13/05/2023
La fin des hommes...en poche
" -Rappelez- leur qu'avoir un travail, c'est avoir un but. Même si on n'en veut pas, un travail est une raison de se lever le matin. C'est avoir un avenir auquel on ne croyait plus. "
Rédigé avant la pandémie de Covid 19, ce roman imagine une sorte de grippe , extrêmement mortelle et ne touchant que les hommes. Nous sommes en 2025, parti d’Écosse, le mal se répand d'abord au Royaume Uni, puis dans le monde entier. Mais, hormis quelques incursions dans certains pays étrangers, l'action sera centrée sur le Royaume Uni .
Le récit est pris en charge par plusieurs narratrices, ce qui permet de varier les points de vue (scientifique, historique, politique). Mais, il faut bien l'avouer, tout ceci reste assez superficiel et l'autrice privilégie bien plus l'aspect émotionnel qu'économique par exemple. Elle se débarrasse d'une pichenette désinvolte de certains problèmes, (faute de données , toute la situation en Afrique, par exemple, ne peut être évoquée) même si elle souligne certains biais misogynes de la société ante pandémie. En outre, un épisode de violence domestique, réglé façon humour noir, par le Fléau a lieu en ...Russie. Aucun cas d'alcoolisme ou de violences faites aux femmes au Royaume -Uni ?
Bref, même si j'ai lu jusqu'au bout les 471 pages de ce roman, je n'ai pas été totalement convaincue par le traitement de l'intrigue.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : christina sweeney-baird
10/05/2023
Avec joie et docilité...en poche
"L'été est comme une plante sortant de terre. Il s'écoule à la fois avec la lenteur imperturbable de la germination et avec la rapidité presque agressive de la pousse des tiges et des fruits au cœur de la belle saison."
Finlande, 2016. Ce pays a tiré les leçons des erreurs du passé et vit, coupé du monde. La population est divisée en trois catégories: les virilos, comprendre les hommes, les éloïs, femmes blondes soumises, élevées uniquement dans le but de satisfaire tous les désirs des virilos et les morlocks , femmes rebelles à qui la reproduction est interdite (elles sont stérilisées).
Dans ce monde où le seul plaisir permis demeure le sexe, la consommation de piments est interdite, générant bien évidemment tout un trafic pour le plus grand bénéfice de nos héros, Vanna, une morlock travestie en éloï et son ami virilo, Jare.
Si ce dernier compte bien s'échapper de Finlande, Vanna, quant à elle cherche surtout à élucider la disparition de sa sœur.
Double intrigue donc et double point de vue sur les événements, le tout intercalé de documents officiels, expliquant la domestication des femmes, d'après des méthodes utilisées sur des animaux.
C'est la couverture de" Chez Gertrud "qui m'a donné envie de découvrir ce roman et , même si je ne suis pas férue de dystopie, cette analyse de la situation faite aux femmes a su me séduire par la manière dont elle est traitée. Bien évidement, on se dit que ce roman n'intéressera que les convaincu(e)s, mais une petite piqûre de rappel ne fait jamais de mal...
Avec joie et docilité, Johanna Simisalo, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, Actes Sud 2016.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : johanna sinisalo
08/05/2023
#Uneexécution #NetGalleyFrance !
"Je me souviens surtout de la façon qu'il avait de nous regarder. Comme s'il se demandait à quoi on pourrait bien servir. "
Dans douze heures ,Ansel Packer sera exécuté. Il ne s’envisage pas du tout comme un tueur en série, mais comme l'auteur d'une œuvre philosophique qu'il veut léguer à la postérité.
A partir cette situation apparemment sans tension, l'assassin est connu, arrêté, son sort est scellé, Danya Kukafka crée un roman plein de suspense (et de retournements de situation ) qui tient le lecteur en haleine.
De plus, via trois femmes qui l'ont côtoyé à différents moments de son existence (sa mère, la sœur jumelle de son épouse et surtout Saffy, l’enquêtrice, qu’il avait croisée plus jeune en foyer d’accueil) , elle fait entendre les récits qui redonnent vie à ses victimes. Elle balaie ainsi toute possibilité de fascination face à cet être qui plaque sur son visage les émotions qu'il ne ressent pas mais a appris à imiter pour mieux manipuler les autres.
Un roman magistral qui évite les écueils du genre et interroge les notions de justice, de bien et de mal.
Buchet-Chastel 2023. Traduit de l'Anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : danya kukafka
05/05/2023
Les affinités sélectives...en poche
L'une, Elisabeth, a écrit un roman et vient d'avoir un enfant. Elle s'ennuie dans une petite ville, bien trop loin de New York. L'autre, Sam, est une étudiante, d'origine modeste, dont l'avenir est déjà entravé par des prêts contractés pour payer ses études.
