Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/08/2011

Courir

"L'Emile du marathon, lui, court dans la plus totale sérénité, sans la moindre souffrance apparente."

Haruki Murakami- dont j'adore par ailleurs les romans même si je n'arrive jamais à rédiger un billet dessus- dans son Autoportrait en coureur de fond ne nous épargne aucune précision technique, aucune douleur, aucun détail technique. Pff. Tout pour décourager la béotienne que je suis.jean echenoz,emile zatopek
Avec cette vraie-fausse biographie d'Emile Zatopek, Jean Echenoz fait tout le contraire et adapte sa foulée à celle du coureur : sereine et faussement simple. Car, même si le coureur tchécoslovaque gesticule, grimace sur la piste , il s'épanouit dans le marathon, trouvant là sa pleine mesure. Je ne sais pas vous mais je n'ai aucun intérêt pour les athlètes qui se battent autant contre eux-mêmes que contre les autres. Et arrivent à demi-morts, sans avoir pris le moindre plaisir.Il doit y avoir de l'élégance, de la décontraction dans le geste sportif. Comme dans l'écriture d'ailleurs, même si tout cela demande énomément de travail, rien ne doit paraître, sauf le plaisir, la grâce.
Zatopek, représentant unique d'un minuscule pays face à la toute puissance soviétique est tout simplement touchant, émouvant et nous réconcilie avec le sport par son absence apparente de sophistication technique. Il est humain, profondément humain . Un coureur atypique et un texte d'une fluidité absolue, un régal !

Courir, Jean Echenoz, Editions de Minuit.

L'avis d'Amanda, de Dasola.

D'Hélène,

22/08/2011

So long, Luise

"Un jour, je ferai cesser ce gourgandinage."

Qui dit testament dit en général roman bien huilé, secrets de famille, amour, haine , règlements de comptes grinçant à tous les étages.céline minard
Rien de tel chez Céline Minard . Si la narratrice- dont nous ne connaîtrons jamais la véritable identité- romancière de son état, revient bien sur son passé, éclairant pour sa compagne, Luise, des événements dont cette dernière n'avait pas perçu toutes les facettes, c'est pour mieux pulvériser tous les clichés du genre et montrer la toute puissance des mots.
En effet, par ce qu'elle appelle jactance, la narratrice arrive à produire les effets les plus divers chez ses auditeurs médusés. Effet hypnotisant du langage parfaitement manié.
De la même façon, mêlant anglais et ancien français par petites touches, convoquant gnomes, pixies et brownies dans une sorte de flot tour à tour furieux et serein, au gré des humeurs de sa narratrice, Céline Minard entraîne son lecteur dans un texte surprenant à plus d'un égard, poétique, ludique et parfois érotique, qui le laisse parfois désorienté mais épaté par tant de virtuosité (mais comment fait-elle? !!)et d'amour du langage. Mensonges , (re)création voire récréation ,car l'humour est souvent présent, sont au coeur de ce roman jubilatoire  qui est aussi un acte d'amour...On glisse d'un univers à un autre de manière imperceptible , tout ne sera pas éclairci ,mais peu importe car il faut se laisser charmer- au sens fort du terme- par cette narratrice qui fait les quatre cents coups et ne s'en laisse compter par personne, colonie de nains bûcherons ou auto-stoppeur !
Céline Minard use du langage comme une magicienne, montrant dans ce vrai-faux testament que "nous ne possédons rien, si ce n'est la puissance et, peut être le talent de recréer, allongé sous un saule dans un fauteuil articulé, ce que nous avons soit-disant déjà vécu."

So long, Luise, Céline Minard, Denoël 2011, 215 pages frappées, à déguster cul-sec !

Et zou sur l'étagère des indispensables !céline minard,bizarrement ce livre m'a fait penser à l'album Never for ever de kate b

20/08/2011

Mon couronnement ...en poche

véronique bizotSur les gens habitués à réfléchir, avait-il ajouté, Le Touquet agissait comme un lavage de cerveau , et ils ne le toléraient naturellement pas."

