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02/02/2012

Parti tôt, pris mon chien...en poche

"Une justice ironique, une forme de jurisprudence pour laquelle Jackson avait une affection particulière."

Mères assassinées, mères sans coeur qui au contraire s'acharnent à ne pas mourir, enfants enlevés mais qui font preuve comme souvent chez Kate Atkinson d'une résilience sans ostentation, policiers véreux et au milieu de ce maelström vertigineux orchestré de main de maître par l'auteure, notre détective privé préféré, Jackson Brodie.51N4vUAbcML._AA115_.jpg
Jackson qui n'est nommé qu'à la page 50 et manque parfois se faire voler la vedette à la fois par le chien du titre et surtout  par une nouvelle venue, Tracy Waterhouse , formidable personnage de policière capable tout à la fois d'estourbir un malfrat d'un coup de sac à main (dûment lesté d'une torche de police il est vrai) que d'effectuer un bien curieux achat.
Kate Atkinson nous balade (dans tous les sens du terme !) entre 1975 et notre époque dans un Yorshire où plane l'ombre d'un tueur en série et où ses personnages se déplacent sans cesse pour revenir à leur point de départ : Leeds.
Une fois de plus l'auteure  se révèle la reine de la frustration, jouant avec virtuosité de l'attente du lecteur et de toutes les possibilités de manipulation que lui offre l'écriture. Péripéties, fausses pistes, le lecteur ne sent pourtant jamais perdu car Kate Atkinson excelle à se glisser aussi bien dans la peau d'une vieille actrice qui perd à la fois son porte-monnaie et ses mots , que dans celle d'un vieux policier tenaillé par l'idée de vengeance. Atkinson maîtrise totalement la forme de son roman ainsi que son style, parsemé de petites pépites d'humour (parfois noir), de remarques caustique et de citations. Qu'une vieille actrice se remémore des vers de Shakespeare, en particulier de La tempête, comme un écho de celle qui se déroule dans son crâne, n'a en soi rien d'étonnant mais qu'un homme supposé fruste en fasse autant avec des vers d'Emily Dickinson l'est déjà beaucoup plus ! Et c'est comme ça tout au long de ce roman jubilatoire où le lecteur se fait sans cesse berner et en redemande, ce que Atkinson a aussi prévu car tous les mystères ne sont pas forcément éclaircis...Un roman qui se dévore à toute allure !

Bravo à l'équipe éditoriale qui a réussi le tour de force d'en dire suffisamment pour donner envie sans pour autant révéler quoi que ce soit des multiples chausse-trappes de ce texte dans la 4 ème de couv' !

Bravo aussi à la traductrice , lsabelle Caron !

28/01/2012

L'héritage impossible...en poche

"L'ethnique atteint de tout nouveaux sommets ! cria-t-il."

anne b. ragde


Après une scène initiale forte et poignante, le dernier volet de la trilogie d'Anne B. Ragde perd un peu en puissance.
Si le personnage de Torunn, héritière de la ferme, aux prises avec un travail harassant dans un ferme délabrée, tout en s'occupant d'un vieil homme quasi mutique, est toujours aussi attachant, ses oncles, malgré leur bonne volonté apparente ne lui sont guère utiles et leur comportement frôle souvent la caricature.
L'auteure semble peiner parfois à renouveler ses thèmes et lance parfois son récit dans des voies de garage qui ne lui apportent rien. Néanmoins la peinture du monde agricole est comme toujours très réussie  (ah, ces descriptions de porcelets !).
Ce n'est pas qu'on s'ennuie vraiment mais on a hâte de connaître le destin que va se choisir l'héroïne et en cela la fin est quelque peu décevante car je m'attendais à quelque chose de plus enthousiasmant pour elle. Une réussite en demi-teintes donc.

