Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/08/2015

Petites scènes capitales...en poche

"Son écorce est brunâtre, sillonnée de crevasses et rugueuse au toucher. Les feuilles plates et trapues, sont infusées de lumières, saturées de jaune franc; certaines sont tachetées de rouge-orangé, à peine. Au moindre  souffle de vent, le feuillage frémit et répand une formidable sonnaille de jaune, un cliquetis d'or , de soufre, de paille et de safran. Barbara est saisie d'une allégresse aussi plein et aussi nue, aussi pure que cette trémulation de lumière."

 

Comment ne pas être pétri d'admiration devant un style aussi ciselé et sensuel ? Ces Petites scènes capitales, vignettes pour dire les moments forts de l'évolution d'une d'abord toute petite fille orpheline de de mère qui va, sa vie durant, conquérir son identité et sa place au sein d'une constellation familiale pour le moins chaotique, sont un pur régal de lecture !sylvie germain
Néanmoins, je dois avouer que l'aspect un peu trop morcelé fait que je n'ai pas été aussi enthousiaste quant à la structure du livre. Elle nuit en effet un peu à l'attachement que l'on pourrait porter aux personnages. Un roman constellé de marque-pages !

 

23/08/2015

Peine perdue ...en poche

à quoi l'humain est prêt à se réduire pour vivre encore un peu. Ce qu'on est foutu d'endurer. D'accepter."

olivier adam

 

Deux éléments vont perturber la vie tranquille d'une station de bord de mer hors saison : l'agression de celui qui aurait pu être le footballeur de l'équipe locale et une tempête.
On passe ainsi en revue, de chapitre en chapitre, la vie d'une vingtaine de personnages ,liés entre eux à des degrés divers.
Il se dégage de ce roman polyphonique une impression de désespoir diffus, de découragement latent (voir le titre) qui se distille sans discontinuer. Surnagent quelques thèmes chers à l'auteur: les amours mortes, la volonté d'être un bon père malgré la séparation, les lisières des villes et de la société.
On frôle le roman noir, on sent la volonté de se frotter à une humanité engluée, mais rien d'original, aucune intensité, aucune réelle émotion.
Lu sans déplaisir mais sans plaisir réel non plus.

D'autres ont été plus enthousiastes !

22/08/2015

Dans les yeux des autres...en poche

"Elle sent en elle les milliers de feuilles de livres lues et déposées en elle comme un terreau, comme un engrais."


Anna relit ses carnets, revit ses amours et ses désillusions. N'ayant écrit qu'un seul roman, elle a quitté la scène littéraire et ses petits maîtres (dont l'auteure brosse un portrait vachard) et , ce qui faisait sa vie vingt ans auparavant: l'engagement politique .geneviève brisac
Démunie, elle loge chez sa sœur Molly qui, même "cabossée" ,continue à militer ,mais par le biais son travail de médecin dans un dispensaire. Entre elles, une relation complexe, des hommes, mais surtout une mère excentrique qui essaie toujours de tirer la couverture à elle, d'attirer l'attention: Méline.
Portrait d'une génération aventurière et pleine de vie, Dans les yeux des autres fait la part belle à l'idéal, l'humour, le tout saupoudré d'un soupçon de mélancolie. On retrouve ici  avec plaisir l'écriture ample et belle de Geneviève Brisac , qui , par son sens de l'observation, comme les romancières anglaises , sait être au plus près du quotidien : "Une urgence vous prend d'être à la maison, de sentir l'odeur de renfermé de la maison, d’ouvrir les fenêtres et le courrier : de désengourdir l'air. On voit certaines personnes qui, des dizaines de kilomètres avant la gare d'arrivée, rangent leurs affaires, remettent leurs vestes, sortent le ticket du métro qui les ramènera chez elles."Nulle mièvrerie dans sa description des rapports humains mais une réelle empathie qui n'exclut pas le regard critique. Un bilan de vie salé-sucré mais un roman enthousiasmant !

18/08/2015

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

"Il était à espérer que Jem comprendrait un peu mieux les gens quand il serait plus grand, parce que ce ne serait pas mon cas."

