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02/09/2010

Grandir

Bien sûr, il y eut des fêlures , mais quand la mère, âgée, devient fragile, que la relation de "dépendance" commence à s'inverser, c'est l'occasion pour chacune d'elle de Grandir d'une manière différente et d'apprivoiser le temps qui passe .31PfXVGmQjL._SL500_AA300_.jpg
Avec beaucoup de pudeur et d'élégance Sophie Fontanel nous livre ce beau récit entremêlant souvenirs heureux et découverte d'un tout autre univers, celui de la vieillesse et de ses aléas, en complet décalage avec le monde futile de la monde dans lequel évolue la narratrice. Des chapitres courts, comme autant de vignettes, pour dire la tendresse et les jolies choses dont il faut se souvenir, pour s'en servir comme d' un viatique.
A mille lieues de l'univers habituel (chichiponpon )de l'auteure.

Grandir, Sophie Fontanel, Robert Laffont 2010, 145 pages réconfortantes.

Merci à Stéphie pour cette découverte.

Antigone a aimé aussi

Une belle surprise pour Papillon

Un coup de coeur pour Keisha !

01/09/2010

Fugue

"Il faut beaucoup de temps pour découdre les mauvaises raisons."

A force de crier le prénom de sa fille qui s'est échappée de l'école le jour de la rentrée, Clothilde a perdu sa voix.
Et c'est tout un bel équilibre qui s'effondre car la jeune femme va provoquer tour à tour l'incompréhension de son père, de son mari et de sa meilleure amie en refusant de se soigner à marche forcée. Elle sent en effet qu'il lui faut prendre son temps pour retrouver sa voix et sa voie ca ,paradoxalement, le chant va entrer dans sa vie et prendre une place prépondérante.
Qu'elle est attachante cette Clothilde qui , à son rythme, faisant fi pour une fois des contrariétés qu'elle engendre chez les autres en ne leur renvoyant plus l'image qu'ils avaient d'elle, va distiller les événements et tranquillement s'insurger  : "qu'est ce que je disais de si important que vous voulez entendre ? ". Elle va posément, en acceptant les opportunités qui s'offrent à elle, retrouver le chemin de sa vie , fuguer tout en restant chez elle, ne plus se contenter d'être la fille , l'épouse , la mère, voire l'amie, à la vie bien lisse.
Aucun ressentiment pourtant, aucunne revendication forcenée, non juste un constat simple et lucide du besoin de consacrer son énergie à quelque chose qui la fasse se sentir en harmonie, qui la révèle à elle même, tout en la reliant aux autres.FUGUE_BD.jpg
Ainsi le titre du roman, Fugue, joue-t-il sur la polysémie de ce mot. La fugue c'est bien sûr l'escapade initiale de la fillette mais aussi le morceau de musique qui tisse des liens de par sa structure, comme le roman le fait ici, multipliant les points de vue et éclairant de manière très subtile la personnalité de ces femmes et de la constellation familiale et amicale qui l'entoure.
Un très beau texte, empli de poésie, où s'engouffrent des moments exotiques et colorés, un roman d'une grande justesse psychologique , un magnifique portrait de femme.
Un livre lu et relu, dont j'ai extrait une flopée de citations .
Notons au passage un petit clin d'oeil qui fait le lien avec le précédent roman de Anne Delaflotte- Mehdevi : "Le temps pouvait bien passer, tout lui prendre, elle avait chanté, comme un cuisinier cuisine, comme un maçon construit bien, un relieur relie, un marathonien  arrive au terme de sa course."

Fugue, Anne Delaflotte Mehdevi, Editions Gaïa 2010, 336  pages sereines et pleines de vie (un viatique? )

La relieuse du gué, c'est ici !

Pour découvrir la lecture du chapitre 1 de Fugue, c'est ici.

 

31/08/2010

Babyfaces

"Tu n'es pas grosse. Tu es puissante."

