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08/09/2021

#Maquillée #NetGalleyFrance !

" En ne voyant qu'une manifestation de notre décadence dans la culture de la beauté, dans ce qui a trait à l'ornementation des corps, on enferme le maquillage dans une vision sexiste qui associe les ravages du capitalisme à la femme, et plus particulièrement aux soins du corps.

La galaxie du maquillage , que ce soit sur internet ou dans la vie quotidienne, m'est totalement étrangère  mais j'ai été très intéressée par ce livre qui multiplie les points de vue sur cet artifice, souvent décrié , mais qui existe apparemment depuis la préhistoire.daphné b.
Daphné B. ,sous forme de courts chapitres, évoque à la fois sa vie personnelle, convoque la sociologie mais aussi la poésie, la philosophie , sans oublier le féminisme pour brosser par petites touches un ensemble ma foi très convaincant , bien mené et qui m'a permis de voir le maquillage sous de nouveaux angles.

Grasset 20210daphné b.

30/08/2021

Sainte Marguerite-Marie et Moi

"En m'obligeant à la prendre au sérieux, en m'imposant ce parti-pris résolument bienveillant , l'éditrice a sauvé Marguerite-Marie de mes griffes ; et, à la place m'a livrée à elle. Ses inconforts, ses doutes, ses ambiguïtés, moi aussi je suis maintenant forcée de les habiter. "

Rien ne prédisposait une écolo-végétarienne, féministe, capable de réciter la première page de Harry Potter, mais pour qui le Notre Père reste lacunaire ,car agnostique et non baptisée , à écrire sur une sainte, même un peu gore.
Rien, sauf le fait que Marguerite-Marie Alacoque est apparentée à Clémentine Beauvais. De plus, l'autrice de  Brexit Romance  est enceinte et prend conscience de l'importance de la mémoire. Enfin, le père de son enfant est très catholique,(c'est elle qui souligne) et, par son intermédiaire, elle va devenir amie avec une éditrice d’une maison d'édition très catholique qui va lui suggérer ce projet un peu fou.
Ce livre est donc le récit d'un work in progress, émaillé des réflexions souvent très drôles de Clémentine Beauvais, mais aussi de ses tiraillements car,trouver l'angle juste, le ton juste , ne vont pas de soi quand on ne possède pas les codes d'un univers qui nous est totalement étranger ou presque.clémentine beauvais
Sans doute parce qu'on sent une grande sincérité, de la part des intervenants , comme de l'autrice, on ne tombe jamais dans une vision trop figée ou au contraire trop "décoiffante" de la sainte en question.
Si l'on m'avait dit que je dévorerais un ouvrage portant sur Sainte Marguerite-Marie, j'aurais bien ri. Et pourtant c'est le cas. Un petit "miracle "dû à Clémentine Beauvais.

Quasar 2021.

15/06/2021

Un mariage en dix actes ...en poche

Pièce de théâtre sans didascalies ou roman uniquement composé de dix dialogues entre deux personnages ?
La seule chose dont on est sûr est que l'action se déroule dans un pub où un homme et son épouse  se donnent rendez-vous juste avant d'aller rencontrer une thérapeute conjugale. Quelques péripéties mineures ont également lieu dans la rue mais c'est tout. De la thérapie nous ne saurons rien, à part ce qu'en évoqueront les personnages, Tom et Louise.nick hornby, schtroumpf grognon le retour
Cela devrait être drôle si l'on en croit al 4 ème de couv', c'est juste ennuyeux au possible tant les personnages manquent de chair et d 'intérêt.

24/10/2020

Les Lionnes

"...le fait que je n'ai pas vraiment l'intention de m'approcher d'un couguar aujourd'hui de toute façon si je peux l’éviter, peut être demain..."

