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20/03/2023

Indocile

"Que voulait-elle ? Elle voulait une vie honnête. Plus que ça. Elle voulait une vie bonne. On peut ne rien faire ou on peut mieux faire. "

  Samantha, dite Sam, est en périménopause , mais nous découvrirons au bout de deux cents pages que ce n'est qu'une des raisons qui explique son comportement  chaotique. Elle se sépare de son mari, achète une vielle bâtisse pleine de charmes et de travaux à faire, mais se trouve par- là même éloignée de sa fille, Ally, une adolescente qui se prépare à entrer à l'université.
  Trump vient d'être élu, le choc est rude et surtout Sam peine à trouver sa place dans une lignée de femmes dont elle est très (trop ? ) proche: sa mère , Lily , une octogénaire qui semble-t-il distend sa relation avec sa fille chérie , tandis qu'Ally coupe aussi les ponts avec Sam. dana spiotta
 Dana Spiotta peint ici de très beaux portraits de femmes, surprenants à plus d'un égard (elle ne fait pas l''économie de la violence qui emplit parfois son héroïne) et aussi le portrait  nuancé d'une société complexe , raciste, mais où un avenir semble néanmoins possible.

 

Traduit de l'anglais (E-U) par Yoann Gentric. Actes Sud 2023

 

 

16/03/2023

Les Merveilles...en poche

"Je suis née pour me marier et avoir des enfants, et cuisiner, et faire le ménage, et peut-être pour travailler à l’extérieur pendant que je ne travaille pas à l’intérieur ; mais ma vie a pris un autre chemin et j'y tiens. "

Maria, trop jeune maman, issue d'un milieu très modeste doit confier sa fille à sa famille et partir travailler à Madrid comme femme de ménage, voire comme nounou pour des enfants plus chanceux que Carmen. Nous sommes à la fin des années 60 et Maria va constater que le lien avec sa fille, déjà très ténu (elle accomplit mécaniquement les soins quand elle s'en occupe sporadiquement) va se déliter. Maria va peu à peu s'affranchir de ce que la société attendait d'elle et gagner en indépendance,  financière (même si ses revenus restent modestes),  intellectuelle et même sentimentale .elena medel
Quant à Alicia, que nous suivons dans les années 2000, elle a subi plusieurs traumatismes, dont un déclassement social. Elle a elle aussi coupé tout lien avec sa famille et analyse froidement ses relations avec les hommes. Nous avons ainsi droit à une description quasi clinique de relations sexuelles où les deux partenaires sont réduits à "quelqu'un", soulignant ainsi leur côté interchangeable.
Toutes deux évoluent dans Madrid, ville qui devient un personnage à part entière, et leurs parcours sont plus ou moins pénibles, car marqués par le fait qu’elles sont des femmes dans un espace public dédié aux hommes, mais aussi des travailleuses pauvres qui doivent emprunter des transports en commun mal commodes.
Ces deux récits d'émancipation à des époques différentes soulignent bien l'importance de l'argent dont le manque conditionne la destinée (pas d'études, des boulots précaires où l'on peut vous remplacer par encore plus pauvres que vous...) mais aussi une certaine forme de solidarité  (non idéalisée). Les relations familiales elles aussi sont peintes sans fard et même si les héroïnes semblent faire l'économie des sentiments, comme corsetées dans une armure protectrice, elles n'en demeurent pas moins attachantes. Un roman que j'ai dévoré d'une traite.

15/03/2023

#Lacarapaceduhomard #NetGalleyFrance !

"Il n'y avait rien à faire. La maternité vibrait sur une  fréquence qu'elle ne parvenait pas à capter. "

On retrouve dans ce roman cette métaphore de la carapace du homard déjà utilisée par Françoise Dolto pour évoquer la fragilité de l'adolescence et la nécessité de se construire une nouvelle carapace pour affronter le monde.
Ici, Ea, Siedsel et leur frère Niels sont adultes mais la fratrie est éclatée. Ea  vit à San Francisco tandis que Sidsel élève seule sa fille à Copenhague. Quant à Niels , il voyage beaucoup et squatte chez des amis la plupart du temps. caroline albertine minor
Tous trois semblent avoir été marqués par leurs parents assez atypiques  et dont l'influence les marque encore , même après leur décès. C'est d'ailleurs une visite chez une voyante, Beatrice, dite Bee, qui va profondément perturber Ea et l'inciter à reprendre contact avec son frère.
Il faut accepter d'être un peu perdu au début de la lecture de ce roman, en particulier dans un prologue où l'on finit par comprendre qu'ici même les morts continuent leur dialogue . Mais peu à peu, tout se met en place et l'on se laisse séduire par cette construction romanesque où le lecteur voit s'établir des relations dont les personnages ne sont pas forcément conscients. Il est beaucoup question de maternité, des différentes formes qu'elle peut prendre, des relations qu'on peut toujours réajuster , ou pas et les surprises sont nombreuses car l'autrice joue avec maestria des attentes du lecteur. On s'attache à ses personnages et j’avoue même qu'à la fin, j'ai été un peu déçue de les quitter . Un roman prenant , à la construction brillante.

