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19/05/2010

Maîtresse

"...je devais prétendre qu'il restait en moi quelque chose de vivant."

En 1882 dans le Sud des Etats-Unis, la vie n'est pas aussi flamboyante et douce qu'on pourrait le croire. La révolte commence à gronder et les Blancs ont fort à faire pour conserver les Noirs sous le joug de l'esclavage.
Mais qui vit vraiment , Manon, jeune femme désabusée qui  se refuse à son mari tyrannique ou Sarah, l'esclave qui dissimule soigneusement ses pensées et passe ses nuits avec l'époux de Manon ?41xhrBd9dtL._SL500_AA300_.jpg
Ni avec toi ni sans toi pourrait être le leitmotiv de Manon qui n'arrive pas à se défaire de cette esclave qui l'humilie en sourdine. Une valse-hésitation fascinante où les rapports de force changent sans cesse, où la manipulation se fait feutrée, se donne ainsi à voir.
Bien que les romans historiques ne soient pas vraiment ma tasse de thé, ,ayant beaucoup aimé le précédent roman de Valerie Martin, j'ai enchaîné avec celui-ci et bien m'en a pris. En effet, même si l'auteure  s'est appuyée sur une documentation solide , elle a su s'en affranchir pour mieux insister sur les rapports troubles qui se nouent entre les deux femmes. Un roman acide est troublant. A découvrir.

Maîtresse, Valerie Martin, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier, Albin Michel 2004, livre de poche 2006.

14/05/2010

Maria avec et sans rien

"Dans le monde entier, il n'y avait pas autant de calmants qu'il y avait de périls imminents."

Maria a tout perdu : son réalisateur de mari, Carter, parti tourner sans elle dans le désert; sa fille de quatre ans, Kate, internée. Maria, actrice de seconde zone, veut se battre pour récupérer Kate mais dérive dans un monde factice, vide, où les amours et les amitiés sont instables et fugitives, celui de la bourgeoisie intellectuelle de la côte ouest. Alors elle roule sur les autoroutes, tentant vainement d'instaurer une sorte de cadre, ne serait-ce qu'horaire , à sa dérive.41gERw4XZ6L._SL500_AA300_.jpg
Il faut accepter de perdre parfois ses repères pour accompagner Maria dans ces 80 scènes brèves  qui nous la peignent de manière à la fois sensible et détachée. Un livre fascinant.

Maria avec et sans rien, Joan Didion,traduit de l'américain par Jean Rosenthal, pavillons poche Robert Laffont, 233 pages .

L'avis de Joëlle.

12/05/2010

Indesirable

"Sauve qui peut, voilà la fille aux frelons !"

Sur fond de préparation de l'opinion publique américaine à la guerre en Irak, un couple d'intellectuels de la banlieue aisée de New-York, Brendan et Chloe, voit son monde douillet menacé. D'abord par la présence sur leurs terres d'un braconnier. Puis par l'irruption dans leur vie bien lisse de la nouvelle petite amie de leur fils, une jeune réfugiée Croate, au caractère bien trempé, Salomé : "Une sensation déconcertante, comme lorsqu'on voit une araignée sortir fièvreusement de quelque trou noir dans la cave." Le ton est donné.
Avec cette jeune femme, c'est tout un monde étranger et sauvage, marque par la violence de l'Histoire qui va bouleverser leur existence de fond en comble.417tK5-YyGL._SL500_AA300_.jpg
Ce n'est d 'ailleurs pas un hasard si  Chloe illustre Les Hauts de Hurlevent , et travaille en particulier sur l'identité de Heathcliff...Par ailleurs, Brendan qui est historien mais travaille sur un sujet bien plus confortable et distancié, les croisades, va se trouver confronté de plein fouet  à un conflit bien plus contemporain, ce qui nous vaudra des pages très dures consacrées à l'ex-Yougoslavie.
Valerie Martin maîtrise totalement son écriture et choisit de ne jamais nous faire connaître les pensées de Salomé, personnage qui sera uniquement vu par le truchement des autres, de manière plus ou moins indulgente .
En refermant ce roman, le lecteur s'interroge encore sur la figure de Salomé: victime ou fieffée intrigante ?

Indésirable, Valerie Martin, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier, Livre de poche 2010, Albin Michel, 2008.

Lu aussi par Cuné

et Clarabell.

06/05/2010

Glam, jalousie et autres cachotteries

"Sa grosse allumette lui titillait le nombril."

Officiellement déclarée pourvoyeuse de "Gossip girl" auprès de Madame Ma Fille, j'étais curieuse de lire la prose de Cecily von Ziegesar. Les titres vachards des volumes de "Gossip girl" me laissaient craindre le pire...(Je m'attendais à des histoires de pestouilles friquées écrites à la truelle ). Hé bien non.516sGqloQ3L._SL500_AA300_.jpg
Si le titre français pâtit de son côté volontairement clinquant, Glam, jalousie et cachotteries (plus accrocheur pour la lectrice cible que le Cum Laude original), le roman m'a fait passer un très agréable moment et j'ai pris autant de plaisir à découvrir les histoires d'amour de ces étudiants de première année qui viennent de faire leur rentrée dans cette fac américaine, qu'à l'aspect "sociologique"que j' ai voulu y trouver. Ce livre est un véritable mode d'emploi sympathique en diable( et très certainement idéalisé) pour tous ceux qui voudraient aller à l'université aux Etats-Unis.
On sent bien sûr la volonté de peindre des personnages aussi variés et pittoresques que possible mais ceci est fait avec un esprit si bon enfant que cela passe très bien et tant pis si certains voudront y voir des clichés, on a ce qu'on attend et c'est très bien comme ça. Seul petit bémol: était-il bien nécessaire de faire allusion aussi fréquemment à un texte du fondateur d'une secte en vue à Hollywood ?