Les Lionnes, c'est d'abord un pavé impressionnant qui se dissimule derrière la porte d'un frigo jaune pétard, 1108 pages d'un flux quasi continu de pensées qui s'entrelacent, celle d'une femelle cougar et celle d'une femme, mère au foyer qui passe l'essentiel de son temps dans sa cuisine à préparer des gâteaux qu'elle vend à des restaurants.lucy ellmann,claro
Timide, pusillanime, ayant tendance à se rabaisser (elle a pourtant enseigné à l'université), cette mère de quatre enfants ne s'est pas remise du décès de sa mère, a survécu à un cancer (elle l'évoque très peu), à un premier mariage , a réussi à élever seule sa première fille , avant que de retrouver l'amour avec Léo. Tout cela nous l'apprenons au fil des pages dans de très longues phrases qui épousent les mouvements de sa pensée,   procédant par associations mentales ou sonores (allitérations, assonances),  pensée qui digresse et ressasse, pensée non dénuée d'humour.
La femelle couguar et ses petits, la narratrice et ses enfants ,évoluent dans des mondes contigus mais baignés de violence. Comment trouver normal que les armes soient partout à disposition, que cette violence s'exerce principalement sur les Noirs ,les femmes, que même les enfants ne soient pas en sécurité à l'école ou chez eux ?
Les chemins de ces deux mères, aux objectifs quasi identiques,  se croiseront fugitivement, mais tout l’art de Lucy Ellmann est de savoir faire monter la tension quand le lecteur, même s'il est hypnotisé par ce flot continu, commence parfois à perdre pied, à balancer, au détour d'une phrase, une révélation qui remet en perspective tout ce que nous avions lu auparavant et de susciter une émotion intense dans la toute dernière partie du roman.
Un livre magnifique et puissant qui fait paraître bien lisses et proprets nombre de fictions.
aussi l'époustouflante traduction de Claro.

Et zou, sur l'étagère des indispensables.

 

08/08/2020

Mélancolie du pot de yaourt/ Méditation sur les emballages

"Il est possible que l’immobilisme du pot de yaourt apaise en nous l’angoisse de la métamorphose permanente des objets."

Le titre de ce recueil de textes (organisés en six chapitres aux intitulés tout aussi savoureux ) est à lui seul un pur délice et annonce un esprit original,tout à la fois pince -sans -rire et pertinent.
On pense, via le format des textes, souvent court, à Philippe Delerm, mais l'impression  s'avère fugace et heureusement car ici, la qualité de l'écriture et la variété des angles d'attaque font davantage penser à Francis Ponge, cité en exergue du recueil.philippe garnier
Je suis enthousiaste quand un auteur propose une réflexion sur des objets du quotidien et les envisage d'une façon inattendue et c'est bien le cas ici. Qu'il tente l'autohypnose devant un paquet de chips bio "à l'ancienne" ou remarque qu'il "est rare , dans un film de fiction ou une série, de voir un personnage jeter quelque chose." , Philippe Garnier nous réjouit par ses analyses.
Quant à ses descriptions, elles frôlent souvent la perfection, qu'il s'attache à définir de manière poétique un simple panier , "Un panier d'osier est un minuscule taillis enchevêtré en lui-même." ou un objet encore plus prosaïque comme les nouveaux sachets de plastique dans les rayons fruits et légumes : "Élastique et soyeuse, leur substance semblait provenir du monde médical. Elle avait quelque chose de séducteur et  de faussement rassurant. Mes terminaisons nerveuses ne captaient presque rien. La douceur de ce plastique évoquait la peau d'un organe sensible."
Il possède l'art  de nous surprendre dès la première phrase : "Un jour je suis entré dans un sac à pommes de terre."; celui de la formule également: "Jamais plus on ne vit un pays tout entier emballer une dent creuse". Il fait feu de tout bois, s'intéresse à tout, au préservatif comme aux techniques de vente des marques de luxe, s'arrête souvent devant les tas de gravats et compare les mérites respectifs du sable, de la poussière ou du parpaing. Il varie les tonalités, frôle l'acide , dénonce l’absurdité de notre monde , décrit avec un humour féroce nos mini victoires ou nos énervements contre ces emballages qui envahissent nos vies , jusqu'à quasiment nous donner la sensation d'étouffer. 
On se balade ainsi, au fil des textes, et grâce à cet auteur iconoclaste, on envisage d'un autre œil ces fameux emballages, dans leur diversité et leur quantité. Un pur régal qui file sur l'étagère des indispensables.

 

Éditions Premier Parallèle

 

2020, 143 pages piquetées de marque-pages.

Antigone m'a donné envie de découvrir ce livre: clic.

 

13/02/2019

#ToutCeQuiNousSubmerge #NetGalleyFrance

"Elles étaient coupées physiquement, mais aussi linguistiquement du monde. Elles constituaient une espèce à elles seules."

