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20/09/2019

Trois fois la fin du monde...en poche

"Faut pas mollir. Organiser son temps. Avoir son propre règlement, que celui des Bleus ne soit plus le seul à s'imposer. Curieusement, au lieu de nous contraindre plus, cela nous garantit de la liberté, ou quelque chose d'approchant."

Un seul personnage principal , Joseph Kamal, va connaître Trois fois la fin du monde. La première en étant incarcéré pour la première fois de sa vie en prison où il fera l'expérience d'une communauté imposée et n'aspirera qu'à la solitude. La deuxième, quand à l'issue d'une Catastrophe, indéterminée, il fera partie des survivants et mettra à profit les acquis de la prison. La dernière, quand il se retrouvera seul dans la nature à rechercher la compagnie des animaux pour ressentir à nouveau des émotions et des sentiments.sophie divry
N'étant guère friande ni de romans carcéraux ni de romans  évoquant la fin du monde , je me suis pourtant régalée du début à la fin de ce roman de Sophie Divry, la présentation et la citation mise en exergue me donnant comme boussole" l’histoire revisitée d’un Robinson Crusoé plongé jusqu'à la folie dans son îlot mental". C'est donc avec enthousiasme que j'ai lu ce roman, établissant sans cesse des comparaison avec les textes de Defoe et/ou de Michel Tournier. Quant à la dernière partie, elle a tout de suite fait écho à un texte clairement revendiqué comme source d'inspiration par l'auteure, à savoir Le mur invisible de Marlen Haushofer.
Évoquant le thème de la solitude recherchée ou subie, Trois fois la fin du monde montre qu'une fois de plus Sophie Divry a su se renouveler avec bonheur.

Éditions Noir sur Blanc 2018.

11/09/2019

Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale...en poche

"On tire du ménage une sensation de contrôle et de pouvoir rarement égalée dans la mesure où il est aussi un défi au temps."

Partant de son expérience personnelle, s'appuyant aussi sur de nombreuses études, Titiou Lecocq analyse finement et , avec son humour habituel, l'inégalité de la répartitions des tâches ménagères au sein d'un couple et plus particulièrement d'un couple avec enfants. car c'est souvent à ce moment- là que la situation dérape.
Rappelant les racines du problème, l'éducation principalement, l'autrice pointe aussi du doigt les motivations psychologiques plus difficilement avouables ainsi que les différences dans la manière dont hommes et femmes se répartissent cette fameuse charge mentale.titiou lecoq
Les "torts" sont partagés, pas de  miracle préconisé pour régler le problème, mais une manière saine et enjouée d'envisager la situation. De quoi repartir sur de bonnes bases ?

06/09/2019

Je m'appelle Lucy Barton...en poche

"Je me répétais que tous les cinq nous avions vraiment formé une famille malsaine, mais je voyais aussi combien nos racines étaient farouchement entremêlées autour de nos cœurs."

Hospitalisée, se sentant seule ,loin de son mari pris par son travail, loin de ses filles, Lucy Barton a la surprise de voir débarquer sa mère à son chevet. Issue d’une famille extrêmement pauvre, sans relations sociales, sans culture, sans expression de sentiments, Lucy a su tracer sa route, échapper à la solitude et devenir écrivain.elizabeth strout
Pendant cinq jours, entre veille et sommeil, les deux femmes vont échanger de petits riens, mais, avec une extrême pudeur, trop de non-dits trop profondément enkystés empêchant toute expression directe, Lucy comprendra la profondeur des liens qui la lient à toute sa famille , aussi dysfonctionnelle qu'elle ait été. Un magnifique portrait de femme par l'auteur d'Olive Kitteridge. clic.

Je m'appelle Lucy Barton, Elizabeth Strout,

04/09/2019

Avec toutes mes sympathies...en poche

"Bénéfice secondaire du malheur, le bonheur ne me frappe plus au cœur, mais les contrariétés non plus."

Après le suicide de son frère, la critique littéraire Olivia de Lamberterie a rompu son vœu et  exaucé le souhait fraternel : écrire un livre. Dont acte. olivia de lamberterie
Mais sans doute eût-il été préférable qu 'elle se laisse le temps de prendre du recul, cela aurait sans doute favorisé une expression plus maîtrisée des sentiments et un peu plus de rigueur dans l'écriture aussi (à deux reprises, à quelques lignes de distance, la narratrice "se gorge" d'activités positives, comme dans une mauvaise publicité).
J'ai donc ressenti peu d'émotions, mais sans doute suis-je sans cœur.

01/09/2019

Le pouvoir...en poche

"Le pouvoir de nuire, de faire mal ,est une forme de richesse."