26/01/2012

R & B Blitz

"Il n'y a pas d'endroits paisibles. Il n'y en n'a plus. Si tu veux la paix, porte un flingue. "

Les héros récurrents de Ken Bruen,les policiers londonniens Brant et Roberts au début de ce nouvel épisode de leurs aventures ne sont pas au mieux de leur forme, c'est rien de l'écrire ! Pourtant, il va bien falloir qu'ils se remuent car un serial killer des plus frustes, a décidé de s'en prendre aux flics...
C'était mon premier R&B et , même si j'ai l'habitude du cynisme et de la violence de Jack Taylor*, ici, ça dépote encore plus ! L'intrigue cavale à toute allure, ne s'embarrasse pas de fioritures, les personnages sont dessinés apparemmment à gros traits , mais de manière efficace ,et même si au début on est un peu sonné, on prend vite le rythme et même on se régale !41WTWYNTXcL._SL500_AA300_.jpg
Il y a beaucoup d'humour, souvent noir, voire très noir, ainsi cette description brève mais des plus efficaces: "Mme Fox avait le visage affable que les thérapeutes  en formation apprennent à se composer. Il disait : "j'ai tout entendu et rien ne me choque. mais surtout, je vous aime, sale ordure.""
Le tout est évidemment très politiquement incorrect et si "Brant ne tenait pas compte des règles et s'en sortait.", hé bien, de temps en temps, ça fait du bien...  à lire !

R&B Blitz, Ken Bruen,  traduit de l'angalis (Irlande) par Daniel Lemoine,Série Noire Gallimard 2007, 272 pages qui revigorent ! le tout émaillé de citations éclectiques et iconoclastes au début de chaque chapitre .

Déniché à la médiathèque !

*autre héros récurrent de Ken Bruen.

Ken Bruen, efficace en cas de panne de lecture !

23/01/2012

Printemps

"Son envie d'alcool, elle la combat par le danger et la souffrance, par l'épuisement physique."

Une explosion dans une petite ville tranquille de Suède touchée par la crise bancaire: la destruction d'un distributeur bancaire a provoqué la mort de deux fillettes et a grièvement blessé leur mère. Malin et ses collègues vont mener l'enquête mais notre policière favorite aura fort à faire aussi avec ses propres problèmes personnels. La tentation de briser son abstinence bien sûr d'autant que le secret lié à sa famille va enfin être livré au grand jour et va la bouleverser profondément. Mais aussi la solitude qui la touche de plus en plus.mons kallentoft
L'intrigue est prenante même si elle utilise de grosses ficelles et joue un peu trop sur la note glauque. L'argent est ici vilipendé de manière un peu naïve et je me suis bien plus attaché au personnage fragile de l'héroïne qu'à ces réflexions intempestives et ma foi, plutôt inutiles
Ce Printemps sera-t-il l'occasion d'une renaissance pour Malin ? En tout cas il clot de manière satisfaisante la tétralogie des saisons.

à noter quelques coquilles et traductions approximatives qui m'ont quelque peu agacée.

22/01/2012

Et devant moi, le monde...en poche

"à ses yeux, je suis quelqu'un à qui on a montré le chemin et qui s'en est délibérément détourné."

A dix-huit ans, Joyce Mainard écrit un long article qui fait d'elle la porte-parole de la jeunesse des années 70 aux Etats-Unis. Ce texte, et la photo qui l'accompagne, lui vaudront une lettre d'un certain  J.D. Salinger. S'engage alors une correspondance qui débouchera bien évidemment sur une histoire de fascination et d'emprise entre la très jeune fille et cet écrivain charismatique de trente -cinq ans son aîné.
Quoi qu'en dise le bandeau accrocheur de l'éditeur "Dans l'intimité de Salinger", ce récit ne tourne pas seulement autour de cet épisode de la vie de Joyce Mainard.joyce mainard
C'est bien plutôt le récit d'une très jeune femme qui mettra énormément de temps à accorder sa vie (marquée par la honte et l'imperfection ) avec le récit édulcoré qu'elle en fait, en brave petit soldat désireux de plaire non seulement à ses parents mais aussi à tous ceux qui la liront. Mainard le reconnaît avec franchise, oui elle a été avide de reconnaissance et de succès, toutes choses qui ne pouvaient que déplaire à l'ascétique Salinger qu'elle a connu. S'il a été le premier à reconnaître en elle un écrivain, la leçon a été plutôt âpre à digérer car, placée sur un piédestal dans un premier temps, la chute n'en a été que plus rude pour Joyce.
Récit pudique mais sincère, Et devant moi, le monde, fait entendre la voix de celle qui s'est échinée pendant des années à écrire comme si quelqu'un regardait par dessus son épaule mais a enfin trouvé le courage d'admettre que non sa vie n'était pas parfaite et que oui elle avait le droit de mettre à mal le mythe Salinger. On pourra la trouver parfois naïve cette très jeune femme , mais jamais elle ne nous agacera et son histoire trouvera forcément de nombreux échos en nous.

