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21/03/2019

Ma vie sens desssus dessous

"Sans aucune hésitation, j'avais menti à ma meilleure amie pour garder ce joli carnet , et tout ce que j'imaginais y écrire c’étaient des vacheries pour faire enrager ma mère."

 Dire qu'Erica est très remontée contre sa mère est un euphémisme ! L'adolescente se voit déjà remplir le magnifique carnet argentée que sa maman vient de lui offrir de toutes les méchancetés qui lui viendront à l'esprit, un exutoire à double détente car l'adolescente  a dans un coin de sa tête l'idée tordue que sa mère a bien l’intention de lire en cachette ce fameux carnet ! anne fine
Pourquoi autant d’agressivité ? Parce que la vie d'Erica va être mise sans-dessous à cause du divorce des ses parents, un couple arrivé en bout de course . Difficile de l'accepter, tout comme il est difficile d’accepter les nouveaux partenaires des futurs divorcés.
Rien que de classique me direz-vous. Certes, mais Anna Fine avec sa finesse habituelle peint ici surtout le portrait d'une adolescente qui, si elle rue dans les brancards, va aussi gagner en maturité et réservera au fameux carnet argenté un tout autre sort. Un petit plaisir  s'offrir à tout âge écrit par une autrice qui dépeint la vie quotidienne et ses tracas comme personne.

 

École des Loisirs Médium 2019, traduit de l'anglais par Dominique Kluger

06:00 Publié dans Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : anne fine

18/03/2019

Cours petite fille !#METOO#TIMESUP#NOSHAMEFIST

Sous la direction de Samuel Lequette et Delphine Le Vergos, une trentaine de femmes et deux hommes seulement (faute de chercheurs dans le domaine du féminisme...) font le point sur le mouvement de protestation féminine déclenché par" l'affaire Weinstein", tout en l'inscrivant dans le passé des luttes féministes précédentes.41r0nppW50L._SX195_.jpg
Ce qui est extrêmement intéressant dans cet ouvrage c'est que s'y côtoient aussi bien des textes écrits par des chercheuses, des juristes , sociologues, artistes, une poétesse, une historienne  ou des écrivaines ,de nationalités différentes.
Dûment argumentés, denses, ces textes s'ouvrent par le témoignage très fort d'Asia Argento, victime tout à la fois du triste sire à l'origine du scandale, et de l'opprobre générée par son témoignage. Il se clôt par un texte raisonnablement optimiste de Maîa Mazaurette, qui table sur la ténacité du combat des femmes, mais j'aurais plutôt tendance à estimer, comme Michelle Perrot que , comme le prouve l'Histoire, chaque avancée du droit des femmes est suivie d'une offensive réactionnaire. Il n'en reste pas moins que cette prise de parole est un acte collectif d'émancipation puissant.

Éditions Des femmes 2019

Merci à l'éditeur et à Babeliomasse_critique.jpg

06:00 Publié dans Essai | Lien permanent | Commentaires (4)

15/03/2019

Juste quelqu'un de bien...enpoche

"J'ai enchaîné les mecs sans réfléchir, j'ai gagné pas mal d'argent sans avoir l'impression de me fatiguer...Et puis soudain, la machine s'est grippée."

Bérénice, trente-quatre ans, a mis fin à une liaison sans saveur, mais ne tombe pas amoureuse pour autant. Elle  ne parvient plus à écrire une ligne de romance historique, ce qui est pourtant sa raison d'être , bref rien ne va plus.
Aidée par une mère et une grand-mère hautes en couleurs, ainsi que par une amie très chère, elle va enfin poser les questions nécessaire concernant son père et se décider à apprivoiser Aurélien, un homme dont elle est tombée amoureuse ado mais qui s'obstine à ne pas la reconnaître...510n6tdA4NL._AC_US218_.jpg
 S'inspirant d'une nouvelle de Stefan Zweig, "Lettre d'une inconnue", Angéla Morelli tire parti à merveille de l'idée de cet homme qui ne reconnaît pas celle qui l'aime. Ses personnages principaux ou secondaires sont croqués à ravi ,plein de petits détails les rendant immédiatement vivants et attachants. On est loin de l'hystérie qui règne parfois dans les romances survoltées qui croient ainsi se donner du rythme.Ici les personnages sont plus posés, parfois empreints de gravité, sans pour autant plomber le roman car l'humour est toujours présent.
On se glisse avec plaisir dans ce cocon douillet de l'impasse pavée et fleurie où vivent des artistes, on pousse le sourire aux lèvre la porte du Va comme j'te pousse, bar qu'on rêverait de fréquenter, bref on passe un délicieux moment, plein d'émotions et de fantaisie.
Ce nouveau roman d’Angéla Morelli est une petite merveille !