108 petites pages qui  se calent avec aisance dans la main et racontent Mon couronnement, celui d'un scientifique à la fin de sa vie, pour une découverte dont il a tout oublié -ou presque- et qui ne sera jamais précisée...
Gentiment mais fermement pris en main par sa femme de ménage qui ne jure que par " un bon plat de petites lentilles" pour se remettre d'aplomb, le narrateur fait face à ce déferlement de visites et à cette notoriété subite dont il n'a que faire. C'est aussi l'occasion pour lui de renouer avec son passé, passé lacunaire dont le lecteur complètera les pointillés...Mais c'est lors d'une escapade sur la Côte d'Opale que l'absurdité de l'existence ,qu'il ne cesse de souligner, culminera dans un discours pseudo scientifique hilarant sur les typologies respectives des habitants d'Etaples et du Touquet. Un monde où rôde une folie douce, une folie en sourdine, un monde d'une étrangeté familière. 108 pages, un excellent format, à la fois dense et léger.

19/08/2011

Le coeur régulier...en poche

"J'ai tant d'admiration pour ceux qui se relèvent."

Après la mort de son frère, sorte de mouton noir de la famille, une jeune femme part au Japon sur les traces du défunt, laissant en France un mari et des enfants adolescents qui semblent s'être éloignés d'elle. A moins que ce ne soit l'inverse...

oli"J'ai tant d'admiration pour ceux qui se relèvent."  Après la mort de son frère, sorte de mouton noir de la famille, une jeune femme part au Japon sur les traces du défunt, laissant en France un mari et des enfants adolescents qui semblent s'être éloignés d'elle. A moins que ce ne soit l'inverse... 41S5cBtcBDL._SL500_AA300_.jpg   Le coeur régulier est un creuset des différentes thématiques abordées dans les précédents romans d'Olivier Adam : le décès d'un frère marginal aimé, une femme que sa vie familiale ne satisfait plus vraiment, le suicide . L'auteur les revisite sans que le lecteur éprouve de déplaisir , au contraire, mais faute de cohérence et d'approfondissement le lecteur demeure perplexe. En effet, le Japon n'est ici qu'un décor que quelques mots étrangers jetés de- ci ,de-là ,ne suffisent pas à camper et l'atmosphère créée autour de cette falaise d'où se jettent des gens à bout de force pourrait être aussi bien française que nipponne. Quant à son héroïne, elle souffre d'un manque d'inscription dans une quelconque réalité sociale. On ignore quasiment tout du métier qu'elle exerce , semblant flotter dans une abstraction qui fait perdre toute profondeur à sa souffrance. On attendait ainsi, par exemple ,plus de mordant dans la description du stage de motivation auquel elle participe. Bref, tous ceux qui ont aimé les précédents romans d'Olivier Adam ne seront pas dépaysés mais resteront un peu sur leur faimvier adam

Le coeur régulier est un creuset des différentes thématiques abordées dans les précédents romans d'Olivier Adam : le décès d'un frère marginal aimé, une femme que sa vie familiale ne satisfait plus vraiment, le suicide . L'auteur les revisite sans que le lecteur éprouve de déplaisir , au contraire, mais faute de cohérence et d'approfondissement le lecteur demeure perplexe.

En effet, le Japon n'est ici qu'un décor que quelques mots étrangers jetés de- ci ,de-là ,ne suffisent pas à camper et l'atmosphère créée autour de cette falaise d'où se jettent des gens à bout de force pourrait être aussi bien française que nipponne.
Quant à son héroïne, elle souffre d'un manque d'inscription dans une quelconque réalité sociale. On ignore quasiment tout du métier qu'elle exerce , semblant flotter dans une abstraction qui fait perdre toute profondeur à sa souffrance. On attendait ainsi, par exemple ,plus de mordant dans la description du stage de motivation auquel elle participe.
Bref, tous ceux qui ont aimé les précédents romans d'Olivier Adam ne seront pas dépaysés mais resteront un peu sur leur faim

18/08/2011

J'ai déserté le pays de l'enfance

"Marrez-vous, carnassiez !"

