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26/09/2017

Les pleureuses

"...plus les gens vieillissent et plus leurs vies prennent des chemins tortueux avant de se simplifier à nouveau lorsqu'ils sont vraiment âgés."

La narratrice et son mari Christopher sont séparés depuis six mois mais personne n'est au courant. Parti en Grèce enquêter sur les pleureuses , ces femmes payées pour manifester de la douleur lors des enterrement, Christopher ne donne plus signe de vie et sa mère s'inquiète. La narratrice, sans rien révéler de sa situation amoureuse accepte de partir à la recherche de son futur ex époux.
Dans une île écrasée de chaleur et ravagée par les incendies, la narratrice s'interroge longuement sur sa situation ,sur les sentiments qu'elle éprouve dans cet entre-deux qu'elle ne peut révéler sans causer de souffrance.katie kitamura
Si l'analyse psychologique est fine, l’atmosphère magistralement rendue,le style manque de fluidité et le roman perd parfois son lecteur en route.

 Le billet d'Antigone.katie kitamura

25/09/2017

Point cardinal

"Je suis dans une impasse. Comment réunir ma peau d'homme avec la femme que je suis à l’intérieur, ses formes, son esprit, ses désirs ?"

Laurent est heureux en couple avec Solange et leurs deux enfants. Pourtant si "Rien ne dépassait dans [leur] histoire", Laurent va tout faire éclater.leonor de récondo
En effet, il n'en peut plus de ne pas faire coïncider l'homme qu'on voit et la femme qu'il se sent être.
Ce qui est extrêmement intéressant dans le roman de Léonor de Récondo c'est qu'elle choisit de nous montrer les répercussions que cela entraîne non seulement pour son héros, mais au sein de sa famille - et les réactions seront  extrêmement différentes pour son fils et pour sa fille- et de ses collègues.
On pourrait reprocher au texte son manque d’aspérités, tout paraît aller de soi ou presque pour Laurent, mais la romancière a choisi de se situer au moment où le héros a atteint un point de non-retour . Reste à parcourir le  chemin vers le changement de sexe, parcours hérissé d'obstacles en France.
Léonor de Récondo traite avec sa délicatesse habituelle ce sujet  sensible et souligne que si Laurent veut devenir une femme, il m'en reste pas moins un père pour ses enfants et n'a pas perdu perdu ses sentiments pour son épouse. Il leur reste à inventer leur vie...

24/09/2017

Les fantômes du vieux pays

"Sa mère paraissait plantée en lui comme une écharde impossible à enlever."

Samuel Anderson, professeur d'anglais à l’université de Chicago, n'en est pas encore conscient mais son existence entre étudiants paresseux et aventures passionnantes dans le jeu en ligne Le Monde d'Elfscape est sur le point d'exploser. Son seul souci était apparemment le roman qu'il s'était engagé à écrire il y a dix ans en échange d'un confortable à valoir depuis longtemps dépensé, mais voilà que sa mère , qui avait quitté le domicile familial sans plus jamais donner signe de vie alors que Samuel avait onze ans, est projetée sous les feux de l'actualité.nathan hill
Elle a en effet lancé une poignée de gravier sur un homme politique et l'événement entraîne des conséquences disproportionnées nécessitant l'intervention de son fils. Samuel va entreprendre alors un retour en arrière, dévoilant ses failles intimes, ses souffrances , mener une enquête sur le passé de sa mère, tant pour  comprendre son attitude que pour essayer de trouver le moment où  dans sa propre vie il a fait le mauvais choix.
Un roman foisonnant et pourtant très bien structuré dont on pardonne volontiers les quelques longueurs tant il est enthousiasmant. Multipliant les points de vue, les retours en arrière, tantôt drôle (les passages avec l'étudiante tricheuse sont un pur régal de mauvaise foi !), tantôt émouvant, Les fantômes du vieux pays entraîne son héros, et avec lui le lecteur ravi,  dans un maelstrom de rebondissements , brossant au passage un portrait décapant de l’Amérique contemporaine. Un formidable roman d'apprentissage aux personnages très attachants et un pur de bonheur de lecture !
Si , comme moi vos poignets craignent le poids des 720 pages, pensez à la liseuse électronique, vous pourrez en outre mesurer combien d'heures de lecture- et donc de bonheur -vous restent à partager avec Samuel ,Faye et les autres.

Et zou sur l'étagère des indispensables !

 Traduit de l'américain par Mathilde Bach

Le billet de Cuné.

21/09/2017

Le couple d'à côté

"Le crime n'est pas son truc, visiblement,et pourtant il s'enfonce encore, il persiste à creuser."