Traduit du danois par Terje Sinding. Grasset 2023

14/03/2023

#Pourquilneige #NetGalleyFrance !

"Je dis que , à cet égard, écrire s'apparentait à peindre. Ce n'était que de cette façon qu'on pouvait revenir en arrière et changer le passé, afin de restituer les choses non telles qu'elles étaient, mais telles qu'on souhaitait qu'elles soient, ou plutôt telles qu'on les voyait. "

Une fille emmène sa mère dans un voyage au Japon, un pays que la mère ne connaît pas , pour recréer une intimité perdue. C'est l'automne et cette saison mélancolique semble particulièrement adaptée aux relations en demi-teintes entre les deux protagonistes. Pas d'animosité, non mais une absence de réelle communication, les souvenirs de l'une ne s'accordant pas avec ceux de l'autre, comme si elles étaient en perpétuel léger décalage.jessica au
Le fait que la langue maternelle de la mère soit le hongkongais et celle de la fille l'anglais contribue sans doute à creuser un fossé subtil entre elles.
C'est un roman tout en douceur et délicatesse qui se termine un peu abruptement, j’avoue que j'aurais apprécié de poursuivre le voyage avec ces deux femmes.

Traduit de l'anglais (Australie) par Claro.

Grasset 2023.

09/03/2023

Atlantique Nord

"Parfois, on prétend regarder le paysage pour reprendre notre souffle ; parfois, on prétend reprendre notre souffle pour regarder le paysage. Camille est partisane des deux écoles, ses promenades ont ainsi des rythmes différents , qui dépendent de son énergie, de son niveau de contemplation. "

Premier roman d'une artiste française installée au Canada, Atlantique Nord se présente en quatre parties reliées entre elles par le flux de l'océan qui donne son titre au texte, mais aussi de manière plus discrète par les "grosses poules de mer" alias les lompes (ou lump) dont on exploite commercialement les œufs. 
Des expressions elles aussi se retrouvent d'un texte à l'autre comme par exemple "le creux de ta hanche" qui attire l'attention dans une liste que la première héroïne, Camille, dresse "des endroits qu'elle pourrait appeler un chez-soi" et qui se glisse, mine de rien, dans une autre partie.
De Terre-Neuve à la Bretagne, en passant par l’Écosse et l'Islande, une jeune femme, un petit garçon, un homme jeune et une adolescente nous sont donnés à voir et chacun d'eux exerce sur nous un profond charme, au sens profond du terme. romane bladou
En effet, l'écriture de Romane Bladou capte les sensations les plus infimes éprouvées par chacun d'eux et nous les offre avec une grande générosité. La typographie créative , ainsi que la couverture du roman contribuent à la magie de ce roman poétique, au plus près de la nature. Un grand coup de cœur.

 

Éditions La Peuplade 2023 255 pages.

 

08/03/2023

La félicité du loup ...en poche

Fausto, en instance de divorce, trouve un boulot de cuisinier dans un restaurant d'altitude au coeur du val d'Aoste. Là, il fait la connaissance de toute une galerie de personnages très variés qui , eux aussi, aiment la montagne et ne peuvent s'en passer.paolo cognettti
Les amateurs de récits haletants passeront leur chemins, mais celles et ceux qui apprécient les textes en demi-teintes, les chapitres courts, les descriptions par petites touches d'un monde en pleine évolution à cause du changement climatique, un monde où la nature, plantes, arbres , animaux s'adaptent, sans doute plus vite que nous , trouveront leur content dans ce texte lumineux. 

17/02/2023

L'affaire des lubies du temps perdu

"Elle souffrait rien qu'à la pensée de la pénible posture dans laquelle elle s'était elle-même placée. "

Sa mère vient de mourir. Son mari la quitte. La pièce de théâtre dans laquelle elle interprétait l'héroïne de Colette, Mitsou, se termine, Norma a besoin d'un refuge.
Elle se rend alors sur l'île (jamais nommée) où vit désormais son père.
Là, les frontières entre rêve et réalité semblent se flouter et Norma n'arrive pas à poser des questions directes à son père. La conversation est possible mais reste souvent élusive. Une  vérité finira pourtant par être prononcée et replacera peut être les choses en ordre.rune christiansen
Quel contraste entre la précision du vocabulaire et la description parfois nébuleuse des sentiments de Norma ! On se perd parfois dans ces circonlocutions  mais on reste séduit par la poésie qui se dégage de l’œuvre.
 Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier.