Glam, jalousie et autres cachotteries, Cecily von Ziegesar, traduit  de l'anglais  (Etats-unis) par Françoise Hayward, Michel lafon 2010, 332 pages à lire impérativement au soleil.

 

04/05/2010

Mistik Lake

"Je suis la tranche de jambon de notre sandwich de soeurs."

1981, une voiture dérape sur un lac gelé canadien. Trois morts, une seule survivante, Sally. Et un secret de famille que, des années plus tard, la narratrice principale, Odella, fille de Sally, devra affronter aux côtés de ses soeurs cadettes.9782874261169.gif
De nature plutôt classique, malgré sa narration à plusieurs voix, ce roman qui se déroule sur trois saisons, nous peint donc un "sandwich de soeurs", chaleureux, plein de vivacité et de joie de vivre malgré les difficultés. La narratrice fait clairement le choix de la résilience et protège longtemps une mère défaillante. Odella devra aussi arriver à tracer sa propre route ,sans pour autant négliger son amour sororal.
Multipliant les secrets (dont un cousu de fil blanc), ce roman, d'excellente facture, plaira certainement aux adolescentes car il ne sombre ni dans la mièvrerie ni dans le pathos.

Mistik Lake, Martha Brooks, traduit de l'anglais (Canada) par Fenn Troller et Emmanuèle Sandron, Alice jeunesse 2010 , 246 pages.

 

 

30/04/2010

Les enfants de la nuit

"Cette série de meurtres est un don que vous fait la vie.."

Trois ans après l'assassinat de Madeleine, la femme de sa vie- mais il s'en était rendu compte trop tard-, l'architecte Nicholas Newman va se trouver mêlé à une série de meurtres qui sont tous  liés au le passé de Madeleine, passé auquel il n'a jamais daigné s'intéresser et qui a à voir avec un mystérieux institut où ont eu lieu des expériences nazies particulièrement atroces.Bien qu'il renâcle, car ce personnage n'a rien de sympathique et ne nie pas sa part d'ombre, Nicholas va entreprendre d'élucider le mystère et de marcher vers la rédemption.41qfJ9kVr2L._SL500_AA300_.jpg
Les enfants de la nuit est un roman qui m'a doublement mise mal à l'aise. D'une part à cause du thème évoqué et d'autre part parce que le narrateur, qui n'est pas donné comme "chevalier blanc", n'offre pas au lecteur de "planche de salut" à laquelle se raccrocher. L'ambivalence est au coeur de ce roman  et même si le récit fait a posteriori par le narrateur m'a parfois agacée car il se tait alors qu'il devrait questionner, la tension est telle que je n'ai pu décrocher et que j'ai lu ce roman comme en apnée. Une expérience fortement déstabilisante.

Les enfants de la nuit, Frank Delaney, traduit de l'anglais par Hubert Tézenas, Le cherche-midi 2010 , 560 pages .

L'avis de Cécile.

 

29/04/2010

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

"La médiocrité, c'est la moisissure de l'esprit."

Pour recevoir le prestigieux prix Baird, le cartographe et illustrateur scientifique T.S Spivet doit traverser les Etats-Unis d'Ouest en Est, inversant ainsi le trajet suivi par ses ancêtres. Rien de bien original à première vue sauf que T.S.Spivet n'a que douze ans.
A sa suite, nous entreprenons ce voyage initiatique qui permettra à ce garçon, féru de détails et de précisions ,d'éclairer d'un nouveau jour sa lignée familiale et en particulier les liens pour le moins distendus , en apparence, entre son cow-boy laconique de père et sa scientifique de mère.
T.S. n'a rien d'un "singe savant", c'est un enfant sensible et précoce qui s'efforce toujours d'ordonner le monde qui l'entoure, sans doute pour apaiser les questions qui le hantent et qui ne prennent d'abord place qu'en marge du récit-au sens propre-, dans les notes et dessins qui accompagnent ce texte et en font un objet hors du commun.51lgB53HEzL._SL160_AA115_.jpg
Le livre est en effet doté d'une couverture et d'une iconographie qui lui donnent à la fois un côté intemporel et désuet que je n'ai pas voulu abîmer, pas de pages cornées donc mais un roman tout hérissé de marque-pages !
L'écriture fluide fait qu'on ne s'ennuie pas une minute dans ce récit fertile en rebondissements, tant au niveau aventures que découvertes psychologiques. Une rencontre enthousiasmante ! Je n'oublierai pas de sitôt ces personnages pittoresques et attachants !

