Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/09/2008

Y pas d'soucis!

Philippe  Delerm avec Ma grand-mère avait les mêmes est allé à la chasse aux phrases touts faites, celles qui ponctuent nos conversations et sont "faussement anodines".
Il le  décortique sans vergogne,  débusquant l'implicite, traquant les sous-entendus où parfois affleure l'agressivité...31FslS2ikdL._SL500_AA240_.jpg
On retrouve ici la gourmandise  de Delerm, sa tendresse aussi , mais parfois, on le remarque davantage dans ce recueil, sa  lucidité quant aux rapports humains, cette sorte de bras de fer qui  s'engage parfois mine de rien, avec le  boucher du marché quand il pèse en en mettant un peu trop, par exemple... Une dimension sociale pointe aussi le bout du nez quand  avec l'expression "Faut arrêter", il conclut :  "Les  décroissants ont du pain sur la planche. Car tous les  passagers de seconde et première classe ont gentiment composté leur billet,  le  convoi est en route,  un TGV qui va de plus en plus vite,  emportant tous ces voyageurs qui voudraient arrêter."
Delerm n'est pas  seulement celui qui  a  ouvert la voie  d'un épicurisme  du quotidien, de la vie ordinaire. La vie, il la  brosse dans toutes ses dimensions. Y a pas d' soucis ! Chacun retrouvera avec plaisir des  phrases qu'il entend ou utilise et promis-juré, on y réféchira  à deux fois avant de les prononcer car nous ne pourrons plus prétendre  être aussi candides... (94 pages, 11 euros)

20/09/2008

Petit éloge des éloges

Enfin ! Trois petits éloges qui valent le détour alors que leurs petits frères, arguant de jolies couvertures et de l'attrait irrépressible que suscite chez moi le mot "éloge"  ne m'avaient apporté que  déceptions !

Commençons par Didier Daninckx qui nous rappelle dans sa préface que la littérature a souvent eu comme  point de départ des faits-divers, que5163r6rERNL._SL500_AA240_.jpg les romanciers s'en prévalent ou pas. Pour lui "Le fait divers est le premier monument érigé à la mémoire des victimes, même si ce n'est qu'un pauvre monument  de papier noirci." Cinq nouvelles ayant comme point de  départ des faits-divers plus ou moins récents vont nous permettre de (re)découvrir par ce biais des morceaux de la grande ou de la petite Histoire. J'ai particulièrement apprécié celle évoquant, tout en retenue, un adjudant de sinistre mémoire, tueur en série, récit qui se termine par une pirouette jubilatoire...
Poursuivons avec Natalie Kuperman qui  avec un titre un peu provocateur,Petit éloge de la haine, confirme ici tout le bien que je pensais d'elle à la lecture de  J'ai renvoyé Martha.41RxWTUO+1L._SL500_AA240_.jpg
Monde de l'entreprise ou d el'enfance, rapports de couples ou d'amis, tout  passe  joyeusement à la moulinette et une "Mini petite souris"  faisant irruption de manière innocente dans un appartememt va  déclencher une réaction en chaîne  tout à fait réjouissante pour le lecteur.  Mais je m'en voudrais  de gâcher votre plaisir en en disant plus.  Juste une citation au passage :  "Un espace inoccupé accueille des possibilités déstabilisantes, c'est contre  cela que l'on travaille, que l'on agit  , que l'on pense."

51O9070bpTL._SL500_AA240_.jpgBilan plus mitigé pour Elisabeth Barillé et son  Petit éloge du sensible, la première partie de ses textes m'a  fait retrouver le plaisir éprouvé à la lecture de  Singes (pas de billet), la seconde plus autobiographique m'a  évoqué plutôt l'univers de Corps de jeune fille que j'avais moins aimé. De jolis moments cependant.

15/09/2008

"les nouvelles , c'est comme les empanadas...

En tronquant le vers de Joachim  Dubellay qui donne son titre au recueil, Georges Flipo donne le ton. Il n'est pas forcément heureux Ulysse  et il n'a pas  forcément fait un beau voyage.Dans ces quatorze nouvelles aux tonalités  très différentes, l'auteur, plus que des pays ou des paysages, explore l'âme humaine, ses petitesses, ses noirceurs encore exacerbées par l'éloignement du pays natal. Comme si loin de chez soi, nos plus viles passions ou nos mensonges  se donnaient  libre-cours... Certains voyageurs  se dépasseront pourtant en choisissant d'aller jusqu'au sacrifice pour connaître la  rédemption...Mais tout n'est pas noir pour autant et de jolies bulles de nostalgie ou de tendresse viennent  réconforter le lecteur embarqué dans un périple qui nous conduit  en Amérique Latine, en Asie, à Venise ou bien plus près de chez nous...41ETs5Pg60L._SL500_AA240_.jpg
On se dit que Georges Flipo possède le don , comme un de ses héros de susciter (et d'exploiter? ) les confidences, (comment autrement se glisser dans la peau de  sept femmes quadragénaires? ), mais comme il a beaucoup de talent, il  lui sera beaucoup pardonné...
Heureux Qui comme Ulysse , et beaucoup d'autres déjà, a lu, ce recueil .