Un roman à hauteur d'enfant: Scout, petite fille intelligente et naïve à la fois, que nous suivrons durant trois ans, en pleine crise économique aux États-Unis, dans les années trente, en Alabama. Elle et son frère aîné, Jem, sont élevés par leur père, Atticus, avocat intègre qui va devoir défendre un Noir accusé du viol d'une blanche.harper lee
Se mêlent dans ce roman des thèmes chers à l'enfance, les jeux, quelques souvenirs d'école, l'appétit pour le mystère et l’aventure et la dénonciation tout en délicatesse d'une situation, celle infligée aux Noirs, faisant écho à l'année de publication du roman aux États-Unis, 1960. Des événements récents lui redonnent malheureusement une nouvelle actualité.
Les retouches faites à la traduction initiale (voir la postface d’Isabelle Hausser, qui s'y est attelée), l'humour discret et la construction parfaite font de ce roman un plaisir dont il;ne faudrait pas se priver. On pense à Tom Sawyer, Fifi Brindacier, mais Scout possède une personnalité bien à elle et l'auteure dépeint comme personne ce microcosme Sudiste et ses personnages hauts en couleur.
à l'heure où l'on annonce la publication en France d'un nouveau roman de Harper Lee, il était grand temps que je me décide à lire ce classique de la littérature américaine, interdit dans certains établissements scolaires et bibliothèques...

15/08/2015

Triburbia...en poche

"L'ardent désir de lui plaire qui animaient ses petites camarades, Cooper le tenait poru aussi normal que les caresses de sa mère."

Dans Triburbia, quartier de Manhattan autrefois populaire, maintenant à la mode, nous suivons une demi-douzaine d'hommes dont les vies se croisent par l'intermédiaire de leurs femmes, enfants, travail ou affinités.
Pendant une année, l'auteur va les suivre, leur donnant tour à tour la parole.
Ce qui m'intéressait dans la lecture de ce premier roman était l'atmosphère et le point de principalement masculin de cette tribu urbaine aux profils variés (du pâtissier à la mode au marionnettiste raté ,en passant par le gangster mafieux, entre autres).karl taro greenfeld
Si je ne me suis pas perdue parmi les personnages, je me suis attachée à peu d'entre eux car l'auteur n’approfondit guère leur psychologie.
Le seul passage un peu fouillé est celui où nous avons le point de vue d'une épouse par rapport au comportement particulièrement odieux de son mari.
Rien de transcendant donc ,mais rien d'ennuyeux non plus. à lire à l'occasion, en poche donc, quand rien d'autre ne nous tombe sous la main.

14/08/2015

La silencieuse...en poche

"Ce n'est pas la campagne qui ne me convient pas, c'est moi."

 Suite à une rupture amoureuse, Clara , sculptrice,  va s'installer, provisoirement ou pas, elle n'a encore rien décidé, à la campagne.
Là, elle prend peu à eau ses marques,  observe la nature, se promène au bord du fleuve avec le chien du voisin et, même si elle vit dans une demeure plutôt isolée, va bientôt tisser des liens avec des habitants du coin. Elle prend aussi conscience de la quête qui l'anime : "De ce qui me retiendrait  mes sculptures et moi, de cette incessante tentation de s'envoler."ariane schréder
Comment ne pas tomber sous le charme en apparence fragile mais puissant de ce roman  ? Il donne l'impression à chacun de ses lecteurs qu'il n'a été écrit que pour lui ou elle . Comment ne pas être ému par ce personnage intimidé par "la nouveauté du lieu, de ma vie ici"  et qui ne trouve pas toujours les mots ? L'écriture est lumineuse et le portrait sensible. Un grand coup de cœur !

La silencieuse, Ariane Schréder, Philippe rey /fugues 2015, 190 pages qui font du bien.

Je l'avais laissé passer chez Aifelle, je ne l'ai pas raté chez Antigone ! Merci à toutes !

Plein de liens chez Keisha qui en parle aujourd'hui .

