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30/12/2013

Marilyn désossée (féérie iniatique)

"En 25 années, j'ai acquis toutes sortes de métiers dans les mains: écrire, boucherie,  librairie, jouer la comédie, maquiller le chanteur Kristophe, vendre des bières, conduire des trams , fabriquer des chapeaux , faire des tartes, garder des mouflets,  chanter en anglais...; cet éventail de sachant qui sait faire me permet  d'aller ci et là sans obligation de m'atteler à un leu de travail fixe. Nomadisme."

Marilyn 6-8 ans ce serait un peu Zazie sans son métro mais avec une aussi belle vigueur dans le maniement de la langue, un regard aigu sur le monde qui l'entoure et une formidable déclaration d'amour anticipée à l’homme qu'elle aime(ra). C'est aussi une découverte du plaisir amoureux et de formidables scènes de classe hallucinées et hallucinantes d'énergie débridée.isabelle wéryMarilyn 25 ans, le rythme ne faiblit pas, l'héroïne se glisse dans toutes sortes de formes de vie et les ruptures stylistiques, poésies qui se glissent de manière impromptue, déformations orthographiques, jeux sur les sons, nous mènent à un train d'enfer vers la troisième étape de ce "road movie traversant la vie d'une fille": Ici et maintenant où Marilyn se lancera dans l'écriture et découvrira sous un autre jour les gens qui l'entourent. Émotions garanties et formidable déclaration d'amour à la Belgique .
Marilyn désossée est un roman joyeux qui pulse, ne s’embarrasse d'aucune contrainte, où l'on sent une véritable passion pour la langue, triturée, malaxée, débridée, un Objet Littéraire Non Identifié qui donne la pêche et l'envie de découvrir d'autres textes de cette jeune auteure, Isabelle Wéry !

Un grand Merci à Libfly pour la découverte de cette pépite explosive toute hérissée de marque-pages, sélectionnée pour le prix Rossel 2013 !

Marilyn désossée, Isabelle Wéry, Maelström Reevolution (merci à eux aussi !)isabelle wéry

 


08/08/2013

Lithium pour Médée

"J'étais celle qui tissait les toiles et rendait la nuit contagieuse."

Elle a vingt-sept ans et constate: "les pins qui ont le même âge en savent plus sur la vie que moi. Alors je me suis dit que cette énorme fleur  qui s'ouvrait devait peut être porter le nom de Rose." Ni son père, en train de faire face à une récidive de son cancer, ni sa mère qui, ayant vécu le rêve américain, est devenue productrice , ne l'appelant par son prénom, nous devons nous contenter  de cette décision.kate braverman,rick moody
Identité mal cernée, comportement erratique, la narratrice analyse avec une lucidité parfois glaçante, son comportement et celui de ses parents aujourd'hui séparés.
Elle revient sur son passé et, à mesure du roman, accède, non pas à la sérénité , mais à une forme de libération.

Rick Moody, dans sa préface, voit dans Lithium pour Médée "une tragédie banale : la famille éclatée". J'y verrais plutôt le poids d'une hérédité et d'un passé transgénérationnel dont on a voulu faire l'économie. L'héroïne est tout sauf sympathique mais la langue, parfois incantatoire, poétique avec quelques points d'humour, rend ce roman totalement hypnotique. à noter que ce texte fait la part belle à la ville de Los Angeles qui devient presque un personnage à part entière.

 Lithium pour Médée, Kate Braverman, traduit de l'anglais (E-U) par Françoise Marel, Rivages poche 2012,318 pages intenses.

30/08/2012

La vie

"Nos yeux savent des choses que nos esprits ignorent."

Dans le texte de Régis de Sà Moreira, pas d'intrigue mais une multitude de vies effleurées, par l'intermédiaire de pensées de personnages qui se croisent, se répondent de manière muette. On glisse de l'un à l'autre sans heurts, et le petit miracle est que sans descriptions, avec des paragraphes très courts, on a vraiment l'impression de les voir ces personnages !régis de sà moreira
La variété est de mise: de l'enfant dans le ventre de sa mère au suicidaire qui se met la tête dans le four électrique, en passant par le couple qui se déchire, ce sont autant de fragments pleins d'humour ou d'émotions qui se donnent à voir, composant ainsi le kaléidoscope savoureux et réussi de La vie !

Merci Sylvie !

La vie, Régis de Sà Moreira, le daible Vauvert 2012, 120 pages piquetées de marque-pages.

Clara a aimé aussi.

