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17/12/2012

Le cas Sneijder

"N'importe quelle lumière vaut mieux que l'obscurité."

Paul Sneijder, unique survivant d'un accident d'ascenseur dans lequel a péri sa fille, n'a trouvé que deux moyens pour maintenir la tête hors de l'eau. Le premier: emmagasiner des informations sur les ascenseurs, comme si ce savoir pouvait le rapprocher de celle qu'il a si peu connue. Le second: promener des chiens, au grand dam de son ambitieuse épouse qui, suppute-t-il "aurait[...] préféré que je m'enfonce dans un long coma, sorte de période transitoire à l'issue de laquelle elle aurait pu enfin se prévaloir d'un gratifiant statut de veuve. libérée d'un conjoint socialement déclassé, d'un compagnon déprimant, elle aurait pu mener une nouvelle existence plus en rapport avec sa surface sociale, territoire préservé avec jalousie, dont, chaque jour, elle vérifiat les côtes et les frontières."jean-paul dubois
Alternant acuité terrible et émotion, Jean-Paul Dubois n'est jamais aussi bon écrivain que quand il nous décrit des hommes aux prises avec une réalité qu'il ne peuvent plus supporter.
Les ascenseurs et les chiens sont pour son héros deux biais pour envisager une humanité pas jolie jolie aux yeux de ce sexagénaire qui refuse dorénavant tout ce qu'il avait supporté jusqu'à présent. On ne sombre jamais dans le pathétique mais on a juste le coeur serré à la fin du roman, un peu comme dans certains films d'Elia Kazan.

Le cas Sneijder, Jean-Paul Dubois, points seuil 2012, et zou sur la fameuse étagère des indispensables , extensible ,comme on n'en trouve pas chez le Suédois.

Merci à Sylvie de m'avoir donné envie !:)

Plein d'avis chezBabelio !

07/12/2012

Le 6 ème continent

Daniel Pennac m'avait transportée avec la tribu Malaussène, déçue avec Le dictateur et le hamac, émue avec Chagrin d'école, (clic),  laissée dubitative avec son Journal d'un corps. Mais bon, la sympathie que suscite le bonhomme étant la plus forte, j'avais décidé de renouer avec lui par le biais de ce nouvel opus.
Premier étonnement, le 6ème continent est en fait composé de deux textes destinés à être joués au théâtre.ce qui n'est précisé nulle part.daniel pennac,schtroumpf grognon le retour
Bon, pas grave, je me lance donc dans le premier texte intitulé "Ancien malade des hôpitaux de Paris".
Consternation.Un malade cumulant des symptômes toujours renouvelés est examiné par différents spécialistes au sein d'un hôpital, la narration étant assurée par le médecin urgentiste qui l'a pris en charge au début de ce périple . Périple qui se termine par une pirouette digne d'une blague Carambar. Je n'ai jamais esquissé ne serait-ce que l'ombre d'un sourire et je cherche encore à quoi rime ce texte. Complètement échaudée, j'ai reporté à (beaucoup) plus tard la lecture du second texte.
Des critiques lues dans la presse laissent entendre que j'ai sûrement renoué avec la grognonite aiguë. M'en fiche.

28/11/2012

Tout du tatou

"Parce qu'au supermarché des atrocités, ses frères les hommes n'étaient pas pingres , qui remplissaient joyeusement les caddies."

Zoran met, par hasard, la main sur un stock d' une drogue particulièrement vicelarde, la V13. et voilà le résultat: "Tous à ses basques, les White Skins, le ripou, les cailleras de la cité Bellevue et leur kalachnikov, les maffiosi corses, il courait pour échapper aux prédateurs, il courait après la fortune, il courait et pas un gramme de fourgué !" (Quand un auteur nous donne si gentiment un résumé particulièrement évocateur, à l'intérieur de son roman, autant en profiter ! ).
 C'est donc à une folle course poursuite que nous assistons, une course au rythme échevelé, marquée par des chapitres courts où nous croisons toute une série de faunes pittoresques et inquiétantes, servie par une langue riche et variée, mêlant registre soutenu et argots divers.31Bnu9Xd7-L._SL500_AA300_.jpg
ça pulse, ça cavale à toute allure et on ne s'ennuie pas une minute dans cet opus de la série Vendredi 13 !