13/08/2015

Filles impertinentes...en poche

"à présent, je comprends très bien son état d'esprit. Elle souffrait de ce mal fréquent chez les gens arrivés au milieu de leur vie, qui ont l'impression que tout leur échappe. Il lui semblait qu'elle ne pouvait rien saisir ni retenir. ou qu'elle était en train de jongler avec trop de balles et savait que si elle en laissait tomber une seule, toutes les autres tomberaient bruyamment sur le sol."

Filles impertinentes regroupe en un seul volume un texte publié en Grande-Bretagne en deux parties: Impertinent daughters (1984, 1985) et My mother's life (1985, 1986)*.doris lessing,relations mèrefille
Née en 1919 en Perse, Doris Lessing déclare pour le premier :"Ce récit pour objet la distance qui sépare ces deux photographies.",les deux images étant celles de sa mère, d'abord représentée sous la forme "d'une collégienne imposante", pleine d'une assurance toute victorienne;  sur la seconde, prise quarante cinq ans plus tard "elle apparaît maigre, vieille et sévère, et nous regarde bravement du fond d'un monde de déception et de frustration."
Ce n'est pas la première fois que l'auteure du Carnet d'or revient sur sa vie et ses relations avec ses parents et en particulier avec sa mère, mais ici, la distance temporelle a joué et Doris Lessing analyse avec toujours autant de franchise mais davantage de compréhension, à défaut d'empathie,  le comportement de cette femme , "produit d'un lieu et d'un temps: Londres, la Grande-Bretagne, l'Empire britannique".
Dans les deux autres parties, Lessing poursuit son analyse, presque clinique, des relations tendues avec sa mère et revient sur ce qui a mené ses parents, êtres très différents,à s'installer en Rhodésie du sud, l'actuel Zimbabwe, quand l'auteure n'avait que six ans.
Ceux qui espèrent du repentir ou des bons sentiments en seront pour leurs frais. Ceux qui apprécient la franchise décapante (et j'en suis) apprécieront. Lessing ne se présente jamais en victime, ne se donne jamais le beau rôle, elle constate les différences infranchissables qui l'opposaient à sa mère.
J'ai parfois pensé, dans un tout autre genre concernant le style, à Marguerite Duras et à son roman Un barrage contre le Pacifique pour le parcours de ces femmes venues s'installer à l'étranger dans un monde à mille lieues de ce pour quoi elles avaient été éduquées.

Filles impertinentes, Doris Lessing, traduit de 'anglais par Philippe Giraudon, J'ai lu 2015, 123 pages .

 

*bizarrement, il y a trois parties dans la version française...

12/08/2015

Les fuyants...en poche

"Son corps était en train de déclarer forfait. Jacob a mis du temps  à réunir assez de courage pour être lâche . Ou l'inverse."

Dans la famille Hintel , les hommes ont une fâcheuse propension à se carapater et à fuir toute forme d'engagement sentimental. Le petit dernier de cette lignée familiale, Joseph, aidé par son oncle Simon, parviendra-t-il, en explorant le passé, à dépasser ce schéma transgénérationnel ?arnaud dudek
Ils auraient tout pour qu'on les déteste ces Fuyants mais tout l'art d 'Arnaud Dudek, par une construction subtile du récit, par un humour parfois tendre, parfois féroce (ah la visite au beau-père potentiel collectionneur de tire-bouchons !) et surtout par son écriture , fertile en formules et en métaphores, est de nous les rendre sinon sympathiques , du moins diablement attachants. Car il y a  beaucoup de tendresse et de délicatesse dans ce roman qui revisite, sans prendre la forme d'un règlement de comptes, les périlleuses relations père/fils. Un roman qui nous laisse un peu K.O, avec juste l'envie de le relire aussitôt pour encore mieux le savourer. Un pur délice !

01/08/2015

L'oubli

"Une voiture avec un damier coloré sur la carrosserie s'arrête devant la maison. Un homme et une femme en sortent. Ils portent une chemise blanche et une grosse veste noire qu'ils ont étiquetée, comme moi avec ma prise de courant "BOUILLOIRE" et mon bocal "THÉ". leur étiquette à eux  dit "POLICE".

