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07/06/2011

Cet été là

Prenez un groupe d'amis allant du bourgeois bohème au bourgeois tout court. Les habitudes et les rituels  cimentent  ce petit groupe mais le temps et les secrets commencent à plomber aussi un peu ces quinquas encore fringuants dans leurs têtes. Confrontez- les à un mystérieux jeune homme, sur lesquel certains d'entre eux projetteront leurs angoisses et vous obtiendrez un roman plutôt convenu dont on attend jusqu'à la fin qu'il démarre enfin.véronique olmi,schtroumpf grognon le retour
Quant au style, il se révèle pour le moins bancal, à la limite parfois de l'affectation et certaines jolies images ne parviennent pas à faire oublier l'absence totale d'harmonie. Le récit et le style sonnent faux et l'on se prend à regretter Bord de mer et Numéro six, plus âpres mais inoubliables.

Cet été-là, Véronique Olmi,  grasset 2011.

06/06/2011

Guerre sale

"Personne ne sait où est la télécommande pour zapper le chaos."

Un jeune et ambitieux avocat d'affaires, fils spirituel de Richard Gratien, élément essentiel de la Françafrique pour le secteur de l'armement, a subi le supplice du pneu brûlé.
Cet assassinat atroce fait immédiatement écho dans la mémoire de l'ex-commissaire Lola Jost avec celui de son assistant, tué de la même manière.dominique sylvain
Flanquées du dalmatien Sigmund, voilà donc reparties en campagne "les infernales pétroleuses du canal Saint Martin", à savoir Lola et son amie Ingrid Diesel. Il leur faudra néanmoins se résigner à travailler avec l'ex amoureux d'Ingrid, Sacha Duguin, devenu commandant à la Crim'...
L'humour et la virtuosité de Dominique Sylvain parviennent à alléger les coups bas et les manipulations des puissants en tous genres qui ne pratiquent en aucun cas l'art de la guerre de Sun Tzu- livre de chevet d'un des personnages- mais une Guerre sale qui fait fi de toute humanité. L'intrigue est tordue à souhait, sans pour autant devenir incompréhensible . L'auteure est ici au meilleur de sa forme ,multipliant les métaphores ("Quant à moi, je ne suis plus qu'une vieille chose, une mémé gorille avant l'hiver. Le dernier wagon du cirque m'est passé sous le nez, mais je ne m'en suis pas aperçue.")  sans pour autant négliger la psychologie de ses personnages. Un roman qui m'a réconciliée avec Dominique Sylvain et que j'ai dévoré cul sec !

Guerre sale, Dominique Sylvain, Viviane Hamy 2011.

 

Emprunté à la médiathèque.

03/06/2011

Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi...en poche!

"Souvent la vie s'amuse."

 

"Elle voulait tout savoir. jusqu'au moindre détail. Elle avait retenu la leçon de Cary Grant : "Il faut au moins cinq cents petits détails pour faire une bonne impression" et elle voulait des centaines de détails pour que son histoire s'anime, que ses personnages soient vivants. qu'on ait le sensation de les voir bouger devant soi. elle savait que pour une histoire tienne debout, il fallait la remplir de détails." Et Katherine Pancol applique ce principe et nourrit de détails savoureux les 846 pages de Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi.PANCOL_les____cureuils_version_d__finitive.jpg
Alors, même si j'ai parfois avancé cahin-caha dans ce gros pavé, renâclant devant certaine facilités d'écriture ou de récit, même si j'ai parfois trouvé trop sucré le style chantourné de l'auteure, même si j'ai freiné des quatre fers devant une vison par trop rose de l'existence, bimbamboum et en un rien de temps les obstacles s'évanouissent, j'ai renoué avec les personnages des Crocodiles et des Tortues comme avec de vieux amis perdus de vue que l'on retrouve avec plaisir et avec qui on poursuit la conversation comme si on les avait quittés la veille. Car Katherine Pancol possède le rare  talent de les rendre vivants ces personnages: Joséphine la trop gentille, Hortense la trop sûre d'elle , elles et tous les autres ,y compris ceux qui ne font que passer mais qui ne sont jamais traités à la légère. On sent que l'auteure les aime tous et leur prête la même attention chaleureuse. Un gros cupcake un peu trop sucré mais qui s'avale sans qu'on s'en rende compte !

31/05/2011

Alzheimer mon amour

"Tu es devenu mon guide aveugle vers les ténèbres."