Karo[line] a interrogé l'auteur.

 Du même auteur, clic ! ....,

05/08/2012

L'amour dans la vie des gens

"Cet adolescent polonais, qui devine pourquoi je suis une artiste : "c'est devant la pauvreté des sentiments, c'est ça ? "

Porté sans doute par le succès de Grandir et de  L'envie (lu mais non commenté car beaucoup moins apprécié), voici la réédition en poche d'un texte paru pour la première fois en 2003.
Comment définir L'amour dans la vie des gens ? C'est un assemblage d'anecdotes,  parfois drôles, souvent cruelles ou cyniques, d'aphorismes, ou la narratrice/auteure défend une certaine conception de l'amour, toute personnelle mais qui confine à l'universel car chacun, bien évidemment, peut se reconnaître ou identifier des paroles ou des situations de proches ou moins proches.sophie fontanel
Ce pourrait être foutraque mais il y a une véritable progression dans les thèmes évoqués et on sent toujours, comme un fil rouge, la bonté, la  générosité - que d'aucuns considérent comme de la naïveté- de la narratrice qui, pourtant, n'hésite pas à porter quelques coups de griffes au passage. Ainsi, ce court texte qui m'a fait penser à la Bruyère : "Dans le tas, des génies. Celui-ci assure qu'il y a des pays où le mot "amour" n'existe pas . Quand on lui demande desquels ils s'agit, il reste très vague, avec l'air mystérieux de celui  qui a la chance de connaître ces merveilleuses contrées encore peu touristiques."
On peut se sentir désorienté au début par la concision des textes ,dont les plus longs n'excèdent pas une vingtaine de lignes et les plus courts comportent une seule phrase, mais très vite, on se prend au jeu et l'on glisse au passage une flopée de marque-pages dans cet ouvrage plein de fraîcheur malgré tout et très touchant.

J'ai lu 2012.

07/05/2012

ça nous apprendra à vivre dans le nord

"Les livres, c'est un peu comme les chiens qu'on ne connaît pas, faut pas leur montrer qu'on a peur, après ils en profitent."

Au fil de rencontres dans des cafés, de discussions à bâtons rompus, les deux auteures tentent d'avancer dans leur commande d'écriture à quatre mains sur un quartier lillois, autrefois ouvrier, celui de Fives. Entrecoupé de témoignages d'habitants, ce work in progress plein d'humour nous livre, mine de rien plein d'infos sur le passé de ce Nord ouvrier et nous montre les repentirs, les hésitations, les appréhensions, voire les révoltes de nos écrivaines qui hésitent à trouver leur place , quelque part entre Lucien Suel et Marie-Paule Armand (auteure régionale, du terroir) !
Stimulant et plein d'entrain !amandine dhée,carole fives

Quelques citations au passage : "Quand t'es née dans le Nord, t'as forcément des ouvriers qui se raccrochent désespérément aux branches de ton arbre généalogique, un sandwich à l'omelette à la main."

"-Très important la dignité ouvrière . mais je t'avoue que ça me crée des angoisses. Dès que j'écris sur le passé, j'entends  les gros sabots des besogneux d'avant qui s'agitent dans mon dos. ça renifle, ça toussote, ça joue les humbles . Non, pas besoin de chaises, vous embêtez pas...mais je sais qu'ils partiront pas."

Editions la Contre-alée 2011, 85 pages à découvrir même si on n'est pas du Nord !

L'avis de Mirontaine

26/03/2012

Le mode interrogatif

"Est-ce que cela change un peu les choses de vous apercevoir que ces questions en ont méchamment après vous ? Et que dans une certaine mesure, elles ne dépendent pas de moi? Qu'elles s'apparentent d'une certaine façon à des zombies du mode interrogatif ? "

Il faut ouvrir le livre pour répondre à la première interrogation : quel est le titre de ce livre ?, puisqu'en couverture ne figure qu'un homme tenant en main un point d'interrogation géant.
Le mode interrogatif donc, et en dessous : roman ?
Commence alors une accumulation de questions , un interrogatoire inlassable entre un narrateur-auteur qui, de temps en temps, apostrophe le lecteur, lui demandant s'il se souvient que la question lui a déjà été posée, s'inquiétant de son possible agacement. Les interrogations oscillent entre test de personnalité, questions humoristiques ,souvent déstabilisantes, nous invitant à réévaluer notre vision du monde, suscitant parfois un haut-le coeur car refusant l'édulcoration. padgett  powell
C'est aussi un portrait en creux du narrateur-auteur , qui se livre par bribes, et renforce ainsi le lien avec son lecteur, donnant de la chair à ce monde absurde, marqué par l'abondance. On se surprend à sourire, à répondre ou au contraire à balayer mentalement de la main certaines questions. D'une situation de communication perturbée , un seul interlocuteur monopolise la parole, on passe alors à une relation virtuelle qui s'établit entre le lecteur et l'auteur.
Pour résister à cette avalanche d 'interrogations, il faut bien évidemment se réserver de lire ce texte en plusieurs étapes ! Une lecture enthousiasmante !

