant grandi dans l'archipel des Orcades, la narratrice a troqué son existence rude et sauvage  contre une vie nocturne et riche en sensations à Londres. Las, elle a perdu ses amis, son amour ,ses emplois à cause d'une vie nocturne débridée qui a vite viré à l'aigre ,à cause de l'alcool. amy liptrot
Elle choisit donc de rentrer dans son île natale où elle mènera des "essais semi-scientifiques" sur elle-même afin de se libérer de l’alcool. L'entreprise lui prendra deux ans, qu'elle résume ainsi:"Au cours des deux années écoulées, je me suis employée à guetter l'apparition d'un oiseau fuyant et insaisissable, à chasser les aurores boréales et les nuages noctulescents; j'ai nagé dans l'eau glacée de la mer du Nord, couru nue autour d'un cercle de pierres levées, vogué vers des îles abandonnées, volé dans de minuscules avions à hélices, et choisi de rentrer au pays natal."
L'alcoolisme au féminin est encore un tabou ,mais il ne s'agit pas ici du énième récit du "long et laborieux processus de reconstruction" ,mais bien d'une œuvre puissante et littéraire où une voix se fait entendre, une voix qui donne à sentir toute la sauvagerie et la rudesse des univers qui entourent la narratrice.

Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerre  Éditions du Globe 2018, 330 pages battues par les flots.

17/09/2018

Onzième roman, livre dix-huit

"Percepteur le jour, enthousiaste le soir. Cela suffisait-il ? Ne pouvait-il y avoir autre chose ? "

Il a changé de femme, de profession et retrouve son fils devenu étudiant, qui va loger chez lui alors que, quinquagénaire , il est redevenu solitaire. Pourtant, Bjorn Hansen, n'a jamais vraiment eu l'impression de maîtriser sa vie.dag solstad
 Quel roman étrange que celui-ci ! les personnages donnent l'impression de se frôler constamment sans jamais vraiment se rencontrer, à l'image de ce père et ce fils qui  évitent au maximum les interactions. Je n'ai éprouvé nulle empathie et suis un peu restée sur ma faim.

 

 

 

 

 

14/09/2018

L'abattoir de verre

"Je ne suis pas intéressée par les problèmes, John -ni par les problèmes ni par la solution aux problèmes. J'abhorre cet état d'esprit qui voit la vie comme une succession de problèmes soumis à l'intellect en vue de leur solution."

L'abattoir de verre réunit sept textes ayant comme fil rouge l'évolution dans le temps d'un personnage déjà rencontré chez Coetzee:  l'écrivaine Elizabeth Costello.41rN8Q1RxcL._AC_US218_.jpg
Elle doit faire face à la vieillesse qui gagne du terrain,à ses enfants qui n'envisagent pas son avenir de la même façon qu'elle. C'est aussi l’occasion de réflexions sur la condition animale et la manière dont notre société cache la souffrance de ces êtres.
Les textes sont brefs, souvent brutaux mais d'une efficacité imparable.

13/09/2018

La planète des champignons

Je me réjouissais de lire enfin un roman russe contemporain qui, en outre,  avait choisi une forme intéressante: structurer le récit en sept jours correspondant au rythme de la création du monde.
L'intrigue ? Un traducteur pusillanime et une femme d'affaires ambitieuse sont voisins de datchas à la campagne depuis l'enfance, mais ils n'ont fait jusqu'ici que s’apercevoir. elena tchijova
Ils ont de nombreux points communs: le sentiment d'avoir déçu leurs parents et l'amour de la nature.
La description de la société russe rural est intéressante, tout comme l'écriture mais le rythme extrêmement lent n'a pas su conserver mon attention et j'ai abandonné ce roman bien avant que la rencontre ne se déroule enfin.

07/09/2018

Le complexe d'Hoffman

"Simon réfléchit à la surprise de Jackie. Sans doute un transistor pour garder le contact avec le monde extérieur. Elle avait toujours des attentions  qui accusaient Catherine l'air de rien et la maintenaient dans la maladie."

Des parents séparés, une fratrie divisée: la fille avec le père, Simon avec sa mère, Catherine qui souffre de problèmes mentaux. Des problèmes, Simon en a aussi à l'école, où du fait de son nom, Hoffman, des lois anti-alsaciennes édictées par un petit groupe d'élèves rejouent d'autres mesures de stigmatisation et d'éviction.colas gutman
Simon , sans doute pour évacuer et lutter contre l'atmosphère mortifère du foyer familial, rédige un texte grand guignolesque , plein d'humour noir et absurde que vient contrebalancer le témoignage d'un de ses camarades: Lakhdar, dyslexique, témoignage à la fois naïf et plein d’inventions lexicales
Un roman qui m'a mise mal à l'aise par sa noirceur assumée.

