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22/04/2022

Les femmes aussi sont du voyage

"Sans le concours des esclaves, domestiques, cuisiniers, interprètes et autres subalternes , un grand nombre d'explorations auraient été rendues impossibles. "

Aujourd'hui encore le voyageur est majoritairement un homme, blanc et occidental de surcroît. Pourtant, bien que reléguées dans la sphère domestique, des femmes ont enfreint les règles de la société et se sont lancées dans des voyages. lucie azema,femmes,voyages
Une femme ayant réalisé un périple suscite de nombreux avertissements avant, voire le soupçon après (a-t-elle vraiment réalisé cet exploit? ) et si elle part en couple ou en famille, elle sera reléguée dans l’ombre de son compagnon.
Changeant de perspective, étayant ses propos de nombreux exemples, Lucie Azema démontre en deux parties les liens du voyage avec la démonstration de la virilité et la misogynie qui lui est inhérente.
Elle pointe aussi du doigt la nécessité de décoloniser le voyage et la fétichisation du corps des femmes dans les récits de voyage, que ce soit dans l'évocation des harems ou des bordels.
Elle affirme enfin l'effet émancipateur du voyage pour les femmes ainsi que les mensonges et les approximations dont se rendent souvent coupables certains grands voyageurs dont la misogynie peut mettre en péril la vie de celles qu'ils accompagnent.
Un essai qui suscite l'envie de dévorer une brassée de récits de voyages ...au féminin !

Flammarion 2021.

 

06:00 Publié dans Essai | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : lucie azema, femmes, voyages

01/12/2021

La voyageuse de nuit...en poche

"La jeunesse a pris valeur de modèle pour l'existence entière, reléguant ainsi les âges de la vieillesse non à l’idée d'accomplissement mais à celle de surplus, de rebut, voire de non-sens."

Convoquant les créateurs , mais aussi son expérience personnelle, Laure Adler, soixante-dix ans , nous invite à flâner au pays de la vieillesse, plaidant pour une intégration des générations et non une relégation des personnes âgées, comme c'est actuellement le cas.41dWxsxj7DL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_ML2_.jpg
Se plaçant dans la lignée des écrits de Simone de Beauvoir, l'animatrice de L’Heure Bleue analyse avec finesse l'arrivée de cet âge de la vie qu'on ne sait vraiment délimiter soi-même mais qui se révèle fort désagréable à première vue. Tout l'art de l'essayiste est de nous convaincre du contraire, utilisant les exemples (entre autres) de Duras, Louise Bourgeois ou Matisse qui ont su exploiter au mieux l'expérience acquise au sein de leur art.
Dans une société vieillissante, une réflexion nécessaire pour des lecteurs de tous âges

22/10/2021

à mains nues

"Mes amies et moi n'élevons pas nos enfants de la même façon selon qu'ils ont une forme de fille ou de garçon. Conscientes de ce qui se joue ici et maintenant pour les hommes et les femmes, on veut rebattre les cartes."

La narratrice d’À mains nues utilise le "Je", mais c'est une 3je" englobant dans lequel chacune pourra se reconnaitre, s'identifier à des degrés divers. Avec une belle énergie, Amandine Dhée revisite les différentes facettes de ce qui nous constitue en tant que femmes. 61CP8XMwAeL._AC_UY218_.jpg
Le désir irrigue ce texte de la jeunesse à la vieillesse, cette étape qui pour elle est encore lointaine, et le rend optimiste et riche de possibilitéamandine dhéeLa langue est précise, fluide et aborde avec franchise, mais sans jamais tomber dans la vulgarité, tous les aspects de la vie féminine.
Il est intéressant pour celles qui, comme moi, ont connu les années 70 et le choc qu'ont été par exemple Les mots pour le dire de Marie cardinal ou les textes de Benoîte Groult de constater l'évolution des thèmes évoqués, ce qui a disparu ou presque et ce qui apparaît (la notion de genre, par exemple).
Un texte à (s') offrir de toute urgence.

POINTS SEUIL 2021

"Je souris moins aujourd'hui. Non que j'aie perdu en gaieté mais parce que je ne cherche plus d'emblée à avoir l'air charmante et inoffensive. Et je m'excuse moins. Avant, je m'excusais à tout bout de champ, en souriant donc, désolée par-ci désolée par-là, au cas où, pour lustrer. S'excuser, la maladie des femmes."

06:00 Publié dans Essai | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : amandine dhée

30/03/2021

Vivre et revivre encore

"La culture ne sert à rien, si ce n'est à tromper l'ennui. Ce qui n'a pas de prix."