Tout du tatou, Pierre Hanot, Editions La Branche, 2013.

Et un de plus pour le challenge de Liliba !

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22/11/2012

Assommons les pauvres !

"Les officiers les interrogeaient, ils répondaient, je traduisais, je faisais le trait d'union entre eux."

Pourquoi la narratrice , interprète auprès de demandeurs d'asile a-t-elle fracassé une bouteille sur la tête d'un requérant ? Au commissariat, elle tente d'expliquer son geste, revenant sur les nombreuses situations dont elle doit rendre compte de la manière la plus neutre possible. Mais une telle attitude est-elle tenable quand on est soi-même originaire d'un de ses "pays d'argile" ?
Avec une langue sensible, empreinte de poésie, Shumona Sinha rend compte , parfois avec un humour grinçant, sans pathos, de ces situations oscillant entre le drame et les mensonges, la frontière entre les deux devenant de plus en plus floue. shumona sinha
Il se dégage de ce roman au titre provocateur (emprunté à Baudelaire) une atmosphère vraiment particulière, qui peut rebuter mais aussi fasciner le lecteur par la richesse de l'écriture et le point de vue choisi. Jamais confortable, ce roman jette un regard original sur le pouvoir des mots, leur traduction et la situation en porte à faux d'une héroïne qui part à la dériven, comme contaminée par toute cette misère dont elle essaie de se défendre : " En fin de compte, je ne suis toujours pas guérie des cris et des chuchotements." Une voix singulière , récompensée et à juste titre, par Le prix Valéry Larbaud 2012.

Un exemple de malentendu possible :

"- Donc  vous avez bien travaillé dans votre épicerie !

- Je n'ai pas travaillé. je vendais des choses.

- Combien de jours par semaine, monsieur ? et combien d'heures par jour ?

- Du lundi au dimanche. Fermé le vendredi. De huit heures à dix heures du soir.

- Vous travailliez beaucoup, monsieur, dans votre épicerie.

- Je dis que je ne travaillais pas. J'avais une épicerie.

Maintenant c'est l'officier qui me regarde, ahurie. " Y a un problème ? Vous vous comprenez ? Il vous comprend ? Ou il y a un problème avec la langue ? " Il me comprend parfaitement. Je la rassure. Peut être que c'est le mot "travailler" qui le gêne. Pour lui, travailler veut dire être employé. Lui, il est propiétaire de cette épicerie. Donc supérieur à ceux qui travaillent, à ceux qui travaillent pour les autres."

15/11/2012

La fiancée des corbeaux

"Rien que le plaisir d'attraper un souvenir, une lumière, un peu de vie."

 Sa fille vient de partir faire ses études et René Frégni se retrouve seul. Seul ? Pas vraiment car il y a Lili, un vieil homme sans mémoire à qui il va parfois tenir compagnie.Avec lui ,il parcourt un peu cette Provence hivernale , âpre et magnifique, que Lili a planté d'arbres qu'il ne reconnaît plus.
Il y a aussi un truand marseillais, rencontré lors d'un atelier d'écriture en prison, qui écrit ses mémoires et aussi Isabelle, l'institutrice si douce. C'est elle La fiancée des corbeaux , car les corvidés semble la guetter ,en toute amitié.rené fregni
Il y aussi et surtout l'écriture à laquelle l'auteur consacre de superbes pages : " L'écriture est le contraire de cette anxiété, c'est un immense territoire de liberté, une école  buissonnière. On s'en va un beau matin dans son cahier, sans contrainte, sans programme, sans réveil, assoiffé de lumière et de vent, comme Rimbaud , et on rêve au bord des routes à des amours splendides dans des auberges  qui n'existent pas. Une écriture à laquelle on se réchauffe le coeur ! Un seul petit bémol: l'aspect voyeuriste de Frégni, je n'aimerais pas être sa voisine !
Découvert par hasard, une merveilleuse entrée dans l'univers de René Fregni. Un auteur dont je vais de ce pas chercher les romans à la médiathèque !