Elisabeth va embaucher Sam pour garder son fils et vite s'enticher de la jeune femme dont elle entend bien révéler le potentiel artistique. Mais l'ingérence dans la vie amoureuse et professionnelle des autres est-elle vraiment une bonne chose ?
Tout est un peu trop parfait, trop lisse, dans ce roman qui entend pourtant dénoncer certains faits économiques et surfe sur l'air du temps en mentionnant par exemple les groupes sur les réseaux sociaux et autres influenceuses. Mais cela reste bien timide et les problèmes financiers sont trop vite résolus...
Il n'en reste pas moins que l'écriture fluide de l'autrice fait que l'on tourne les pages sans déplaisir. Un bon gros pavé estival qui fait le job.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : j. courtney sullivan
04/05/2023
Le pays des phrases courtes...en poche
"Personne ne veut savoir comment tu vas, dit-il .Souviens-toi de ça. "
Pièce rapportée, l'héroïne et narratrice de ce roman l'est à plus d'un égard. Son compagnon a été embauché dans une école d'un type particulier , privilégiant les arts, dans une région rurale du Danemark. Enseignants et élèves forment une communauté, quasi une secte aux dire d'une autre pièce rapportée, et si cette appellation est formulée avec humour, il n'en reste pas moins que la narratrice se sent fortement décalée et peine à créer des liens d'amitié avec une population trop laconique à son goût.
Expansive, peinant à obtenir son permis de conduire, jeune mère analysant avec acuité et humour les perturbations engendrées par cette naissance, nous la suivons dans ses tribulations, le tout ponctué par les lettres drolatiques et les réponses hautes en couleurs qu'elle fournit en tant qu'"oracle" dans le journal local, sorte de courrier du cœur, emploi que lui a procuré la directrice de son mari. L'écriture de chansons satiriques lui permet aussi de tenir le coup dans cet univers si étrange à ses yeux.
Le point de vue décalé, fin et plein d'humour, l'écriture alerte et les personnages croqués à ravir font de cette lecture un pur délice. J'ai surligné à tour de bras et j'ai déjà hâte de voir traduit un autre roman de cette autrice .
Éditions Le Bruit du monde 2022.
Traduit du danois par Catherine Renaud.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : stine pilgaard
14/04/2023
#Lemon #NetGalleyFrance !
"Certaines vies sont injustement cruelles, et nous continuons à vivre en les ignorant comme de misérables insectes. "
Un féminicide commis sur une très jeune et très jolie femme vêtue, au moment de sa mort, d'une robe jaune est le point de départ de ce roman à la structure en apparence éclatée.
Il faut accepter, dans un premier temps, de se laisser flotter un peu avant d'identifier les narratrices principales, toutes trois liées à la victime, sa sœur et deux amies , obsédées par ce crime demeuré impuni en apparence...
Roman d'atmosphère, Lemon est aussi un roman qui dépeint une société brutale (voir la scène d'interrogatoire initiale) où ceux qui sortent de la norme sont rejetés. C'est enfin un roman à la structure assurée qui sème des indices et permet au lecteur de se faire sa propre opinion sur les personnages.
150 Pages. Traduit du coréen par Kevin Jasmin Hamard.
Éditions La Croisée 2023
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : yeo-sun kwon
11/04/2023
L'école des bonnes mères
"Le nouveau programme devrait éliminer les erreurs humaines, expliquait un représentant de l'administration. Les décisions seraient prises de manière plus efficace. Moins de subjectivité , moins de partialité. Ils visent à implémenter des références universelles. "
Parce qu'elle a vécu "une journée en enfer", comme elle ne cesse de le répéter, Frida, mère divorcée, a laissé seule sa fille de dix-huit mois plus de deux heures. Dénoncée par ses voisins, la petite Harriet lui est retirée par la police, puis par les services sociaux. Mise à l'épreuve, filmée en permanence chez elle, Frida échoue à convaincre qu'elle est une bonne mère , selon les nouveaux critères de l'administration.
La voilà donc contrainte d'intégrer un établissement de rééducation maternelle, mi- centre de formation, mi-prison, où on inculque aux femmes à gommer tout ce qui est considéré comme du narcissisme (comprendre : le fait de faire passer ses besoins avant ceux de l'enfant) avec des méthodes particulièrement éprouvantes psychologiquement, car aidées par de nouvelles technologies.
Très fouillé, le roman ménage de nombreux rebondissements, analyse le racisme latent qui existe au sein de cette communauté contrainte et tire la sonnette d'alarme sur des sociétés où, sous couvert de préserver les enfants, on bâtit un monde inhumain où l'on évalue la capacité d'une mère à calmer son enfant en la chronométrant...
Ayant regardé des documentaires sur les dérives de certains systèmes de protection de l'enfance, (Norvège, Suède...), j'ai dévoré les 500 pages de ce roman où la tension est toujours présente.
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne-Sylvie Homassel
Buchet -Chastel 2023
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : jessamine chan
23/03/2023
#LouveNoire #NetGalleyFrance !
