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25/05/2016

L'année pensionnaire

 "Un pensionnat est une institution forte parce qu’en un sens, il est fondé sur le chantage et on y cède."

Fréquentant un pensionnat de jeunes filles au pied des Pyrénées depuis l'âge de sept ans, la narratrice, âgée de quatorze ans, en connaît les codes et les usages par cœur. Elle croyait n'avoir rien à espérer de cette rentrée scolaire quand elle découvre une nouvelle venue, Attalie. Cette dernière, semblant indifférente à tout, lestée d'un passé qui la singularise, devient aussitôt un objet de fascination éperdue.isabelle lortholary
Raconté à quarante ans de distance cette Année pensionnaire , marquée par la mort,est d'abord un roman d'atmosphère, empli de solitudes qui se frôlent dans un pensionnat glacial , exsudant une "stagnation"où les jeunes filles ont "engluées". Pas d'épanouissement ici mais la prolongation "presque jusqu’à la démence d'une enfance sénile."  On se croirait plus au XIX ème siècle que dans les années 70 !
La narratrice, dont nous ne connaîtrons le prénom qu'à la toute fin du texte, porte un regard acéré à la fois sur ses parents  qui "n'avaient de parents que la fonction, deux inscriptions joliment manuscrites à la plume, face à face dans un livret de famille: mais il fallait tourner la page pour me voir apparaître, derrière, au verso-cachée aux regards, une présence héritée et peu désirée.", sur le manque de solidarité et la cruauté des pensionnaires envers les plus faibles. Cruauté dont elle ne sera pas exempte.
Il se dégage de ce roman un  sourd poison qu'il faut prendre le temps de siroter et de laisser agir. 139 pages maîtrisée, denses, et que je n'oublierai pas de sitôt ! Un grand coup de cœur !isabelle lortholary

Merci à l'éditeur et à Babelio.

L'année pensionnaire, isabelle Lortholary, Gallimard 2016.

Lu dans le cadre de Masse critique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23/05/2016

Non exclusif

catherine charrier"-Je ne t'ai pas menti. Je t'ai dit que je n'avais rien dans ma vie qui puisse m'empêcher d'avoir une relation et c'était vrai."

Laure, à quelques heures de partir en week-end , apprend incidemment que Vincent, son nouvel amoureux, est déjà en couple avec Anne, une peintre. Pour la quadragénaire, le choc est rude. Elle appelle celui qui, estime-t-elle, l'a trahie et ils décident de se laisser une quinzaine de jours avant de se revoir.
Laure ignore encore ce qu'elle va faire, mais les conseils de sa vieille voisine pourront l'aider à y voir plus clair.
Situation digne d'une vaudeville ? à première vue, oui .Mais Catherine Charrier a le chic pour dynamiter les clichés et son héroïne est d'une trempe telle qu’elle saura analyser la situation sans préjugés et l'affronter avec énergie.
Pour elle, Vincent n'a rien d'un Don Juan et son histoire personnelle peut expliquer son comportement. Il n'en reste pas moins que Laure souffre et que certaines de ses décisions auront des conséquences sur plus d'une vie.
J'ai beaucoup aimé ce portrait de femme et les réflexions très pertinentes qui l'émaillent, tant sur la vie amoureuse que sur la vie professionnelle de Laure.
Finesse psychologique, récit mené tambour battant, écriture précise et efficace, Catherine Charrier confirme ici tout le bien que je pensais déjà d'elle !

Non exclusif, Catherine Charrier, Éditions Kero 2016.catherine charrier

De la même autrice: clic et reclic

20/05/2016

L'étrangère...en poche

Le génocide arménien de 1915 n'a toujours pas été reconnu par la Turquie et son déroulement, ses causes et ses conséquences sont encore trop ignorées du grand public. L'auteure, ex directrice de Elle, est la petite-fille d'une survivante de ce génocide. Elle a entrepris de raconter, sous forme romanesque, les informations qu'elle est parvenue à recueillir de son aïeule.9782290123454_cm.jpg
Alternant récit du génocide tel que l'a vécu sa grand-mère et parties concernant son enfance, l'auteure remonte ainsi le temps et éclaire un épisode de l'Histoire trop souvent passé sous silence. Une lecture  éprouvante mais très éclairante.

L’étrangère, Valérie Toranian, J'ai Lu 2016.

19/05/2016

Féline...en poche

Une jeune fille coréenne adopte un chat errant. Ce n'est pas par bonté d'âme mais pour le vendre via internet.
Hélas pour elle, le félin croit reconnaître en elle un de ces humains fabuleux qui comprennent le langage des chats et n'aura de cesse de la rejoindre.Bu Hui-ryeong
Deux êtres aussi sauvages l'un que l'autre vont progressivement apprendre à se connaître et à s'apprécier.
Schéma connu desservi ici par des personnages peints de manière un peu rude et un style tout aussi brut de décoffrage. Il manque un je ne sais quoi de policé dans ce texte pour emporter l'adhésion. Bilan en demi-teintes donc.