Les avis , tout aussi enthousiastes de Cuné et Chiffonnette !

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah pascal, Nil éditions 375 pages.

Tandem, même pas concerté ,avec Karine !:)

27/04/2010

Maudit karma

Animatice de Talk show, Kim Lange, de son propre aveu prête à assassiner pour se tailler une place à la mesure de son ambition, meurt en pleine gloire, percutée par le lavabo d'une station spatiale.51N5gstqB9L._SL500_AA300_.jpg
Coup de bol, elle renaît mais, victime de son mauvais karma, sous forme de fourmi.Il ne lui restera plus qu'à remonter dare dare l'échelle des réincarnations pour regagner l'amour de son mari et de sa fille, allègrement délaissés de son vivant.
Je piaffais d'impatience à l'idée de dévorer ce roman présenté comme léger et drôle. Bien m'en a pris d'attendre la sortie en poche car ce n'est pas en nous balançant à la figure une louche de soupe teintée de bouddhisme-Kim Lange se réincarne à la vitesse grand V-une autre de bons sentiments sirupeux, sans compter une pincée de paillettes, que l'on obtient ne serait-ce que la pâle copie d'une comédie digne de ce nom. J'avais parfois l'impression d'être propulsée dans le dessin animé Maya l'abeille avec la description anémique de la vie dans la fourmilière, sans compter que dès qu'une péripétie se profile à l'horizon, les personnages semblent brutalement se figer avant de se décider à réagir.
L'auteur semble même parfois envie de se débarasser de tout ça et accélère le mouvement pour se dépêtrer du guêpier dans lequel il s'est- volontairement - fourré.
Quant aux comportements animaux décrits, ils ne sont même pas dignes d'un Walt Disney anthropomorphique. Le jour où on verra un chat et un chien manifester leur joie de se revoir en se roulant par terre, les crapauds voleront. Un brin de vraisemblance ne fait jamais de mal même si on ne s'attend évidemment pas à une étude scientifique dans ce genre d'ouvrage.
Seule note d'humour à surnager dans ce magma lourdingue, les extraits du journal de Casanova (oui Le Casanova) qui ponctue sporadiquement le récit et allège quelque peu cette farce indigeste. A fuir, sous peine de se voir réincarné en puce de sable .

26/04/2010

Là haut, tout est calme

"J'étais le deuxième choix, dis-je. C'était ça le pire."

Depuis que son frère jumeau est décédé dans un accident il y a 35 ans,Helmer van Wonderen a dû le remplacer à la ferme familiale. Mais vingt ans plus tard, brusquement Helmer décide de monter son père grabataire au premier étage et de réaménager la maison. première étape d'un changement de vie significatif qui s'annonce pour celui qui n'a , il l'avouera tardivement, jamais su trouver sa place une fois son frère mort.
Avec une grande économie de moyens Gerbrand Bakker peint avec délicatesse et poésie cette renaissance d'un homme qui jusqu'à présent n'a jamais appris à décider seul.5159lbExY6L._SL500_AA300_.jpg
Ce personnage laconique sait néanmoins tisser avec les animaux et les êtres qui l'entourent de vrais relations et nous surprend sans cesse tant par sa violence feutrée que par sa volonté souterraine mais  inébranlable d'avancer enfin. Un livre magnifique , lumineux, et qui accompagne longtemps le lecteur.

Merci Belle ! tu vois il m'a fallu le temps de me décider mais j'ai savouré chaque page !

Là haut, tout est calme, Gerbrand Bakker, traduit du néerlandais par Bertrand Abraham, Gallimard 2009, 351 pages qui sonnent justes.

Dominique a aussi été séduite.

21/04/2010

White palace

"Il voulait se peletonner dans la chaleur de son aisselle et hiberner là tout l'hiver."

Max, vingt-sept ans , rédacteur publicitaire en devenir, veuf toujours éploré et abstinent, se retrouve il ne sait trop comment dans le lit de Nora, la quarantaine  débutante, serveuse au White palace, fast-food du pauvre.
Antithèse absolue de son épouse et de lui même, Nora se révèle quasiment impossible à définir par Max. Tout juste arrive-t-il à dire qu'elle est callipyge. Tout les oppose donc et surtout la honte de Max à l'idée de présenter cette femme pauvre, inculte et mal dégrossie à sa famille et ses amis. Et pourtant il lui est impossible d emettre un terme à cette love-story...
Histoire d'amour qui se joue des convenances White palace est un pur délice.Glenn Savan contourne avec adresse chaque écueil attendu (interprétatiuon psychanalytique sauvage, tentation de Pygmalion) et on en lâche plus ces deux héros qui se prennent le nez , en croisant les doigts pour que tout finisse bien.518oJFsNT+L._SL500_AA300_.jpg
L'auteur nous offre également un portrait décapant de la société de consommation américaine et du monde de la pub , particulièrement réjouissant. Une réussite à tous points de vue.

White Palace, Glenn Savan, traduit de l'américain par Isabelle Reinharez, Babel, 514 pages qui en paraissent moitié moins.

Merci Cuné , qui a su me forcer la main!