Pas facile la vie de Nejma. Même si elle n'est pas violente, tout le monde la craint  dans son école primaire, car moche, mal habillée et renfrognée, ça fait beaucoup pour une seule fille . En plus, la voici accusée d'avoir salement amoché Jonathan Suyckerbuck, grand amateur de catch !
Il lui faudra accepter l'aide  de son ami, le freluquet Raja et d'Isidore , le vigile du supermarché, pour se sortir de cette sale affaire et même se sortir du marasme qu'est sa vie.31fm1bkQZNL._SL500_AA300_.jpg
Marie Desplechin prête toujours une attention particulière aux habitants de ce qu'on appelle "les quartiers", ces ensembles clos, excentrés, qui enferment les populations et les isolent. D'où l'importance d ela passerelle qu'emprunte Nejma et qui exerce parfois sur elle une fascination un peu morbide.
L'auteur s'est ici penchée sur le phénomène du catch , nouvel engouement des enfants, en particulier dans les quartiers populaires. Pas question pour autant de cautionner un phénomène qui peut s'avérer dangereux -voir l'accident de Jonathan et la fermeture (un peu trop) providentielle de l'école de catch. C'est dans un autre sport que Nejma trouvera sans doute sa rédemption.
Malgré la gravité de la situation décrite, Marie Desplechin parvient toujours à montrer à ses personnages une lueur d'espoir, reposant sur la solidarité et la fraternité. Seule, Nejma ne peut rien. C'est en s'ouvrant sur les autres et en acceptant leur aide qu'elle parviendra à s'en sortir. Un livre généreux et chaleureux. On n'en attendait aps moins de l'auteur de La prédiction de Nadia ,qui se déroulait aussi dans ces quartiers d'Amiens.

Babyfaces, Marie Desplechin, Ecole des Loisirs, collection neuf, 2010, 139 pages

29/08/2010

Vivement l'avenir

"La vie m'apprend de force, et c'est tant mieux."

Alex, jeune femme trentenaire volontairement sans amarres, a atterri un peu par hasard chez Marlène. Marlène , la forte en gueule qui malnène avec une belle ardeur la langue française et son mari , sans oublier celui qui lui pourrit un peu beaucoup ses rêves, son beau-frère handicapé, rebaptisé  affectueusement Roswell par Alex.7da8bf3429_roger.jpg
Bien qu'elle s'en défende, la jeune femme va s'attacher de plus en plus à ce Picasso en volume ainsi qu'à deux autres garçons de son âge , Cédric et le Mérou, qui font le désespoir de leurs parents à osciller entre glandouille et chômage.
Cette rencontre sera peut être le déclic qui donnera envie à ces trentenaires angoissés de se lancer car "Combien de gens s'abonnent au malheur, tout seuls, comme des grands, et ne résilient plus jamais l'abonnement ? "
Des personnages sans prestige mais pas sans panache , une vie quotidienne parfois tristouille mais qu'il suffit de bousculer un peu pour la faire briller de nouveau, redonner un peu de lustre aux rêves du passé, voici un joli programme que nous propose Marie-Sabine Roger. On y croit le temps du livre et on collecte avec plaisir les citations comme autant de gri-gri pour les jours sans.
La construction alterne les points de vue et génère le sourire qand on voit comment une même situation peut être interprétée différemment par les protagonistes.
J'ai particulièrement apprécié le rapport aux mots qu'ont les personnages: Alex qui mine de rien rectifie les expressions de Marlène, qui s'enferre de plus belle, Le Mérou qui dispose de certains mots  définitifs, mais aussi la poésie qui se fraie un chemin à travers le langage entravé de Roswell...Une écriture qui n'en fait jamais trop et ne tombe pas dans la joliesse, un très beau moment de lecture.

Vivement l'avenir, Marie-Sabine Roger, Editions du Rouergue, la brune 2010 , 302 pages  Sschuper ! comme dirait Roswell.

Un grand merci Dame Cuné !

 

 

27/08/2010

'Ta mère

Des fils, des mères, dont les destins s'entrelacent pour échapper à l'armée russe, pour échapper à la guerre en Tchétchénie, pour retrouver une mère dans une Saint-Péterbourg  étouffant sous la chaleur et sous les bâches de la grande rénovation en vue du tricentenaire de la ville.
Mais peut-on échapper à son destin et à la violence dans une ville conçue pour que chacun soit exposé au regard de tous ?41z7kw3aHxL._SL500_AA300_.jpg
'Ta mère tisse le destin de trois garçons qui peinent à trouver leur place dans un monde où toute échappatoire semble impossible. Des brèches semblent s'ouvrir mais c'est pour que les mâchoires d'un piège cruel se referment sur le fugitif . La violence est omniprésente, elle sature ce récit qui pourtant ne sombre jamais dans le voyeurisme ou la complaisance. Un récit qui orchestre différents points de vue , sans que l'on se perde, et établit un lien entre Brésil et Russie  , justifiant ainsi que ce roman se déroulant à Saint-Pétersbourtg été écrit par..un Brésilien ! Un roman âpre et fort, où l'amour et la tendresse ne sont que de faibles lueurs mais dont les pages résonnent longtemps en nous.
A découvrir absolument !