19/01/2012

Les lieux infidèles...en poche

"Je me retrouvais à Faithful Place, comme si je ne l'avais jamais quittée."

Vingt-deux ans que Franck Mackey n'a pas remis les pieds dans ce quartier de Dublin où il avait grandi et où sa bien- aimée, Rosie l'avait abandonné, juste le soir de leur départ pour Londres. Il avait dix-neuf ans et voulait vivre son amour loin d'une famille complètement dysfonctionnelle, marquée par la peur et la violence.tana french
Mais la valise de Rosie vient d'être découverte et Franck, devenu flic infiltré, va devoir à la fois reprendre contact avec les siens et revisiter son passé. Bien évidemment, il ne pourra s'empêcher de mener  sa propre enquête car, c'est bien connu, les infiltrés ont un respect tout relatif de la loi.
Les lieux infidèles  vaut aussi bien par les péripéties de l'enquête que par l'atmosphère dublinoise qui y est évoquée. Faithful Place est un quartier à la fois pauvre, populaire et chaleureux où chacun s'efforce de préserver ses secrets pour ne pas donner de grain à moudre aux voisins. On y boit parfois plus que de raison, ça chante, ça gueule, ça pleure...Tout un pan de l'histoire dublinoise, marquée par le chômage et les musiques des années 80 s'y donne à voir et c'est ce qui fait la saveur de ce roman, un tantinet trop classique dans la forme. De quoi passer un bon moment cependant.

17/01/2012

Le calme retrouvé

" J'ai imaginé le premier grand massacre dans une retraite de méditation: "L'agresseur était un homme d'une cinquantaine d'années connu pour sa quête de paix intérieure. La raison pour laquelle il était venu au monastère armé d' une kalachnikov n'a pas été éclaircie.""

Difficile en effet pour Tim Parks de se débarrasser de son humour noir , de sa colère, bref d'accéder sans regimber à la méditation ! Comment ce romancier anglais installé en Italie où il a fondé une famille et enseigne l'art de la traduction à l'université  en est-il arrivé à pratiquer la méditation et à changer sa manière d'appréhender la vie ? C'est la douleur qui, par tâtonnements successifs, l'a mené là .Une douleur dont il parle avec beaucoup de vérité, tout comme il décrit de manière la plus précise possible les effets que produisent sur lui la relaxation et la méditation.Le lisant,j'ai repensé aux descriptions de Jan Willem van de Wetering de ses séances dans un monastère où il était arrivé par des chemins bien différents de ceux de Tim Parks.tim parks,douleur,méditation
le début du récit est un peu lent mais la réflexion ne tombe jamais dans le prosélytisme ni l'idéalisation (voir la description sans concessions du deuxième gourou), mais la réflexion est toujours aiguë, sans complaisance et formidablement prenante. Un récit de vie tout hérissé de marque-pages !

Merci Cuné pour cette découverte !

14/01/2012

L'homme inquiet...en poche

"Ce personnage inquiet et mal assuré dans la marge: c'est moi."

Wallander est devenu grand-père , à sa grande surprise et à sa grande joie. Le spectre de la retraite commence à rôder autour de lui  tandis que la vieillesse gagne davantage de territoire, détériorant non seulement son corps, qu'il a part trop négligé, mais aussi, et c'est ce qui l'angoisse le plus, sa mémoire.
Malgré tout cela , obstiné,  il mène une enquête, en parallèle des services officiels ,sur la disparition des beaux-parents de sa fille Linda. Remontent alors à la surface des échos de la guerre froide , de sous-marins et d'espionnage.henning mankell
L'enquête est particulièrement lente dans cet ultime épisode de la série des Wallander. Ce qui prime avant c'est le personnage en lui même, qui fait le bilan de sa vie à la fois professionnelle et personnelle. Reviennent ainsi à sa mémoire des souvenirs des enquêtes précédentes et des gens du passé. Les femmes de sa vie réapparaissent également pour un dernier tour de piste, une manière d'évaluer si , une fois pour toutes, il pourra se  faire à l'idée de vivre seul à la campagne , en compagnie d'un chien.
Parcouru de nombreux allers-retours, à la fois dans l'espace et dans le temps, L'Homme inquiet évoque aussi une période trouble de l'histoire de la Suède et la nécessité, selon l'auteur, de ne pas négliger la politique. Tout ceci a parfois des accents de testament et ce n'est sans doute pas un hasard si, à la fin du récit, Wallander éprouve le besoin de mettre au clair ses idées sur une enquête non entièrement élucidée, par écrit.
Henning Mankell en finit avec son personnage d'une manière particulièrement efficace et réussie, lui laissant tout à la fois un espace de liberté et l'impossibilité physique de réapparaître dans une autre enquête. Un texte riche en réflexions et un portrait particulièrement poignant.