Pour écouter une nouvelle, toute en sensibilité et en émotion, lue par Cuné, c'est ici !

 

Le  blog  de l'auteur.

L'avis de Cuné

Celui  de Laure

Papillon

Fashion

Amanda

Kathel

 

 

N'hésitez pas  à vous signaler pour que je mette votre article en lien !

18/08/2008

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil

A la suite de Georges Flipo , glissons-nous dans le monde de la grande entreprise (qu'elle soit de  pub, d'assurance ou de ce que vous voudrez), jusqu'à L 'étage de Dieu,dans une pièce obstinément close, un peu à la manière de celle de Barbe-Bleue, où un patron olympien régénère sa puissance...
Patrons à l'égo démesuré, carrières fulgurantes qui  peuvent très vite s'effondrer, sur un claquement de doigts, une chiquenaude, ad nutum, comme se plaît à le répéter un Président manipulateur à la petite semaine, qui  répète à l'envi depuis  10  ans cette formule latine  signifiant "d'un mouvement de tête ! Le Conseil d'Administration peut révoquer le  Président  d'un simple mouvement  de tête. En clair: à son gré, sans motif, sans justification." couverture_encadree_jipeg_228_h
Patrons pour qui le merci est compris dans le salaire  versé à leurs employés, qui pressurent les stagiaires sauf  si ceux-ci sont les rejetons de gros clients de l'Entreprise.
Quant aux employés, ils ne valent  pas mieux: le cerveau formaté par de grandes  écoles , ils mènent la vie dure à ceux qui ne sont pas sortis du sérail et n'utilisent pas le  bon code vestimentaire  ou le  bon jargon. Ils  ont l'échine souple  et adoptent  sans hésiter les goûts culturels susceptibles de plaire à leur chef. Certains tentent de se venger, vengeances mesquines  ou spectaculaires, habiles ou pataudes. Je remarque au passage que les personnages féminins tirent leur épingle du jeu avec plus de panache que leurs homologues masculins...
Vous l'aurez compris ces "Douze nouvelles à la gloire de la libre entreprise" sont aussi grinçantes et cyniques qu'une comédie  de Jean Yanne des années 70. De coups de griffes" il n'y avait jamais eu de jolies filles au département comptable, la directrice administrative y veillait et montrait d'ailleurs le bon exemple." en réflexions lucides sur les relations humaines "J'ai alors compris que j'étais l'autre des  autres: ils ne m'avaient rien expliqué du tout.
Bouteiller percevait très bien la situation. Ensemble, nous avons passé  un long moment  , peut être  trois ou quatre secondes, à méditer sur la méchanceté de l'homme et sur la férocité du jeune diplômé [...]Non  ce n'était pas pour moi qu'il le disait, c'était pour lui. Avoir embauché un chef de produit
qui ne soit pas amateur  de peinture,  c'était une  faute professionnelle". Le  texte file, sans acrimonie ni aigreur, chacun  reconnaît au  passage un collègue où un  chefaillon...  Quelques bouffées de tendresse néanmoins dans  ce recueil très équilibré où chaque texte m'a donné son content de plaisir. Un petit bonheur à s'offrir sans faute!
Prix littéraire 2006 "A  la découverte d'un écrivain du  Nord-Pas- de-Calais".

Le site de  l'auteur

L'avis de Cuné

15/08/2008

Microcosmes

Plutôt que de décortiquer en  détail chacune des nouvelles composant ces recueils, juste quelques citations et la tonalité générale pour vous donner envie...41pMvGLKXxL

"Je n'en étais pas encore à m 'étonner, conscient que j'étais de voyager sur les lignes nationales  françaises, ce qui implique,de la part de l'usager, une certaine  patience et le sens  de l'abnégation. En  France, tout arrive, même les trains. Mais il faut du temps, c'est l'arme  secrète.  Personnellement,je n'ai jamais été pressé. je suis armé."
J'ai retrouvé avec plaisir l'univers de Franz Bartelt, ces personnages du quotidien , que  l'on pourrait croiser dans Le bar des Habitudes,son humour à la fois tendre et cruel et ces dérapages incontrôlés. Pourtant certains de ces "treize brefs récits" comme les appelle la 4 ème de couv' (de l'art de ne pas écrire le mot qui fait fuir le lecteur potentiel !) m'ont paradoxalement  paru trop longs et étirés...