14/03/2019

J'irai danser (si je veux )

"Vous y direz,  à votre client, que le voisinage en a plein son casque de ces maudits travaux de marde. Pis qu'y vienne pas se présenter avec une tarte aux pommes quand y va emménager, je risque de l'attendre avec une masse ! Qu'y e torche avec, sa maudite tarte !
- C'est noté, Madame."

A quelques jour de son vingt-cinquième anniversaire de mariage, Diane est dévastée par ce que lui apprend son mari : il a rencontré Quelqu'un. Forcément, une plus jeune, plus belle.
Diane passe ses nerfs à grands coups de masse sur divers meubles et/ou murs mais, aidée par son amie Claudine,  qui elle aussi a été quittée, décide de mettre au point une stratégie originale pour retrouver le goût de vivre ."marie-renée lavoieQuel roman revigorant ! Diane est drôle, énergique, inventive et m'a fait rire  tout haut à deux reprises: quand elle se venge de la nouvelle femme de son mari et quand elle atomise littéralement sa belle-mère, rien qu' avec des mots bien choisis ! Et que dire de la langue québécoise et de sa saveur si particulière !De jolis moments d'émotion, pas niaiseux du tout et une fine observation des mœurs. Un pur régal ! 

Un grand merci à Cuné, qui a su me tenter !

De la même autrice: clic

 

12/03/2019

Antonia Journal 1965-1966

"Face à les infimes changements, Franco ne sourcille pas. Il ne voit rien, noyé dans son absence."

En une petite centaine de pages, illustrées de photos en noir et blanc, suffisamment libres d'interprétation, Gabriella Zalapi imagine le journal intime d'une jeune femme, issue d'une grande famille juive cosmopolite, mariée pour de mauvaises raisons à un bourgeois de Palerme qui l'exaspère. Elle ne se rapproche que par éclipses de son fils, Arturo, que lui dispute âprement la nurse chargée de s'occuper de lui.
Plutôt immature, Antonia, par le biais de documents anciens, va reconstituer le puzzle du passé de sa famille et éclairer d'un jour nouveau son attitude.gabriella zalapi
N'ayant eu accès ni à l'amour de sa mère, ni à une véritable éducation, Antonia ne peut que s'émanciper en tombant amoureuse et en fuyant tout à la fois un foyer et une mère toxiques. L'arbre généalogique final nous indique qu'elle serait toujours en vie...
Si j'ai aimé la forme du roman, ses ellipses, son écriture précise et allant droit à l'essentiel, je suis restée plus en retrait face au caractère de l'héroïne, trop évaporée à mon goût, en dépit de l'arrière plan dramatique.

Antonia, Gabriella Zalapi, Éditions Zoé 2019.

11/03/2019

La faille du temps

"Le libre arbitre, c'est se montrer plus fort que le moment dans lequel tu es pris au piège."