12/01/2012

Attachée

"Elle survola l'hypothèse qu'elle vivait peut être sa propre aventure avec Giovana-flirtant et fantasmant comme tant d'internautes à travers le monde, en proie à l'illusion."

Jean, américaine  de 46 ans ,mariée à un séduisant Anglais, ouvre un courriel destiné à son époux,courriel rédigé par une aguichante Giovana. Plutôt que d'en parler directement au principal interessé, elle va entretenir une correspondance avec celle qu'elle soupçonne être la maîtresse de son mari, en se faisant passer pour lui.isabel fonseca
Cet accroc dans sa vie paradisiaque sur une île tropicale fictionnelle , Saint Jacques, va remettre en question ses relations avec l'homme avec qui elle vit depuis la fin de ses études. La prise d'indépendance de sa fille , ses inquiétudes concernant sa santé de femme en milieu de vie , ses relations avec ses propres parents qui ont divorcé, avec sa soeur, tout ceci va aussi être reconsidéré avec finesse et perspicacité.
D'où vient alors que nous n'éprouvons presque pas d'empathie pour Jean ? Peut être parce que'Isabel Fonseca fouille dans le plus noir de ce qui fonde les attachements, la part de dépendance, voire de masochisme, que nous ne sommes pas forcément prêts à admettre. Un roman tout sauf confortable mais qu'on ne lâche pas.

Attachée, Isabel Fonseca, traduit de l'anglais (E-U) par David Fauquemberg, Métaillé 2012, 319 pages dérangeantes.

Le billet de Cuné !

09/01/2012

Quand j'étais Jane Eyre

"Quelle est cette manie familiale d'aspirsheila kohler,soeurs brontë,écritureer à la célébrité et à la gloire ? Quelle folie !"

Intriguée par tout un pan de la vie de Charlotte Brontë resté dans l'ombre, celui pendant lequel elle a rédigé le roman qui la rendra célèbre et changera sa vie, Jane Eyre, Sheila Kohler a imaginé ce qu'avait bien pu vivre l'écrivaine durant cette période.
Avec sensibilité, elle brosse le portrait de cette famille marquée par la mort, la maladie, la pauvreté, l'égocentrisme d'un père mais aussi par ce lien formidable à l'écriture qui unit les quatre enfants survivants de la fratrie Brontë. Branwell, le frère chéri, gaspillera ses dons dans les opiacées et l'alcool, mais Charlotte, Emily et Anne qui ne feront que de brèves et malheureuses incursions dans le monde extérieur à celui de leur presbytère, sauront , à des degrés différents, braver les interdits de l'époque et rédiger des romans qui seront parfois jugés "choquants, brutaux, anti-chrétiens et anti-bourgeois" car révélant la violence de leurs frustrations.
Sheila Kohler a choisi de centrer son roman sur Charlotte (à qui je préfère largement sa cadette Emily, je le confesse), la seule qui aura pu accéder à un peu de bonheur, mais elle ne sombre jamais dans le pathos, évoquant avec sobriété la vie difficile de la famille Brontë. Des retour en arrière permettent d'évoquer les principaux épisodes de leur trop brève existence.J'ai beaucoup aimé la manière dont Sheila Kohler a tissé les liens entre leurs romans et la vie des soeurs, montrant bien leur esprit de revanche, mais n'omettant pas non plus la sourde rivalité (réelle ou imaginaire mais très plausible en tout cas) qui les a animées juste avant l'édition.Un éclairage intelligent,  une écriture élégante, une lecture qui ravira les fans (dont je suis !) .

Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler,traduit de l'anglais par Michèle Hecter, Editions Quai Voltaire 2012, 260 pages lues d'une traite, même si ellesn'apportent pas de révélations fracassantes, ce qui n'était évidemment pas le lieu !

Le billet d'Ys.