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07/05/2012

ça nous apprendra à vivre dans le nord

"Les livres, c'est un peu comme les chiens qu'on ne connaît pas, faut pas leur montrer qu'on a peur, après ils en profitent."

Au fil de rencontres dans des cafés, de discussions à bâtons rompus, les deux auteures tentent d'avancer dans leur commande d'écriture à quatre mains sur un quartier lillois, autrefois ouvrier, celui de Fives. Entrecoupé de témoignages d'habitants, ce work in progress plein d'humour nous livre, mine de rien plein d'infos sur le passé de ce Nord ouvrier et nous montre les repentirs, les hésitations, les appréhensions, voire les révoltes de nos écrivaines qui hésitent à trouver leur place , quelque part entre Lucien Suel et Marie-Paule Armand (auteure régionale, du terroir) !
Stimulant et plein d'entrain !amandine dhée,carole fives

Quelques citations au passage : "Quand t'es née dans le Nord, t'as forcément des ouvriers qui se raccrochent désespérément aux branches de ton arbre généalogique, un sandwich à l'omelette à la main."

"-Très important la dignité ouvrière . mais je t'avoue que ça me crée des angoisses. Dès que j'écris sur le passé, j'entends  les gros sabots des besogneux d'avant qui s'agitent dans mon dos. ça renifle, ça toussote, ça joue les humbles . Non, pas besoin de chaises, vous embêtez pas...mais je sais qu'ils partiront pas."

Editions la Contre-alée 2011, 85 pages à découvrir même si on n'est pas du Nord !

L'avis de Mirontaine

26/03/2012

Le mode interrogatif

"Est-ce que cela change un peu les choses de vous apercevoir que ces questions en ont méchamment après vous ? Et que dans une certaine mesure, elles ne dépendent pas de moi? Qu'elles s'apparentent d'une certaine façon à des zombies du mode interrogatif ? "

Il faut ouvrir le livre pour répondre à la première interrogation : quel est le titre de ce livre ?, puisqu'en couverture ne figure qu'un homme tenant en main un point d'interrogation géant.
Le mode interrogatif donc, et en dessous : roman ?
Commence alors une accumulation de questions , un interrogatoire inlassable entre un narrateur-auteur qui, de temps en temps, apostrophe le lecteur, lui demandant s'il se souvient que la question lui a déjà été posée, s'inquiétant de son possible agacement. Les interrogations oscillent entre test de personnalité, questions humoristiques ,souvent déstabilisantes, nous invitant à réévaluer notre vision du monde, suscitant parfois un haut-le coeur car refusant l'édulcoration. padgett  powell
C'est aussi un portrait en creux du narrateur-auteur , qui se livre par bribes, et renforce ainsi le lien avec son lecteur, donnant de la chair à ce monde absurde, marqué par l'abondance. On se surprend à sourire, à répondre ou au contraire à balayer mentalement de la main certaines questions. D'une situation de communication perturbée , un seul interlocuteur monopolise la parole, on passe alors à une relation virtuelle qui s'établit entre le lecteur et l'auteur.
Pour résister à cette avalanche d 'interrogations, il faut bien évidemment se réserver de lire ce texte en plusieurs étapes ! Une lecture enthousiasmante !

Le mode interrogatif, Padgett Powell, traduit de l'anglais (E-U) par Olivia Roussel, Editions rue Fromentin 2012, 232 pages ?

03/12/2011

Au Nord du monde

 "Ce à quoi nul ne s'attend, c'est à assister à la fin de toutes chose."

