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22/01/2012

Et devant moi, le monde...en poche

"à ses yeux, je suis quelqu'un à qui on a montré le chemin et qui s'en est délibérément détourné."

A dix-huit ans, Joyce Mainard écrit un long article qui fait d'elle la porte-parole de la jeunesse des années 70 aux Etats-Unis. Ce texte, et la photo qui l'accompagne, lui vaudront une lettre d'un certain  J.D. Salinger. S'engage alors une correspondance qui débouchera bien évidemment sur une histoire de fascination et d'emprise entre la très jeune fille et cet écrivain charismatique de trente -cinq ans son aîné.
Quoi qu'en dise le bandeau accrocheur de l'éditeur "Dans l'intimité de Salinger", ce récit ne tourne pas seulement autour de cet épisode de la vie de Joyce Mainard.joyce mainard
C'est bien plutôt le récit d'une très jeune femme qui mettra énormément de temps à accorder sa vie (marquée par la honte et l'imperfection ) avec le récit édulcoré qu'elle en fait, en brave petit soldat désireux de plaire non seulement à ses parents mais aussi à tous ceux qui la liront. Mainard le reconnaît avec franchise, oui elle a été avide de reconnaissance et de succès, toutes choses qui ne pouvaient que déplaire à l'ascétique Salinger qu'elle a connu. S'il a été le premier à reconnaître en elle un écrivain, la leçon a été plutôt âpre à digérer car, placée sur un piédestal dans un premier temps, la chute n'en a été que plus rude pour Joyce.
Récit pudique mais sincère, Et devant moi, le monde, fait entendre la voix de celle qui s'est échinée pendant des années à écrire comme si quelqu'un regardait par dessus son épaule mais a enfin trouvé le courage d'admettre que non sa vie n'était pas parfaite et que oui elle avait le droit de mettre à mal le mythe Salinger. On pourra la trouver parfois naïve cette très jeune femme , mais jamais elle ne nous agacera et son histoire trouvera forcément de nombreux échos en nous.

19/01/2012

Les lieux infidèles...en poche

"Je me retrouvais à Faithful Place, comme si je ne l'avais jamais quittée."

Vingt-deux ans que Franck Mackey n'a pas remis les pieds dans ce quartier de Dublin où il avait grandi et où sa bien- aimée, Rosie l'avait abandonné, juste le soir de leur départ pour Londres. Il avait dix-neuf ans et voulait vivre son amour loin d'une famille complètement dysfonctionnelle, marquée par la peur et la violence.tana french
Mais la valise de Rosie vient d'être découverte et Franck, devenu flic infiltré, va devoir à la fois reprendre contact avec les siens et revisiter son passé. Bien évidemment, il ne pourra s'empêcher de mener  sa propre enquête car, c'est bien connu, les infiltrés ont un respect tout relatif de la loi.
Les lieux infidèles  vaut aussi bien par les péripéties de l'enquête que par l'atmosphère dublinoise qui y est évoquée. Faithful Place est un quartier à la fois pauvre, populaire et chaleureux où chacun s'efforce de préserver ses secrets pour ne pas donner de grain à moudre aux voisins. On y boit parfois plus que de raison, ça chante, ça gueule, ça pleure...Tout un pan de l'histoire dublinoise, marquée par le chômage et les musiques des années 80 s'y donne à voir et c'est ce qui fait la saveur de ce roman, un tantinet trop classique dans la forme. De quoi passer un bon moment cependant.

17/01/2012

Le calme retrouvé

" J'ai imaginé le premier grand massacre dans une retraite de méditation: "L'agresseur était un homme d'une cinquantaine d'années connu pour sa quête de paix intérieure. La raison pour laquelle il était venu au monastère armé d' une kalachnikov n'a pas été éclaircie.""

Difficile en effet pour Tim Parks de se débarrasser de son humour noir , de sa colère, bref d'accéder sans regimber à la méditation ! Comment ce romancier anglais installé en Italie où il a fondé une famille et enseigne l'art de la traduction à l'université  en est-il arrivé à pratiquer la méditation et à changer sa manière d'appréhender la vie ? C'est la douleur qui, par tâtonnements successifs, l'a mené là .Une douleur dont il parle avec beaucoup de vérité, tout comme il décrit de manière la plus précise possible les effets que produisent sur lui la relaxation et la méditation.Le lisant,j'ai repensé aux descriptions de Jan Willem van de Wetering de ses séances dans un monastère où il était arrivé par des chemins bien différents de ceux de Tim Parks.tim parks,douleur,méditation
le début du récit est un peu lent mais la réflexion ne tombe jamais dans le prosélytisme ni l'idéalisation (voir la description sans concessions du deuxième gourou), mais la réflexion est toujours aiguë, sans complaisance et formidablement prenante. Un récit de vie tout hérissé de marque-pages !