Les femmes, grâce à un organe apparu au niveau d'une clavicule, possèdent un nouveau pouvoir: celui d'infliger une douleur fulgurante, et même la mort. Elles ne sont pour autant pas invincibles, mais la peur a changé de camp et les hommes sont devenus le sexe faible.
Aux États-Unis, en Arabie Saoudite,dans un petit État d'Europe de L'Est et bientôt aux quatre coins du monde, les femmes s’organisent, une nouvelle religion apparaît . Mais celles qui détiennent désormais le pouvoir vont-elles se comporter mieux que les hommes ?naomi alderman
En choisissant de suivre le destin de quatre personnages, dont les destins vont évidemment se croiser, Naomi Alderman axe son roman sur la politique, la religion, les médias et le banditisme. Elles montrent les liens que ces puissances entretiennent mais ne perd pour autant pas de vue le côté humain de Tunde ,jeune journaliste nigérian et unique héros masculin, Allie jeune métisse américaine au parcours chaotique, Roxy fille d' un truand anglais ou bien encore Margot, ambitieuse femme politique divorcée et mère de famille américaine.
L’enthousiasme est très présent dans la première partie montrant le"Grand Changement", tandis que la tension monte dans la seconde qui relate les dérives du pouvoir.
Les textes qui encadrent ce qui est présenté comme un "maudit livre" rédigé par un homme, augmentent la sensation de réel du roman et l’inscrivent dans une démarche présentée comme historique qui ne peuvent que susciter la réflexion. Une grand plaisir de lecture, un roman qui se dévore d'une traite et que la grande Margaret Atwood qualifie  de "fulgurant", quoi de mieux pour se précipiter  ?

traduit de l'anglais (G-B) par Christine Barbaste

31/08/2019

Dans la mansarde...en poche

"Je sais peu de choses sur Hubert et j'en sais déjà trop. Il me semble parfois un peu indécent d'en savoir autant sur son partenaire."

Huit jours de la vie d'une femme de quarante-sept ans, du dimanche au dimanche, comme une ronde bien huilée en apparence. Son fils aîné a pris son indépendance, sa fille est en vacances à la neige, ne reste donc à la maison que la narratrice et son mari, avocat.marlen haushofer
Leur routine fait partie du "système" que la narratrice a mise en place pour échapper à ce qu'elle appelle ses "pensées de mansarde", la mansarde étant "la chambre à soi" où elle dessine et réfléchit. L'espace où elle prend aussi connaissance des courriers qui arrivent quotidiennement, livrant  de façon morcelée des pages d'un journal intime d'une époque qu'elle estime révolue. Époque lointaine où elle est soudain et inexplicablement devenue sourde, ce qui lui vaudra un exil forcé, en forêt, dans une quasi solitude. Là, elle connaîtra une expérience intense, que chaque lecteur pourra interpréter à sa façon
Petit à petit, nous prenons ainsi conscience de la force souterraine qui anime cette femme et qu'elle annihile consciencieusement, se pliant à des rituels bourgeois auxquels elle n’adhère pas.
Paru pour la première fois en 1969, ce roman pourrait aussi bien se dérouler de nos jours tant il est moderne et embarque son lecteur dès les premières phrases.221 pages piquetées de marque-pages

Traduit de l'allemand par Miguel Couffon. Babel 2019

De la même autrice : Le mur invisible clic.

24/08/2019

La langue des oiseaux...en poche

"Je m'étais fourrée dans une curieuse histoire à m'intéresser d'aussi près aux annonces de Kat-Epadô et à  la Langue qui brillait au-dessus de nous deux."

ZsaZsa , romancière, organise sa retraite d'une année dans un logement minimaliste au cœur de la forêt vosgienne. Elle n'a emporté que des livres , son ordinateur ,un dictionnaire de chinois et de quoi identifier les oiseaux. Sa solitude choisie va très vite être rompue quand elle va entrer en contact, via un site d'annonces sur internet ,avec une jeune japonaise vendant, dans un français à la fois fruste et poétique des vêtements de Comme Des Garçons.claudie hunzinger
Une relation virtuelle s'établit entre les deux femmes...
On retrouve dans ce roman les thèmes chers à l'auteure, l'écriture, la nature, le besoin (ou la nécessité )de se limiter à l'essentiel, de se préserver une vie à l'écart de la société mais la langue, toujours aussi poétique, introduit aussi quelques ruptures de ton avec l'utilisation ponctuelle d'un registre familier qui détonne un peu.
Si j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce roman, j'ai été aussi un peu frustrée par l'irruption de la vie trouble de la jeune japonaise qui, selon moi, pêche par son manque d'intensité. Bilan en demi-teinte donc.

Dans quelques jours sort le dernier roman en date de cette autrice.