Dans le monde où évolue le shériff Makepeace," les ressources vitales sont devenues très rares." Nous sommes Au Nord du monde, dans un univers glacial , silencieux et quasiment vide. Makepeace, sous la foi d'un témoignage de civilisation, va quitter sa ville fantôme et entamer une odyssée pour aller à la rencontre d'humains mais aussi pour célébrer la beauté de la nature. Un voyage initiatique qui lui permettra aussi d'éclairer son existence sous un nouveau jour.marcel theroux
Il aura fallu toute l'insistance amicale de Keisha pour que je me lance dans la lecture de ce roman que je croyais - à tort- être un récit post apocalyptique. Ce livre est une pure merveille. Je l'ai savouré à petits pas, refusant jusqu'à la lecture du dernier chapitre pour ne pas quitter Makepiece. Les métaphores de Marcel Theroux, son art de surprendre le lecteur au détour d'une page, sans pour autant faire le malin, l'évolution et les aventures de Makepiece, tenant à la fois du western et du roman d'aventures, ponctué de quelques minuscules détails l'inscrivant dans l'anticipation ,font de ce roman un pur enchantement.
Si vous aimez le grand Nord, les récits de survie , la nature sauvage, ce livre est aussi pour vous. Une réflexion passionnante sur les relations humaines et sur un monde qui pourrait déjà presque être le notre. Jamais en lisant ce texte je n'ai éprouvé une sensation d'artifice, tout coule simplement, inexorablement.

Un livre qui a reçu -et à juste titre- le prix de l'Inaperçu 2011, "prix qui récompense deux romans, un français et un étranger- qui ont injustement échappé aux médias".( Je sens que je vais surveiller de près ce prix !)

 

Au Nord du monde, Marcel Theroux, traduit de l'anglais par Stéphane Roques, 10/18 2011, 348  pages toutes bruissantes de marque-pages, allez , zou sur l'étagère des indispensables !

L'avis de Keisha, qui vous enverra vers plein d'autres !

14/11/2011

Paris gare du Nord

" C'est parce que cela dure que quelque chose arrive. C'est la durée qui est exceptionnelle."

En mai 2011, Joy Sorman, passe une semaine en résidence d'écrivain...Gare du Nord à Paris. Une semaine pour exploiter les coulisses , s'imprégner de l'ambiance et surtout découvrir,avec l'aide des gens qui travaillent là, ce qu'elle ne voyait pas : les prostitués sur le parvis, les subtiles différences entre ce qui dépend de la SNCF et ce qui dépend d'Eurostar par exemple.joy sorman
L'écrivaine mettra aussi des mots sur ce qu'un employé , pudiquement, s'obstine à appeler "Incidents humain" et qui sont bel et bien des suicides. Au fil des rencontres et des découvertes, se constitue un tableau endroit/envers d'un monde qui va marquer physiquement l'auteure : ""Complètement groggy. je suis un corps friable qu'on a plongé dans un bain pendant une semaine. un bain révélateur, celui qu'on utilise pour développer les photos. L'ivresse produite par le temps passé à ingurgiter la gare par tous ses bouts mettra sans doute quelques jours à se dissiper."
Se poser dans un endroit défini par le passage,  expérimenter une contrainte (lieu/temps) et explorer ce que d'habitude le public ne voit pas, voici un livre qui satisfait plusieurs de mes péchés mignons. Un seul regret: l'écriture qui m'a parue un tantinet trop neutre. Un livre qui pourtant m'a donné envie de poursuivre ma découverte de Joy Sorman que j'avais suivie tout un été sur France Inter.

Paris Gare du Nord, Joy Sorma, Gallimard 2011, 75 pages pour les curieux.

22/08/2011

So long, Luise

"Un jour, je ferai cesser ce gourgandinage."

