Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/06/2013

La fréquentation des à-pics

"On rejoint les adultes au seuil de l'explication du monde et on voit bien qu'ils n'en savent pas plus."

Épouses, mères, grands-mères ou petites-filles,  de l'immédiat après-guerre au XXIème siècle, Catherine Charrier s'attache à nous  peindre ces femmes qui connaissent La fréquentation des à-pics.catherine charrier,femmes
Rien de spectaculaire pourtant mais des situations sur le fil du rasoir, des prises de consciences infimes mais marquantes, des vies simples capturées dans la durée ou en un fragment et qui possèdent une intensité extrême. Des détails capturés,  un bisou sur une nuque paternelle dans une 403, et c'est tout l'amour d'une ex-petite fille qui reparaît. Cela peut être aussi un regard suffisamment  aigu pour prendre conscience d'une injustice, d'une violence banale et l'on bascule dans la "désillusion sombre et imbécile des adultes." Mais ce sont  également des repères lumineux qui apparaissent dans la trame des jours, une amie qui tend la main quand le monde se dérobe sous vous, des éclaircies dans le malheur.
On sent beaucoup d'empathie de la part de l'auteure car toutes ces histoires, vécues par elle ou qui lui ont été confiées, sont racontées avec pudeur et sensibilité. J'ai mis du temps à entrer dans la première nouvelle, Irène, car je craignais la caricature, l'histoire déjà rabâchée (une jeune française s'entichant d'un GI noir) mais , au fil du récit, les descriptions pleines de luminosité et de sensualité ont fait que j'ai pu accepter l'attitude de cette femme libre, plus femme que mère. Une très jolie découverte !

Lu dans le cadre de Masse critique.

La fréquentation des à-pics, Catherine Charrier, Kero 2013 , 225 pages sensibles et poétiques.

 

Merci à Babelio et à aux éditions Kero !catherine charrier,femmes

03/06/2013

Petit éloge des vacances /Dimanche chez les Minton

"L'écrivain est un dompteur de silence; le vacancier prend le risque du vide."

*Avec cet opuscule de 116 pages , parfois teinté de nostalgie,  je découvre le style poétique, élégant et précis de Frédéric Martinez. Un thème accrocheur et des pages souvent cornées, voilà qui atteste d'un bon moment passé en compagnie de cet écrivain.frédéric martinez,sylvia plath
Si je n'ai pas toujours été convaincue par les portraits que lui inspirent des passantes estivales, j'ai été tout à fait séduite par des passages évoquant à la fois l'écriture et les vacances. Un extrait juste pour vous mettre l'eau à la bouche :

" J'aimerais pouvoir chaque jour me réjouir que le soleil se lève, scruter la nuit cousue d'étoiles et, pétri de gratitude, prendre place parmi les vivants; passer ma vie comme en vacances. Il m'arrive d'y parvenir. Je m'entiche alors du moindre détail. Je suis des yeux la course d'un nuage; regarde pendant de longues minutes les branches d'un arbre qu'éploie le vent, les motifs que trace au sol l'ombre de la feuillée. Je fais des festins de lumière. Quand adviennent ces jours fastes, je demeure sans impatience. Des heures durant, je frotte au silence un adjectif, le remonte doucement des limbes jusqu'à ce qu'il affleure la trame du papier où se fige l'encre de mes phrases."

* Dans la même collection Folio à deux euros, Dimanche chez les Minton .Cinq nouvelles pour retrouver l'univers de Sylvia Plath, tout en subtilité , disséquant tantôt avec une frédéric martinez,sylvia plathférocité réjouissante tantôt avec ce sourd désespoir inéluctable les relations de couple , les conventions sociales. Et toujours ce sentiment de malaise des personnages féminins d'inadéquation au monde, et ce parfois, dès l'enfance : "Je restai allongée, seule dans mon lit, avec le sentiment que l'ombre noire rampait sous le monde comme une marée. Rien ne tenait, rien n'y échappait."

28/05/2013

Couplets

"D'ailleurs, dans un groupe, un couple qui se dispute est toujours bienvenu pour la satisfaction personnelle des autres."

claire castillon,les histoires d'amour finissent mal...en général


Pas de ritournelles sentimentales dans ces nouvelles de Claire Castillon qui s'enchaînent à un rythme soutenu mais une observation caustique et acérée de différentes configurations de couples. Une vision qui manque un peu de densité et qui fait qu'une fois terminé ce recueil , il ne m'en est pas resté grand chose...à ne pas offrir en cadeau de mariage ou de pacs.

