Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19/08/2014

Rien de personnel

« Un immense mensonge qui avait été sa seule option, même s’il l’avait isolée et n’avait jamais cessé de la perturber. »

Quand elle propose à son éditeur et ami de rédiger la biographie de Vera Miller, comédienne peu encline à s’épancher mais qui a marqué le cinéma et connaît encore le succès sur les planches, Elsa ne lui révèle pas que cette femme est sa mère. Une mère qui l’a abandonnée à son père et ne l’a rencontrée que de loin en loin avant que tout contact ne soit rompu.agathe hochberg
Menant son enquête, la biographe va petit à petit prendre possession de son histoire familiale et, tout en cernant le caractère complexe de Véra, découvrir « des aspects de sa propre personnalité qu’elle aurait préféré continuer à ignorer ».Souvent en porte à faux par rapport à ses découvertes, « Un détail odieux pour la fille de la comédienne ; inespéré pour sa biographe. », Elsa doit aussi faire face à sa propre fille, tout juste entrée dans l’adolescence avec une belle énergie.
On suit avec intensité cette quête nuancée qui nous offre deux superbes portraits de femmes à des âges différents. Agathe Hochberg explore avec empathie les liens mère/fille et nous propose un récit évitant clichés et « happy end »conventionnel. Une belle analyse aussi de la relation à la notoriété.

Lu dans le cadre du Prix confidentielles (clic).

 Cuné avait bien aimé aussi clic.

18/08/2014

L'été des lucioles

« Des fois la tristesse est plus contagieuse que certaines maladies. »

Comme chaque été, Victor, 9 ans part en vacances à Roquebrune. L’occasion de profiter de la tendresse du cocon familial : sa grande sœur, Alicia toujours à la recherche du grand amour, ses deux mamans, Claire et Pilar. gilles paris
Mais cette année, avec son ami Gaspard, l’aventure est au rendez-vous et peut être que notre explorateur en herbe découvrira pourquoi son père refuse tout à la fois de grandir (il est un éternel Peter Pan) et surtout pourquoi il refuse de venir dans cet appartement familial au bord de la mer…
Se plaçant à hauteur d’enfant, Gilles Paris parvient parfaitement à préserver la fraicheur de sa narration et de son regard. L’intervention d’un soupçon de magie, par l’intermédiaire, entre autres des lucioles du titre, instaure une poésie qui ne nuit en rien à l’atmosphère. Un roman sensible et tendre.

Le joli billet de Séverine.

Clara a aussi aimé.

Plein d'avis chez Noukette

17/08/2014

Madame de Néandertal-journal intime

On parle toujours de l’homme de Néandertal, mais quid de sa femme ? Marylène Pathou-Mathis, directrice de recherche au CNRS et Pascale Leroy journaliste, éditrice et auteur ont décidé de remédier à cet oubli en rédigeant son journal intime.
Être didactique et amusant sont visiblement les deux objectifs de ce roman. Si le premier est largement atteint (parfois trop d’ailleurs, ce qui alourdit le récit), le second tombe souvent à plat. Il ne suffit pas de « néandertaliser » des références contemporaines pour qu’elles créent le sourire : « elle est tombée dans les airelles » au lieu  de « tomber dans les  pommes », par exemple. neandertal.jpg
D’autre part, j’avais parfois plus l’impression de lire un roman de chick litt contemporain qu’autre chose et je me suis rapidement lassée. Dommage car l’idée de départ était vraiment intéressante.

Lu dans le cadre du prix Confidentielles (clic).

Le billet de Yv, pas plus convaincu.

16/08/2014

Chambre 2

"J'assiste à la naissance d'une mère. C'est presque plus émouvant que la naissance d'un enfant."

Quand on passe dans le couloir d'un hôpital, on entr'aperçoit des fragments de vie, et l'on se sent un peu gêné, un peu voyeur. Rien de tel dans le roman de Julie Bonnie où Béatrice nous fait partager son quotidien, parfois émouvant, parfois douloureux, dans une maternité. Chambre2.jpg
Mais plus qu'une galerie de portraits de mères en devenir, c'est aussi le récit d'une tentative de normalisation d'une femme, la narratrice qui, quittant le monde du spectacle où elle mettait en scène son corps , affronte une réalité où la nudité, si elle est prise maintenant au sens figuré, est beaucoup plus cruelle : "Douze heures dans la chair humaine, nue dans la neige, nue dans le feu, nue quand il est vital de se couvrir."
Les souvenirs de son passé artistique ne sont en rien enjolivés mais s'opposent néanmoins à un quotidien où la violence et le silence s'imposent aux corps des femmes. Une écriture puissante et charnelle. Un grand coup de cœur !...