Qui dit testament dit en général roman bien huilé, secrets de famille, amour, haine , règlements de comptes grinçant à tous les étages.céline minard
Rien de tel chez Céline Minard . Si la narratrice- dont nous ne connaîtrons jamais la véritable identité- romancière de son état, revient bien sur son passé, éclairant pour sa compagne, Luise, des événements dont cette dernière n'avait pas perçu toutes les facettes, c'est pour mieux pulvériser tous les clichés du genre et montrer la toute puissance des mots.
En effet, par ce qu'elle appelle jactance, la narratrice arrive à produire les effets les plus divers chez ses auditeurs médusés. Effet hypnotisant du langage parfaitement manié.
De la même façon, mêlant anglais et ancien français par petites touches, convoquant gnomes, pixies et brownies dans une sorte de flot tour à tour furieux et serein, au gré des humeurs de sa narratrice, Céline Minard entraîne son lecteur dans un texte surprenant à plus d'un égard, poétique, ludique et parfois érotique, qui le laisse parfois désorienté mais épaté par tant de virtuosité (mais comment fait-elle? !!)et d'amour du langage. Mensonges , (re)création voire récréation ,car l'humour est souvent présent, sont au coeur de ce roman jubilatoire  qui est aussi un acte d'amour...On glisse d'un univers à un autre de manière imperceptible , tout ne sera pas éclairci ,mais peu importe car il faut se laisser charmer- au sens fort du terme- par cette narratrice qui fait les quatre cents coups et ne s'en laisse compter par personne, colonie de nains bûcherons ou auto-stoppeur !
Céline Minard use du langage comme une magicienne, montrant dans ce vrai-faux testament que "nous ne possédons rien, si ce n'est la puissance et, peut être le talent de recréer, allongé sous un saule dans un fauteuil articulé, ce que nous avons soit-disant déjà vécu."

So long, Luise, Céline Minard, Denoël 2011, 215 pages frappées, à déguster cul-sec !

Et zou sur l'étagère des indispensables !céline minard,bizarrement ce livre m'a fait penser à l'album Never for ever de kate b

11/03/2011

Pfff

"Walter n'est pas en pleine forme, il oxymore follement, il a le chiasme en délire, il trope à s'en écorcher l'âme."

Attention : soit vous adorerez ce livre, soit vous le laisserez tomber en expirant sont titre : Pfff !
Je l'ai moi-même abandonné dans un premier temps , trouvant les personnages  un peu trop pimpants, mécaniques, comme ces personnages de baromètres qui sortent tour à tour et ne se rencontrent jamais mais je ne sais quoi dans le style, m'avait donné envie de lui redonner une chance et j'ai bien fait !hélène sturm,surprenant,fascinant,pétillant
Car oui, les personnages évoluent dans un tout petit univers , un quartier, quelques immeubles et deux bistrots mais ils sont versatiles, plus complexes qu'il n'y paraît à première vue, changeant de noms ou de prénoms au détour d'un paragraphe , au fur et à mesure de leur évolution, discutent des subtiles couleurs des cachemires , posent des caméras indiscrètes ou assassinent sans état d'âme avant que d'écouter un fado.
Il est beaucoup question d'amour,  de littérature et on fait le grand écart entre Belle du seigneur qu'abhorre un personnage, rêvant de le jeter au fond d'une poubelle de restaurant pour que personne en vienne l'y chercher ,même avec des pincettes et les petits livres bleus que rêve d'éditer Odile, lectrice pour une maison d'édition.
C'est délicat, parfois coquin, plein de charme et de fantaisie, la langue est riche mais sans affectation, (on rêve d'un cachemire fuligineux ) et on cherche le nom adéquat pour un magasin ou pour un animal avec une précision exemplaire.
Le style est ample et délié, on devine l'auteure gourmande de mots, et une fois intégré les nombreuses surprises du texte, on se laisse porter par ce récit qui ne cède jamais à la facilité du tout-beau-tout-rose et se conclut par une dernière pirouette qui clot le livre sur lui-même. "C'est aussi délicieux que le toboggan à quatre ans, le grand huit quand on en a douze , que le premier crime quand on est un tueur débutant."

Pfff, hélène Sturm, Editions Joëlle Losfeld 2011, 234 pages délicieuses.

Merci à BOB et aux Editions Joëlle Losfeld

05/11/2010

Tomates

"...ça se passe toujours bien mieux quand on est écrivain."

La narratrice s'occupe de plants de tomates , d'où le titre. Et partant de cette action apparemment anodine, elle en vient à élargir sa pensée à tous les intellos qui ont un jour songé au retour aux champs et convoque le théoricien socialiste Blanqui, qu'elle a relu ,ainsi que les membres du groupe de Jarnac qui ont été arrêtés et emprisonnés. Et ainsi de suite.41PChahcqQL._SL500_AA300_.jpg
Ce qui se donne à lire ici est donc une pensée en mouvement, procédant par sauts et fréquentes notes en bas de page, une structure éclatée pour évoquer la théorisation de l'action révolutionnaire et violente. Le tout suivi de textes en annexe pour approfondir.