41EgVuOBYpL._SL500_AA300_.jpg

Parce qu'elle défend les intérêts d'une société informatique alors que son éthique voudrait qu'elle soit plutôt du côté de l'employé qui va se faire entuber, la narratrice s'offre une magnifique crise d'angoisse et un petit séjour dans un centre psychiatrique.
Un pied dans son enfance -paradis-perdu à Djibouti, un pied dans le monde des adultes où elle  sur la  refuse de sacrifier ses idéaux, la voici réduite à faire le grand écart,ce qui n'est guère confortable, vous l'admettrez.. .Son séjour dans un centre où elle est la seule à ne pas prendre de médicaments lui ouvrira-t-il les yeux ?
Si l'évocation de l'enfance et les tergiversations morales de l'avocate ne m'ont pas totalement convaincue, trop convenues à mon goût, l'évocation des malades mentaux et de la vie dans ce centre psychiatrique en plein coeur de Paris m'a totalement enthousiasmée. à la limite, j'aurais même préféré que la narratrice y séhjourne un peu plus longtemps pour apprécier encore plu cette galerie de portraits sensibles et pleins d'humanité. Une réussite en demi-teinte donc.

 

J'ai déserté le pays de l'enfance, Sigolène Vinson, Plon 2011, 190 pages où j'aurais bien aimé que la mère ne parle pas sans cesse EN MAJUSCULES ! Même si je vois très bien ce que l'auteure veut dire.

 

16/08/2011

Des bleus à l'âme

"On les trouvait bizarres, exotiques, car ils étaient fort bien faits , l'un et l'autre. Eux se trouvaient simplement décents."

Sébastien, Eléonore ont toujours profité de leur beauté, de leur élégance naturelle pour vivre sans travailler, tout en gravitant dans le monde de la richesse. On ne saurait les qualifier de parasites tant leur attitude paraît naturelle et leurs "victimes" consentantes. françoise sagan
Mais la quarantaine approche et les cigales ont peut être du souci à se faire.
C'est à un work in progress que nous convie ici Françoise Sagan, alternant chapitre du roman et réflexions sur la vie et l'écriture. On se demande comment l'auteur parviendra à se tirer d'affaire (tout comme les personnages d'ailleurs) mais la pirouette finale fera d'une pierre deux coups. Un texte d'une élégance folle et d'une superficialité toute apparente.

Des bleus à l'âme , Françoise Sagan, Livre de poche, 179 pages prétendument nonchalantes, .

14/08/2011

Son corps extrême

"Et tout le monde chante le silence des os dont on avait oublié le miracle."


De l'accident nous ne saurons rien ou presque. Et déjà cette manière d'entamer le récit en faisant fi de tout sensationnalisme , en abordant apparemment de biais ce qui n'est en fait "que" l'élément déclencheur m'a paru originale et de bon augure.régine detambel
La victime (peut être consentante) ? Alice, une femme aux abords de la cinquantaine qui va devoir se réapproprier un corps détruit. Une expérience de douleur et de reconstruction que nous suivrons au plus près, à l'intérieur même du corps souvent et l'écriture de régine Detambel donne ici sa toute puissance , charriant les images,  associant les muscles et les mots de la poésie : "Et puis dire des poèmes , car dire un poème c'est marcher en chantant. Les poètes ont toujours quelque chose de rythmique à chuchoter, si bien que, même si on ne marche pas encore, on entend au moins des pas intérieurs qui se meuvent en silence."
Mais c'est  aussi au coeur de l'hôpital et de ses soignants que se vit cette expérience,  "L'hôpital [qui] démontre sa remarquable faculté à réveiller d'anciennes émotions  qui n'étaient oubliées qu'en surface." car c'est bien d'émotions qu'il s'agit, d'émotions et de douleurs vécues dans la fraternité, voire dans ce qui n'est pas de l'amour mais s'en approche de très près. Un texte formidable, à lire et relire pour mieux le laisser décanter et s'en imprégner.

Son corps extrême, régine Detambel, Actes Sud 2011, 147 pages dont beaucoup ont été cornées et recornées.

L'auteure lit un extrait du début de son roman ici.