Quoi de plus d'anxiogène que l'enlèvement d'une adorable petite fille de six mois ? Quoi de plus culpabilisant pour les parents que, la baby-sitter leur ayant faut faux-bond au dernier moment, de s'être rendus malgré tout à l’invitation de leurs voisins, sans leur bébé ? Visiblement le fait d'aller la voir toutes les demi-heures et la surveillance du baby-phone n'auront pas été suffisants.shari lapena,policier,suspense
Ravagés par la douleur, Marco et Anne voient débarquer dans leur maison si cossue la police qui ne va pas tarder à révéler bien des fêlures et des mensonges...
Avocate dans une première vie, Shari Lapena nous offre ici une intrigue riche en rebondissements et manipulations qui tiennent en haleine le lecteur, mais le laissent aussi un peu dubitatif. à trop vouloir montrer son savoir-faire narratif, le récit perd  un peu en émotion.
 En outre,les personnages frôlent la caricature, le style est à l'emporte pièces et les dialogues sonnent souvent faux. Autant de défauts expliquant mon jugement en demi-teintes.  Un roman trop formaté à mon goût.

Le couple d'à côté, Shari Lapena, traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Le Pouhinec, Presses de la cité 2017.

Déjà paru chez France Loisirs.

 

Lu dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle.

 

20/09/2017

En vrac...

*Une dose de douleur nécessaire, Victoire de Changy,

Premier roman, roman d'amour entre une jeune femme et un journaliste, marié, père de famille, ayant le double de l'âge de son amoureuse. Passion toxique qui se termine par un renversement de situation qui n'a pas su me séduire même si l'écriture est très (trop?) travaillée. Éditions Autrement 2017.victoire de changy,dominique resch

*Le monde entier dans ma classe, Dominique Resch

Dominique Resch le reconnaît lui-même, maintenant que ses élèves savent qu'il écrit des livres les mettant en scène, il est devenu difficile de distinguer les "bons mots" spontanés des autres. D'où le plaisir moindre à lire cet opus.
En outre, utiliser et mettre en scène les défauts, et erreurs de ses collègues (y compris les siens d'ailleurs) n'a pas la même saveur...

Éditions Autrement 2017.victoire de changy,dominique resch

19/09/2017

La tête et le cou

"L'homme était pris dans la vie sociale de telle sorte qu'il était plutôt un homme "collectif", et il lui était difficile d'incarner un homme ordinaire qui pouvait avoir des problèmes sexuels ou d'ordre amoureux."

Cette série d'entretiens avec trois générations de femmes russes parlant de leurs vies quotidiennes et de l'évolution de leurs pays m'a d'abord passionnée tant l'écart entre ce que nous en connaissons et ce qu’elles en disent est grand.Une Histoire douloureuse où les femmes ont su faire face et survivre dans un monde où les hommes étaient devenus rares, suite aux conflits armés.maureen demidoff
Pourtant, au fur et à mesure mon intérêt diminuait tant ils étaient redondants. Seules l’analyse du psychanalyste et la postface de Hélène Yvert-Jalu ont vraiment su retenir mon attention en approfondissant la réflexion.

Lu dans le cadre du Grabat Prix des Lectrices de Elle

 

18/09/2017

Summer

 "C'est donc ça. La réputation de ma famille, une fois de plus, l'image que nous donnons, de supériorité et de pouvoir."

Summer, dix-neuf ans, blonde, solaire, disparaît lors d'un pique-nique au bord d'un lac suisse. Vingt-cinq ans plus tard, son frère cadet, Benjamin, ne parvient plus à avancer dans la vie, bloqué qu'il est par le souvenir de cet été et par cette disparition inexpliquée.monica sabolo
"Et toujours en été" a-t-on envie de fredonner en lisant ce roman de Monica Sabolo tant l'impression de lumière prévaut dans ce texte. Pourtant, cette luminosité est contrebalancée par la métaphore filée de l'eau, à la surface certes brillante sous le soleil, mais dont les profondeurs  se révèlent bien plus troubles et boueuses.
Ainsi en est-il de la vie de cette famille à qui tout semble sourire, où la superbe Summer, tel un cygne blanc attire tous les regards, tandis que son cadet se vit davantage comme le vilain petit canard dont chacun pense peut être en secret que c'est lui qui aurait dû disparaître.
Aveuglé par la colère envers ses parents,  tout autant que par son amour pour Summer, Benjamin va remonter le fil du temps et mettre à jour tout ce qu'il avait occulté.
Roman poétique et entêtant, Summer distille au fil du texte des notations fugitives, comme autant d'indices qu'il faudra réagencer pour réinterpréter les fait a posteriori. Un texte qui a su me séduire, alors que j'avais beaucoup d'a priori en le commençant, craignant par-dessus tout que ce ne soit qu'un roman d'atmosphère et que je demeure frustrée par la fin. Rien de tel, bien au contraire.

