25.06.2011
Stupeur et tremblements/Les myrtilles
Récit d'un harcèlement moral d'une jeune française dans une grande entreprise japonaise, récit d'une fascination aussi entre "maître" et "esclave", Stupeur et tremblements reste un de mes romans préférés d'Amélie Nothomb , qui n'est jamais aussi bonne que quand elle parle d'elle même, à mon avis.
En soutien aux victimes du tremblement de terre du 11 mars 2011, l'auteure et le livre de poche ont décidé de ressortir ce livre et de lui adjoindre une nouvelle inédite, Les myrtilles dans une édition à ne rater sous aucun prétexte.

D'abord parce que l'intégralité des bénéfices sera versé à l'association Médecins du monde mais aussi parce que tout dans cet objet est parfait: le coffret de carton avec ses impressions différentes recto et verso ,avec ses découpes laissant apparaître d'un côté le titre du roman et de l'autre celui de la nouvelle.
Deux autres couvertures pour le roman proprement dit qui devient aussi un "flip book" ou "folioscope" car feuilleté rapidement la petite geisha de bas de page s'anime et salue.
Quant à la nouvelle inédite, son objectif est de nous montrer une "parcelle de la splendeur du Japon" et nous relate une rencontre lumineuse et parfaite sur un volcan japonais...Le texte est vraiment très court mais sa pésentation en est si réussie que je ne me lasse pas de l'admirer :un texte présenté sous forme d'accordéon , agrémenté de motifs japonais (grues, fleurs de cerisiers, carpes...) d'une extrême délicatesse.
à (s')offrir sans plus attendre !
05:45 Publié dans le bon plan de fin de semaine, Roman belge | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : amélie nothomb, japon
13.09.2010
Un automne à Kyoto
"C'était surtout mon coeur qui était glacé."
Maelström d'émotions pour Margaux qui vient juste de rencontrer l'amour à St Malo en la personne de Mathias et doit partir au Japon, avec de son père et de sa petite soeur, l'un et l'autre ayant des personnalités très opossées, ce n'est rien de le dire !
Très vite Margaux va se laisser prendre aux charmes de l'automne à Kyoto, d'autant qu'un jeune photographe français, tout à fait à son goût, traîne dans les parages.
Alternant listes à la manière de Sei Shonagon et récit proprement dit, tissant haïkus et illustrations comme dans un carnet de voyages, Karine Reysset brosse ici le portrait d'une adolescente qui doit à la fois faire face aux fluctuations de ses sentiments amoureux et à ceux de ses parents dans un Japon qui l'émerveille, la surprend mais aussi la rend nostalgique.
Un très joli roman d'apprentissage, dépaysant à souhait qui m'a vraiment donné l'impression de partager ce séjour , car empli de notations et de sensations qui sentent le vécu !
Un automne à Kyoto, Karine Reysset, Médium Ecole des loisirs, 177pages .
Le bill et tentateur de Bauchette
06:00 Publié dans romans français | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : karine reysset, japon, roman de formation
07.09.2010
Nagasaki
"Cette femme était à maudire. A cause d'elle le brouillard s'était levé."
Quelques indices lui ont mis la puce à l'oreille. Alors Shimura-san qui vit seul et mène une vie bien réglée entre la station météorologique où il travaille et sa maison, va installer une webcam dans sa cuisine. Bientôt l'impensable va se donner à voir...
Partant d'un fait-divers survenu au Japon, Eric Faye sonde avec finesse l'ambivalence des sentiments de ce personnage bien falot et interroge la notion d'intimité . Il souligne aussi l'absence de liens dans une société vieillissante où les androïdes seront de plus en plus amenés à se substituer aux humains.
Ni fantastique ni poétique le récit avance à l'image se son personnage principal, tout en retenue , suscitant d'abord l'étonnement et levant beaucoup d'interrogations chez le lecteur.Mais à trop vouloir boucler son récit bien proprement, l'auteur , tout à la fin ,lui fait perdre de son intensité. Dommage !
Nagasaki, Eric Faye, Stock 2010 , 108 pages denses.
Merci Cuné !
Choco a davantage apprécié.
06:00 Publié dans rentrée 2010, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : eric faye, japon, intimité, intrusion
31.05.2010
Le jour de la gratitude au travail
"Je viens dans ce bar acheter de la nuit."
La narratrice de la première nouvelle cumule: au chômage et célibataire alors que déjà trentenaire. Deux tares visiblement au Japon. La jeune femme s 'en prend avec véhémence contre cette société qui la rejette doublement en ce Jour de la gratitude au travail.