L'avis de Val, à qui je dois la découverte de  cet auteur.

Celui de Bellesahi
Les croissants du dimanche qui donnent son titre au recueil d'Annie41Fw0gx0tWL Saumont, il faut bien les chercher pour les trouver. Ils ne sont qu'un détail d'une nouvelle, un rituel auquel se raccroche de toutes ses forces une femme pour redonner un peu  de stabilité au chaos qui a  bouleversé sa vie. Un îlot de stabilité dans un monde qui s'écroule. C'est ainsi que procède l'auteure, au plus près de l'émotion, par détails, par ellipses et l'on se retrouve cueilli par une phrase comme celle-ci , prononcée par un enfant: "Après, des fois, elle regrette. Alors j'ai un câlin."

L'avis de Clarabel que je remercie pour le prêt.

Nicolas Ancion n'est pas français mais belge et francophone alors incluons-le dans ce billet !
Dans Nous sommes tous des playmobiles, ça dézingue à tout va ! On entre d'emblée dans un univers proche du film "C'est arrivé près de chez vous,"où on offre une nouvelle carrière au couteau électrique des années  70 (ou à une agrafeuse),où on torture un académicien français à coups de solécismes...On suit des cours d'assassinat, non reconnus51XQX7Z0gBL par l'Etat car "J'étais en avance sur mon temps, l'Education nationale n'était pas  encore prête à  subsidier ma filière de formation." Le lecteur jubile et se laisse secouer comme sur les montagnes russes ! Quelques moments de  tendresse aussi, pour éclairer un peu ces vies pleines de non-sens. Ancion aime les mots et se dégourdit la langue avec des néologismes savoureux : "La zone de dépression reprit le dessus dès qu'il fut entabouretté au coin du bar."Bref, une savoureuse découverte !

Le site de l'auteur.

 

17/07/2008

Un livre-montagnes-russes-des-émotions.

"    Elle a un super souci, cette brave dame, elle a l'Alzheimer.
    C'est une maladie vraiment  conne, qui est comme le Canada  Dry.
    Tu as l'air d'être en pleine forme, tu parles comme si tu étais en pleine forme, tu marches partout, et tu peux même te promener dans la rue  sans que personne ne s'en rende compte, mais c'est un leurre.

    A l'intérieur, c'est du gruyère, c'est du brouillard, c'est du vent dans  de la solitude, avec une  odeur de souffrance".  Celui  qui écrit ainsi c'est Ron l'infirmier. Il sait de quoi il parle car il a roulé sa bosse de service psychiatrique en service d'urgence,de poste libéral ou en hôpital, il a soigné des enfants, des vieillards, des riches -qui collectionnent les tableaux comme d'autres les ennuis -aux pauvres dont les fenêtres sont murées.
C'est donc un tableau de l'Humanité qui nous est brossé ici, une humanité qui  souffre de maladie, de solitude et surtout de la déshumanisation des soins de santé. 41K7DTNNANL
Comment ne pas être révolté devant une infirmière libérale qui annonce tout d e go  à un malade qu'elle ne le soignera plus car il n'est pas rentable ? Que dire devant ce maire qui refuse une tombe à une personne  de la Maison d'Accueil Spécialisée en se justifiant ainsi :"Humainement, c'est pas possible" ? Heureusement ,il y a des ilôts de tendresse,d'émotion, des moments où la connerie  est battue en  brèche, où  l'infirmier se dit qu'il a été juste dans son approche, qu'on lui a donné le temps de faire son travail correctement, avec empathie.
La chambre d'Albert Camus et autres nouvelles, comme autant de petites fenêtres ouvertes sur l'émotion.

Merci à Amanda pour le prêt.

L'avis de Cuné

16/07/2008

"Je saute du car comme un bouchon de champagne."

D'abord, couper les pages.Prendre son temps pour ne pas abîmer le papier lisse et doux.Prendre son temps pour découvrir ces "photographies de vie" comme les appelle joliment l'auteure dans sa dédicace.
Est-ce la même narratrice qui court de texte en texte,sont-elles multiples ou démultipliées comme les images d'un kaleïdoscope ? L'enfance en tout cas est au coeur de ces textes qui disent le quotidien, un quotidien charnel et sensible:  "...voir leurs regards s'attarder sur mon pantalon bon marché, puis glisser sur moi comme sur une page vide."287
Antigone, car c'est elle, met en lumière ces instants de vie , passés ou présents avec un charme tout particulier qui fait qu' aussitôt la première lecture finie,trop goulue, de Un jour, je serai grande ! ,nous n'avons qu'une envie : recommencer. Et cette fois savourer...

PS: Nous n'allons pas lui mettre la  pression mais son texte "Si je  devais...