Le billet de Clara la tentatrice !

13/02/2013

Dernières nouvelles du front sexuel

Où en avais-je entendu parler ? Mystère . Mais, au vu du titre et de la couverture, ce recueil de nouvelles allait me permettre de sacrifier au nouveau rite en vigueur: la lecture de textes érotiques.
Pour éviter de le chercher dans les cinq étages de la librairie où il était disponible (et  faire preuve d'une discrétion de bon aloi), je le réservai le matin.
L'après-midi, déception, il ne m'attendait pas à l'accueil. " C'est quel genre d'ouvrage ?
Pour éviter les regards libidineux du client suivant qui se collait déjà contre moi au comptoir, je soupirai intérieurement et lâchement lançai :" Je sais pas, c'est pas pour moi." Ben tiens !
"Alors allez voir mes collègues, là-bas en littérature." Dont acte.
Un vendeur évidemment. Et tout à côté de moi un autre client .
Bon cette fois, je n'allais pas tourner autour du pot. "Il s'agit de nouvelles érotiques, claironnai-je."
Et de me rendre avec le vendeur dans le rayon adéquat où je fus instantanément jaugée par une femme pomponnée et un homme tout de noir vêtu. Mes cinq épaisseurs de vêtements n'ont pas dû leur plaire. Sans regrets.ariane bois
Finalement, après avoir mis en émoi tout un bataillon de vendeurs, le fameux recueil fut déniché au rayon... sexualité. Pour la discrétion, je repasserai .
Tout ceci pour vous dire, qu'une fois en main, Dernières nouvelles du front sexuel se révéla encore plus surprenant. En effet, si les textes sont réalistes, ils n'ont en aucun cas l'ambition de rebooster nos libidos engourdies par l'hiver. Non, Ariane Bois s'amuse , sous formes de textes très courts (au maximum trois pages), à passer en revue, pour mieux les égratigner avec beaucoup d'humour, tous les diktats actuels en matière de sexualité, de relations , bref de tout ce qui tourne autour de nos corps et de nos sentiments.
Epilation, sex toys, sexe bio, mais aussi échangisme (avec un texte particulièrement hilarant !), tatouage, entre autres ,sont passés au crible et l'auteure en souligne les inconvénients avec un malin plaisir et beaucoup de bon sens. J'ai aussi tout particulièrement aimé la nouvelle mettant en scène un ado pris par sa mère à regarder des scènes de sexe sur internet. Un texte qui remet les pendules à l'heure avec énergie et efficacité ! L'émotion est aussi parfois au rendez-vous mais c e qui se dégage de la majorité de ces textes, c'est la volonté d'envoyer au diable tout ce qu'on se croit obligé de faire pour être dans l'air du temps et ça fait un bien fou !

Dernières nouvelles du front sexuel, Ariane Bois, L'Editeur.

06/12/2012

D'autres vies que la nôtre

"La peau délicate et fragile de Rosette a des teintes de salaisons."

Parues dans Libération et rassemblées ici ces chroniques placées sous la double égide du grand naturaliste Hainard pour les mammifères,  et de Fabre pour les insectes, racontent "des événements ténus, des allées et venues dans les bois et les champs", comme le précise Elisabeth de Fontenay dans sa préface.homeric,elisabeth de fontenay,animaux
Nulle visée didactique, même si on apprend plein d'infos au passage (si la taupe a tant besoin d'aérer ses galeries c'est qu'elle est une grande péteuse...) mais plein de récits de rencontres et d'observations sur une presqu'île située à 60 kilomètres de Paris où l'auteur a vécu quelques temps dans des conditions plutôt spartiates.
Si vous êtes insensible à ces fugitives visions d'une biche ou d'une martre, ces cadeaux que nous offre parfois la nature, alors peut être serez-vous sensible à l'écriture précise, riche, parfois un chouïa précieuse d'Homeric. Une écriture qui m'a souvent évoqué Jules Renard, voire Colette ,même si on en trouve pas ici la même gourmandise de la vie, que nous offrait l'auteure de La paix chez les bêtes.

Une splendide découverte, toute hérissée de marque-pages !

D'autres vies que la nôtre, Homeric, grasset 2012, 192 pages vivifiantes comme une balade en forêt.