Si "nous sommes déterminés par le paysage, notre vie est tracée en fonction des collines, des rivières et des arbres." et plus particulièrement ici par la rivière, sur laquelle ont vécu dans un bateau, la narratrice et sa mère, s'y créant un univers bien à elles, doté d'expressions singulières,empreintes de références mythologiques, et où rôdait un animal fantastique, englobant toutes les peurs : le Bonak.
Quand le roman commence la narratrice, Gretel, a retrouvé sa mère, Sarah,  quasi aphasique, au comportement frôlant la folie après une disparition de seize ans. Seize ans, c'est aussi l'âge auquel Sarah a abandonné sa fille.
Dans ce roman, il est en effet beaucoup question d'abandons, ressentis comme nécessaires, de "traque", de liens familiaux particuliers. daisy johnson
Daisy Johnson brouille les pistes, via la chronologie des différents épisodes, mais aussi par le biais des identités fluctuantes, tant du point de vue des prénoms que du genre. Elle revisite ainsi de manière originale le mythe d’œdipe, se penche sur les souvenirs et le pouvoir des mots. Ce n'est ainsi pas un hasard si Gretel, exclue du groupe par son langage particulier, devient lexicographe, pour mieux maîtriser les mots.
Il se dégage de ce roman une atmosphère particulière, irriguée jusque dans l'espace entre les os par la rivière, à la fois maléfique et attirante , créant un univers à la frontière du fantastique. Un roman fascinant qui perd parfois son lecteur mais, en dépit de quelques longueurs, parvient toujours à le garder captif, tant l'écriture est poétique , au plus proche de la nature , des émotions.

Magnifiquement traduit de l'anglais par Lætitia Devaux, Stock 2019.daisy johnson

12/07/2018

Sinon j'oublie

"Je me demande comment il perçoit les gens. Est-ce que , dès qu'il voit un homme , tout devient flou et imprécis, alors que quand c'est une femme, il la voit nette ? En tout cas, depuis le mariage pour tous, il ne me salue plus. Il m'a clairement dit que je faisais ce que je voulais de ma vie, mais que le mariage entre deux hommes, c'est non, point final. ça tombe plutôt pas mal, parce que je ne comptais pas lui demander de m'épouser. Il ne ressemble pas du tout à James Franco, Fournier. Même en voyant flou."(Serge)

Les listes de commissions trouvées et collectionnées par Clémentine Mélois sont ici le prétexte et le support à  l'élaboration de textes où s'expriment des "Je" qui se libèrent du prosaïque (les courses) pour mieux se livrer à des réflexions éclectiques sur leurs préoccupations -grandes ou petites- du moment.clémentine mélois
C'est aussi un portrait éclaté et en creux de notre société où l'on évoque en vrac le mariage pour tous, l'évolution de l'épilation du maillot, les souvenirs de pension, l’utilisation d'internet par les hypocondriaques : "Vivement mon rendez-vous chez le médecin tout à l'heure, qu'il me confirme les soupçons de cancer que j'ai pu déceler grâce à internet . Histoire que je ne me sois pas inquiété pour rien."
En vis à vis, le fac-similé de la liste, qui nous permet tout à la fois de relever les fautes d'orthographe, de jouer les apprentis graphologues et d'apprécier la manière dont l'auteure a su "interpréter" ses listes souvent révélatrices d'un mode de vie /et ou de pensée. Ainsi, celui qu'elle a baptisé "James" et qui a donné lieu au texte reproduit in extenso ci-dessus, a-t-il indiqué  " -mozaréla"sur sa liste et a précisé en dernier item "-vérifier orthographe mozaréla". D'un clic à l'autre peut être en est-il en effet arrivé à  s'autodiagnostiquer un cancer...

C'est souvent drôle, vif, plein d'invention, je me suis régalée.

Grasset 2017

 

Keisha m'avait donné envie

 

03/07/2018

Cent titres

 Quand l'auteure nous fournit gracieusement une présentation de son travail, autant en profiter : "Clémentine Mélois est une artiste française née en 1980. Cent titres, publié en 2014, est une bibliothèque imaginaire faite d'images truquées. Ce jeu formel et sémantique amuse, et interroge notre attente et notre réception du livre, des mots et des images."

Page de gauche, Clémentine Mélois fournit les (éventuelles) clés nécessaires pour repérer les éléments combinés sur la page de droite présentant la couverture d'un classique de la littérature revisité d'une manière ludique.clémentine mélois
Nul n'est besoin d'être fin connaisseur de la littérature, comme j'ai pu le lire ici ou là, mais aimer les jeux de mots, les approximations, les calembours et la culture populaire vous permettra de goûter pleinement ces cent titres et d'éclater de rire !
Les textes, eux aussi , possèdent un humour discret mais efficace.
On ne s’étonnera donc pas, jonglant avec les mots et les images, que Clémentine Mélois ait rejoint les rangs du OuLaOup, enfin de l'OULIPO bien sûr (Ouvroir de LItérature Potentielle)

Testé et approuvé par mon fils de bientôt 19 ans qui, n'étant pas un littéraire a néanmoins su apprécier Maudit Bic d’Herman Melville, Père et gay de Léon Tolstoï , Nuit Tranquille de Paul Verveine ou les décalages photographiques des couvertures de la collection poésies/Gallimard...(Rimbaud/Rambo...)