En effet, sa rébellion contre son patron qui, non content de la tripoter au bureau, s'en était pris à sa propre mère, a entraîné la perte de son emploi. Et ce n'est pas le prétendant proposé la voisine s'improvisant marieuse qui va arranger les choses...
Le ton est vif et parfois acerbe.
Changement d'atmosphère avec le second récit mettant en scène un fantôme, celui de son collègue et ami qui apparaît à la jeune Okawa.L'occasion de découvrir la part d'incongruité qui se cache même au sein d'un travailleur japonais.
Deux courts récits pour envisager le monde du travail sous un angle original et réjouissant.
Le jour de la gratitude au travail, Itoyama Akiko, traduits du japonais par Marie-Noëlle Ouvray, Picquier poche 2010 , 120 pages sans prétention mais agréables.
06:00 Publié dans Nouvelles étrangères | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : itoyama akiko, jeunes femmes, japon
14.04.2010
Manazuru
"- le récit est censé être limpide et innocent, pourtant, on ne voit pas où il mène. Et dans l'ombre de certains passages, on découvre quelque chose !"
Une femme, dont le mari s'est évanoui brusquement dans la nature il y a plus de dix ans, se rend régulièrement dans la station balnéaire Manazuru. Qu'y cherche-t-elle ? Peut être juste à retrouver un lien possible avec son époux ou alors à prendre un peu de distance avec sa mère et sa fille qui vivent avec elle, juste pour bien prendre la mesure du temps qui passe et n 'épargne aucune génération , aucun sentiment.
Dans ce très joli roman, où la nature est très présente, il est aussi question d'une tribu de trois femmes, d'une mère qui observe, fascinée, la métamorphose de son enfant en adolescente, comme on pourrait observer la métamorphose d'une chenille en papillon. La vie quotidienne coule, et son rythme est parfois brisé par l'irruption du désir féminin qui se vit sans culpabilité.
Beaucoup d'ellipses, de glissements dans ce récit qui désoriente sciemment le lecteur, le fait douter de ce qu'il a lu précédemment, lui propose des visions qui seront bientôt mises en doute
Rien n'est stable en ce monde nous rappelle Hiromi Kawakami avec son style tout à la fois éthéré et charnel. L'écriture elle même ne peut capturer durablement ce qui nous échappe sans cesse. On sort de ce roman étourdi mais profondément charmé.
Manuzuru, KAWAKAMI Hiromi, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, Picquier, 2009, 320 pages qui plairont à ceux qui aiment être désorientés.
De la même auteure j'avais beaucoup aimé Les années douces (sorti en poche) (non chroniqué)mais je n'avais pas été sensible à La brocante Nakano (sorti en poche également).
L'avis de Kathel
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : kawakami hiromi, japon, temps qui passe
29.01.2010
Park life
"...il m'a semblé que nous étions intimes , comme si elle avait le double de la clé de ma chambre."
Un jeune employé, seul ou accompagné de son collègue senior, a pour habitude de se ressourcer dans un parc niché au milieu des buildings de Tôkyô. Nous allons l'accompagner au fil de ses rencontres et comme lui frôler les vies des différents personnages plus ou moins pittoresques qu'il y croise.
Ce très court roman (115 pages) est surprenant à plus d'un titre. D'abord parce que l'intrigue est très ténue mais suscite néanmoins notre intérêt de bout en bout. Il est ici question d'un héros -dont l'anonymat ne sera jamais levé- qui éprouve des difficultés à établir des relations amoureuses dans la réalité mais semble davantage doué pour la vie virtuelle, de couples qui, apparemment ne peuvent vivre ensemble, même s'ils s'aiment , mais tout cela est évoqué en pointillés et non de manière pesante.
Que l'action se déroule au Japon est également intéressant car cela nous permet de percevoir les différences culturelles. Ainsi notre salary man feint -il d'entretenir une conversation intime au téléphone portable à voix haute pour gêner et ainsi déloger le couple qui occupe "son " banc"...
Enfin, même si la traduction est parfois ampoulée (Gérard Siary qui signe aussi la postface semble particulièrement friand de verbe "muser"), elle ne parvient pas à dénaturer la délicatesse du style. Bref, un très joli moment de lecture.
Park life, Yoshida Shuichi, traduit du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary, Picquier poche, 2010. 115 pages, une petite bulle de délicatesse.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : yoshida shuichi, japon, relations humaines

