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14/04/2014

Les Suprêmes

"Entre Suprêmes, nous nous traitions avec beaucoup de  délicatesse. Nous fermions les yeux sur les défauts des autres et faisions preuve de prévenance , même quand cela n'était pas mérité."

Elles se sont connues à l'adolescence et, entrées dans la cinquantaine, se fréquentent toujours avec autant de bonheur.  Malgré les années, elles sont restée celles que l'on surnomme encore Les suprêmes, trois afro-américaines pittoresques et pleines d'énergie, même si la vie ne les a pas épargnées .
Qui sont elles ? D'abord Odette, qui se définit elle-même comme une enquiquineuse, toujours prête à vous balancer en face des vérités déplaisantes. Normal qu’elle soit intrépide: elle est née dans un sycomore ! Puis, Clarice , à deux doigts de croire comme le lui rabâche sa mère que"le bonheur est le signe infaillible qu'on vit dans le péché." et qui ferme les yeux depuis bien longtemps sur les infidélités de son charmeur de mari. Enfin, Barbara Jean, toujours aussi sexy, mais toujours aussi marquée par son passé, fortement lié à l'histoire des États-Unis.edward kelsey moore
De retours en arrière en morceaux de bravoure (on ne souhaite à personne un mariage comme celui de la pauvre Sharon !), de sourires en moments d'émotion, on partage avec Les Suprêmes un véritable bonheur de lecture et l'envie qu’elles  nous fassent un petite place dans leur bande !

Les Suprêmes, Edward Kelsey Moore, traduit de l'américain par Cloé Tralci avec la collaboration d'Emmanuelle et de Philippe Aronson, Actes Sud 2014, 316 pages qui fleurent bon l'amitié indéfectible !

Les viles tentatrices: Ptitlapin et Clara !

12/04/2014

Le détour...en poche

Étrange, cette aisance avec laquelle le garçon et le chien s'accommodaient à cette  maison."

Emportant quelques meubles et surtout son recueil des poèmes d'Emily Dickinson, une néerlandaise entre deux âges, loue une maison isolée au Pays de Galles. Derrière elle, elle laisse des parents figés dans leurs habitudes et un mari, d'abord furieux puis indifférent.gerbrand bakker
Va-t-elle tenter de se reconstruire ou son objectif est-il simplement de trouver un apaisement ?  Se tenant d'abord dans un monde clos, l'héroïne va petit à petit s'intégrer à la nature qui l'entoure. L'arrivée impromptue d'une jeune homme chargé de cartographier les sentiers pédestres de la région va briser cette solitude et réveiller en elle sentiments et sensations.
Avec une grande économie de moyens, beaucoup de non-dits, Gerbrand Bakker fait évoluer son héroïne, gommant tout pathos, dans un univers qui devient de plus en plus proche de celui d'Emily Dickinson. On est bien loin ici de l'image que donne Christian Bobin de la poétesse américaine dans La dame blanche !
Mais le plus important mérite de ne pas être révélé afin de ne pas briser le charme puissant de ce roman qu'on voudrait tout à la fois finir et faire durer le plus longtemps possible... Un univers peuplé d'oies, d'un chien de berger, d'écureuils gris , d'un blaireau effronté et de quelques personnages qu'on a l'impression de voir évoluer devant nos yeux tant ils sont réussis ! Un moment de pur bonheur !

11/04/2014

Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling

"Elle ne supportait pas de voir tout ce qui avait fait la gloire de cette maison disparaître pièce après pièce aux mains de gens qui y poseraient des bouteilles de bière, leur monnaie , ou un poste de télé. c'était un sacrilège."

Parce que Dieu le lui a ordonné, parce qu'elle sait qu'elle va mourir, Faith Bass Darling, septuagénaire excentrique, organise un vide-grenier le 31 décembre 199 au matin. Une occasion exceptionnelle pour le public de voir étalés sur la pelouse les biens que cinq générations ont amassés dans cette riche maison. L'occasion aussi d'évoquer les fantômes , les drames et la fuite de la fille de Faith, tous liés à des objets du passé.Une folle journée donc où les événements vont s'enchaîner, brassant tout un flot d'émotions et de non-dits. lynda rutledge
Quelle relations entretenons-nous avec les objets ? Peuvent-ils être de véritables compagnons ou devons-nous apprendre à nous libérer d'eux ? Faith Bass Darling et sa fille devront rapidement trouver des réponses à ces questions avant que l'an 2000 ne pointe...
Premier roman des plus sympathiques, Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling paraît parfois un peu léger dans ses réflexions et sa volonté de vouloir à tout prix remettre le monde en ordre mais il procure néanmoins un bon moment de lecture, fluide et plaisant. Un bon gros roman comme on les aime !

Le dernier vide-grenier de Faith Bass Darling, Lynda Rutledge, traduit de l'anglais (E-U) par Laure Manceau,  Babel 2014 , 347 pages qui se dévorent toutes seules !