Malgré sa mémoire qui flanche de plus en plus, troublant sa perception du temps, lui faisant oublier certains mots au fur et à mesure de la progression de la maladie qui la touche (et ne sera jamais nommée), Maud n'en démord pas : Elizabeth a disparu.
La disparition de sa voisine et amie fait écho à celle , en 1946, de la sœur aînée de Maud, demeurée inexpliquée.emma healey
Avec comme seule arme son obstination et sa mémoire de papier (les bouts de papier sur lesquels elle note ce dont elle doit se souvenir) Maud parviendra-t-elle à découvrir la vérité ?
Une" enquêtrice" présentant un double handicap: son âge et sa maladie voilà qui donne déjà un côté intéressant à ce texte. Mais ce qui prédomine néanmoins dans ce roman c'est la description en focalisation interne de la lente dégradation occasionnée par Alzheimer chez une femme qui lutte pied à pied, tendue vers son objectif. Nous ne connaissons que son point de vue, même si les réactions des autres personnages qu'elle remarque au passage nous sont données de manière indirecte et totalement neutres (les récits anxiogènes de son aide à domicile, qu'elle neutralise d'une remarque pleine de bons sens,  les réactions exaspérées de sa fille captées par l'intermédiaire d'un miroir...)L’humour (voir la citation) et la tendresse ne sont pourtant pas absents et  si le rythme est lent (correspondant à celui de la narratrice) , je n'ai pas lâché ce roman qui nous entraîne dans un flux de conscience où se mêlent passé (raconté de manière extrêmement précise) et présent, beaucoup plus lacunaire, ce qui augmente l'effet de réalisme.  Un roman plein d'empathie et de chaleur humaine.

L'oubli, Emma Healey, Pocket 2015, traduit de l'anglais par Corinne Daniellot.

30/07/2015

Malins en diable /Les méchants en littérature

"[...] le méchant atterre, le méchant terrorise, le méchant scandalise, le méchant dégoûte, le méchant obsède, le méchant fascine, le méchant séduit. En un mot, le méchant ne laisse pas indifférent.à bon méchant gros public donc."

C'est avec une profonde jubilation, on le sent à la lecture de ce "catalogue" des méchants en littérature, qu'Isabelle Mimouni s'est penché sur le cas de 40 "pervers, peste, poison, psychopathe, putain, racaille, rosse, sadique, salaud, " j'en passe et des pires.isabelle mimouni,olivier tallec
De la Sophie de la Comtesse de Ségur qui découpe et sale des poissons vivants à  Hannibal Lecter,le cannibale, le fossé est immense, mais le plaisir demeure. Ne se contentant pas de présenter pour chaque personnage "sa vie, ses crimes", ainsi que ses différentes incarnations romanesques ou cinématographiques, l'auteure analyse de manière subtile et enjouée le comportement de ces méchants dont on sent bien , au fond, qu’ils lui sont sympathiques.
En effet, sans ces êtres négatifs de papier, les héros valeureux auraient bien moins de mérite et ne seraient pas mis en valeur.
Isabelle Mimouni débusque celui qui, à ses yeux, est le pire salaud dans Vipère au poing-hé non, ce n'est pas Folcoche...- et souligne le point commun à toutes ces figures du mal en analysant le cas de Lafcadio de, héros gidien : "Ce dernier n'est donc qu'une entéléchie: une figure  chargée par l'écrivain d'incarner une philosophie, un discours, une pensée. Il n'existe pas . Exactement comme tous les filous dont nous dressons ici les méchants portraits, et qui nous aident à concevoir, analyser, fantasmer, désirer, repousser, condamner, comprendre, ne pas comprendre et souvent simplement jouer, sans aucun danger. sans même penser à mal."
L'auteure a pioché dans un corpus très varié d’œuvres classiques ou contemporaines, de nationalités diverses et nous donne bien évidemment envie de les (re) lire, ce qui est malin en diable.Un grand plaisir de lecture à découvrir en Folio.

Malins en diable, Isabelle Mimouni, Folio 2015 , 220 pages accompagnées par des illustrations épurées et réjouissantes d'Olivier Tallec