Le billet d'Aifelle pour qui ça n'a pas été un coup de cœur...

18/05/2016

Regarde les lumières, mon amour...en poche

"L'hypermarché est pour tout le monde un espace familier dont la pratique est incorporée à l'existence, mais dont on ne mesure pas l'importance sur notre relation aux autres, notre façon de "faire société" avec nos contemporains au XXIème siècle."

Pendant un an, l’écrivaine Annie Ernaux a "consigné le présent" ,sous la forme d'un journal , de la vie du Auchan de Cergy qu'elle fréquente en tant que cliente régulière. Pourquoi avoir choisi un tel lieu ? Parce qu'il est à la fois tellement familier, révélateur du mode de fonctionnement de notre société. Parce que c'est  aussi un lieu où se croisent des populations qui ne se rencontreraient pas ailleurs et surtout parce que c'est un endroit "qui commence seulement à figurer parmi les lieux dignes de représentation."annie ernaux
Annie Ernaux scrute avec acuité le fonctionnement de la grande distribution qui impose sa propre temporalité, "suscitant les désirs aux moments qu'elle détermine",  souligne "son rôle dans l’accommodation des individus à la faiblesse des revenus, dans le maintien de la résignation sociale."mais croquant aussi avec beaucoup d'empathie tous les comportements des clients. Les tensions, les bribes de dialogues, les comportements auxquels nous ne prêtons même plus attention tellement ils sont devenus automatiques sont ici restitués dans toute leur subtilité.
Une analyse riche de "L’hypermarché comme grand-rendez-vous humain" mais aussi une écriture fine et sensible. à lire absolument.

 

17/05/2016

Brillante

"Difficile d'oser avouer l'échec professionnel quand on est programmé pour réussir."

Diplômée d'une grande école, Claire, issue d'un milieu modeste, a tout réussi : son mariage avec Antonin, avec qui elle partage la même conception de la réussite, et son intégration dans un grand groupe afro-alimentaire où tout semble lui réussir.stéphanie dupays
Las, la belle mécanique va se gripper quand sa supérieure hiérarchique ,qui peine à concilier vie de famille et exigences professionnelle, va prendre ombrage de cette quasi perfection de Claire et progressivement mettre la trentenaire sur la touche.
Stéphanie Dupays peint avec subtilité le monde de l'entreprise, en démontant les codes, et l'utilisation si particulière du langage qui y est employé: " Un monde où la langue n'a plus d'importance, où toute l'activité est orientée vers le présent et l'opérationnel.". Une "no man's langue" qui contamine le vocabulaire de l'héroïne au quotidien, soulignant que "l'entreprise modèle nos paroles et nos comportements.".
Elle montre aussi comment Claire , coupée de son histoire, se retrouve seule à affronter l'échec, personne dans son entourage familial ne pouvant lui donner une solution de repli.
La tension est extrême et en 185 pages denses, au rythme rapide, l'autrice nous entraîne dans le sillage de Claire, Brillante ,mais à quel prix ? Un gros coup de cœur !

 

Le billet de Cuné qui m'a donné envie.

13/05/2016

Bad girl classes de littérature...en poche

"Tu auras honte de tes souvenirs. Tu voudrais être quelqu'un d'autre...et feras de ton mieux pour l'être."

Enfant non désirée, entrave à la volonté naissante de liberté et d'ambitions intellectuelles de sa mère, on peut dire que Nancy Huston partait avec un lourd passif.
S'adressant au fœtus à naître qu'elle fut, l'autrice revient non seulement sur son parcours de "drôle de petit chamois vaillant devenu dame vieillissante en femme de lettres." Mais surtout sur ce qu'elle appelle ses classes de littérature , que ce soit  la musique et le langage, "échafaudages invisibles, sans poids, auxquels tu pourras toujours te cramponner.", "le fait d'être "la nouvelle", encore et encore"ou les leçons de piano.nancy huston
Elle explore pas à pas le trauma, sans rien omettre de ses découvertes , même  accidentelles ,et c'est cette façon de faire ,précise, et le style imagé de Nancy Huston qui ont su me séduire.

257 pages et une forêt de marque-pages !

 

12/05/2016

Poulets grillés...en poche

"-Y a du corgi, le chien de la reine d'Angleterre, un peu de teckel, du bâtard, du corniaud, du clébard. Ce n'est plus un croisement, c'est un échangeur d'autoroute, gloussa-t-elle, contente de sa blague ou de son chien. Il s'appelle Pilote, mais vous pouvez Pilou.
-C'est vrai, je peux ? Il ne se vexera pas ? "

 On ne peut pas les virer ? Qu' à cela ne tienne ! Le nouveau patron du 36 quai des Orfèvres crée une nouvelle brigade composée de tous les indésirables de la police. ll y a là un ancien négociateur du raid,  une écrivaine s’inspirant un peu trop de ses collègues, un alcoolo, un porte-poisse, un ou deux crétins, le tout chapeauté par Anne Capestan, étoile vite montée, vite déchue de la judiciaire.sophie hénaff
Réussissant à dénicher deux affaire à deux doigts d'être classées, cette belle bande de bras peut être pas si cassés que cela , va se mettre en branle et donner son maximum pour révéler la vérité.
Un grand sens du rythme, de l'humour et des personnages bien croqués font de ces 342 pages endiablées un petit plaisir de lecture à dénicher, comme moi en médiathèque, ou à s’offrir en poche.