Le mode interrogatif, Padgett Powell, traduit de l'anglais (E-U) par Olivia Roussel, Editions rue Fromentin 2012, 232 pages ?

03/12/2011

Au Nord du monde

 "Ce à quoi nul ne s'attend, c'est à assister à la fin de toutes chose."

Dans le monde où évolue le shériff Makepeace," les ressources vitales sont devenues très rares." Nous sommes Au Nord du monde, dans un univers glacial , silencieux et quasiment vide. Makepeace, sous la foi d'un témoignage de civilisation, va quitter sa ville fantôme et entamer une odyssée pour aller à la rencontre d'humains mais aussi pour célébrer la beauté de la nature. Un voyage initiatique qui lui permettra aussi d'éclairer son existence sous un nouveau jour.marcel theroux
Il aura fallu toute l'insistance amicale de Keisha pour que je me lance dans la lecture de ce roman que je croyais - à tort- être un récit post apocalyptique. Ce livre est une pure merveille. Je l'ai savouré à petits pas, refusant jusqu'à la lecture du dernier chapitre pour ne pas quitter Makepiece. Les métaphores de Marcel Theroux, son art de surprendre le lecteur au détour d'une page, sans pour autant faire le malin, l'évolution et les aventures de Makepiece, tenant à la fois du western et du roman d'aventures, ponctué de quelques minuscules détails l'inscrivant dans l'anticipation ,font de ce roman un pur enchantement.
Si vous aimez le grand Nord, les récits de survie , la nature sauvage, ce livre est aussi pour vous. Une réflexion passionnante sur les relations humaines et sur un monde qui pourrait déjà presque être le notre. Jamais en lisant ce texte je n'ai éprouvé une sensation d'artifice, tout coule simplement, inexorablement.

Un livre qui a reçu -et à juste titre- le prix de l'Inaperçu 2011, "prix qui récompense deux romans, un français et un étranger- qui ont injustement échappé aux médias".( Je sens que je vais surveiller de près ce prix !)

 

Au Nord du monde, Marcel Theroux, traduit de l'anglais par Stéphane Roques, 10/18 2011, 348  pages toutes bruissantes de marque-pages, allez , zou sur l'étagère des indispensables !

L'avis de Keisha, qui vous enverra vers plein d'autres !

14/11/2011

Paris gare du Nord

" C'est parce que cela dure que quelque chose arrive. C'est la durée qui est exceptionnelle."

En mai 2011, Joy Sorman, passe une semaine en résidence d'écrivain...Gare du Nord à Paris. Une semaine pour exploiter les coulisses , s'imprégner de l'ambiance et surtout découvrir,avec l'aide des gens qui travaillent là, ce qu'elle ne voyait pas : les prostitués sur le parvis, les subtiles différences entre ce qui dépend de la SNCF et ce qui dépend d'Eurostar par exemple.joy sorman
L'écrivaine mettra aussi des mots sur ce qu'un employé , pudiquement, s'obstine à appeler "Incidents humain" et qui sont bel et bien des suicides. Au fil des rencontres et des découvertes, se constitue un tableau endroit/envers d'un monde qui va marquer physiquement l'auteure : ""Complètement groggy. je suis un corps friable qu'on a plongé dans un bain pendant une semaine. un bain révélateur, celui qu'on utilise pour développer les photos. L'ivresse produite par le temps passé à ingurgiter la gare par tous ses bouts mettra sans doute quelques jours à se dissiper."
Se poser dans un endroit défini par le passage,  expérimenter une contrainte (lieu/temps) et explorer ce que d'habitude le public ne voit pas, voici un livre qui satisfait plusieurs de mes péchés mignons. Un seul regret: l'écriture qui m'a parue un tantinet trop neutre. Un livre qui pourtant m'a donné envie de poursuivre ma découverte de Joy Sorman que j'avais suivie tout un été sur France Inter.