Éditions  Notabilia 2023.

Merci à Babelio et à l’éditeur. rune christiansen

08/02/2023

#Verslamère #NetGalleyFrance !

"Une mère redoute à chaque instant de perdre son enfant. Moi j'ai deux fois plus peur car il n'est pas de moi. "

Une femme blanche et son fils à la peau sombre embarquent pour un voyage qui va s'avérer tout sauf confortable sur le fleuve Atrato, en Colombie. Nous découvrons petit à petit, au fil de l'eau et des souvenirs , la raison de ce périple et du choix de ce moyen de transport : la narratrice va présenter l'enfant à sa mère biologique dans un village au cœur de la jungle. Elle n'est donc pas pressée d'arriver. lorena salazar
Les dangers rôdent, prennent des formes diverses ,dont celle de militaires qui inspirent la peur et ne seront jamais clairement identifiés. Mais ce voyage, lieu de toutes les angoisses de celle qui ne cesse de  redéfinir ce qu'est qu'être mère, comme pour mieux  se convaincre de sa validité , est aussi un moment de rencontres éphémères mais souvent intenses.
Les personnages prennent rapidement chair et nous suivons cette Odyssée le cœur serré , tant la tragédie semble inévitable. Un premier roman très réussi.

Grasset 2023

Traduit de l'espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon.lorena salazar

01/02/2023

#Bivouac #NetGalleyFrance !

"Comme les humains, les arbres isolés n'ont pas grand chance de survie. La résilience du bois vient avec la force du nombre , la prise de ses racines entortillées à une société de semblables. "

Quel plaisir de retrouver Anouk, Raphaëlle et Coyote, leur chienne ! Cette fois , les deux amoureuses vont se confronter à la vie en communauté , d'abord dans une éco-ferme communautaire puis , par la force des choses, au cœur d'une tribu de guerriers écologistes.
En effet, Gros-Pin , l’arbre préféré de Raphaëlle , est menacé d'être abattu et avec lui toute une partie de la forêt que les protecteurs de la nature voudraient protéger en en faisant une réserve faunique. Mais les intérêts économiques et politiques priment et la construction d'un oléoduc ne s’embarrasse ni de la biodiversité, ni des conséquences catastrophiques à plus long terme.
Gabrielle Filteau-Chiba, à son habitude, maitrise à la perfection l'art du récit et c'est pourquoi nous retrouvons un personnage,Riopelle, avec qui Anouk avait connu une liaison aussi brève que passionnée. L'occasion pour le lecteur de découvrir la vie de ces "eco-Warriors" qui ont fait le choix de sacrifier leur vie personnelle pour tenter de sauver la Nature. L'occasion aussi de confronter ses personnages aux fluctuations du désir et au polyamour. gabrielle filteau-chiba
La langue est toujours aussi belle, l'intensité dramatique aussi forte et le lecteur ne sortira pas indemne de cette lecture qui fait la part belle aux descriptions de le la forêt et des vies qui s'y déploient. Une réussite qui file sur l'étagère des indispensables.

 

Stock 2023.

PS: peut se lire indépendamment des deux volumes précédents , mais ce serait se priver de grands bonheurs de lecture. gabrielle filteau-chiba

17/01/2023

Le Roitelet

"" Tu devrais écrire un livre dans lequel rien n'arrive. " J'ai trouvé l'idée d'autant plus séduisante que j'ai sous la main, avec ma  vie très banale, une grande quantité de matière à partir de laquelle travailler. "

Quel plaisir de retrouver ici l'auteur du Jour des Corneilles ! Ici, il ne s'agit plus d'un père et de son fils mais principalement de deux frères, dont l'un est écrivain (l'auteur) et l'autre travaille dans une jardinerie. Ah oui, il est aussi schizophrène mais il ne faudrait pas le ramener uniquement à cette maladie qui le fait souffrir et rend son comportement parfois difficilement compréhensible aux autres tant ses remarques sont parfois étonnantes et lumineuses.
Dans ce texte, il est aussi beaucoup question de nature, d'animaux , d'écriture et c'est de manière apaisée, mais sans occulter les difficultés que Jean-François Beauchemin avec une écriture d'une finesse incomparable évoque cette relation fraternelle hors-normes. jean-françois beauchemin
Un texte dont les pages se tournent toutes seules et  qu'il faut prendre le temps de relire pour encore plus le savourer. Et zou, sur l'étagère des indispensables.

 

Editions Quebec Amérique.