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11/02/2022

Les secrets de ma mère...en poche

"Une sensation électrique sur ma peau, mes mains et mes pieds. Je ne me sentais pas triomphante Mais, d'une manière assez intéressante, je me sentais plus libre. Passer mon temps à attendre et à vouloir, voilà qui avait été mon état naturel. Désirer plutôt que d'avoir les tripes de réaliser mes propres souhaits."

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Rose, la trentaine, n'a encore rien fait de sa vie. Elle est engluée dans une relation qui ne la satisfait plus et peine à savoir ce qu'elle veut vraiment. Jusqu'au jour où son père, qui l'a élevée seul, lui remet deux romans d'une autrice qui est la dernière personne à avoir vu la mère de la jeune fille avant que celle-ci ne disparaisse sans donner signe de vie.

Cette romancière avec qui sa mère a vécu une histoire d'amour pourra-t-elle aider Rose à se lancer sur la piste de cette mère insaisissable ?
La quête maternelle va bientôt se muer en quête identitaire et cela ne sera pas sans conséquences sur de nombreuses existences.
Alternant les époques, Les secrets de ma mère est un roman confortable, sans réelle tension, les personnages privilégiés par Jessie Burton n'étant pas à mon avis les plus intéressants. Facile à lire et... à oublier.

10/02/2022

Requiem

"Or, ce qui rend la vie supportable, c'est de pouvoir oublier."

Jonas quitte Reykjavík  et se réfugie dans un village des fjords de l'Est de l’Islande. Là, il note dans un carnet de moleskine toutes les musiques qu'il entend dans les bruits du quotidien : ronronnement du réfrigérateur, bruits de moteurs etc.  Mais il ne cesse de minorer cette création et ne se revendique jamais comme compositeur. gyrdir eliasson
On comprend petit à petit que sa vie de rédacteur publicitaire lui pèse , que son couple se délite et qu'un drame les a frappés : "Pourquoi nul ne s'enquiert de Joakim ? ". Comme autant de petit cailloux semés au fil du texte, les indices de cette souffrance jamais clairement énoncée apparaissent. Car c'est bien là le problème: Jonas ne peut parler à parler de choses importantes.
Il s'enfonce de plus en plus dans la solitude et les pertes successives jalonnent son parcours. Son identité elle-même peu à peu s'efface et cet itinéraire,tout en retenue, n'en devient que plus poignant. Un roman où quelques pointes d'humour (souvent noir) émergent d'une tonalité mélancolique et prenante. Un grand coup de cœur qui file sur l'étagère des indispensables.

Traduit de l'islandais par Catherine Eyjolsson. La Peuplade 2022

 

Du même auteur: clic 

reclic.

 

07/02/2022

Apaiser nos tempêtes

Autant, j'avais été séduite par Dans la forêt, autant j'ai été déçue par celui-ci qui avait pourtant tout pour me plaire .
Deux parcours de femmes, qui se rejoignent à la toute fin du roman, une artiste et une mère célibataire qui peine à joindre les deux bouts et sur laquelle les ennuis tombent en pluie .jean hegland, schtroumpf grognon le retour
Et c'est justement cette abondance qui m'a empêchée d'apprécier le roman, tant j'ai trouvé que Jean Hegland ,a contrario de son précédent roman paru en France ,"chargeait la barque", n’épargnant rien à son héroïne.
Certes l'analyse de la maternité est intéressante mais les 556 pages m'ont paru bien fastidieuses.

Phébus 2021, traduit de l'anglais (E-U) par Nathalie Bru.

28/01/2022

Le lièvre d'Amérique..en poche

"Diane ne se souvenait pas de cette impression de faire entièrement partie du paysage, de la proximité des grandes oies des neiges, comme si elles piétinaient sa peau. C'est sûrement ça qu'elle avait oublié en partant subitement. L'appartenance."