29/11/2012

Carnivores domestiques

"Toi tu as l'habitude. Tu passes et tu observes. Toutes les nuits il ya des histoires et des vies qui  s'arrêtent, un qui te file sous les doigts. Toutes les nuits des confidences .Un déchirement, et puis un vide. Et souvent un fardeau à prendre sur les bras. La briéveté de la vie, tu ne l'oublies jamais."

 Si Balthazar,  Darwin, Gribouille, Caramou, et autres Carnivores domestiques, chats et chiens  de toutes conditions, prennent la parole au début de chacune des histoires composant ce recueil ,ce n'est que brièvement. Celui qui assure bientôt leur relais est un vétérinaire d'urgence dont on devine qu'il a beaucoup à voir avec l'auteur, malgré l'avertissement liminaire. erwann créac'h,chats,chiens et compagnie,humains
Le narrateur passe sans broncher de la mérote à chats qui vit dans un squat avec 35 félins et des conditions de vie dramatiques au jeune couple pimpant. Il ne se veut que témoin. Jamais il ne juge, mais parfois, mine de rien il agit ou tourmente par des mots celui qui a dépassé la mesure.
Il absorbe ainsi jusqu'à saturation la misère et les relations souvent perverties entre les hommes et les animaux. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : "Leurs histoires. Leurs vies en désorde. Ils croient parler de la maladie du chien, du chat ou du lapin nain, mais c'est d'eux qu'ils parlent bien sûr. De leurs plaies, de leurs bosses, de leurs fractures et de leurs contusions.  Ils déballent tout ça , chargé de panique, de larmes et d'angoisses."
Un univers souvent très noir, servi par une langue économe et forte. Un texte plein d'humanité qui a révélé un véritable écrivain et nous éloigne de la vision souvent trop anthropomorphique des animaux.

Carnivores domestiques, Erwann Créac'h, points Seuil 2012, 210 pages parfois accablantes.

26/11/2012

ça m'énerve

"Nous sommes le 31 mai, je fume tranquillement ma cigarette en baladant mon chien  quand une vieille taupe à voix de crécelle me saute dessus :

- Je croyais que c'était la journée mondiale sans tabac !!!

- Et la journée sans casse-couilles, c'est demain ? "

Elle est comme ça Marie-Ange Guillaume: percutante et drôle ! Qu'elle évoque les émissions de téléréalité extrêmes où l'on relooke des candidates disgracieuses en les équipant, entre autres "du clavier de piano spécial people, d'un blanc phosphorescent qui fait peur la nuit." ou le numéro du magazine "spécial rondes" : "La ronde qui pose  en couverture affiche  sans marie- ange guillaumevergogne  un excédent de cinqaunte grammes , et les actrices éternellement convoquées pour illustrer  la chose (Monica Bellucci et Laetitia Casta) ont réussi à regrouper tous leurs kilos superflus dans les seins." ,  la vision est  acérée et l'amour des mots, manifeste .
Elle n'épargne pas non plus les gens qui l'entourent mais en profite largement pour se dégommer au passage. J'ai adoré entre autres sa description d'un dimanche à la campagne avec l'amie, la seule qui veut aider, qui ne trouve pas le lave-vaisselle mais sait dénicher la bouteille de rosé et le tire-bouchon , celle du "resto qui se la pète", celle du métier d'écrivain, celle... Bref, j'ai vraiment apprécié de recueil de textes ou chacun pourra reconnaître le p'tit truc qui va juste nous énerver pour la journée!
Marie-Ange Guillaume a écrit plein de trucs et de machins , comme elle dit, (quelques uns chroniqués ici) et elle mériterait d'être plus connue, alors voici une bonne idée de cadeau à glisser au pied du sapin !

ça m'énerve, Marie-Ange Guillaume, Editions le passage, 17 euros, illustration de couverture: Manu Larcenet (il paraît que c'est une dame en colère...)

13/11/2012

Nouvelles contemporaines

"Comme elle tenait à son mauvais caractère, elle avait refusé."