Dans La Faille du Temps, Jeanette Winterson revisite la pièce de Shakespeare, Le Conte d'hiver. Ne vous inquiétez pas, elle nous en propose un résumé à sa façon avant que le roman ne commence.
Très vite, on oublie les références et on se laisse porter par le rythme et la langue de ce texte qui brasse avec adresse des thèmes contemporains , mais aussi intemporels (doute sur la paternité, relations ambiguës entre amis...). jeanette winterson
Il s'y balade aussi quelques anges venus de l'univers de Gérard de Nerval , anges qui plongeront dans celui d'un jeu vidéo, une DeLorean (vraie ou fausse), des personnages auxquels on s’attache très vite : une petite fille blanche adoptée par un père et son fils Noirs, une enfant  rejetée, volée mais qui réparera le cœur d'un homme endeuillé. Il y est aussi question de jalousie, de musique, le tout sans que jamais Winterson ne perde son lecteur en route. Du grand art.

La faille du temps, Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Céline Leroy, Buchet-Chastel 2019, 305 pages qui se tournent toutes seules.

09/03/2019

La nuit des lucioles...en poche

" Vous pourriez considérer les promesses comme une série de filets : certains durent une vie entière, d'autres se défont, incroyablement fragiles, en un clin d’œil.Les promesses de garder un secret , ce sont les plus délicates - en particulier quand il s'agit de secrets que vous ne pensiez même pas détenir."

Christopher, dit Kit, la quarantaine passée , s'englue dans une vie dépourvue de perspectives. Son énergique femme, Sandra, l'enjoint de partir à la recherche de son père biologique, père dont sa mère a toujours refusé de lui révéler l'identité.julia glass
Cette quête lui permettra tour à tour de voir sous un autre jour le père qui l'a élevé , un robuste montagnard, sorte de héros local, mais aussi de découvrir tout un pan de son histoire paternelle et de faire la connaissance de Fenno MacLeod, libraire déjà rencontré dans Jours de juin (quel plaisir de le retrouver et de découvrir ce qui lui était arrivé !)
Quels que soient les paysages (on se balade dans plusieurs États américains très différents), les milieux sociaux évoqués , on sent l'auteure parfaitement à l'aise dans ses descriptions. Avec beaucoup de sensibilité et de bienveillance, elle peint des familles dissemblables, mais qui , chacune à leur façon , se débrouille pour s'adapter aux changements des temps et des mœurs. Un bon gros roman comme on les aime,avec des personnages hauts en couleurs dont on devient vite très proches !

La nuit des lucioles, And The dark Sacred Night, Julia Glass, traduit de l’anglais(E-U) avec élégance par Anne Damour,

08/03/2019

Au bord de la Sandà

 

" C'est drôle comme on s'habitue à la solitude. Au début, on  a l'impression qu'elle va être intolérable. On regrette les gens et les relations. Mais, peu à peu, quelque chose d'autre les remplace. Ce que l'on considérait comme indispensable s'avère ne pas l'être forcément au bout du compte."

Un peintre vit et peint dans ses caravanes, au bord d'une rivière glaciaire, en Islande . Il ne cherche pas à frayer avec les estivants et ,quand le camping se vide à la fin de l'été, il reste seul .
Il arpente la forêt, cherchant à rendre la vérité des arbres, épaulé par des écrits de peintres, seulement troublé par l'apparition d'une femme vêtue de rouge.gyrdir eliasson
Ni la visite d'un de ses enfants, ni celle d'un acheteur potentiel de ses tableaux ne semblent le toucher et petit à petit s'affirme une volonté à la fois radicale et paisible: celle de ne plus pouvoir vivre dans une société dont il refuse les valeurs frauduleuses: "Le ciment est lourd, en tout cas, et un joug de béton peut faire couler n'importe qui . J'avais une maison que je ne pouvais pas payer et cela m'ôtait tout désir de soulever un pinceau, car je ne pouvais me résoudre à lier d'aucune façon tableaux et revenus. Ce qui est sans doute une notion totalement dépassée dans la société où nous vivons."
Roman contemplatif et intense, faisant la part belle à la nature, Au bord de la Sandà est un roman doté d'une écriture à la fois précise et poétique, exprimant" la force vitale à l’œuvre dans la création". Un roman de 142 pages, bruissant de marque-pages. Un roman qui m'a parlé comme rarement et qui file non seulement sur l'étagère des indispensables, mais également sur ma table de chevet, comme un viatique. Un coup de foudre littéraire !