 Sans préavis, le verdict tombe et le long naufrage commence: Alzheimer s'est emparé du cerveau de Daniel. Sa femme, Cécile, ne peut se résoudre à faire le deuil d'un amour de trente ans et , coûte que coûte, elle va tenter de garder Daniel près d'elle, dans tous les sens du terme, le stimulant , allant même jusqu'à tenter de refaire leur vie, ou ce qu'il en reste, à Madagascar.cécile huguenin,alzheimer
Plus qu'un témoignage sur ce fléau du XXIème siècle, Alzheimer mon amour est un roman truffé d'allusions littéraires, au style à la fois alerte et pudique, dans lequel vibrent à chaque page la puissance d'un amour et la résolution hors norme d'une femme.
Mais les soignants  et les proches des malades ne sont pas oubliés pour autant, car eux aussi sont les "victimes collatérales" à des degrés divers, de cette maladie. Les mots de Daniel se font également entendre et les citations de ses poèmes trouvent une résonance étrange avec les événements  qui sont advenus.
On ne peut qu'être remué de fond en comble par ce livre qui touche à nos peurs les plus indicibles ( livre dont j'ai quasiment corné toutes les pages ). S'il fallait ne retenir qu'un phrase, peut être garderais-je celle-ci : "Notre incapacité à ne pas entrer en contact avec ces malades ne signifie pas forcément qu'ils n'ont plus de vie intérieure, de sentiments, de sensations."

Alzheimer mon amour, Cécile Huguenin, Editions Héloïse d'Ormesson 2011, 119 pages à laisser résonner en nous.

28/05/2011

Zola Jackson

"L'eau n'allait pas manquer, ça non. L'eau croupie, l'eau corrompue, la pourriture."

Août 2005, delta du Mississipi, l'ouragan Katrina s'abat sur la nouvelle-Orléans. Zola Jackson, modeste institutrice à la retraite, refuse de quitter sa maison et organise sa survie et celle de sa chienne, Lady. Elle n'en est pas à sa première tempête et il n'y a pas grand chose qui lui fasse peur. Mais voilà les digues se rompent et l'eau envahit la ville... En attendant les secours, Zola remonte le temps et évoque sa vie et celle de son fils unique et adoré, Caryl.41WofHELhqL._SL500_AA300_.jpg
Alternant passé et présent, dans une construction habile qui amène progressivement des révélations poignantes sur cette femme pugnace et chaleureuse, Gille Leroy brosse aussi le tableau apocalyptique et charnel de cette Nouvelle-Orléans sous les eaux. Il pointe également au passage les insuffisances et les incompétences des autorités de l'époque  ainsi que l'exploitation éhontée de la catastrophe par les médias.
Une écriture très juste, un souffle puissant , qui ne verse jamais dans le pathos mais qui m'a mis les larmes aux yeux. Zola Jackson et Lady, je ne les oublierai pas de sitôt !

26/05/2011

Les yeux au ciel

Pour fêter l'anniversaire du patriarche, toute la famille se réunit en Bretagne dans la vieille maison où autrefois ils passaient leurs vacances. Souvenirs, souvenirs. Mais aussi blessures mal cicatricées , rivalités et alliances d'autrefois , toujours à l'ordre du jour, sans oublier un drame, soigneusement refoulé ,que la nouvelle génération va contribuer à débusquer.karine reysset,fratrie
Rien de tel qu'une réunion de famille, quel qu'en soit le prétexte, pour radiographier les relations entre les uns et les autres. Karine Reysset, sur un motif classique , joue ici une jolie partition, sans grain de sable cependant, ce qui rend le tout un peu trop lisse à mon goût.
Lena, jeune mère de famille harassée, tiraillée entre l'amour de ses enfants et la nécessité de souffler un peu reste trop sage dans ses bouffées d 'exaspération. On aimerait qu'elle se lâche un peu plus . Il n'en reste pas moins qu'on passe un très agréable moment avec ce roman.

Les yeux au ciel, Karine Reysset, Editions de l'Olivier, 190 pages pleines de bienveillance.

 

Merci Antigone !

20/05/2011

L'armée furieuse

"Quand une alarme vitale se déclenche, la réplique humaine est impondérable et foudroyante."

Une armée furieuse , tout droit sortie des fins fonds du Moyen- Age, composée de chevaux et de cavaliers spectraux,  a été vue dans un village normand. L'effroi s'empare aussitôt de la population car cette apparition annonce une "fameuse secousse", à savoir des décès de gens ayant l'âme mauvaise...
C'est évidemment Adamsberg "[le] rustre,[le ] montagnard, [le]pelleteur de nuages" qu'on appelle et qui va devoir composer avec la manière particulière de s'exprimer des Normands pour élucider le mystère de cette Grande Chasse. Non content de s'étonner de l'immobilisme des vaches dans cette région écrasée par la canicule, il devra aussi frayer avec une fratrie pour le moins singulière tout en essyant de "trouver "un passage obscur"pour affronter "l'aigre réalisme d[une] affaire polico-financière" qui lui met de sérieux bâtons dans les roues.fred vargas,du sucre,des vaches,un pigeon
Si l'on retrouve ici" la composition de chimères et d'illusions"qui plaît tant au commissaire Adamsberg- et au lecteur par la même occasion-, celle-ci est nettement plus crédible que dans l'épisode précédent (Un lieu incertain) et nettement moins embrouillée. Je m'attendais à ce que les liens père /fils s'étoffent davantage mais c'était sans compter sans la légendaire lenteur d'Adamsberg ! Néanmoins on retrouve dans cet opus tout ce qui fait le charme de l'univers de Fred Vargas: des personnages atypiques , qui, se montrant solidaires, arrivent à adapter à leurs singularités un monde par trop normé, un policier plein d'humanité qui attache autant  d'importance à la mort d'une vieille obsédée du ménage qu'à l'entravement d'un pigeon et qui se réjouit (avec nous) de "triomphe[r] contre les colosses" !