Merci Cuné pour cette découverte !

14/01/2012

L'homme inquiet...en poche

"Ce personnage inquiet et mal assuré dans la marge: c'est moi."

Wallander est devenu grand-père , à sa grande surprise et à sa grande joie. Le spectre de la retraite commence à rôder autour de lui  tandis que la vieillesse gagne davantage de territoire, détériorant non seulement son corps, qu'il a part trop négligé, mais aussi, et c'est ce qui l'angoisse le plus, sa mémoire.
Malgré tout cela , obstiné,  il mène une enquête, en parallèle des services officiels ,sur la disparition des beaux-parents de sa fille Linda. Remontent alors à la surface des échos de la guerre froide , de sous-marins et d'espionnage.henning mankell
L'enquête est particulièrement lente dans cet ultime épisode de la série des Wallander. Ce qui prime avant c'est le personnage en lui même, qui fait le bilan de sa vie à la fois professionnelle et personnelle. Reviennent ainsi à sa mémoire des souvenirs des enquêtes précédentes et des gens du passé. Les femmes de sa vie réapparaissent également pour un dernier tour de piste, une manière d'évaluer si , une fois pour toutes, il pourra se  faire à l'idée de vivre seul à la campagne , en compagnie d'un chien.
Parcouru de nombreux allers-retours, à la fois dans l'espace et dans le temps, L'Homme inquiet évoque aussi une période trouble de l'histoire de la Suède et la nécessité, selon l'auteur, de ne pas négliger la politique. Tout ceci a parfois des accents de testament et ce n'est sans doute pas un hasard si, à la fin du récit, Wallander éprouve le besoin de mettre au clair ses idées sur une enquête non entièrement élucidée, par écrit.
Henning Mankell en finit avec son personnage d'une manière particulièrement efficace et réussie, lui laissant tout à la fois un espace de liberté et l'impossibilité physique de réapparaître dans une autre enquête. Un texte riche en réflexions et un portrait particulièrement poignant.

12/01/2012

Attachée

"Elle survola l'hypothèse qu'elle vivait peut être sa propre aventure avec Giovana-flirtant et fantasmant comme tant d'internautes à travers le monde, en proie à l'illusion."

Jean, américaine  de 46 ans ,mariée à un séduisant Anglais, ouvre un courriel destiné à son époux,courriel rédigé par une aguichante Giovana. Plutôt que d'en parler directement au principal interessé, elle va entretenir une correspondance avec celle qu'elle soupçonne être la maîtresse de son mari, en se faisant passer pour lui.isabel fonseca
Cet accroc dans sa vie paradisiaque sur une île tropicale fictionnelle , Saint Jacques, va remettre en question ses relations avec l'homme avec qui elle vit depuis la fin de ses études. La prise d'indépendance de sa fille , ses inquiétudes concernant sa santé de femme en milieu de vie , ses relations avec ses propres parents qui ont divorcé, avec sa soeur, tout ceci va aussi être reconsidéré avec finesse et perspicacité.
D'où vient alors que nous n'éprouvons presque pas d'empathie pour Jean ? Peut être parce que'Isabel Fonseca fouille dans le plus noir de ce qui fonde les attachements, la part de dépendance, voire de masochisme, que nous ne sommes pas forcément prêts à admettre. Un roman tout sauf confortable mais qu'on ne lâche pas.

Attachée, Isabel Fonseca, traduit de l'anglais (E-U) par David Fauquemberg, Métaillé 2012, 319 pages dérangeantes.

Le billet de Cuné !

09/01/2012

Quand j'étais Jane Eyre

"Quelle est cette manie familiale d'aspirsheila kohler,soeurs brontë,écritureer à la célébrité et à la gloire ? Quelle folie !"