La fiancée des corbeaux, René Frégni Folio 2012, 186 pages pleines d'une atmosphère à ne pas manquer !


08/11/2012

Arsène

"...le contrat de confiance avec les parents, à ce niveau, autant le brûler directement après avoir vomi dessus."

Arsène ? Comme Lupin ? Non, comme Wenger (Joueur, puis entraîneur de foot français ) ! Pour couronner le tout Arsène est en fait une très jolie jeune femme qui vient d'emménager près de Georges, petit intello  sans lunettes d'une classe de sixième, dont Arsène Wenger est le héros ! Il faut dire que la belle possède une belle énergie, digne d'un numéro 10 ...Football quand tu nous tiens !juliette arnaud
Roman polyphonique où tour à tour Georges, Mme Cognet, prof de français, M. Guédon,prof de sport, mais aussi M. Ali libraire (faussement) atrabilaire qui refuse de vendre les livres vantés à la télévision, prennent la parole, Arsène nous propose un récit à plusieurs niveaux, un peu comme une forêt noire (le gâteau !).
Première couche, la vie au collège, deuxième: l'amour de Georges pour Arsène et, enfin, pour couronner le tout,  une sale histoire dans laquelle s'est fourrée la Grande Gigue comme l'appelle M. Ali ,  le seul à avoir vraiment pris l'ampleur du désastre.
Le tout constituant une friandise qui remplit parfaitement son contrat: nous divertir avec une belle énergie et un ton allègre. Juliette Arnaud se paie en outre le luxe de faire fi des clichés, ce qui est bien agréable ! Le récit est un peu léger mais les personnages sont bien dessinés et emportent l'adhésion. Une jolie surprise donc !

Arsène, Juliette Arnaud, Castermann 2012, 188 pages délicieuses, un peu dans l'esprit du Petit Nicolas pour le style mais actualisé !

 

Trônant sur la table des nouveautés destinées au ados, la couverture fichtrement réussie d'Arsène me faisait de l'oeil car j'avais justement un cadeau à faire... J'étais donc obligée de le lire pour voir s'il conviendrait à sa destinataire, non ? Mission accomplie et je suis persuadée qu'il plaira à la demoiselle, d'autant qu'y figure une magnifique et très réussie mâtin de Naples " Tu te rends compte comme c'est beau, on dirait un poème , non ? "



06/11/2012

Viviane Elisabeth Fauville

"Il n'a jamais vu en vous qu'une bourgeoise, une pâle carriériste, une névrosée de base qu'on domestique à coups de pilules blanches."

Viviane Elisabeth Fauville, quarante-deux ans, en instance de divorce, mère d'une petite fille de trois mois , a-t-elle assassiné son psychanalyste ?
Cette interrogation est point de départ d'un roman surprenant sur le thème de l'identité, l'héroïne changeant son prénom en fonction des gens qu'elle rencontre, et restant invisible pour les gens des quartiers parisiens qu'elle traverse.julia deck
Utilisant le Vous de La modification de Butor, Julia Deck, avec une écriture impeccable, à l'humour discret mais efficace, réussit le pari de ne jamais tenir le lecteur à distance.
La narration surprend toujours mais ne déroute jamais et l'on se laisse fasciner et captiver par ce récit que chacun pourra interpéter à sa guise. Original et prenant  jusqu'au bout. Un travail stylistique remarquable de précision !

Viviane Elisabeth Fauville, Julia Deck, Editions de minuit 2012, 155 pages à la fois floues et ultra précises.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'avis de Clara, la tentatrice!:)

02/11/2012

Cherche jeunes filles à croquer

"Je suis une scène d'absence, vous comprenez ? C'est avec ça que je dois travailler."

