01.03.2011
Installation
"Elle avait perdu le rythme."

Eva Einarsdottir, ne reconnaît plus l'Islande dans laquelle elle rentre après avoir vécu à New-York. Ses pensées sont plutôt confuses , tout comme sa situation amoureuse. Elle compte faire le point dans le superbe appartement hightech qu'une vague connaissance lui a prêté, au sein d'une tour suréquipée en matière de sécurité.
Elle se laisse peu à peu envahir par une voisine et la tension commence à poindre. Tout bascule dans la deuxième partie et le lecteur se sent envahi par un malaise d'autant plus tangible qu'il est lui même placé dans une situation de voyeur très inconfortable.
J'ai été très sensible à l'effet de mise en abyme créé par ce texte (même si j'avais rassemblé assez tôt les indices permettant d 'élucider la situation) en dépit d'une traduction parfois confuse (où est-ce la manière dont l'héroïne perçoit les paroles de ses voisines ? ). Cela faisait longtemps qu'un texte m'avait ainsi physiquement affectée.
Installation, Steinar Bragi, Métailier noir 2011, 233 pages.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : steinar bragi, islande, art
25.09.2010
Alice Kahn
"Il n'est plus l'oeuvre de mon traquenard, je vais devenir la sienne."
La narratrice , dont nous ignorerons jusqu'au bout le prénom ,endosse l'identité d'une mystérieuse Anna et devient ainsi l'amie d'un photographe, William. A elle maintenant d'imaginer tout un arrière plan et une manière d'être correspondant à cette femme. Notre héroïne ne voit pas malice dans cette usurpation mais bien plutôt une manière de"mettre de la lumière sur ce qu'elle a de beau , et de l'ombre sur ce qu'il faut cacher."Elle deviendra donc la metteure en scène de ce pantin qu'elle animera. Un jeu artistique qui s'ajoutera à ceux dont elle est coutumière, nous le découvrirons au fil du livre.
Qu'est ce qu'un artiste, qu'est ce qu'une oeuvre d'art ? Porté par le style enlevé et poétique de Pauline Klein, le très court roman Alice Kahn (encore une identité fallacieuse que je vous laisse le plaisir de découvrir) évoque ces questions avec malice et fantaisie. Un premier texte d'une apparente légèreté mais qui , tant par la construction, que par le style emporte l'adhésion du lecteur. Une réussite !
Alice kahn, Pauline Klein, éditions Allia, 126 pages.
Merci à Mirontaine qui fait voyager ce livre !
06:00 Publié dans rentrée 2010 | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : pauline klein, art, artistes
10.12.2009
Les visages
"Mais vous ne pourrez jamais tout à fait comprendre à quel point cet hiver m'a changé en profondeur, car encore aujourd'hui je ne le comprends pas moi-même."
Ethan Muller, directeur d'une galerie d'art ignore qu'en révélant au public une seérie de dessins à proprement parler géniaux, il va mettre en branle toute une mécanique qui bouleversera totalement sa vie, le mettant sur la piste d'un tueur d'enfants.
Plus qu'un énième roman sur un serial killer, Les visages traite à la fois du monde de l'art et des secrets familiaux. le narrateur, il le reconnaît lui-même, n'a rien d'un détective traditionnel et son récit pointe du doigt avec humour les principaux écueils du genre, entraînant une distanciation des plus heureuses.
Un roman qui alterne passé et présent, avec des personnages à multiples facettes et qui n'est jamais complaisant. Un style agréable et élégant pour passer un bon moment de lecture.
Les visages, Jesse Kellerman; Editions Sonatine, 472 pages traduites de l'anglais(Etats-Unis) par Julie Sibony.
Merci à Amanda et
à Cuné !
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : jesse kellerman, art, suspense
23.02.2009
Un compagnon de cheminée
"Nous ne pouvons rendre heureux quelqu'un qui ne nous rend pas heureux."Telle est l'une des réflexions que se fait le Dr David Mc Bride lors d'un de ses entretiens avec l'une de ses patientes, admise dans son service après une tentative de suicide,Elizabeth Cruikshank. Cette dernière n'acceptera de lui livrer sa Part obscure qu'après une allusion à un tableau du Caravage. Commence alors une relation, où Elizabeth, jouant le rôle de catalyseur, va totalement bouleverser la vie du Dr Mc Bride.
Le roman de Salley Vickers, professeur de littérature et psychanalyste, est centré sur les entretiens entre le psychiatre et sa patiente, comme un foyer ardent autour duquel gravitent des personnages à la fois drôles et attachants, qu'ils soient patients eux aussi ou collègues. Les entretiens sont passionnants car ils abordent des thématiques qui nous parlent forcément : la difficulté que nous avons à changer de vie , à accepter la vérité de nos rapports avec les autres, la nécessité d'un regard extérieur pour comprendre ce qui nous unit aux autres... Il est plaisant de voir que le Dr Mc Bride, dans son désir de sauver les autres ,n'est pas capable de voir ce qui se passe sous son nez,mais la manière magistrale dont il réagira le fait encore grandir dans notre estime. Il ne se montre jamais borné mais profondément humain, jusque dans ses erreurs,et sait même reconnaître la supériorité d'un petit déjeuner roboratif sur n'importe quel traitement ou utiliser des maximes de la tante d'un de ses patients !
Alternant humour et émotion, La part obscure mène également une réflexion sur les rapports entre l'art et la vie, jamais de manière pédante ,mais toujours passionnante et l'on se prend à envier aussi bien les élèves que les patients de cette auteure.
Mon exemplaire a battu le record de pages cornées et ce depuis les deux ans et demi d'existence de ce blog ! Un livre intelligent et qui résonnera longtemps en moi.
06:05 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : salley vickers, la part obscure, le caravage, psychanalyse, art