 

08/04/2014

Entre les jours

"Pendant au moins trente secondes, tout était resté parfaitement calme. Pendant au moins trente secondes, avant que les cris ne retentissent, que leurs vies ne basculent définitivement, le monde était resté parfaitement calme."

Une famille américaine bien sous tous rapports : un père architecte, une mère au foyer, un garçon et une fille qui poursuivent leurs études. Certes, le divorce parental a quelque peu déstabilisé ce microcosme propret mais c'est surtout le renvoi de Chloé de l'université, puis sa disparition sans explication qui vont tout faire chavirer.andrew porter
Roman psychologique, Entre les jours possède un sens du rebondissement et du suspense impeccables. On découvre petit à petit les causes du renvoi de Chloé et surtout on observe, fascinés, comment cette constellation familiale va devoir se réorganiser face à l'impensable. L'auteur se glisse avec aisance dans chacun de ses personnages et son écriture sensible et maîtrisée ne nous permet pas de lâcher ce roman addictif. Une réussite !


Entre les jours, Andrew porter, traduit de l'anglais (E-U) par France Camus-Pichon, Éditions de l'olivier 2014, 400 pages magnifiques.

Clara  a aussi été conquise !

05/04/2014

Bernadette a disparu...en poche !

"Je crois que vous me confondez avec quelqu'un qui souhaiterait vous connaître."

Bernadette, sa talentueuse fille Bee et son mari, gourou chez Microsoft ,vivent à Seattle, dans une ancienne institution où la frontière entre l'extérieur et l'intérieur est devenue plus que poreuse.
à la veille d'un voyage en famille en Antarctique, Bernadette, rattrapée par ses névroses, disparaît. Sa fille décide de se lancer à sa recherche et découvre bientôt dans son courrier tout un ensemble de documents qui vont lui permettre de brosser un portrait à 360 ° de sa mère, constituant ainsi le texte de ce roman.maria semple
Qui est vraiment Bernadette ? La pourfendeuse des mères parfaites de Seattle qu'elle appelle "les bestioles" ? Une architecte qui a étouffé dans l’œuf ses capacités créatrices ? Une femme qui n'a pas su surmonter ses échecs ? On pourrait continuer longtemps la liste de ces questions tant est riche la personnalité de cette femme hors du commun qui nous devient de plus en plus proche (et diablement sympathique !) au fur et à mesure de notre lecture.
Bourré d'un humour féroce, ce texte ne ménage pas les rebondissements et nous propose une satire hautement réjouissante d'un monde qui se voudrait parfait et lisse. Les personnages ne sont pour autant jamais présentés de manière manichéenne et l'on ne lâche pas ce roman, sauf pour en retarder au maximum la lecture des dernières pages !

04/04/2014

L'exception

"-La vie bifurque constamment. Il n'est pas de personne plus mûre que celle qui change sept fois par semaine sa façon de penser."

La nuit du réveillon, son mari annonce à Maria qu'il la quitte pour un mathématicien, spécialiste comme lui de la théorie du chaos. Pour le coup, c'est bien la vie de la jeune femme qui devient chaotique ! Aidée par sa voisine Perla, haute d'un mètre vingt, conseillère conjugale et familiale (et nègre d'un auteur policier à ses heures), la jeune femme aura fort à faire pour se reconstruire psychiquement face aux événements bouleversants qui s'enchaînent.audur ava olafsdottir
Truffé de réflexions sur l'écriture , les liens entre la fiction et la réalité, L'exception  possède un rythme enjoué , un ton qui ne sombre ni dans le pessimisme ni dans l’optimisme à tout crin. "-Si ta vie était un roman, dit-elle depuis la cuisine, une telle saturation d'événements semblerait peu vraisemblable." Et pourtant nous savons bien que la vie est souvent bien plus surprenante que la réalité.
Pas de solution miracle, pas d'analyse sauvage, juste du bon sens et de la bienveillance, de l'empathie pour des personnages nuancés et pleins de vie. Un roman alerte et revigorant , plein d'humour, bref une réussite ! Et zou, sur l'étagère des indispensables !

L'exception, Adur Ava Olafsdottir, traduit de l'islandais par la talentueuse Catherine Eyjolfsson, Zulma 2014, 338 pages riches d'humanité.

Du même auteur : clic et reclic (le second sortira bientôt au format poche !)

25/03/2014

le bruit des autres

"Je n'avais pas demandé grand chose à quiconque depuis la mort de mon mari, et maintenant que tout semblait exiger énormément de moi, sans jamais me laisser en paix, je devais me montrer vigilante. Je devais tenir les comptes  plus sérieusement, tracer des lignes invisibles ."