Pas de cadavres, mais des disparitions de jeunes filles anorexiques. Une série ? Peut être. Et d'ailleurs, soyons cyniques, il vaudrait mieux que cela soit le cas pour que le groupe du commandant Lanester ne soit dissous, faute de crédits !
Envoyé en renfort de la gendarmerie dans la vallée de Chamonix, l'équipe de criminologie va avoir fort à faire avec les parents des jeunes filles, et surtout avec le personnel d'une prestigieuse clinique spécialisée dans les troubles alimentaires. Sans oublier la remise en question de Lanester, dont les séances avec sa psychothérapeute ponctuent le récit.françoise guérin,anorexie,polar
Que voilà un formidable roman ! Sans discours jargonnant ni vulgarisation simplificatrice, mais de manière intelligente et sensible,  il introduit le thème de l'anorexie dans un genre où on ne l'attendait pas: le polar psychologique. De plus, le héros, profileur français,  s'y défait de son aspect "base de données ambulante" et acquiert  ainsi une véritable épaisseur, ce qui le rend bien évidemment encore plus craquant ! Ses coéquipiers, fort différents, apportent chacun leurs compétences et Lanester s'efforce touours de les mettre en valeur, ce qui est,ma foi, fort agréable.
Pas de baisse de rythme dans le récit, mais du suspense et des rebondissements jusqu'à la toute fin où l'on prend conscience de la polysémie du titre (ne comptez pas sur moi pour vous l'expliquer maintenant !). Sans oublier la marque de fabrique de Françoise Guérin : la touche d'humour dont elle ne se départit jamais et qui permet au lecteur de se détendre un peu entre deux serrements de gorge !
Une totale réussite donc et un roman qu'on ne peut lâcher ! Vous voilà prévenus : éteignez les portables et les ordinateurs, glissez-vous bien au chaud et dégustez !

Cherche jeunes filles à croquer, françoise Guérin, Editions du masque 2012, 393 pages haletantes !

D'autres billets concernant cette auteure ici !

le blog de l'auteure (clic)

 

27/10/2012

Les séparées

"On accepte, on provoque l'éloignement, mais les liens qui nous rassemblent sont tortueux."

Une histoire d'amitié féminine , un roman qui commence le 10 mai 1981 et nous permettra de retrouver Anne et Cécile trente ans plus tard, quand elles ont quarante-six ans et que leur belle amitié a pris l'eau.
Alternant les points de vue et les sauts dans le temps, le roman de Kéthévane Davrichewy n'est pas parvenu à m'intéresser tant j'ai trouvé la narration filandreuse et l'atmosphère manquant singulièrement de densité.
il ne me reste pas grand chose de ce roman, juste l'impression que l'auteure est passée à côté d'une histoire qui se laisse deviner à travers les interstices du roman: celle des parents d'une des narratrices, un couple qui ne se dispute jamais et a une attitude très particulière face à la vie et à la famille, une attitude due à la résilience,ce qui ferait un très beau sujet de roman...J'dis ça...kéthévane davrichewy,amitié féminine

L'avis de Stéphie qui vous mènera vers plein d'autres !

Celui de Kathel

et de Gambadou

25/10/2012

Bien connu des services de police

Appuyé sur une solide documentation, Bien connu des services de police met en scène la vie d'un commissariat de banlieue imaginaire, Panteuil.
L'entrée de jeu est brutale, sans fioritures et nous plonge d'emblée chez des flics aguerris et ripoux. Un monde auquel vont heurter deux "bleus "  leur enlevant, vite fait, mal fait, pas mal de leurs illusions. Les portraits sont esquissés à grands traits mais efficaces , le style réduit à sa plus simple expression mais l'intrigue cavale à fond la caisse, brassant des thèmes toujours d'actualité : policiers proxénètes ,incendie de squat, volonté de faire baisser artificiellement le nombre de plaintes et, au contraire de "faire du chiffre".dominique manotti,polar
Le constat est accablant et Dominique Manotti souligne ici le fosse séparant deux conceptions de la police:
"Elle a des convictions, ou des certitudes, et cela lui suffit pour monter un dossier, elle se fout des preuves, elle fait du travail de police un instrument de lutte idéologique, elle remplace la recherche de la preuve par une habile politique de communication, et c'est elle qui gagne."
Trophée 813 du meilleur roman noir francophone 2010, ce roman se déroulant en 2005, demeure par certains aspects toujours d'actualité.

Pour tous ceux qui voudraient aller plus loin, voir ici sur le site de l'auteure.

Bien commu des services de police, Dominique Manotti, folio policier 2011.238 pages décapantes.

Et un de plus pour le challenge de Liliba !

dominique manotti,polar