04/01/2018

L'étang

"Écoutez, il n'a échappé à personne à ce stade que ma tête est tournée vers les ailleurs de l'imagination et qu'elle n'est pas vraiment concernée par les circonstances présentes- toutefois personne ne peut  savoir ce qui se fabrique sans cesse dans l'esprit d'un autre et donc, pour cette raison uniquement peut être, ma façon d'être, telle qu'elle est, peut être très déroutante, déconcertante, inexplicable; même, en réalité ,offensante parfois. On se méfie facilement d'une paumée comme moi  et il arrive fréquemment qu'on m'accuse de toutes sortes d'impertinences."

 Comment rendre compte , sans lui porter préjudice, de ce recueil de textes, parfois très courts, toujours surprenants par leur langue qui mêle humour, poésie, réflexions sur les minuscules faits du quotidien avec un point de vue toujours original etdécalé ? claire-louise bennett
La narratrice s'est installée à la campagne dans une petite maison au confort rudimentaire et on se dit qu'on va avoir droit au récit de ses aventures dans ce nouvel environnement mais pas du tout On assistera certes à quelques essais de jardinage,mais pas forcément pour les raisons attendues ni pour le résultat escompté.
Tout est prétexte à des réflexions qui sortent de l’ordinaire, au gré de phrases amples qui voguent parfois d'un sujet à l'autre sans transition, mais sans jamais perdre son lecteur de vue.
Pas de récit proprement dit mais une impression d'immédiate adéquation avec cette vision du monde à nulle autre pareille. Déroutante, oui, mais jamais ennuyeuse ! Un pur bonheur de lecture pour moi mais qui pourrait en laisser d'autres sur le bord du sentier.

 

Un grand bravo au traducteur: Thierry Decottignies.

 

L'étang, Claire-Louise Bennett, Éditions de l'olivier 2018, 217 pages enthousiasmantes et piquetées de marque-pages. Et zou,, sur l'étagère des indispensables !

Une dernière citation, pour la route: " Le matin attend debout sur sa haute balançoire , déplaçant la terre d'avant en arrière sous ses ongles avec un morceau de carte vierge."

30/12/2017

Défense de Prosper Brouillon

"Qui s'aventure dans un livre de Prosper Brouillon doeric chevillardit s'attendre à éprouver quelques secousses. Ce n'est pas une lecture de tout repos. La vérité vous saute à al gorge  comme un lynx et vous lacère le visage de rides profondes : vous avez vieilli d'un coup, à moins plutôt que ces rides ne soient les cicatrices attestant une sur-sollicitation des muscles zygomatiques affectés à des tâches  qui excèdent leurs forces (utilisez de préférence vos biceps dorénavant pour soulever des enclumes)."

Un centon nous rappelle Wikipédia,  est une œuvre littéraire et/ou musicale constituée d'éléments repris à une ou plusieurs autres, et réarrangés de manière à former un texte différent.
Ce n'est pas exactement ce à quoi s’emploie ici Eric Chevillard qui, réutilisant les citations d’œuvres romanesques qu'il avaient critiquées dans ses chroniques du Monde, leur invente un auteur commun: Prosper Brouillon, romancier éreinté par la critique (qu'il tacle aussi au passage), mais adulé par les lecteurs. Il feint donc ici ironiquement de prendre sa (leur) défense, pour mieux l'(les) éreinter avec humour. Usant d 'un langage parfois pompeux, abusant des hyperboles, Chevillard se livre à un réjouissant jeu de massacre, citations à l'appui.
Grâce à l'efficacité d'un moteur de recherche, je me suis amusée à identifier les trois -quarts environ des auteurs des sus-dites "perles". En voici quelques-uns: Eric Neuhoff arrive en tête des citations misogynes rien moins que puantes (au sens propre du terme hélas), talonné de près par Beigbeder (qui semble vouer une rancune tenace à Chevillard). Alexandre Jardin est lui aussi abondamment cité. Deux femmes, dans des genres très différents dans ce palmarès: Eliette Abécassis et Denise Bombardier.

Un grand plaisir de lecture pour terminer l'année en beauté et ne pas oublier que la gloire est souvent éphémère.

Papillon m'avait donné envie: clic.