Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/05/2013

L'odeur des planches

"N'était la douleur dans mes os, rien ne me prouverait que j'existe."

Née en Algérie, malgré ses origines modestes, Samira Sedira est devenue comédienne en France et vivait confortablement de son art. Las, les contrats ont cessé et , par fierté, parce qu'elle veut rester indépendante fincancièrement de son compagnon, Samira doit devenir femme de ménage chez des particuliers.samira desira
Alternant retours en arrière et récit de ses journées de labeur, ce texte est aussi l'occasion de décrire la quasi sidération d'une femme, sa mère, qui n'a jamais connu l'amour et a dû quitter sa famille et son pays. L'occasion aussi de comprendre la honte de son père qui, à la fin des Trente Glorieuses, connut sa première période de chômage. Un texte qui prend aux tripes, qui crie la rage et la douleur , à découvrir absolument.

 

L'odeur des planches, samira Sedira, la Rouergue 2013, 136 pages qui nouent la gorge.

 

Merci Clara pour cette découverte !

14/05/2013

L'atelier des miracles

"Tentez de vous positionner autrement. Pensez qu'ils sont capables de sincérité. Pensez qu'ils sont capables d'amour. "

 Mariette, prof d'histoire géo à bout de nerfs, Millie, jeune femme prête à tout pour échapper à un passé douloureux, Mike, ex-militaire échoué sous un porche croient tous avoir rencontré leur sauveur en la personne de Jean.
Cet hommme providentiel les accueille en effet dans son Atelier où, à défaut de montres, il répare les âmes cassées.valérie tong cuong,ensemble c'est mieux ?
Dès le début, j'ai été gênée par l'aspect trop miraculeux de cet atelier (qui trouvera son explication un peu plus loin dans le roman) et par l'écriture un peu bâclée. On ne s'attarde pas suffisamment sur les personnages, l'intrigue est un peu lâche et ne maîtrise pas suffisamment les changements de ton.
Dommage, il y avait là tous les ingrédients d'un bon roman qui fait du bien !

Plein d'avis, nettement plus positifs, sur Babelio.

celui de AntigoneClara, Un autre endroit,

Déniché à la médiathèque.

l'atelier des miracles, valérie Tong Cuong, Lattès 2013.

09/05/2013

"Oh..."

"La réalité se charge de vous remettre à votre place."

Trente jours hivernaux dans la vie d'une femme de cinquante ans pour qui tout doit être sous contrôle. Un récit qui commence juste après le viol dont elle vient dêtre victime et dont elle se remet avec une volonté implacable  .philippe djian
Il lui faut d'ailleurs faire face à beaucoup de problème familiaux ,  amicaux et assurer sa vie et celle de son petit monde d'un point de vue économique, laissant sous le tapis un passé douloureux qui explique  son attitude rigide.
Une telle accumulation de problèmes, en commençant par un viol, avait vraiment tout pour me déplaire mais le rythme effréné qu'imprime Djian à son roman a emporté mon adhésion. Si j'ai aimé la manière dont l'auteur analyse la relation mère/fils, je suis restée plus dubitative quant à la façon dont cette femme réagit face à son violeur...237 pages qui cavalent à toute allure et brossent un portrait de femme à découvrir absolument.

 

"Oh...", Philippe Djian, Gallimard 2012, Prix interallié.

 

Déniché à la médiathèque.

26/04/2013

Les débutants

"Quitter volontairement le bonheur, n'est ce pas la plus grand folie du monde ? "

Il aura suffi d'un extrait lu par Colombe Schcek, très tôt le matin ,pour que je me procure d'urgence ce romn qui met "en scène une déchirure", celle d'une femme Anne  qui aime Guillaume mais brûle pour Thomas qui lui évoque Jude l'obscur.anne serre
Quoi de plus banal que ce schéma?
Mais Anne Serre , par son écriture à la fois précise et poétique, nous ferre d'emblée et ne nous lache plus. Mois qui ne suis guère friande d'histoire d'amour, je me suis retrouvée à piqueter de marque-pages comme jamais ces 190 pages que j'ai fait durer le plus longtemps possible.
Un roman lumineux à découvrir en poche chez Folio.

Un petit extrait pour vous donner envie :

"Elle brûle d'être avec lui comme on le serait dans une rivière, allongés, laissant les eaux vous recouvrir, jouer entre vos membres, glisser sur votre ventre, votre cou, et parfois de fins poissons passent entre vos jambes, bondissent au-dessus de votre cuisse, des herbes molles vous caressent, vos cheveus vont flottant et au-dessus de soi il y a de merveilleux branchages aux feuilles vert vif, et au-dessus encore un ciel bleu et dur mais très lumineux et les pierres sous l'eau ont presque l'air d'être de chair."