Propriétaire d'un immeuble ancien à Brooklyn, un  Brownstone, Celia, jeune veuve, tient le monde à distance et sélectionne soigneusement ses locataires. Elle a ainsi créé un microcosme apparemment harmonieux, empli de discrétion .amy grace loyd
Las ! Une nouvelle venue , Hope,  semble avoir apporté avec elle"un phénomène physique chaotique" qui a pris le pouvoir dans l'immeuble, "encouragé par le printemps, mélangeant les appétits humains avec les taillis." Simultanément , son locataire le plus âgé, un vieux conducteur de ferry ,disparaît. Bref,la belle harmonie a fait long feu et Celia ne peut plus se contenter de créer des scénarios à partir de ce qu'elle entend chez les autres .Elle va devoir renouer avec des désirs qu'elle croyait avoir oubliés et affronter un monde tout sauf aseptisé.
Premier roman, Le bruit des autres fait partie de ces livres aux thèmes subtilement dérangeants,  à l'écriture élégante et puissante tout à la fois, de ces textes qu'on aurait aimés écrire tellement ils sonnent juste.
Les personnages sont à la fois parfaitement cernés tout en gardant une part trouble ,qui les rend encore plus attachants et crédibles. Bref c'est un pur délice et un énorme coup de cœur, constellé de marque-pages !

Un grand bravo à jean Esch pour la traduction !

Le bruit des autres, Amy Grace Loyd, Stock 2014, 260 pages troublantes.

 

15/03/2014

Enfants de poussière...en poche

"-Je me demande parfois si tu n'es pas en train  d'essayer de résoudre du même coup deux mystères qui se sont produits à  presque quarante ans d'intervalle."

Le cadavre d'une jeune Asiatique vient d'être trouvé en bordure de route dans le comté d'Absaroka, Wyoming.Le coupable, un géant Indien frappé de mutisme, paraît tout désigné mais notre shérif préféré Walt Longmire, n'est pas du genre à bâcler une enquête. D'autant que dans le sac à main de la victime, une photo va le replonger dans sa première enquête durant la guerre du Vietnam.craig jonhson
Alternant passé et présent, ce nouveau roman de Craig Johnson a le mérite de nous replacer en territoire connu, avec, entre autres, une superbe description de ville fantôme . L'humour est toujours aussi présent, Longmire observe ainsi avec attention le nouvel amoureux de sa fille : "Michael prit la dernière huître des Rocheuses*. il n'avait pas remarqué qu'il était le seul à en manger."mais les retours en arrière m'ont paru assez confus et Longmire m'a souvent donné l'impression de me retrouver dans une atmosphère à la Rambo (seul contre tous, impossible de s'en sortir mais si).
Bilan mitigé donc aggravé par tous ses Ouaip qui ponctuent régulièrement les paroles du shérif.

14/03/2014

la 5ème saison

mons kallentoft"Le cours du temps n'a plus aucun sens pour Maria Murvall.
Elle vit une saison qui lui est propre.
Une saison où tout est possible, mais où rien ne se passe. la saison où les sensations sont inversées, et où les sentiments sont morts.
cette saison a un nom.
C'est la cinquième saison."

La cinquième saison et sans doute la saison de trop. En effet, si la relation amoureuse de Malin Fors est envisagée de manière réaliste et fouillée, on aurait aimé en dire autant de la résolution de l'énigme qui courait tout au long des différents épisodes de la série.
Outrée au delà du raisonnable, elle perd ici toute crédibilité et les descriptions des sévices ne font qu'accroître le sentiment de malaise qui s'empare du lecteur. Ouvrant un livre noir, on ne s'attend évidemment pas à du confort mais pas pour autant à de la complaisance. Un final à oublier donc.

13/03/2014

Dieu me déteste

"Être mourant, si on regarde bien, c'est plutôt lassant.ce qui est vraiment intéressant, c'est de vivre ici, beaucoup plus intéressant que je l'aurais cru , quand on m'a amené ici de force et que je jurais  et me débattais tout ce que je pouvais."

Celui qui s'exprime ainsi c'est Richard Casey, dix-huit ans dans quelques jours. Bien qu"otage des soins palliatifs" d'un hôpital New-yorkais, lui et son amoureuse Sylvie, quinze ans, malgré la maladie, la perte des cheveux, le corps qui lâche dans tous les  sens,  ont une furieuse envie de faire des conneries, de s'aimer malgré tout, de vivre quoi !hollis seamon
Halloween et l'intervention d'un oncle hors-normes vont précipiter les événements et entraîner nos héros dans un tourbillon joyeux, souvent émouvant, plein d'une féroce rage de vivre malgré tout. Roméo luttant contre le dragon qui veille sur sa bien-aimée, Richard nous fait vibrer et allume plein d’étoiles dans nos yeux.
Jamais de sensiblerie ni de pathos, le monde hospitalier est peint de manière très juste et la fin est juste époustouflante. Un livre bourré d'énergie , d'empathie et de pudeur qui glisse , zz, sur l'étagère des indispensables. On n’est pas prêts d'oublier cette galerie de personnages et cet amour ardent ! Un grand et beau coup de cœur !

Dieu me déteste, Holly Seamon, traduit de l'anglais (E-U) par Marie de Prémonville,Éditions La Belle colère 2014, 277 pages enthousiasmantes !

Le billet de Clara.