Intriguée par tout un pan de la vie de Charlotte Brontë resté dans l'ombre, celui pendant lequel elle a rédigé le roman qui la rendra célèbre et changera sa vie, Jane Eyre, Sheila Kohler a imaginé ce qu'avait bien pu vivre l'écrivaine durant cette période.
Avec sensibilité, elle brosse le portrait de cette famille marquée par la mort, la maladie, la pauvreté, l'égocentrisme d'un père mais aussi par ce lien formidable à l'écriture qui unit les quatre enfants survivants de la fratrie Brontë. Branwell, le frère chéri, gaspillera ses dons dans les opiacées et l'alcool, mais Charlotte, Emily et Anne qui ne feront que de brèves et malheureuses incursions dans le monde extérieur à celui de leur presbytère, sauront , à des degrés différents, braver les interdits de l'époque et rédiger des romans qui seront parfois jugés "choquants, brutaux, anti-chrétiens et anti-bourgeois" car révélant la violence de leurs frustrations.
Sheila Kohler a choisi de centrer son roman sur Charlotte (à qui je préfère largement sa cadette Emily, je le confesse), la seule qui aura pu accéder à un peu de bonheur, mais elle ne sombre jamais dans le pathos, évoquant avec sobriété la vie difficile de la famille Brontë. Des retour en arrière permettent d'évoquer les principaux épisodes de leur trop brève existence.J'ai beaucoup aimé la manière dont Sheila Kohler a tissé les liens entre leurs romans et la vie des soeurs, montrant bien leur esprit de revanche, mais n'omettant pas non plus la sourde rivalité (réelle ou imaginaire mais très plausible en tout cas) qui les a animées juste avant l'édition.Un éclairage intelligent,  une écriture élégante, une lecture qui ravira les fans (dont je suis !) .

Quand j'étais Jane Eyre, Sheila Kohler,traduit de l'anglais par Michèle Hecter, Editions Quai Voltaire 2012, 260 pages lues d'une traite, même si ellesn'apportent pas de révélations fracassantes, ce qui n'était évidemment pas le lieu !

Le billet d'Ys.

 

06/01/2012

Meurtres au manoir

"J'ai tout de suite senti que je tuerais pour l'avoir."

Clarissa, jeune célibataire à la vie sentimentale desespérement placée sous le signe de l'échec, a su habilement manoeuvrer pour conquérir le coeur de Thomas, veuf de fraîche date à défaut d'être de première fraîcheur. Mais plus que de l'homme, c'est surtout de son manoir qu'elle est tombée amoureuse. Quant aux deux tantes âgées qui font partie du lot, elles ont l'air de délicieuses chéries et entreprennent  aussitôt de cajoler la nouvelle arrivante.Pourtant Clarissa va bientôt se rendre compte que les vieilles dames ont de bien étranges" petites manies" et que "Les vifs et les morts sont liés les uns aux autres pour l'éternité.". Y aurait-il quelque sorcellerie dans l'air ?willa marsh,marcia willett
Les cent premières pages de ce roman sont un pur délice d'atmosphère délicieusement surannée (l'intrigue se déroule au XXème siècle, mais au coeur de ce paysage de "boisé"menaçant, on se sent quasiment hors du temps) et de manigances féminines. Nous naviguons dans une atmposphère à la croisée d'Arsenic et vieilles dentelles et de L'ile aux trente cercueils* avec un bonheur sans pareil, même si à force de fourberies et de rebondissements, l'intrigue s'essouffle un peu. Mais un livre où les femmes se sortent vite de leur "apathie tisanière"  et font carburer leurs neurones à toute allure pour mieux se jouer des hommes est un bonheur qu'on ne peut se refuser !

Meurtres au manoir, Willa Marsh, (pseudonyme de Marcia Willet), traduiut de l'anglais par Henry Dougier et Emmanuel Dazin, autrement 2012, 275 pages dévorées d'une traite !

*Grosses ficelles et sorcellerie païenne à deux balles, j'assume !:)

Du même auteur: Meurtres entre soeurs

Le journal secret d'Amy Wingate

05/01/2012

Arcadia

"Ce n'est pas rien, les souvenirs."