Trois auteurs ont été réunis dans ce recueil en principe destiné à la jeunesse. Un seul texte pour Delphine de Vigan, Comptes de Noël, assez prévisible, nouvelle qui accompagne d'ailleurs une édition spéciale en poche de No et moi.delphine de vigan,timothée de fombelle,caroline vermalle
Timothéede Fombelle, lui, fait la part belle à des textes personnel, très courts et dont certains évoquent une réalité contemporaine difficile, mais où il s'arrange (presque) toujours pour "laisser une échappée, un espoir, un trait de lumière." Je compte d'ailleurs utiliser certains de ces textes avec mes élèves très fâchés avec la littérature : leur brièveté et la qualité de l'écriture devrait leur plaire...
Mais c'est avec Caroline Vermalle et ses deux textes que j'ai dégainé le plus de marque-pages ! Deux nouvelles pleines d'émotion retenue, mettant en scène ceux que Pierre Sansot appelait avec tendresse les gens de peu , personnes qui luttent contre l'indifférence, se montrent solidaires, et entretiennent la chaleur humaine, vaille que vaille.  La fille du déménageur a suscité ainsi chez moi le plus d'émotions. Le récit de ce père déménageur qui , aidé de ses amis, va tout mettre en oeuvre pour ramener vers la vie sa fille et renouer avec elle tout en délicatesse et en tendresse  est une petite merveille !

Merci Antigone pour cette belle découverte!

 

Nouvelles contemporaines, regards sur le monde, Livre de poche 2012.

31/10/2012

Femmes contre nature

"J'étais excessive, je ne savais pas comment me comporter. Je me posais toujours trop de questions."

Nullipare, Jalouse, Pucelle, Vieille fille, Poilue, Anormale, Dépressive, Impuissante, Alcoolique, Frigide, Egocentrique, tels sont les intitulés de onze des douze nouvelles de Femmes contre nature. Une jolie galerie de qualificatifs - qui heureusement ne concernant pas une seule personne  ! -et une jolie galerie de portraits féminins où chacune pourra piocher à sa guise des points communs.
Autodépréciation ? Pas forcément. Les textes prêtent souvent à sourire et le trait est à peine outré. Que celle qui n'a jamais vécu une soirée (de Noël) familiale sabotée par une égocentrique forcenée lève le doigt ! Idem pour celle prête à gâcher une invitation surprise (pourtant dûment souhaitée!) pour une histoire d'épilation oubliée !léa goddard
Des histoires tragi-comiques dont les protagonistes se retrouvent dans la nouvelle finale, sobrement intitulée Epilogue, pour terminer en beauté un recueil qui se dévore d'une seule traite !

Merci à Babelio et à Emue !

Femmes contre nature, léa Goddard Emue 121 pages miroir.léa goddard

 

04/10/2012

Tous ensemble , mais sans plus

"Tous ensemble, mais sans plus. Sans les trop vieux, les trop pauvres, les trop colorés, les trop moches. Sans les trop autres."

Fi des élans de fraternité, prônant les mixités sociales, les familles/fratries recomposées de gens de tous âges et de toutes origines ! Les nouvelles rassemblées dans ce recueil corrosif font exploser les faux-semblants et craquer le vernis !georges flipo
 D'emblée le ton est donné car il en faut bien peu pour entraîner une trop sage assemblée à lâcher les chiens et à envisager sans sourciller d'envoyer les ancêtre encombrants  faire un stage au Club de Vie Intense , un zeste de manipulation et "avec entrain et un peu d'autorité" tout le monde s'exécute sans broncher,  quite à se retrouver avec un petit démon sur l'épaule...
Racisme feutré à qui il faut juste un coup de pouce pour qu'il se donne libre cours, cruauté qui se pare des oripeaux de la vertu, tout ce qu'on relègue dans "le marais" des non-dits finit par remonter et éclabousser ceux qui n'appartiennent pas aux mêmes mondes, même s'ils feignaient d'en détenir les clés. Le rejet ne se situe pas d'ailleurs pas forcément là on s'y attendrait car Georpes Flipo est fort madré et nous surprend de biens des façons ! Il faudra attendre la fin du recueil pour qu'enfin quelques lueurs de fraternité se donnent à voir , histoire de ne pas totalement désespérer de l'humanité ?
En tout cas, tous ceux qui aiment la causticité et l'humour féroce, dévoreront comme moi tous ces textes , tout sauf sentencieux et donneurs de leçons, d'une seule traite !

Tous ensemble, mais sans plus, Georges Flipo, Anne Carrière 2012, 282 pages jubilatoires et alertes !

Keisha a été conquise !

Le blog de l'auteur .