Paris Gare du Nord, Joy Sorma, Gallimard 2011, 75 pages pour les curieux.

22/08/2011

So long, Luise

"Un jour, je ferai cesser ce gourgandinage."

Qui dit testament dit en général roman bien huilé, secrets de famille, amour, haine , règlements de comptes grinçant à tous les étages.céline minard
Rien de tel chez Céline Minard . Si la narratrice- dont nous ne connaîtrons jamais la véritable identité- romancière de son état, revient bien sur son passé, éclairant pour sa compagne, Luise, des événements dont cette dernière n'avait pas perçu toutes les facettes, c'est pour mieux pulvériser tous les clichés du genre et montrer la toute puissance des mots.
En effet, par ce qu'elle appelle jactance, la narratrice arrive à produire les effets les plus divers chez ses auditeurs médusés. Effet hypnotisant du langage parfaitement manié.
De la même façon, mêlant anglais et ancien français par petites touches, convoquant gnomes, pixies et brownies dans une sorte de flot tour à tour furieux et serein, au gré des humeurs de sa narratrice, Céline Minard entraîne son lecteur dans un texte surprenant à plus d'un égard, poétique, ludique et parfois érotique, qui le laisse parfois désorienté mais épaté par tant de virtuosité (mais comment fait-elle? !!)et d'amour du langage. Mensonges , (re)création voire récréation ,car l'humour est souvent présent, sont au coeur de ce roman jubilatoire  qui est aussi un acte d'amour...On glisse d'un univers à un autre de manière imperceptible , tout ne sera pas éclairci ,mais peu importe car il faut se laisser charmer- au sens fort du terme- par cette narratrice qui fait les quatre cents coups et ne s'en laisse compter par personne, colonie de nains bûcherons ou auto-stoppeur !
Céline Minard use du langage comme une magicienne, montrant dans ce vrai-faux testament que "nous ne possédons rien, si ce n'est la puissance et, peut être le talent de recréer, allongé sous un saule dans un fauteuil articulé, ce que nous avons soit-disant déjà vécu."

So long, Luise, Céline Minard, Denoël 2011, 215 pages frappées, à déguster cul-sec !

Et zou sur l'étagère des indispensables !céline minard,bizarrement ce livre m'a fait penser à l'album Never for ever de kate b

11/03/2011

Pfff

"Walter n'est pas en pleine forme, il oxymore follement, il a le chiasme en délire, il trope à s'en écorcher l'âme."

Attention : soit vous adorerez ce livre, soit vous le laisserez tomber en expirant sont titre : Pfff !
Je l'ai moi-même abandonné dans un premier temps , trouvant les personnages  un peu trop pimpants, mécaniques, comme ces personnages de baromètres qui sortent tour à tour et ne se rencontrent jamais mais je ne sais quoi dans le style, m'avait donné envie de lui redonner une chance et j'ai bien fait !hélène sturm,surprenant,fascinant,pétillant
Car oui, les personnages évoluent dans un tout petit univers , un quartier, quelques immeubles et deux bistrots mais ils sont versatiles, plus complexes qu'il n'y paraît à première vue, changeant de noms ou de prénoms au détour d'un paragraphe , au fur et à mesure de leur évolution, discutent des subtiles couleurs des cachemires , posent des caméras indiscrètes ou assassinent sans état d'âme avant que d'écouter un fado.
Il est beaucoup question d'amour,  de littérature et on fait le grand écart entre Belle du seigneur qu'abhorre un personnage, rêvant de le jeter au fond d'une poubelle de restaurant pour que personne en vienne l'y chercher ,même avec des pincettes et les petits livres bleus que rêve d'éditer Odile, lectrice pour une maison d'édition.
C'est délicat, parfois coquin, plein de charme et de fantaisie, la langue est riche mais sans affectation, (on rêve d'un cachemire fuligineux ) et on cherche le nom adéquat pour un magasin ou pour un animal avec une précision exemplaire.
Le style est ample et délié, on devine l'auteure gourmande de mots, et une fois intégré les nombreuses surprises du texte, on se laisse porter par ce récit qui ne cède jamais à la facilité du tout-beau-tout-rose et se conclut par une dernière pirouette qui clot le livre sur lui-même. "C'est aussi délicieux que le toboggan à quatre ans, le grand huit quand on en a douze , que le premier crime quand on est un tueur débutant."

Pfff, hélène Sturm, Editions Joëlle Losfeld 2011, 234 pages délicieuses.

Merci à BOB et aux Editions Joëlle Losfeld