Arcadia, symbole d'un âge d'or pastoral, est ici le nom d'une communauté hippie de la fin des années 60. Ridley, surnommé Pouce en raison de sa petite taille, y a vu le jour, y a grandi, enregistrant au fil du temps les métamorphoses des gens et la disparition de cette utopie. La drogue, l'ambition personnelle, les tensions, l'arrivée d'une population trop nombreuse et peu sensible au principe de réalité, viennent en effet corrompre les idéaux. Pouce , qui n'a jamais connu que cette vie, quittera Arcadia, mais y reviendra, accomplissant un trajet circulaire, celui de la vie où les enfants et les parents échangent leurs rôles.
Roman d'initiation donc, mais porté par une personnalité exceptionnellement lucide et bienveillante, se préoccupant plus des autres que de lui même,observant aussi bien la nature que les êtres humains, sans jamais les juger.lauren groff,communauté
Un roman au charme certain, qu'il faut prendre le temps de savourer, un roman qui porte une attention aiguë aux sensations, aux sentiments, qui fait vivre ses personnages et l'on se prend à rêver de rencontrer un tel homme...
Le talent de Lauren Groff prend ici toute son ampleur, on sent qu'elle a pris on temps, qu'elle a mûri, a gagné en sérénité et c'est tant mieux !

Arcadia, Lauren Groff, Plon 2012, traduit de l'anglais (E-U) par Carine Chichereau, 313 pages apaisantes.

23/12/2011

L'école des saveurs

"-Si je la libère de l'emprise des livres, , je cuisinerai le restant de ma vie.Si je n'y arrive pas, j'abandonnerai pour toujours."

Les mets contre les mots, drôle de marché, passé par une petite fille face à une mère lectrice compulsive qui délaisse la cuisine ! Mais rassurez-vous cet "antagonisme " est traité avec humour: "Lillian, quant à elle, estimait que des oeufs brouillés cinq jours d'affilée, c'était de bonne guerre dans une semaine dominée par James Joyce" (La mère a en effet pour habitude  de lire à haute voix ses livres pour que sa fille en profite !).erica baurmeister,cours de cuisine
Devenue adulte, Lillian tient sa promesse et en plus de la tenue d'un restaurant, elle ouvre un cours de cuisine auquel vont assister des" élèves" très différents, par l'âge, la situation sociale et familiale qui, plus que des techniques, apprendront surtout à apprécier la sensualité des ingrédients et des plats et à (re) tisser des liens sociaux. Une trame simple donc mais une écriture allègre, 251pages qui filent bien trop vite ! Un livre qui vous remets sur les rails de la lecture quand on a envie d'un roman sans prise de tête mais bien écrit !
Ne faites pas comme moi, ne vous attardez pas sur une couverture ratée , ouvrez sans plus attendre ce roman qui vous fera encore plus apprécier les plats que vous allez bientôt déguster ! à (s')offrir sans plus attendre !

Un grand merci à Antigone !!

Clara est tout aussi enthousiaste !

12/12/2011

Le ciel de Bay City

"Le ciel d'Auschwitz est un enfer. Il est si noir, Nellie, il me cache le sens de nos vies."

La mère et la tante d'Amy font tout pour oublier leur passé de survivantes d'une famille assassinée dans les camps nazis. Mais Amy, par le biais de cauchemars et d'hallucinations, revit continuellement ces horreurs que personne ne lui a racontées. catherine mavrikakis,shoah,mémoire transgénérationnelle
Elle a également développé une fixation sur Le ciel de Bay City dont le mauve, signe de pollution chimique, ne peut lui cacher "les cendres et les âmes des morts." à la veille de ses dix-huit ans, Amy, tout en révolte et à fleur de peau, décide de mettre un terme à cette malédiction familiale...
Difficile de rendre compte de ce texte obsessionnel qui nous offre des visions faussées d'une réalité multifaces. Amy est à la fois une adolescente fan d'Alice Cooper, qui , dénigrée par sa mère, ne semble pas lui en tenir rigueur, obervant le comportement maternel de manière quasi détachée et développant des stratégies qui lui permettront d'échapper à un destin mortifère. C'est aussi une adulte qui aura un parcours pour le moins surprenant, toujours en équilibre entre la vie et sa fascination pour la mort. Un roman surprenant qui suscitera soit la fascination (mon cas) ou le rejet viscéral.

Le ciel de Bay City, Catherine Mavrikakis, 10/18 2011, 250 pages qui, bizarrement , m'ont revigorée !

Une lecture électrochoc pour Clara !

Papillon n'a pas réussi à l'aimer !