13/08/2014

Le bonheur n’est pas un sport de jeune fille

« Décidément, les établissements cinq étoiles attirent de drôles d’oiseaux. »

41aB7TpC-rL._AA160_.jpg

Un microcosme en apparence  fort tranquille, en l’occurrence un établissement de thalassothérapie huppé, va être le théâtre de nombreux bouleversements, quiproquos, révélations tragi-comiques.
Premier roman, Le bonheur n’est pas un sport de jeune fille ne maîtrise pas toujours sa narration, mais sait rendre ses personnages vivants, même s’ils frôlent parfois la caricature, en particulier dans leurs dialogues. A trop vouloir mélanger la farce et l’émotion,  voire ajouter  une touche de surnaturel, l’auteure perd en efficacité et c’est dommage.

Le bonheur n'est pas un sport de jeune fille, Elise Tielrooy, Belfond 2014.

 

Lu dans le cadre du prix Confidentielles clic

 

10/08/2014

Prix des bouquineuses 2014

Participer à un jury de lectrices ? Bien sûr ! Surtout quand c'est très gentiment demandé par Aurélie, que je remercie au passage !249014_444153_210_300.jpg
Ne connaissant ni les ouvrages en lice, ni leur nombre exact, les surprises allaient être nombreuses et ce n'était pas pour me déplaire !
En plus,  cerise sur le gâteau ,j'ai découvert que Brize fait aussi partie du jury !

Pour en savoir plus, clic !

La sélection :

Ma main s'est aussitôt tendue vers le roman de Virginie Carton, sur lequel je lorgnais depuis un petit moment !

La blancheur qu'on croyait éternelle

« Chez lui, l’affectif l’emportait souvent sur le pratique. »

Mathilde n’ose pas devenir chocolatière car elle  est  trop diplômée et décevrait son exigeante et envahissante mère. virginie carton
Lucien, pédiatre, vit dans le même immeuble que Mathilde mais il va lui falloir des mois pour rencontrer sa jolie voisine à deux cents kilomètres de chez lui, tant le monde des sextos et autre facebook lui est étranger.
Joliment scandé par des citations de chansons et de films, La blancheur qu’on croyait éternelle crée un univers douillet où les personnages principaux évoluent à leur aise, en total décalage avec leur époque. En effet,  ces trentenaires célibataires se sont donné comme figures tutélaires pour lui Jean-Louis Trintignant et pour elle Romy Schneider (celle des « Choses de la vie », pas Sissi !) Maladroits et touchants, malmenés par leurs prétendus amis, ils peinent à trouver place dans les années 2000 qui leur demeurent totalement étrangères.
 Virginie Carton instaure une complicité immédiate et durable avec son lecteur qui se régale à voir les occasions manquées, à repérer les clins d’œil musicaux et cinématographiques (Bande originale pour ne rien manquer à la fin), nous gratifie même de bonus très drôles et d’une guest star surprise. Seul petit bémol : ses personnages principaux semblent parfois un peu trop candides. Une comédie romantique qui remplit parfaitement son contrat, nous divertir avec élégance et finesse.

La blancheur qu'on croyait éternelle, Virginie Carton, Stock 2014, lu dans le cadre du prix Confidentielles .

07/08/2014

L'attente

"Non, mon enjeu est ailleurs, dans la reconquête d'une solidité ,dans la diminution de ma dépendance affective, dans l'apprivoisement d'une solitude partielle, mais plus dans le don, plus dans cet amour sans condition dont j'ai exploré, avec lui en tout cas, les voluptés et les tourments."