écrire un roman, je commencerais par fermer les yeux un moment."

nous espérons qu'il lui donnera des idées...Ferme les yeux Antigone pour mieux ouvrir les notres.

16 pages précieuses à glisser contre son coeur, parues au Editions du petit véhicule.

Désolée, je n'ai pas  retrouvé les billets d'Anne et Bellesahi :(

L'avis de Florinette


13/06/2008

"Ma mère claqua deux bises à mon mari sans aller vomir. Elle n'avait jamais pu le sentir."

Ajoutons pour que la citation prenne toute sa saveur que la narratrice de cette nouvelle trouve que son mari sent la mort...51GzaxVTGeL
Le ton est donné, ça fouraille sec, dans La preuve par neuf , neuf nouvelles où Dorine Bertrand donne libre cours à sa fantaisie parfois acide, peignant avec une jubilation sans pareille les rapports de couple, les rapports parents/enfants, quel que soit l'âge de ces derniers, de celui à peine conçu à l'ado rebelle qui troque un déguisement bcbg  contre  sa panoplie gothique et cultive le goût du suicide : "On voulait tous sauter par la fenêtre seulement la chambre de Tramber, c'est la cave de ses parents."
L'auteure se glisse avec délectation dans les circonvolutions du cerveau de ses personnages , nous les montrant partir en vrille , ainsi cette femme qui croit que son couple est en danger à cause d'une amie trop attirante (mais pour qui? ...)ou celle qui s'astreint à  une  relation sexuelle hebdomadaire avec  son mari pour préserver son couple et ne pas sombrer dans les statistiques du divorce...ça grince, c'est revigorant et ça vient  de sortir en poche, pourquoi s'en priver ? !

L'avis de Clarabel.

26/05/2008

"Etre une femme aujourd'hui, est-ce seulement avoir un corps de femme ? "

Ouvrir  une recueil de nouvelles organisé autour d'une  thématique, c'est l'occasion de retrouvailles  espérées et de découvertes qu'on souhaite enthousiasmantes...Mission remplie avec 11 femmes, 11 nouvelles.
Le rendez-vous avec Anna Rozen est particulièrement réussi : "Mon corps m'encombre,j'ai décidé de le  vendre sur e-bay." A partir de là la machine s'emballe mais avec une  logique imparable  et réjouissante... Brigitte Giraud est fidèle à elle même  et à son style dense  et tendu.Audray Diwan nous régale d'une séance  de massage bien particulière tandis que la narratrice de la  nouvelle de Camille  de Peretti , qui semble  s'être adoucie,  nous assure qu' "Etre en règle avec la nature c'est une belle absurdité."51IdgGVPz8L
Le style oralisé deTania de Montaigne m'est apparu plutôt pénible, je  n'ai pas totalement été convaincue par les textes de JessicaL. Nelson (où j'ai d'ailleurs trouvé "une plâtrée  d'explications" au lieu d'une plâtée...),  de Stéphanie Polack, trop banals à mon goût.Yasmina Jaafar  a un  style intéressant et original mais son récit est par trop convenu.
J'ai par contre été emballée par l'écriture charnelle d'Olivia Elkaïm, le style acéré de Catherine Castro et le texte plein d'émotion et de sobriété d'Anne Plantagenet. "Le corps d'Albertine s'est tu". En une phrase tout est dit, bravo !
Le seul homme embarqué dans cette expédition au pays du corps des femmes est le photographe Olivier Roller qui réussit le tour de force de transformer les  imperfections physiques  en une beauté dense et tendre à al  fois. Le tout pour 10 euros, un autre tour de force !

10/03/2008

Sixties à la campagne

En une quarantaine de vignettes, Bruno Roza évoque dans Leçons de choses toute une époque révolue, celle des années 60 .51EENYTWEXL
Consacrés à tout un bric-à -brac hétéroclite ,( le presse-purée, les bocaux, les lapins...), ces  textes courts restituent la saveur d'une enfance où dominent les figures parentales et surtout celle de la grand-mère , par rapport à la masse indifférenciée des enfants de la famille. Des saynètes mettent également en scène les moments phares de l'enfance (la vaccination, chez le coiffeur...), les peurs générées par les germes des pommes de terre à la cave ou l'escalier sombre et ambivalent...
On ne peut que penser bien évidemment à Philippe Delerm,mais là où les  textes de Delerm ont la beauté mais aussi la fragilité d'une bulle de savon, la force de ceux de Roza réside dans cette langue charnue et comme  inspirée  directement par ces auteurs des livres de lecture de l'époque.
A lire comme on feuillèterait un album de famille...

L'avis de Katell qui a  en a fait un livre voyageur pour mon plus grand plaisir