Rassemblés dans ce recueil, les textes parus dans la Revue Le 1 font preuve d'un bel éclectisme puisqu'ils traitent aussi bien de la jeunesse, du pétrole , du sport ou du plaisir féminin. Faisant feu de tout bois, Adèle Van Reeth convoque aussi bien Proust que Zola, Kant que Alexis de Toqueville et ce pour le plus grand bonheur du lecteur qui découvre ainsi que la philosophie n'est pas forcément ardue ni ennuyeuse.adèle van reeth
Passant au crible l'actualité, Adèle Van Reeth nous offre des textes non seulement fluides, mais parfois malicieux. Pourquoi se priver de les dévorer ?

Merci à l'éditeur et à Babelio.adèle van reeth

 

06:00 Publié dans Essai | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : adèle van reeth

08/03/2021

Survivre au sexisme ordinaire

"Les féministes ne sont jamais contentes, c'est même à ça qu'on nous reconnaît. A ça et à notre colère (de mochetés velues), nos luttes (de mal baisées hystériques), notre sororité de gouines féminazies)." Marie Sauvion

Venues d'horizon très divers, dix-huit personnalités féministes s'emparent de ces petites phrases que nous avons toutes au moins une fois entendues et qui mettent mal à l'aise. Au choix: "On ne peut plus prendre l'ascenseur avec une femme", "T'as tes règles ou quoi ? ", "C'est un truc de fille", j'en passe et des pires.eve cambreleng,alizée vincent,klaire fait grr,Élise thiébaut,lauren malka,marie kirschen,pauline harmange,ovidie,kiyémis,amandine dhée,fiona schmidt,camille et justine,mathilde larrère,valérie rey-robert,paul b. preciado,marie sauvion,rebecca amsellem,Élodie shanta
Elles nous rabaissent ces phrases, nous cantonnent dans des stéréotypes et y en a marre. Alors chacune des autrices, avec son style personnel, avec colère et/ou humour, de façon argumentée, les dissèque, voire nous propose de quoi riposter quand la sidération devant tant de bêtise crasse nous saisit.

Un pur régal à s'offrir pour 5 euros chez Librio. !

04/03/2021

Je suis une fille sans histoire

"Parce qu'on se raconte tous des histoires, tout le temps. Et on en écoute, lit ou reçoit en permanence aussi. En réalité, nous sommes pétris de mises en récit que nous ne détectons même plus. Nous avançons sur des lignes de textes là où nous croyons voir du réel, là où nous pensons que nous avons les deux pieds bien plantés dans les faits..."

Alice Zeniter a eu envie de nous parler des rouages du récit, de la manière dont ceux-ci nous affectent, de la politique et des discours dominants. ça pourrait être barbant et c'est très joyeux et plein d'entrain car Alice Zeniter se met en ,use aussi bien d'exemple tirés de l'antiquité (La Poétique, d'Aristote, résumée de manière hilarante) que de la pop culture et ne rechigne pas à nous expliquer son humour de niche, ce qui ne  nous laisse pas sur le côté de la route. alice zeniter
Elle multiplie les notes (savoureuses) en bas de page et met en scène de manière vivante les auteurs des thèses auxquelles elle se réfère (Ursula le Guin, Baptiste Morizot, entre autres).
Bien évidemment, comme elle le souligne elle-même, une fille sans histoire, ça n'existe pas mais il n'en reste pas moins que peu de films et/ou romans, y compris certains des siens d'ailleurs , ne passent pas le test de Bedchel  (qui vérifie si les femmes ont un rôle suffisamment important et ne sont pas réduites à la portion congrue) et restent trop souvent encore " l'histoire d'un mec qui fait des trucs. Et si ça peut inclure  viande, une carabine et des lances, c'est mieux...".
Il est donc grand temps d'envisager , comme certain.e.s ont commencé à le faire ,d'autres points de vue que celui du mâle blanc dominant,  et même à regarder d'un autre œil la nature et ses habitants.Comme le résume  Lucy Ellmann, autrice des Lionnes : "It's time for men to shut up" que Zeniter traduit ainsi: "J'estime qu'en gros il est temps que les hommes ferment leur gueule." Et de nous citer une  liste d'une douzaine d'autrices, dont certaines me sont encore inconnues mais plus pour longtemps.

Une centaines de pages revigorantes , Éditions L’Arche 2021

 

 

06:00 Publié dans Essai | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : alice zeniter

08/11/2020

#MerciquiMercimonchien #NetGalleyFrance

"La compagnie des animaux me rend moins bête."

Avec tendresse, avec humour, le créateur de la Noiraude (la vache qui a des états d'âme et téléphone régulièrement à son vétérinaire ) rend hommage et remercie les animaux qui ont traversé sa vie, mais aussi tous les animaux en général (à l'exception des mites, mouches, moustiques et autres vecteurs de maladie).
Il fait appel à quelques auteurs (Tesson, Kundera, entre autres) pour appuyer ses propos mais ne tombe jamais dans le sentencieux. jean-louis fournier
C'est en apparence léger, pas toujours tout à fait exact (Je pense en particulier à la Suisse où en fait depuis 2008, la nouvelle loi sur la protection des animaux mentionne que les cobayes, tortues, lapins ou poissons rouges ne doivent pas vivre seuls , et non pas tous les animaux de compagnie comme il l'indique) mais ne chipotons pas, ne boudons pas notre plaisir et profitons pleinement de ce petit plaisir.