Alternant les souvenirs d'adolescence de Diane et  de son ami Eugène dans une nature sauvage où ils évoluent en parfaite harmonie, descriptions naturalistes de l'animal qui donne son titre au roman et récit d'une Diane adulte se remettant d'une mystérieuse intervention destinée à la rendre encore plus performante, le texte de Mireille Gagné alterne les tonalités et les temporalités sans jamais perdre son lecteur.mireille gagné
L'écriture est étonnante de véracité et de poésie , tant dans les sentiments que dans les descriptions de la nature et c'est par petites touches que se découvre une transformation qui pourrait aussi bien  appartenir à l’univers du conte  qu'à un futur très proche, tant les manipulations génétiques deviennent monnaie courante.
On suit de l’intérieur la métamorphose de Diane ,accro au boulot, qui s'est coupée de tout et de tous ( surtout de la nature, en fait)qui est devenue une proie et agit en tant que telle. On l'accompagne dans cette transformation, le souffle court, le cœur battant, espérant que la jeune femme s'en sorte.
A noter que l'autrice fait la part belle au vocabulaire maritime et au parler rural de l'île aux grues, île située sur le fleuve Saint-Laurent, donnant ainsi plus de véracité à son texte, mais aussi de précision et de charme.
S'inscrivant dans la lignée de La femme changée en renard de David Garnett , ou plus acide et violent de Truismes de Marie Darrieussecq, Le lièvre d’Amérique renouvelle le genre , par sa poésie et son amour de la nature, et se prête comme ses prédécesseurs à de multiples interprétations. Un grand coup de cœur pour ce récit envoûtant !
Et zou, sur l'étagère des indispensables.

25/01/2022

La vallée des fleurs

"Viens me chercher, je pense. Emmène-moi. Laisse-moi me jeter dans la mer obscure. "

La vallée des fleurs est un roman tout en contrastes qui relate l'itinéraire d'une jeune femme inuite qui va intégrer une université au Danemark. Si son homosexualité est tout à fait acceptée par sa famille, on sent bien d'emblée que sa singularité se situe ailleurs et qu'elle dérange. Serait-ce son hypersensibilité ou un comportement parfois atypique ?niviaq korneliussen
Au Danemark, l'effort d’adaptation au monde étudiant ,mais aussi aux subtilités de la langue (elle ne détecte pas immédiatement l'ironie ,par exemple) vont lui être coûteux et un deuil dans la famille de sa petite amie sera l'occasion pour elle d'aller dans l'Est du Groenland ,près de ce cimetière qui donne son titre au roman.
Car la mort irrigue ce roman, dont les têtes de chapitre de la première partie sont scandés par la mention factuelle de suicides de jeunes gens. Une vague de suicides touche en effet le Groenland et les mesures prises pour l'endiguer ne semblent guère efficaces.  
Si l'humour est bien présent, la souffrance l'est tout autant et l'autrice dépeint avec une extrême sensibilité cette écorchée vive qui tente de se retrouver. Un roman extrêmement dépaysant , qui montre aussi bien la beauté sauvage que les laideurs de ce pays, sa rudesse et sa délicatesse.

Traduit du danois par Inès Jorgensen

La Peuplade 2022.

14/01/2022

Lumière d'été, puis vient la nuit...en poche

Un village de quatre cents âmes perdu au milieu de la campagne islandaise. Ses habitants, parfois hauts en couleurs, travaillés par la solitude, l'usure des couples, le désir amoureux, l'envie de partir, la violence, la bienveillance, bref par tous les sentiments qui agitent un microcosme observé avec beaucoup de bienveillance par l'auteur. jón kalman stefánsson
La mort est souvent présente, parfois cruelle, parfois choisie, et irrigue constamment ce texte qui tient à la fois du conte et de la poésie.
Laissez-vous embarquer par cette lecture-fleuve qui fait aussi la part belle à la Nature.
Magnifique traduction de l'islandais d 'Eric Boury

10/01/2022

Bass Rock

"L'ambiance s'adoucit avec le thé. Les conventions sociales devenaient plus facilement négociables lorsqu'une bouche pleine  pouvait légitimer un silence ou quand il était possible de complimenter quelque chose d'aussi neutre qu'un biscuit. "

Trois femmes, trois époques différentes mais une même région , l’Écosse, et surtout des femmes aux prises avec la violence protéiforme des hommes.
Que ce soit Sarah, jeune femme accusée de sorcellerie au XVIII ème siècle, Ruth qui endosser le rôle de mère de substitution auprès de deux orphelins après avoir épousé leur père, vétéran de la seconde guerre mondiale, ou , plus proche de nous, Viviane qui peine à trouver sa place et à faire face à ses émotions, elles doivent affronter un mode où les hommes imposent leur pouvoir, par des mots,  ou de la pure violence, allant jusqu'au féminicide., le tout dans l'indifférence quasi générale. evie wyld
Heureusement, la solidarité féminine ,mais aussi celle de certains hommes ayant dû affronter eux aussi des traumatismes ,vient alléger cette atmosphère souvent lourde. 
Une construction juste parfaite fait qu'on ne se perd jamais au fil du texte et des  époques et l'autrice a le chic pour rendre cette violence sourde dans les rapports sociaux dont les femmes ont été et sont encore souvent victimes. Quelques esprits viennent pimenter le tout avec un grand naturel et l'on prend beaucoup de plaisir à dévorer ce roman aux personnages très attachants.