L'armée furieuse, Fred Vargas, Vivaine Hamy 2011,427 pages à dévorer puis à relire pour mieux en savourer l'humour et la densité !

13/05/2011

Quinze kilomètres trois

"Elles ont fait ça ensemble, les filles."

Là, la lumière est "crue", les falaises crayeuses, le vent agaçant de liberté, la mer "inconsolable". là, c'est le cap Blanc-Nez du haut duquel deux très adolescentes se sont élancées.
Un fait-divers qui a bouleversé toute la région et qui sert de matrice au roman très court mais envoûtant de Martine Laval.martine laval,sucide,adolescents,pas-de-calais.
L'auteure choisit de ne jamais nommer ces très jeunes filles, qu'elle prend pourtant en quelque sorte sous son aile, les appelant "mes mignonnes",  et fait la part belle plus à l'atmosphère qu'à la psychologie proprement dite.  Le paysage devient ainsi un élément primordial du drame.
Tour à tour, une prof de français dépressive aux mots malheureux , une "autre fille", un cousin,une lectrice , sans oublier le paysage lui-même prendront la parole pour revenir sur l'incompréhensible. De ces récits par petites touches, sans pathos, se dégagent beaucoup d'émotion et le sentiment d'un lieu auquel il faut absolument échapper pour vivre et non survivre. Un roman très court , sobre qui sait faire vivre sous nos yeux tout un paysage et ses habitants qui possèdent "La patience des gens qui n'espèrent plus.". Une réussite !

Quinze kilomètres trois, Martine Laval (oui la critique de Télérama , originaire de Calais par ailleurs !), 57 pages sobres et balayées par le vent. Liana Levi Piccolo, 4 euros.

09/05/2011

Les mots qui tuent

"Pour la première fois, il y avait quelqu'un pour qui je comptais."

Instrumentalisée longtemps par sa mère couturière , pour qui elle joue" le mannequin permanent", Mara rêve de s'habiller enfin à son goût. Elle rêve aussi d'avoir une amie. Aussi, quand Clara la délurée croise sa route, l'ado trop longtemps bridée va se lâcher et , pour ne pas être en reste avec sa nouvelle copine, va prononcer des mots qui entraîneront la mort d'un innocent...agnès de lestrade,mensonge
Avec un style alerte et nuancé, Agnès de Lestrade peint une une tragédie involontaire en 59 pages qui vont droit à l'essentiel, sans que pour autant l'émotion se perde en route. Un seul bémol peut être  : que la conclusion soit un tantinet précipitée (j'aurais aimé connaître plus en détail le parcours de Mara après ) mais le format de la collection explique sans doute ceci. A découvrir sans plus attendre !

Les mots qui tuent, Agnès de Lestrade, Sarbacane, 2011

trop démonstratif pour Cathe

 

02/05/2011

Coeurs brisés

"Le vent noir qui souffle dans notre imaginaire."

Comme le souligne Rosetta Loy dans sa préface, les contes de fées sont parfois rassurants mais aussi parfois fort cruels, d'une "cruauté nue et crue." C'est pourquoi elle a adopté ce genre littéraire pour raconter deux faits réels, d'une violence absolue, qui se sont déroulés dans des lieux qui lui étaient familiers, en Italie.rosetta loy,cruautés,barbaries ordinaires,contes de fées sanglants
Pas de suspense, le lecteur connaît d'emblée les victimes et les coupables mais toute la force de ces deux récits très courts tient dans le style de l'auteure: sans sensationnalisme, elle décortique minutieusement les actes et rattache aux figures maléfiques des contes les protagonistes de ces faits divers , des gens que nous aurions pu côtoyer, qui auraient pu être nos voisins, nos enfants...Une efficacité redoutable en 81 pages qui balaient d'un revers de main bien des romans policiers. Un choc littéraire , une auteure dont j'ai déjà envie de poursuivre la découverte.

Coeurs brisés , Rosetta Loy, Le petit mercure 2010traduit de l'italien par Françoise Brun, 5 euros. A glisser immédiatement dans vos Pal.rosetta loy,cruautés,barbaries ordinaires,contes de fées sanglants