Summer, Monica Sabolo, JC Lattès 2017, 316 pages troublantes.

 

Lu dans le cadre du grand prix des Lectrices de Elle.

14/09/2017

Dans le désert

"écrire un livre de voyage, c'est une déclaration d'amour. On égratigne parfois, on ironise, on témoigne des saloperies ou des absurdités dont on est témoin, mais on vante surtout des charmes, on dissèque la beauté, on tente de transmettre des sensations."

Devant un Qatar "fermé à double tour", une Arabie Saoudite "seul pays au monde qui ne délivre pas de visa touristique",un Bahreïn qui ne se laissera pas tromper par sa profession de "communication" et le renverra illico presto, il aura fallu bien de l'obstination pour que Julien Blanc-Gras parvienne à aller au-delà des avis tranchés  pour atteindre son objectif humaniste de voyageur et établir de vrais contacts avec la population de ces pétromonarchies du Golfe.julien blanc-gras
Ce petit livre (181pages) regorge d'informations à la fois lucides et  souvent humoristiques, mais version humour noir car la vie n'est pas souvent riante dans ces contrées où l'extrême richesse exploite sans vergogne les travailleurs asiatiques. Un document qui donne envie de connaître davantage ces pays, d'autant que le Qatar accueillera en 2022 la coupe du monde de football.

Dans le désert, Julien Blanc-Gras, le Diable Vauvert 2017.

Lu dans le cadre du Grand prix des Lectrices de Elle.

13/09/2017

Inavouable

" -Je trouverai bien une idée quand j y serai, dit- il à voix haute prouvant par la même occasion qu il était le digne héritier de la tradition insurrectionnelle polonaise."

Quel est le rapport entre le premier attentat terroriste sur le sol polonais, le vol organisé d’œuvres d'art durant la Seconde Guerre Mondiale et une incroyable histoire d'espionnage ? C'est ce que vont devoir découvrir la cheffe du département de recouvrement de biens culturels polonais, un marchand d'art qui fut l'amoureux de la susnommée, un officier de services secrets polonais fraîchement retraité (mais qui a encore de très jolis restes) et une voleuse d’œuvres d'art.zygmunt miloszwski
Un drôle d'attelage donc, une sorte de Quatre Fantastiques, la référence est clairement donnée dans le texte, qui vont devoir conjuguer leurs talents pour faire face à de multiples rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine.
Plus qu'un roman policier, nous sommes ici face à un roman d'aventures façon Indiana Jones, qui joue avec dextérité de tous les ingrédients requis: aspect bon enfant, violence, suspense, sentiments, le tout ponctué d’autodérision quant à la Pologne et ses usages. N'était une histoire d'espionnage tendance complotiste, j'aurais totalement adhéré à ce pavé de 591 pages qui se dévore d'une traite.

Inavouable de Zygmunt MILOSZEWSKI  traduit du polonais par Kamil BARBARSKI Éditions Fleuve noir 2017

Lu dans le cadre du grand prix des lectrices de Elle.

11/09/2017

Notre vie dans les forêts

"Ils nous traitent comme du bétail, je me suis dit. Ils nous infantilisent au point qu'ils ne nous avertissent pas de la procédure, même pas quand il s'agit de nos corps ! De mon corps !"

Après un essai sur une peintre allemande, revoici Marie Darrieussecq aux commandes d'une dystopie se déroulant dans un futur très proche, voire ayant peut être même déjà commencé.marie darrieusecq
Marie est psychologue, spécialisée dans le traitement des traumatismes, mais elle doute de plus en plus de l'efficacité des méthodes qu'elle applique. Tandis que dans son cabinet elle s'efforce de soigner, autour d'elle la société se délite et les libertés rétrécissent dangereusement. Mais un de ses patients va lui donner la possibilité de se rejoindre une bande d'humains et de clones libérés qui vivent au cœur des forêts.
Comme dans  Truismes, la narratrice est empêchée dans son corps et se hâte de rédiger son histoire car la mort rôde. Mais là où le premier roman de l'écrivaine prenait son temps pour nous décrire les changements de la société,  Notre vie dans les forêts est beaucoup plus court (189 pages) et le sentiment d’urgence encore plus grand.
Il y est beaucoup question de corps, augmenté par des implants et dont on change les organes comme autant de pièces de rechange si on est très riche. Le  langage tient également une place importante, tout comme les clones dont la narratrice analyse avec finesse les interactions avec les humains.
Un roman surprenant, constellé de marque-pages.

Notre vie dans les forêts, Marie Darrieussecq, P.O.L 2017.