09/04/2013

Road tripes

"J'étais en train de comprendre ce grand sentiment de liberté qui suintait des road movies américains."

Parce qu'il n'a plus grand chose à perdre, parce qu'il a ,de son propre aveu, toujours été incapable de faire des choix, le narrateur va embarquer dans la voiture (volée) de Carell qu'il connaît à peine. Commence alors une folle équipée  entre Bordeaux et Montélimar. 4 000  kilomètres durant lesquels nos deux paumés se mettront à dos un passionné de Renault 16, une secte annonçant la fin du monde, froisseront de la tôle (une Clio, une C4 , entre autres), soigneront des blessés de manière bien peu orthodoxe, bref accumuleront les conneries avec un bel enthousiasme !sébastien gendron
Sébastien Gendron crée ici un duo improbable comme on les aime, s'empare de tous les ingrédients du road trip, les secoue , les épice, alternant l'outrance et la nuance ,ne se départissant jamais d'un humour féroce et jubilatoire. Il ne fait pas dans la dentelle mais on s'en fiche car on ne lâche pas ces deux loustics , l'un fan de Johnny Hallyday, l'autre féru de musique classique, de cinéma et de littérature ( un grand écart annoncé dès les citations mises en exergue , à ne louper sous aucun prétexte ). De quoi glaner entre deux braquages foireux quelques références.

 

Road tripes, Sébastien Gendron, Albin Michel 2013, 282 qui dépotent !

L'avis de Keisha

03/04/2013

Maintenant le mal est fait

"Les amis sont parfois plus redoutables qu'une corde pour se pendre."

Le projet de construction d'une route vient perturber l'équilibre déjà fragile d'un groupe d'amis.La mort de l'un d'entre eux va aussi changer le regard que chacun porte sur les autres et sur soi.
Pas de nostalgie chez Pascal Dessaint mais une vision à la fois tendre et cruelle , férocement lucide, de l'amitié. Ces hommes et ces femmes qui prennent tour à tour la parole ont aussi des points de vue très tranchés sur les liens qu'entretiennent la Nature et l'humanité,l'une des préoccupations majeures de l'auteur. Est-il normal qu'un simple insecte vienne mettre à mal la volonté d'un constructeur ? Les hommes ne se comportent-ils que comme des pillards ?pascal dessaint,amis,nature
Telles sont quelques unes des interrogations de ces gens à l'âge des bilans, aussi bien amoureux qu'humains au sens large du terme.  Et comme Pascal Dessain est un virtusose de la construction, il nous réserve des surprises car, même si le lecteur découvre bien des informations sur les personnages, qu'eux-mêmes parfois ignorent, la fin se révèlera plus trouble que prévu...
Emaillé de citations d'auteurs chers à Pascal Dessaint, le récit coule, fluide et l'on ne se perd ni dans la chronologie ni dans l'identité des différents narrateurs, un tour de force ! Juste un petit bémol : il m'a semblé que les femmes étaient un tantinet traitées de manière moins bienveillante que les hommes mais bon, on ne chipotera pas pour si peu ! Un régal qui évite tous les pièges du genre, à ne rater sous aucun prétexte !
 Maintenant le mal est fait, Pascal dessaint, Rivges 2013, 253 pages à laisser infuser...

11/03/2013

Mourir est un art comme tout le reste

oriane jeancourt galignani

"Méfiez-vous des survivantes, des petites filles, des grosses pâlottes, de celles qui parlent toutes seules, des lectrices de romans,  ce sont celles qui vous feront clamser car le meurtre, bien qu'il n'ait pas de langue, trouve pour parler une voix miraculeuse."

Oriane Jeancourt Galignani , pour ce premier roman, revient sur les derniers jours de la poétesse Sylvia Plath. Elle choisit d'éclairer en outre la relation particulière qui unissait l'auteure d'Ariel à son père.
La langue est riche, imagée et inspirée mais ma lecture a pâtit du fait que c'était le troisième texte que je lisais sur le même thème...à réserver aux fans absolues de Sylvia Plath ou à ceux et celels qui n'auraient pas encore lu :

Les femmes du braconnier de Claude-Pujade Renaud

Froidure (nons chroniqué) de Kate Moses

 deux romans que je recommande chaudement .

 

09/03/2013

Le chapeau de Mitterrand ...en poche

Il avait triomphé de tous les obstacles, à la manière des héros de contes , qui traversent  royaumes, rivières, forêts et montagnes à la recherche d'une pomme d'or ou d'une pierre magique qui leur apportera la puissance et la gloire, ou tout simplement le sentiment du défi relevé."