 

Traduit de l’anglais par Hélène Vignol. Actes Sud 2022

07/01/2022

Encabanée...en poche

"Incarner la femme au foyer au sein d'une forêt glaciale demeure, pour moi, l'acte le plus féministe que je puisse commettre, car c'est suivre mon instinct de femelle et me dessiner dans la neige et l'encre les étapes de mon affranchissement ."

Quel beau mot que cet Encabanée qui donne son titre au roman ! Évoquant tout à la fois le refuge et la prison, fleurant bon la langue québécoise, il était juste parfait pour ce roman inspiré par le journal intime de l'autrice, enfermée dix jours  dans son petit refuge du Bas-Saint-Laurent à cause d’une vague de froid .41sDkKggumL._SY291_BO1,204,203,200_QL40_ML2_.jpg
Ici la narratrice , choisit de quitter une vie confortable pour s'acheter une cabane et un terrain à Kamouraska , dans une nature à peine troublée par le bruit de trains. Elle veut mener une vie plus frugale, plus proche de la nature , lire de la poésie et écrire. Il lui faudra aussi s'atteler à l'entretien de son poêle pour faire face à un hiver particulièrement rude. Pas de réseau pour le téléphone portable, tout peut donc devenir dangereux.
J'ai tout aimé dans ce roman, la langue, la démarche et la narration qui fait la part belle au romanesque et au corps ,avec l'irruption d'un intrus qui permettra de satisfaire les désirs charnels de notre narratrice.
Un grand coup de cœur pour ce roman qui peint et défend la nature  canadienne avec brio et nous propose un point de vue féminin et féministe sur une expérience plus  souvent racontée au masculin.

04/01/2022

Legoûtdesgarçons #NetGalleyFrance !

"Nous avons reçu trop tôt un pouvoir dont nous ne mesurons pas l'ampleur, semblables en cela à ces jeunes monarques propulsés sur le trône à la mort du père. On les place sous tutelle pour éviter qu'il ne se brûlent le royaume en une seule nuit. Nous, nous sommes seules avec notre trésor. "

La narratrice , qui a treize ans, fréquente un lycée catholique d'une ville jamais nommée (mais qu'on devine être Beyrouth ) et, tout comme ses camarades de classe ,elle ne pense qu'à ça . Le sexe des garçons. "Nous en parlions sans honte: nous voulions d'un désir qui fasse perdre le contrôle." Elle et ses amies en parlent crûment, expérimentent, jaugent, se montrent parfois cruelles, même entre elles. Les amitiés se nouent, se dénouent au gré des  fascinations et des intrigues. C'est tout un microcosme qui se montre à nous et que la narratrice analyse avec lucidité, "Il y a des bonnes et des mauvaises façons d'être une jeune fille" pointant les injonctions faites aux  femmes en devenir : "Ce n'est que sur ces deux registres qu'il convient d'être une jeune fille. Réticente ou délicieuse. Jamais enflammée."joy majdalani
En lisant, que dis-je, en dévorant ce premier roman saturé de désir, saturé d'énergie, je n’ai pu m'empêcher de penser à une écrivaine aujourd’hui tombée dans l'oubli, mais qui avait fait une entrée fracassante en littérature , Muriel Cerf, en particulier  à son roman Les rois et les voleurs.
La même vitalité, la même liberté, l'aisance dans l'écriture et la finesse de l'analyse de l'adolescence , voilà qui augure bien de l'avenir pour Joy Majdalani.

Grasset 2022 joy majdalani

29/12/2021

La maison où je suis mort autrefois...en poche

"C'est bien grâce à l'existence de cette maison que Sayaka avait appris la vérité. Elle savait maintenant qui elle était. Que ce soit une bonne ou une mauvaise chose, c'était difficile dire. "

C'est à un étrange séjour de deux jours dans une maison isolée que nous convie Keigo Higashino. Une maison où deux anciens amants se rendent pour éclaircir tout à la fois l'espèrent-ils le fait que la jeune femme, Sayaka,  n'ait aucun souvenir de sa tendre enfance et peut-être aussi le fait qu'elle soit devenue, selon ses propres dires, une mère maltraitante pour sa fille. keigo higashino
La maison se révèlera être un dispositif temporel et mémoriel où les deux héros se livreront  à une recherche à la fois intellectuelle et émotionnelle.
Si les thèmes de la mémoire, des secrets , sont omniprésents dans le roman , il y est aussi beaucoup question de la désinvolture (et de l’égoïsme) avec laquelle des adultes disposent des enfants.
Une première incursion pour moi dans l'univers de cet auteur et ce ne sera sans doute pas la dernière, tant j'ai apprécié l'atmosphère étrange et prenante de ce roman .