'Ta mère, Bernardo Carvalho, traduit du brésilien par Geneviève Leibrich,  Editions Métailié 2010, 216 pages ardentes.

24/08/2010

Corps

"Je suis pour elles une étrangère et une intime. Le paradoxe incite à la confidence."

Du corps de Monika, la narratrice qui travaille dans un institut de beauté, nous ne connaîtrons rien. Ou presque. Juste les souvenirs d'enfance, au seuil de l'adolescence ,quand la fillette mesurait sa féminité à l'aune des femmes qui l'entouraient, soeur, mère ou voisine.41d+ohHSWxL._SL500_AA300_.jpg
Aujourd'hui, c'est elle qui regarde et surtout qui écoute des clientes jamais satisfaites de leurs corps. Un corps qui n'est jamais en adéquation avec les critères en vogue. Des corps dont Monika interprète la matière, la langueur, et pour qui elle a beaucoup d'empathie, à de rares exceptions près.
En tissant les souvenirs de l'esthéticienne aux confidences de ses clientes, Fabienne Jacob évite l'aspect "succession de portraits" et confère une vraie chair à son roman. Son style , parfois rude mais aussi sensuel, peut parfois heurter mais j'en retiendrai surtout son adéquation avec l'exploration de ce territoire de l'intime. Une jolie découverte que j'ai envie de poursuivre en lisant les recueils de nouvelles de l'auteure. Un livre, pour lequel j'aurais eu un vrai coup de coeur s'il avait davantage développé l'aspect tactile du métier évoqué.

Corps, Fabienne Jacob, Buchet-Chastel 2010, 157 pages.

 

23/08/2010

Le chien boomerang

"C'était un sentimental inversé."

"C'est un vrai chien de chasse, un bleu bourru d'Auvergne" ainsi en a décidé , par intuition la mère d'Henri Cueco. Vrai chien de chasse ?  A vérifier ,car Le chien boomerang (je vous laisse le plaisir de découvrir le bien-fondé de cette appellation), s'il chasse ce sont surtout les clients du petit commerce familial. Une vraie terreur, ce Loulou, et moche avec ça,  mais pas question de le lui dire en face. Il se vexerait et se vengerait. Obsédé sexuel,voleur, mordeur,  compissant la maison et les trottoirs,  il se mêle de tout, dialoguant la nuit avec la seule qu'il aime et aux pieds desquels il est venu se coucher un beau jour, la mère de famille, veuve avec cinq enfants, qui lui passe tout, y compris les puces dont il infeste la maison.51H-ZEce-HL._BO2,204,203,200_PIsitb-sticker-arrow-click,TopRight,35,-76_AA300_SH20_OU08_.jpg
Mais il y a une solution à tout, y compris à Loulou qui va contribuer à assurer la pitance de cette famille nombreuse au sein de laquelle il joue un vrai rôle en bon chien dominant qu'il est...
Truffé de dialogues incisifs et caustiques, rappelant tout à la fois la Toutouque de Colette ou les saynètes campagnardes de Jules Renard, Le chien Boomerang est bien comme l'indique la quatrième de couverture "Une histoire de famille" car à travers les frasques de Loulou se lit en creux le portrait d'une tribu jugée bohême par son voisinage. Un  texte court où l'absurde le dispute à l'humour grinçant...

Mais après nous avoir fait rire avec cet inénarrable Loulou, Cueco enchaîne avec un deuxième texte, tout aussi savoureux mais consacré cette fois à un chat,Caramel, un fieffé voyou, rouleur de mécaniques , qu'un accident rendra plus tendre. Et le récit de se teinter de poésie et d 'émotion.
Seule la troisième partie, très courte, consacrée à l'explication d'une injonction maternelle énigmatique, m'aura laissée de marbre.
Bref, un livre destiné à tous ceux qui aiment l'humour caustique et pas seulement aux mérotes à chien et/ ou à chats !

Le chien Boomerang, Henri Cueco, JBz &  cie 2010, 155 pages pour avoir la larme à l'oeil, de rire ou d'émotion.

21/08/2010

Twist...en poche !

"Ma petite fille en fer blanc".