Buchet-Chastel 2020

jean-louis fournier

15/10/2020

#Lavoyageusedenuit #NetGalleyFrance

"La jeunesse a pris valeur de modèle pour l'existence entière, reléguant ainsi les âges de la vieillesse non à l’idée d'accomplissement mais à celle de surplus, de rebut, voire de non-sens."

Convoquant les créateurs , mais aussi son expérience personnelle, Laure Adler, soixante-dix ans , nous invite à flâner au pays de la vieillesse, plaidant pour une intégration des générations et non une relégation des personnes âgées, comme c'est actuellement le cas. laure adler
Se plaçant dans la lignée des écrits de Simone de Beauvoir, l'animatrice de L’Heure Bleue analyse avec finesse l'arrivée de cet âge de la vie qu'on ne sait vraiment délimiter soi-même mais qui se révèle fort désagréable à première vue. Tout l'art de l'essayiste est de nous convaincre du contraire, utilisant les exemples (entre autres) de Duras, Louise Bourgeois ou Matisse qui ont su exploiter au mieux l'expérience acquise au sein de leur art.
Dans une société vieillissante, une réflexion nécessaire pour des lecteurs de tous âges.

 

 Grasset 2020laure adler

06:15 Publié dans Essai | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : laure adler

11/08/2020

La vie ordinaire

Roman ? Essai ? Autobiographie ? Est-il vraiment nécessaire de poser une étiquette sur ce texte qui fait la part belle certes à la vie de l'autrice, philosophe de formation.71zM+e27YlL._AC_UY218_.jpg
Son existence devient le point de départ d'une questionnement qui n'apporte pas toujours de réponses, tel n'est pas le but , mais permet d'envisager les choses sous un  angle différent.
L'écriture est fluide, les propos concernant la grossesse souvent fort bien écrits et le tout reste plaisant à lire même si j'ai bien compris ce que n'était pas la vie ordinaire, mais pas vraiment ce qu'elle était.

08/08/2020

Mélancolie du pot de yaourt/ Méditation sur les emballages

"Il est possible que l’immobilisme du pot de yaourt apaise en nous l’angoisse de la métamorphose permanente des objets."

Le titre de ce recueil de textes (organisés en six chapitres aux intitulés tout aussi savoureux ) est à lui seul un pur délice et annonce un esprit original,tout à la fois pince -sans -rire et pertinent.
On pense, via le format des textes, souvent court, à Philippe Delerm, mais l'impression  s'avère fugace et heureusement car ici, la qualité de l'écriture et la variété des angles d'attaque font davantage penser à Francis Ponge, cité en exergue du recueil.philippe garnier
Je suis enthousiaste quand un auteur propose une réflexion sur des objets du quotidien et les envisage d'une façon inattendue et c'est bien le cas ici. Qu'il tente l'autohypnose devant un paquet de chips bio "à l'ancienne" ou remarque qu'il "est rare , dans un film de fiction ou une série, de voir un personnage jeter quelque chose." , Philippe Garnier nous réjouit par ses analyses.
Quant à ses descriptions, elles frôlent souvent la perfection, qu'il s'attache à définir de manière poétique un simple panier , "Un panier d'osier est un minuscule taillis enchevêtré en lui-même." ou un objet encore plus prosaïque comme les nouveaux sachets de plastique dans les rayons fruits et légumes : "Élastique et soyeuse, leur substance semblait provenir du monde médical. Elle avait quelque chose de séducteur et  de faussement rassurant. Mes terminaisons nerveuses ne captaient presque rien. La douceur de ce plastique évoquait la peau d'un organe sensible."
Il possède l'art  de nous surprendre dès la première phrase : "Un jour je suis entré dans un sac à pommes de terre."; celui de la formule également: "Jamais plus on ne vit un pays tout entier emballer une dent creuse". Il fait feu de tout bois, s'intéresse à tout, au préservatif comme aux techniques de vente des marques de luxe, s'arrête souvent devant les tas de gravats et compare les mérites respectifs du sable, de la poussière ou du parpaing. Il varie les tonalités, frôle l'acide , dénonce l’absurdité de notre monde , décrit avec un humour féroce nos mini victoires ou nos énervements contre ces emballages qui envahissent nos vies , jusqu'à quasiment nous donner la sensation d'étouffer. 
On se balade ainsi, au fil des textes, et grâce à cet auteur iconoclaste, on envisage d'un autre œil ces fameux emballages, dans leur diversité et leur quantité. Un pur régal qui file sur l'étagère des indispensables.

 

Éditions Premier Parallèle

 

2020, 143 pages piquetées de marque-pages.

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