12/08/2011

Le syndrome E

Avec Le syndrome E Franck Thilliez réunit ses deux plus célèbres personnages: Lucie Hennebelle, lieutenant de police à Lille et Sharko (ne pas confondre, please), un cabossé, genre baroudeur comme on les adore mais schizophrène à ses heures (on y réfléchit à deux fois là, non ?).franck thilliez,origine de la violence de masse
Deux personnages hantés par la noirceur et qui ne pouvaient que s'accorder pour démêler les fils de cette intrigue mettant aux prises un film malsain rendant aveugle, des cadavres aux crânes sciés façon oeuf coque et qui va les balader des années cinquante à nos jours du Caire au Canada.
Waouh, il y a longtemps qu'un livre n'avait eu sur moi un effet physique aussi puissant ! à croire que Thilliez aurait utilisé un procédé identique à celui du film évoqué pour provoquer ce sentiment de malaise prégnant mais jamais gratuit.
En effet, l'auteur se penche ici sur les origines de la violence de masse et ce qu'il en dit écrit est tout à fait troublant. Un roman efficace, premier volume d'un diptyque. Le deuxième est déjà sorti, il n'y a plus qu'à le dénicher à la médiathèque...d'autant que le syndrome E se clot par un suspense insoutenable...

Emprunté à la médiathèque. Fleuve noir 2010, 429 pages scotchantes.

15/07/2011

La rigole du diable

"La vie ne vous rattrape pas par les cheveux pour vous ramener en arrière.à moins qu'elle ne veuille solder de vieux comptes ? "

sylvie granotier

Jeune avocate , Catherine, à la veille de son premier procès d'assises, voit ressurgir un passé qu'elle croyait avoir totalement occulté.
Sur une trame assez classique  (et avec un titre à la limite du ridicule), Sylvie Granotier  nous dépeint de manière vivante et nuancée les relations entre une jeune avocate et sa cliente pour qui elle n'éprouve pas d'empathie : Myriam. Cette dernière, jeune africaine sans papiers, est-elle vraiment innocente comme elle le clame, de la mort de son vieux et riche mari , agriculteur dans la Creuse ? Son avocate voudrait en faire une victime mais la réalité est bien plus complexe et Catherine devra se rendre à l'évidence: "Il n'y a pas de client parfait."
Autant j'ai apprécié cet aspect du récit, très documenté sans être lourd ,concernant l'apsect psychologique du métier d'avocat, autant le côté retour dans le passé et crime mystérieux dans la Creuse m'a laissée de marbre. Il n'apporte que lourdeur et clichés, l'auteure semblant d'ailleurs avoir quelque peu négligé certain personnage supposé jouer un rôle important dans l'intrigue comme si elle même n'était pas tout à fait convaincue par cette partie de son roman...Un roman à moitié réussi donc.

Emprunté à la médiathèqe.

12/07/2011

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?

J'ai longtemps été intriguée par ce titre à rallonges mais je reportais toujours sa lecture. Là, plus d'échappatoire car il venait de ressortir, accompagné d'un appareil critique à la fois pointu et accessible, éclairant et plein de vie. Sans, lui, pas de doute, je serais passée à côté de bien des allusions et des aspects ludiques de ce texte.georges perec,oulipo
Car c'est bien à un jeu que nous convie Perec à une mise à distance des codes du récit avec son héros dont le nom change sans cesse , avec ses effets de retadements, son style parfois décalé, trop emphatique pour une situation bien banale, ses jeux de mots, et ce titre qui revient comme un refrain avec quelques variantes mais qui n'a pas grand chose à voir avec le sujet du roman, à savoir comment le héros pourrrait échapper à la guerre d'Algérie.
Il est à noter d'ailleurs que le moyen envisagé: se casser un bras, fonctionne en écho de la manière dont la mère de  Perec sauva la vie de son fils : lui mettant le bras en écharpe, elle put le confier à la Croix rouge et le petit Georges échappa ainsi au camp de la mort dans lesquels ses parents disparurent...
Un roman à lire de plusieurs façons: seul ou simultanément avec les notes. Nul doute que Perec aurait apprécié ces possibilités !

Un texte à la fois drôle et grave.

Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour, Georges Perec, dossier par Isabelel Mimouni, FolioPlus Classiques.