Magnifiquement traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, La Peuplade 2019.

07/03/2019

#IamIamIam #NetGalleyFrance

 "J'aurais aimé savoir que les choses qu'on ne contrôle pas dans la vie sont en général plus importantes, plus formatrices, à long terme que celles qui se passent comme prévu."

Le projet de Maggie O'Farrell ? "raconter la vie de quelqu’un , mais uniquement à travers ses expériences avec la mort."
Chacun des dix-sept chapitres, dûment datés et illustrés façon vieille planche d'anatomie, est consacré à une partie du corps de l'autrice-narratrice, car c'est bien de Maggie O'Farrell qu'il s'agit ici. Et cela commence très fort par un texte d'une tension dramatique extrême ,dont on se dit qu'après cela les choses ne pourront que baisser en intensité. Pas vraiment.
Chacune des expériences qui nous est relatée frappe par sa volonté de vérité dans l 'expression des sensations et des sentiments. Maggie O'Farrel scrute, écrit à l'os, ne se donnant jamais le beau rôle, mais décrivant au plus près pour mieux nous les faire ressentir la douleur, "Une douleur sans rebord, parfaite, parfaite comme une coquille d’œuf.", la violence des institutions de santé dont l'enfant qu'elle a été, mais aussi la femme, ont été victimes. Pas de course au dolorisme pour autant. Si l'auteure évoque l'hémorragie post-partum dont elle a failli mourir, et rappelle  que "mourir en couches semble être un danger totalement daté, une menace extrêmement lointaine entre les murs des hôpitaux des pays développés" , c'est aussi pour mieux dénoncer le taux de mortalité maternelle  anormalement élevé du Royaume-Uni ,ou évoquer un sujet tabou: les fausses couches et la manière dont elles sont trop souvent balayées d'un revers de la main.41B88mz+iAL._SX195_.jpg
La mort, elle la connaît donc de près, et ce depuis l'enfance. En effet, atteint d'une encéphalite, dont elle  garde encore des séquelles,  Maggie O'Farrell sait dans sa chair ce qu'est le poids du regard et des réflexions des autres, mais aussi la bienveillance et la confiance que l'on peut trouver dans  une main anonyme que l'on serre ou des mots de réconfort. De quoi braver tous les pronostics pessimistes.
Le livre se termine par une course contre la montre, contre la mort, un condensé de souffrances, mais aussi une réaffirmation de la vie coûte que coûte. Un coup de poing -coup de cœur qu'on n'oubliera pas de sitôt.

Un texte qui file directement sur l'étagère des indispensables , bien sûr.

Belfond 2019

De la même autrice, clic, clic et reclic.

 

06/03/2019

#LesGratitudes #NetGalleyFrance

"Je chéris le tremblement de leurs voix. Cette fragilité. Cette douceur. Je chéris leurs mots travestis, approximatifs, égarés , et leurs silences."

Même s'il y a bien eu des signes avant coureurs, c'est venu d'un coup:  Michka la vieille dame chérie par Marie, ne peut plus rester seule. Les mots lui échappent de plus en plus et elle est tombée dans son salon.
Placée en Ehpad , la vieille dame reçoit régulièrement la visite de Marie,ainsi que celle d'un orthophoniste, Jérôme.delphine de vigan
Leurs points de vue , ainsi que celui, biaisé de Michka, qui raconte de manière cauchemardesque des événements dont on ne sait s'ils sont réels ou rêvés, alternent pour brosser de manière sensible et tendre le portrait de cette femme qui s'éloigne de plus en plus de celle qu'elle a été.
Tourmentée par une gratitude qu'elle n'a pu exprimer, Michka sera aidée par ses deux amis pour mener à bien cette mission.
On ne peut qu'être séduit par la délicatesse dont fait preuve à son habitude Delphine de Vigan.
Seul bémol : la volonté de vouloir à tout prix terminer sur une note trop optimiste, ce qui gâche un peu le plaisir du lecteur.

delphine de vigan