17/08/2019

La chance de leur vie...en poche

Quelle drôle de femme que cette Sylvie ! Elle ne réagit jamais comme on s'y attendrait et n'aspire qu'à une chose aux États-Unis où , avec leur fils, Lester, elle a accompagné son mari, Hector: redevenir invisible.
Expatriée dans des conditions confortables, Hector a été nommé professeur dans une université de Caroline du Nord où il va enchaîner les conquêtes sans que cela trouble le moins du monde son épouse, elle pourrait accéder à une petite notoriété artistique mais ne le désire pas vraiment.agnes desarthe
C'est finalement par Lester que, d'une manière étonnante, le trouble se répandra.
Agnès Desarthe brosse ici le portrait d'une famille expatriée qui vivra, de loin, les attentats meurtriers de novembre 2015, mais aussi celui du corps d'une femme vieillissante et surprenante.

16/08/2019

Einstein, le sexe et moi...en poche

"Cette splendeur parlait de mon enfer minuscule et dérisoire d'enfant reclus dans sa différence et son mutisme. Mon petit enfer à moi, qui bien sûr n'était pas visible de l'extérieur. Et cette splendeur des poètes, cette splendeur sensuelle de la langue, était la seule chose possible pour continuer. Je n'ai jamais songé au suicide car il y a toujours eu la beauté."

 

Le 15 août 2012, Olivier Liron, bientôt 25 ans, autiste Asperger, normalien, participe à Questions pour un super champion. Il s'est entraîné, et si sa tactique est "d'essayer de sembler le plus gentil possible " afin que les autres candidats ne se méfient pas de lui, il est prêt à en découdre car son objectif est "de répondre plus vite qu'eux. Mieux qu'eux. Que je les tue. Que je les explose. Que je leur chie dans la gueule."olivier liron
Au fil du récit de cette journée d'enregistrement, par associations d'idées, se construit par petites touches le portrait de celui qui fut un enfant atypique, ayant 19 de moyenne mais cumulant les heures de colle,harcelé physiquement et moralement par ses camarades, dans l'indifférence générale de l'institution scolaire.
Le "gogol" est donc prêt à prendre sa revanche et tant pis pour Michel et Jean-Michel qui tenteront de se mettre sur son passage,  Olivier est farouchement déterminé à emporter la cagnotte.
Avec beaucoup d'humour, "De toute façon, j'aime la soupe, le houmous et la glace : je serai heureux quand je serai vieux", mais aussi de tendresse pour sa mère, qui a tout gommé de sa jeunesse espagnole pour mieux s'intégrer, pour sa grand-mère et son rapport si particulier aux langues (et aussi pour Julien Lepers dont il détecte la mélancolie), Olivier Liron avec une belle énergie, en 186 pages nous livre un roman foisonnant sur le droit à la différence.
J'ai laissé se décanter tout le battage médiatique organisé autour de ce roman et bien m'en a pris car j'ai ainsi pu profiter du suspense, de ses métaphores souvent hilarantes (que je vous laisse le plaisir de découvrir), de ses ruptures de ton, de son écriture, parfois crue et de son sens de l'observation.
J'ai dévoré d'une traite ce roman, puis j'y suis revenue plus calmement car, pour des raisons différentes, il a fait écho à différentes situations vécues  par mon plus jeune fils qui, lui non plus ne rentrait pas dans le moule de l'institution scolaire, au grand dam de certains profs.

Ps: je préfère nettement le sous titre: romance télévisuelle avec mésanges.

Le billet d'Autist Reading avec plein d'autres liens.

 

 

13/08/2019

L'écart...en poche

" Je suis en quête de sensations pures,comme une pieuvre munie de capteurs sensoriels sur toute la longueur de ses tentacules. Seule et heureuse de l'être, je poursuis ma route."

Ayant grandi dans l'archipel des Orcades, la narratrice a troqué son existence rude et sauvage  contre une vie nocturne et riche en sensations à Londres. Las, elle a perdu ses amis, son amour ,ses emplois à cause d'une vie nocturne débridée qui a vite viré à l'aigre ,à cause de l'alcool.
Elle choisit donc de rentrer dans son île natale où elle mènera des "essais semi-scientifiques" sur elle-même afin de se libérer de l’alcool. L'entreprise lui prendra deux ans, qu'elle résume ainsi:"Au cours des deux années écoulées, je me suis employée à guetter l'apparition d'un oiseau fuyant et insaisissable, à chasser les aurores boréales et les nuages noctulescents; j'ai nagé dans l'eau glacée de la mer du Nord, couru nue autour d'un cercle de pierres levées, vogué vers des îles abandonnées, volé dans de minuscules avions à hélices, et choisi de rentrer au pays natal."amy liptrot
L'alcoolisme au féminin est encore un tabou ,mais il ne s'agit pas ici du énième récit du "long et laborieux processus de reconstruction" ,mais bien d'une œuvre puissante et littéraire où une voix se fait entendre, une voix qui donne à sentir toute la sauvagerie et la rudesse des univers qui entourent la narratrice.

Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerr

Parution le 14 août