Sophie Hénaff

10/05/2016

Enfant, je me souviens

 "Ils [les souvenirs] murmurent à notre oreille un secret qui nous concerne au plus intime, mais qu'il nous est impossible de cerner et de formuler." Dr Catherine Dolto, haptothérapeuthe qui signe la préface de cet ouvrage.

C'est à un saut dans le passé (au sens propre et au sens figuré pour la narratrice d'Agnès Abécassis) que nous convient ces auteurs francophones rassemblés pour défendre la cause des enfants. Si deux d'entre eux (Isabelle Autissier en tête)soulignent au passage qu'autrefois les enfants  jouissaient d'une plus grande liberté de circulation en France, il n'en reste pas moins comme le remarque aussi Laurent Binet, qu'un simple grillage pouvait déjà matérialiser une séparation sociale et conditionner toute une existence.
Il est aussi question de transmission dans ces nouvelles, que ce soit par un grand-père (celui d'Alain Mabanckou menant une double vie...) ou une enseignante Tatiana de Rosnay) ou de transmission par les mots (Maxime Chattam, Jean-Louis Fournier).9782253069508-001-T.jpeg
Si quelques (rares )nouvelles ont une tonalité un peu convenue, voire pour l'un d’entre d'eux, donne l'impression que l'autrice se regarde écrire,ôtant toute sensibilité au texte, d'autres sont tout simplement jubilatoires et nous emportent dans un univers où règne la loufoquerie, pour mieux contrer la misère. Je n'oublierai pas de sitôt le père Fiscalo de Philippe Claudel !
Nous croiserons aussi quelques célébrités, Yves Montand, Jacques Brel, ce dernier passant en toute simplicité des vacances  sur la plage du vieux Boucau où "régnait "le père du narrateur de la nouvelle de Jacques Expert en sa qualité de maître-nageur sauveteur, l'occasion de créer une complicité père/fils un peu ambiguë...
Bref, un recueil particulièrement réussi pour évoquer les souvenirs d'enfance, réels ou fictifs.
De plus, pour chaque livre acheté, un euro cinquante est reversé à l'UNICEF. De quoi doubler le plaisir.

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  Agnès Abécassis, Isabelle Autissier, Laurent Binet, Didier van Cauwelaert, Maxime Chattam, Matthieu Chedid, Philippe Claudel, Jacques Expert, Jean-Louis Fournier, Hélène Grémillon, Philippe Grimbert, Alain Mabanckou, Oxmo Puccino, Romain Puértolas, Tatiana de Rosnay, Eric-Emmanuel Schmitt, Sigolène Vinson.

09/05/2016

Le grand n'importe quoi

"-Si possible, il faudrait éviter le centre. Il y a des culturistes à mes trousses, des policiers à ma recherche, des extraterrestres sur mes talons, et le père Cadick qui patrouille avec sa carabine."

Bienvenue (ou pas) à Gourdiflot-le-Bombé, sa rue du Poney myope, son impasse du Marcassin Boiteux et ses habitants tous plus frappadingues les uns que les autres. Arthur aurait sans doute mieux fait de refuser l'invitation de Framboise, cela lui aurait éviter de se retrouver coincé dans une boucle temporelle, "pour vivre des situations toujours plus humiliantes" en compagnie de lémuriens et de quelques extraterrestres. L'occasion pour lui de trouver un sens à sa vie et accessoirement à la nôtre. Oui, rien que ça.
Il faut pas mal de culot pour oser intituler son roman Le grand n'importe quoi car si le contenu n'est pas à la hauteur des objectifs,le titre risque de se retourner contre son auteur !j.m. erre
Et pourtant , le pari est tenu: J.M.Erre s'en prend cette fois à l'univers des romans et films de science-fiction qu'il passe à la moulinette et secoue dans son shaker déjanté , y ajoutant quelques zeugmas "puis il prit en même temps une bouteille et un air menaçant", un soupçon de virelangue "un grand gras à gros goitre", force personnifications et autres ingrédients pleins d'humour dont il a le secret.
On pourra regretter une petite baisse de forme vers la fin ,qu'une pirouette de dernière minute ne parvient pas  vraiment à sauver, mais c'est un bon moment de lecture déjantée dont on aurait tort de se priver.

Le grand n’importe quoi, J.M.ERRE Buchet-Chastel 2016, 296 pages folles ,folles, folles .

 Le billet de Clara !