Un texte qui m'a laissée perplexe car il se termine de manière abrupte et ne m'a finalement rien apporté. Je crois.

ça m'apprendra à écouter d'une oreille les conseils d'un chroniqueur de France Inter un jour de pluie -intense la pluie-  sur l'autoroute.

Tomates, Nathalie Quinntane, POL 2010, 135 pages pour lesquelles je ne suis pas équipée de suffisamment de neurones, sorry.

Antigone a plus apprécié ces Tomates !

02/11/2010

Télescopages

"C'est dangereux d'être une ménagère..."

Télescopages ? De drôles de petites fiches rédigées par Fabienne Yvert entre 1999 et 2002 et envoyées à quelques abonnés.51J6u0+qTDL._SL500_AA300_.jpg
Télescopages car s'y côtoie aussi bien des instantanés de vie, la voisine qui exige un cadeau d'anniversaire, les aléas de la vie dans un cabanon marseillais qui offre une vue imprenable sur la mer depuis la porte ouverte des cabinets mais pas mal de soucis aussi, des textes plutôt courts ou se faufilent quelques bestioles- une souris, une araignée et un scorpion- des remarques humoristiques et/ou poétiques. Un ensemble totalement foutraque qui séduit le lecteur aimant le côté éclaté de l'ouvrage même si comme le remarque un abonné l'ensemble perd de son énergie dans la deuxième partie. Un portrait  éclaté et en creux d'une artiste circulant entre Paris Marseille et le Havre, un peu frustrant car on aimerait en savori plus sur ses pratiques artistiques mais diablement sympathique.

Télescopages, Fabienne Yvert, Editions Attila 2010, 197 pages fourmillant aussi d'illustrations .

10/09/2010

Encyclopédie capricieuse du tout et du rien

"Le danseur vieillit charolais et la danseuse, osselets.

Un peu plus de 400 grammes (en format poche), 844 pages dument organisées dans la Liste des listes, 844 pages où fôlatrer avec le sourire, parfois agacé par certains jugements à l'emporte-pièce, mais le plus souvent le sourire aux lèvres , cueillant au passage une citation, une information (même si ce pavé n'a rine à voir avec les Miscellanées de Mr Schott car l'adjectif "capricieuse" souligne bien la subjectivité revendiquée de l'auteur ).51MzXvRmU3L._SL500_AA300_.jpg
Les listes ne sont pas forcément lapidaires mais se présentent aussi sous la forme de textes , suivant notre envie de picorer ou de s'attarder sur La liste des femmes comme en voudrait dans sa famille (Louise Labé en tête), la liste des nuages ou celle qui clôt le recueil: La liste de listes à établir, de quoi nous donner des envies d'écriture...
N'ayant jamais lu cet auteur, cette encyclopédie me donne une furieuse envie de poursuivre sa lecture et d'ailleurs, avec un grand à propos figure après la liste des crédits d'illustration (car oui il y en a mais bon, peut mieux faire ) la liste d'ouvrages du même auteur ainsi qu'un florilège extrait de son dernier ouvrage, Pourquoi Lire ?

C'est vif, brillant et ça agace juste ce qu'il faut ! Et ça vient de sortir en poche (10 euros)

 

29/06/2010

Plaire aux vaches

"La vie s'organise dans la durée."

Un petit livre vert (pâturage) qui se cale bien en main , plein d'informations pour mieux connaître les vaches et établir avec elles une relation sereine et harmonieuse.
Quelques traits de poésie  viennent relever ces conseils de base* qui seront bien utiles à ceux qui voudraient se lancer dans l'élévage bovin.51GJSJH0CZL._SL500_AA300_.jpg
Un état d'esprit bien éloigné de la productivité à tout prix et de la gestion à court terme.

Plaire aux vaches, Michel Ots, Atelier du gué 2001, 118 pages qui respirent le bonheur.

* confirmés par un agriculteur !