Éditions de l'Olivier 2018.

06/09/2018

La chance de leur vie

agnès desarthe"Le sac de ses jeunes femmes exsangues la fait rêver. Elle a renoncé au sien depuis si longtemps. Disparu le réservoir de vie, d'inventivité, cette cavité contenant la solution à tous les problèmes, un poids, certes, mais qui atteste d'un engagement , d'un héroïsme dont son existence aujourd'hui est dépourvue."

Quelle drôle de femme que cette Sylvie ! Elle ne réagit jamais comme on s'y attendrait et n'aspire qu'à une chose aux États-Unis où , avec leur fils, Lester, elle a accompagné son mari, Hector: redevenir invisible.
Expatriée dans des conditions confortables, Hector a été nommé professeur dans une université de Caroline du Nord où il va enchaîner les conquêtes sans que cela trouble le moins du monde son épouse, elle pourrait accéder à une petite notoriété artistique mais ne le désire pas vraiment.
C'est finalement par Lester que, d'une manière étonnante, le trouble se répandra.
Agnès Desarthe brosse ici le portrait d'une famille expatriée qui vivra, de loin, les attentats meurtriers de novembre 2015, mais aussi celui du corps d'une femme vieillissante et surprenante.

Éditions de l'Olivier 2018.

Cuné est plus enthousiaste que moi.

05/09/2018

Eden Springs

"Est-ce que tu sens ça ,mon ange ? murmura-t-il. C'est ça ,la vie éternelle"
   Ruth Banford rit. Elle dit "Je le sens bien. C'est un homme qui se faufile sous mes jupes."

Promettant tout à la fois la vie éternelle et un corps éternellement jeune, Benjamin Purnell fonde une communauté religieuse qui offre aussi le paradis sur terre sous forme d'un parc d'attractions. Le charisme de l'individu est tel que des fidèles viennent en masse des États-Unis, mais aussi de l’étranger.
Prônant l'abstinence sexuelle, mais profitant de sa beauté et de son autorité, il abuse des jeunes filles de la communauté, sans que grand monde y trouve à redire.laura kasischke
Il faudra la mort d'une très jeune femme pour que la machine se grippe, ce qui est annoncé d'emblée.
Alternant les points de vue, proposant des citations et des photographies, le roman évoque en effet des faits réels, Laura Kasischke s'approprie cette histoire en la faisant baigner dans une atmosphère de sexualité diffuse , bucolique et métaphorique.
Elle fait également la part belle à l'évocation du corps des femmes , qu'elles soient jeunes ou vieillissantes, usées par les grossesses ou exclues de toute sexualité de par leur statut social ou leur âge "avancé" pour l’époque (nous sommes au début du 20 ème siècle).
Un roman un peu trop court à mon goût, mais où l'on retrouve bien l'atmosphère étrange chère à l'auteure de Esprit d'hiver.

 

Traduction Céline Leroy, Éditions Page à Page 2018.

04/09/2018

Les billes du Pachinko

"Ce n’est pas ma faute, je pense, si je ne raconte rien. Si j'oublie le coréen. Ce n'est pas ma faute si je parle français. C'est pour vous que j'ai appris le japonais. C'est les langues des pays dans lesquels on vit."

Claire passe l'été chez ses grands-parents Coréens du Sud que la guerre a exilés depuis cinquante ans à Tokyo. La communication est difficile car ses grands -parents vivent dans une enclave coréenne et refusent de parler la langue de leur pays d'accueil.Pourtant, l'amour est bien présent et circule entre les générations.
Ses grands-parents différant toujours le projet de visiter leur pays natal, Claire, pour occuper son temps donne des cours de français à une jeune japonaise, Mieko, élevée seule par sa mère.elisa shua duspin
Comme dans le précédent roman de Elisa Shua Dusapin, Hiver à Sokcho,( découvert en poche récemment et que j'ai beaucoup aimé ), en apparence, il ne se passe presque rien, mais la romancière excelle à peindre ce qui est tu et ne se devine qu'à partir de notations ténues. Un roman vibrant et émouvant.

Éditions Zoé 2018.