Il y a quelques années j'avais lu un roman de Fanny Hurst, Back street, devenu emblématique de ces femmes qui, maîtresses d'un homme marié, n'avaient d'autre choix que de vivre dans l'ombre, sacrifiant leur vie à un amour impossible. catherine charrier
Je rechignais donc un peu à lire L'attente mais le nom de Catherine Charrier  dont j'avais déjà pu apprécier l'écriture dans un premier recueil de nouvelles (clic) m'a décidée. 
Et j'ai bien fait ! En effet, il ne s’agit plus ici d'une héroïne soumise (même financièrement) mais d'une femme indépendante, au caractère trempé,  mariée, mère de famille et qui se lance avec ardeur dans une relation avec un homme lui aussi marié et père de famille. Pas de grande scène de rencontre mais d'emblée une analyse de l'espace qui devient particulier aux amants et l'enclenchement d'une chronologie, d'un décompte de cette attente qui donne son titre au roman.
Nous n'aurons que son point de vue à elle, ne découvrirons les détails de cette histoire qui va durer treize ans que par l'analyse qu'elle en fera, des chapitres consacrés à l'attente (qui finira personnifiée ,tant elle est récurrente) s'intercalent d'ailleurs entre cette chronologie à J+ qui jalonne le roman, lui conférant sa densité. L'écriture est sensuelle sans être vulgaire, aucune complaisance de la part de l'héroïne mais un récit prenant, sensible  et maîtrisé qui emporte l'adhésion. Une réussite ! 239 pages bruissantes de marque-pages !

L’attente, Catherine Charrier Pocket 2014.

Le billet de Clara qui vous mènera vers d'autres.

 

 

11/07/2014

Pas son genre, le film, le livre

Lui,  parisien, professeur de philosophie, en exil à Arras. Elle, coiffeuse et maman solo. Ils deviennent amants. Mais cette histoire improbable entre deux personnes que la classe sociale, les références culturelles, voire la géographie, opposent  inclut-elle les sentiments pour les deux parties en présence ? Tout n’est pas joué d’avance …philippe vilain
On pourrait évoquer ici un roman  un peu oublié, La dentellière, dont le personnage avait été incarné au cinéma par la toute jeune et déjà lumineuse, Isabelle Huppert. Mais l’originalité de Philipe Vilain, dans sa manière de traiter ce thème de la différence sociale dans une  histoire d’amour, est de laisser planer l’ambiguïté sur son héros masculin (qui décortique à l’envie ses attitudes mais semble incapable d’éprouver vraiment des sentiments, de se laisser aller), tout en laissant une échappatoire à son héroïne.
J’ai d’abord vu le film, pour son réalisateur, Lucas Belvaux et j’ai été enchantée par le jeu des acteurs, Emilie Dequenne, rayonnante, pleine de vie  d’énergie et d’intelligence, et Loïc Corbery, beau ténébreux qui réussit à conférer à la fois opacité et ambiguïté à son personnage. Le rythme est plein d’allant mais au final demeure cette question : l’aime-t-il, l’a-t-il aimée ou pas cette petite coiffeuse ?
Pour le savoir, j’ai enchaîné dans la foulée avec la lecture du roman de Philippe Vilain que j’ai trouvé plus cruel mais tout aussi ambigu. L’auto-analyse du personnage masculin est parfois pesante (de longs paragraphes comme autant de pavés) mais la fin du roman contrebalance la vision parfois cruelle du personnage féminin. Dans le film, Jennifer est beaucoup plus subtile autant dans sa manière de s’habiller que dans ses réflexions et l’on sent plus d’empathie de la part du réalisateur. Au final, je n’ai toujours pas tranché et la question reste posée…Un film et un roman à découvrir absolument.

08/07/2014

Juin de culasse

"Ben si, le père pensait autrement. Outre que, le mal étant nommé, il se sentait un peu soulagé, il trouvait prodigieux, épatant, même, que le calendrier, la mécanique et la météo, que le grand beau temps et les quatre temps, que le moteur et la chaleur se fussent ligués, juste pour produire ce calembour calamiteux : juin de culasse. le père, des fois, il avait pas toute sa raison."

ça nous est tous arrivé au moins une fois: le coup de la panne en plein cagnard sur la route des vacances. Antoine Martin poursuivant son Histoire de l'humanité (commencée avec Le chauffe- eau clic) transforme une fois de plus en épopée hilarante nos p'tits et gros soucis de la vie quotidienne. On y retrouve son goût des mots , sa jubilation à mêler les registres de langue (et l'on voit bien que son narrateur a suivi des études classiques, le bougre: j'ai apprécié la fonction dictionnaire de ma liseuse !). Son portrait du garagiste d'autoroute, "cette came oléagineuse et rétive, cette tête de delcon", sorti d'un film d'Audiard (ou d'un roman de San Antonio) est délectable ! L'auteur pousse même le vice jusqu'à utiliser le champ lexical de la mécanique dans l'intitulé de chacun de ses chapitres ! Du grand art . J' attends déjà avec impatience le troisième volet !antoine martin

Juin de culasse, Antoine Martin, le Diable Vauvert 2014,56 pages, 5 euros version papier et encore moins version électronique !