"Jon émet un souffle de dépit que n'aurait pas renié la reine d'Angleterre. "
La Louve Noire est une tueuse ici engagée par la mafia russe pour exécuter Lola Moreno, la femme de Yuri Voronin, trésorier d’un clan mafieux qui opère dans la zone de Malaga.
Lola, enceinte et diabétique, a vu son monde s'écrouler quand son mari a été assassiné chez eux. Elle fuit ,avec à ses trousses, la mafia russe mais aussi Antonia Scott (aux capacité mentales exacerbées) et son binôme, Jon Gutiérrez, un flic expérimenté.
De retournements de situation en poursuites haletantes, le lecteur ne s'ennuie pas une minute dans ce roman qui tient le difficile pari du deuxième épisode d'une série qui avait placé déjà la barre haut avec La Reine Rouge.
Les personnages sont à multiples facettes et non monolithiques, et les événements mettant en scène la mafia russe sont, d'après la postface, inspirés de la réalité mais ce qu'affrontent les policiers de la Costa Del Sol "pourrait alimenter trois romans de faits réels qui, si je les avais repris dans ce livre, auraient été jugés invraisemblables", affirme l'auteur. Un bon gros roman que vous ne lâcherez pas .
Traduit de l'espagnol par , Fleuve Éditions 2013.
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : juan gomez-jurado
20/03/2023
Indocile
"Que voulait-elle ? Elle voulait une vie honnête. Plus que ça. Elle voulait une vie bonne. On peut ne rien faire ou on peut mieux faire. "
Samantha, dite Sam, est en périménopause , mais nous découvrirons au bout de deux cents pages que ce n'est qu'une des raisons qui explique son comportement chaotique. Elle se sépare de son mari, achète une vielle bâtisse pleine de charmes et de travaux à faire, mais se trouve par- là même éloignée de sa fille, Ally, une adolescente qui se prépare à entrer à l'université.
Trump vient d'être élu, le choc est rude et surtout Sam peine à trouver sa place dans une lignée de femmes dont elle est très (trop ? ) proche: sa mère , Lily , une octogénaire qui semble-t-il distend sa relation avec sa fille chérie , tandis qu'Ally coupe aussi les ponts avec Sam.
Dana Spiotta peint ici de très beaux portraits de femmes, surprenants à plus d'un égard (elle ne fait pas l''économie de la violence qui emplit parfois son héroïne) et aussi le portrait nuancé d'une société complexe , raciste, mais où un avenir semble néanmoins possible.
Traduit de l'anglais (E-U) par Yoann Gentric. Actes Sud 2023
06:00 Publié dans romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : dana spiotta
16/03/2023
Les Merveilles...en poche
"Je suis née pour me marier et avoir des enfants, et cuisiner, et faire le ménage, et peut-être pour travailler à l’extérieur pendant que je ne travaille pas à l’intérieur ; mais ma vie a pris un autre chemin et j'y tiens. "
Maria, trop jeune maman, issue d'un milieu très modeste doit confier sa fille à sa famille et partir travailler à Madrid comme femme de ménage, voire comme nounou pour des enfants plus chanceux que Carmen. Nous sommes à la fin des années 60 et Maria va constater que le lien avec sa fille, déjà très ténu (elle accomplit mécaniquement les soins quand elle s'en occupe sporadiquement) va se déliter. Maria va peu à peu s'affranchir de ce que la société attendait d'elle et gagner en indépendance, financière (même si ses revenus restent modestes), intellectuelle et même sentimentale .
Quant à Alicia, que nous suivons dans les années 2000, elle a subi plusieurs traumatismes, dont un déclassement social. Elle a elle aussi coupé tout lien avec sa famille et analyse froidement ses relations avec les hommes. Nous avons ainsi droit à une description quasi clinique de relations sexuelles où les deux partenaires sont réduits à "quelqu'un", soulignant ainsi leur côté interchangeable.
Toutes deux évoluent dans Madrid, ville qui devient un personnage à part entière, et leurs parcours sont plus ou moins pénibles, car marqués par le fait qu’elles sont des femmes dans un espace public dédié aux hommes, mais aussi des travailleuses pauvres qui doivent emprunter des transports en commun mal commodes.
Ces deux récits d'émancipation à des époques différentes soulignent bien l'importance de l'argent dont le manque conditionne la destinée (pas d'études, des boulots précaires où l'on peut vous remplacer par encore plus pauvres que vous...) mais aussi une certaine forme de solidarité (non idéalisée). Les relations familiales elles aussi sont peintes sans fard et même si les héroïnes semblent faire l'économie des sentiments, comme corsetées dans une armure protectrice, elles n'en demeurent pas moins attachantes. Un roman que j'ai dévoré d'une traite.
06:00 Publié dans le bon plan de fin de semaine, romans étrangers | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : elena medel