Daniel Mercier, comptable,  s'approprie le chapeau du Président de la République que ce dernier a oublié dans un restaurant où leurs tables étaient voisines. Dès lors, hasard ou puissance de la projection qu'il fait sur cet emblème de pouvoir, la vie de ce français modeste va être transformée. Mais comme dans tout conte qui se respecte, l'objet magique va passer de propriétaire en propriétaire, influant sur leurs antoine laurainexistences et permettant de brosser au passage une réjouissante rétrospective des années 80. à noter d'ailleurs que seul le premier "utilisateur" du couvre-chef est au courant de l'identité du propriétaire réel, ce qui donne encore plus de saveur à la projection qu'ils vont faire sur cet objet, l'utilisant comme un déclencheur, un levier providentiel qui vient donner une nouvelle impulsion à leurs vies.
Ah on peut dire que j'ai pris mon temps pour me décider à lire  ce roman ! J'ai traîné des pieds mais, une fois commencé, je n'ai plus lâché ce Chapeau de Mitterrand ! Une vraie fontaine de jouvence qui m'a ramenée trente ans en arrière , m'a fait sourire jusqu'à la pirouette finale qui remet en perspective tout le roman !  Une fable réjouissante et un style enlevé, que demander de plus? !

25/02/2013

Je tue les enfants français dans les jardins

"Je me lève le matin pour aller passer quelques heures sous les crachats et puis je rentre."

"N'essayez même pas de faire cours, Mademoiselle. Sauvez votre peau.", tel est le conseil que son inspecteur a prodigué à Julia Genovesi, jeune prof d'italien dans un collège marseillais. Voilà qui est bien loin des attentes de la jeune femme et qui ne lui sera pas d'une grande utilité. Le jour où un des semi-délinquants qui "chauffent" les places de sa classe ira trop loin, Julia ne pourra s'appuyer ni sur ses collègues "ratatinés" ni sur sa hiérarchie, débordée, et ne voulant surtout pas faire de vagues. Elle ne pourra compter que sur elle-même et sur la haine qui l'habite, sentiment qui lui fait horreur.
Roman noir, très noir, Je tue les enfants français dans les jardins analyse de l'intérieur ce formidable gâchis qui est en train de se dérouler dans certains collèges.marie neuser
La narratrice réfute avec vigueur les thèses généralement avancées et balance par dessus bord bons sentiments et langue de bois. Le style est vif, acéré et sensible à la fois. Un premier roman comme un coup de poing.

Déniché à la médiathèque.

Je tue les enfants français dans les jardins, Marie Neuser, L'Ecailler 2011, 164 pages dérangeantes et c'est tant mieux!

21/02/2013

L'art difficile de rester assise sur une balançoire

"Trop de béatitude appelle la baffe ; c'est peut être bien fait pour moi. "

Vlan ! Pauline qui menait une vie parfaite entre mari idéal et enfants modèles se prend un grand coup de réalité en pleine figure quand son époux la quitte . Pour sa meilleure amie, tant qu'à faire. Du cliché banal et douloureux (mais la vie ressemble souvent à ce type de tautologies) qui va la laisser sonnée.
Seul conseil donné par sa mère, psychiatre renommée : une stratégie d'évitement qu'elle va mener de manière jusqu'au boutiste, allant jusqu'à prétendre que son ex-mari est mort. Mais ce dernier s'évanouit dans la nature pour de vrai...emmanuelle urien,divorce
Dévoré d'une seule traite ce roman très fluide et agréable à lire (car on y retrouve l'écriture inventive et imagée d'Emmanuelle Urien) m'a pourtant laissée une impression mitigée.
Je n'ai en effet éprouvé pas beaucoup de compassion ni de sympathie pour celle qui se définit elle-même comme " une petite-bourgeoise désoeuvrée repliée sur l'échec de son couple  ", peut être parce qu'autour de moi je connais beaucoup de femmes qui, à la douleur d'être quittée, doivent ajouter en outre de graves problèmes économiques.
Par ailleurs, le récit ne cède pas à la tentation d'un virage vers une version plus noire qui aurait été, à mon avis, nettement plus intéressante, car plus radicale. Il n'en reste pas moins que j'ai apprécié  l'analyse fouillée des sentiments de cette femme et le récit de son évolution vers une possible renaissance.

Le billet de Françoise Guérin : clic !

L'art difficile de rester assise sur une balançoire, Emmanuelle Urien, Denoël 2013, 217 pages piquetées de marque-pages.