Delphine Bertholon, dans le roman Twist,traite  d'une de nos  angoisses les  plus profondes  quand on est mère ou père de  famille : l'enlèvement d'enfant. Mais  heureusement il ne sera pas question  de pédophilie ici : R. qui  a  enlevé Madison,  11 ans, est bien évidemment un être  dérangé mais  il n'a pas l'intention de faire le moindre mal  à la fillette qu'il gardera prisonnière durant cinq longues  années.
Même si ce roman  fait écho à  des faits d'actualité, l'auteure dépasse le simple fait-divers en 51fOxw1ZuYL._SL500_AA300_.jpgl'envisageant de manière polyphonique.  Par le  biais d'abord  des lettres que la mère écrit secrètement à sa fille  qu'elle refuse de croire morte, par les  cahiers que Madison parvient  à  extorquer à son ravisseur car "Ecrire (...)  m'emploie les mains et la cervelle, ce qui m'évite de taper dans les  murs et de tourner sur moi même jusqu'à  ne plus tenir droit."En effet,  elle a du répondant Madison, elle a du caractère et ce qui lui permet de tenir  bon et de manipuler tant bien que mal R.
Le dernier point de vue , qui prendra  toute sa signification à la fin du livre, est celui du professeur de tennis pour qui la fillette avait le  béguin. A la fois proche et extérieur, il offre un regard plus distancié: "Son prénom devint une marque déposée, le code-barre en sept  lettres d'une société déglinguée".
L'évolution psychologique des personnages et particulièrement bien rendue et l'apect dramatique de la situation est contrebalancé par des pointes d'humour qui évitent  tout pathos  : "(Et un mec qui lit Auto-moto pour s'endormir  ne peut vraiment pas être  normal.)"
A mille lieues du thème exploré dans son précédent ouvrage, Delphine Bertholon confirme tout le  bien que j'avais pensé d'elle  car,  tout en finesse, elle réussit à établir la bonne distance entre émotion et pathos. Une  totale réussite même si j'ai  trouvé  le  roman un tout petit peu trop long.

18/08/2010

Le coeur régulier

"J'ai tant d'admiration pour ceux qui se relèvent."

Après la mort de son frère, sorte de mouton noir de la famille, une jeune femme part au Japon sur les traces du défunt, laissant en France un mari et des enfants adolescents qui semblent s'être éloignés d'elle. A moins que ce ne soit l'inverse...

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Le coeur régulier est un creuset des différentes thématiques abordées dans les précédents romans d'Olivier Adam : le décès d'un frère marginal aimé, une femme que sa vie familiale ne satisfait plus vraiment, le suicide . L'auteur les revisite sans que le lecteur éprouve de déplaisir , au contraire, mais faute de cohérence et d'approfondissement le lecteur demeure perplexe.
En effet, le Japon n'est ici qu'un décor que quelques mots étrangers jetés de- ci ,de-là ,ne suffisent pas à camper et l'atmosphère créée autour de cette falaise d'où se jettent des gens à bout de force pourrait être aussi bien française que nipponne.
Quant à son héroïne, elle souffre d'un manque d'inscription dans une quelconque réalité sociale. On ignore quasiment tout du métier qu'elle exerce , semblant flotter dans une abstraction qui fait perdre toute profondeur à sa souffrance. On attendait ainsi, par exemple ,plus de mordant dans la description du stage de motivation auquel elle participe.
Bref, tous ceux qui ont aimé les précédents romans d'Olivier Adam ne seront pas dépaysés mais resteront un peu sur leur faim.

Le coeur régulier, Olivier Adam, Editions de l'Olivier 2010 , 232 pages .

Clara a beaucoup aimé.

17/08/2010

Le royaume minuscule

"J'étais un ingrédient trempé à toutes les sauces."

La narratrice, jeune française vivant à Londres, ne supporte pas sa voix et peine à se faire une place dans un monde vaguement menaçant, auquel elle a du mal adapter les fluctuations de sa personnalité. Il lui faudra aménager un placard dans l'appartement de son compagon , Seymour, pour parvenir à se créer un Royaume minuscule où elle pourra écrire en toute sérénité et peu à peu s'intégrer au monde extérieur sans trop de perturbations.31g0a-9g3UL._SL500_AA300_.jpg
Il m'a fallu m'y reprendre à deux fois pour terminer ce premier roman.En effet, le début , comme indiqué par L'Ogresse, sent à plein nez le récit semi -autobiographique d'une drôlesse d'une trentaine d'années qui tente de nous faire passer pour passionnante sa vie quotidienne. Et puis, j'ai passé ce cap et je me suis positivement ré-ga-lée car même si sa narratrice est souvent agaçante, le style de l'auteur, original, plein de panache pour raconter les micro événements de la vie de son héroïne prend le dessus et l'on déguste ce roman plein d'inventions et de cheveux coupés en quatre qui, finalement , donnent le sourire !

Le royaume minuscule, Nataska Moreau, editions Léo Scheer, 2007, 282 pages acidulées.

Le billet de l'Ogresse qui m'avait donné envie, clic.