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07/01/2012

Nous étions des êtres vivants ...en poche

"On aime notre métier et notre métier ne nous aime plus."

Soulagement au sein d'un groupe de presse pour enfants: ils ont trouvé un acquéreur. Mais soulagement de courte durée car le repreneur, bientôt surnommé Gros porc, n' a que faire de leurs compétences, de leur humanité et ne recherche que le profit à court terme.nathalie kuperman
En trois étapes, commentées par un choeur, la tragédie ira crescendo, révélant les mesquineries banales , les cruautés ordinaires et les retournements de veste discrets au fur et à mesure que la peur s'installe.
Plusieurs personnages prendront aussi successivement la parole, révélant leurs faiblesses, leurs problèmes quotidiens ou moraux et cette plongée dans leur intimité permettra de nuancer leur comportement.
De rebondissements en coups fourrés, de coups de folie en désespoir, c'est toute une palette de sentiments qui nous les rend si proches et si désespérement humains dans une société où "Aujourd'hui, manoeuvrer, dénoncer, flatter, , faire preuve de cynisme  et jouer les forts en thème suffit à accéder au rang de supérieur. Les compétences passent au second plan." ça ne change peut être rien de l'écrire mais ça fait du bien, car on se sent moins seuls , comme ne cesse de le répéter le choeur, comme pour mieux s'en convaincre.

04/01/2012

Un territoire

"Le chat est comme elle est, au ras des choses."

La cuisine, le cagibi ,où elle dort, tel est Le territoire de la narratrice.Un espace où l'ont cantonnée deux tyrans :  le Garçon et la Fille, des enfants devenus grands qui, eux,  occupent le reste de la maison . Qui sont ces personnes ? Quels liens les unissent ? Nous le découvrirons peu à peu, au fur et à mesure des souvenirs de la narratrice, au fur et à mesure de sa réappropriation d'une nappe, vestige d'un repas où s'est noué le drame fondateur.angélique villeneuve,résilience
Ainsi se dessine une situation qui avait tout pour être sordide mais qui est transfigurée tout à la fois par l'écriture dense et sensuelle d'Angélique Villeneuve , "L'idée du couvre-lit enfle dans sa tête." et aussi par la manière dont la narratrice arrive à se frayer un chemin vers la liberté. Une liberté qu'elle s'invente au coeur même des tâches qu'elle accomplit, détachée de tout sentiment face aux remarques désobligeantes : "Lui inventent un coeur haché qui n'existe pas." En effet, "Elle est un coeur blanc, peut être. Une feuille de papier vierge de toute écriture."Et l'amour qu'elle a reçu enfant, ce viatique qu'on lui a transmis, elle va l'utiliser pour conquérir, sans violence, un espace où vraiment trouver sa place.
On a le coeur qui bat au fil des révélations qui scandent ce roman, au fil des émotions, des craintes que suscite le récit , on salive aussi devant la description de  ces cailles dorées qui ont "mariné l'après-midi entier dans du miel, du vin, des épices et des poudres secrètes.", on s'attache à cette narratrice jamais nommée, à la description d'un quotidien banal mais réenchanté

. Bref, on se régale de bout en bout et on fait durer le plus longtemps possible ces 152 pages denses et lumineuses.

Et zou, sur l'étagère des indispensables !

Un territoire, Angélique Villeneuve, Phébus 2012.

22/11/2011

Les vieilles

"Une moto pareille, il y a encore un arbre qui va morfler dans pas longtemps !"

Fi des Bonnes-mamans et des mamies gâteaux, Les Vieilles de Pascale Gautier sont tout sauf gentilles, et c'est tant mieux !
Leur univers est presque entièrement féminin, (leurs hommes sont morts ou enfuis depuis longtemps) à l'exception du prêtre qui officie devenant quelques ouailles chevrotantes, du boucher qui voit tomber de drôles de choses devant sa boutique, du "jeune vieux" qui prépare le marathon de Londres et joue le coq du village, sans oublier Kevin l'employé des pompes funèbres (et l'un des rares jeunes à être resté au Trou (le nom de la ville où tout ce petit monde réside). Kevin qui adore qui les adore ses vieilles. "Les vieilles , c'est ce qu'il y a de plus beau au monde. Leurs corps fripés, leurs visages ravagés, leurs yeux qui n'y voient goutte, leurs oreilles qui n'entendent rien. Les vieilles sont émouvantes.La vie les a malaxées triturées brisées. Elles portent l'empreinte de la mort.Elles sont déjà de l'autre côté et se raccrochent à ce qu'elles peuvent.C'est pour cela qu'elles sont si souvent insupportables."pascale gautier
Pascale Gautier nous les présente, chacune leur tour, dans un carrousel grinçant, sur fond de ritournelles de phrases toutes faites ou volontairement emphatiques qui viennent souligner que ces vies enfin de course tournent à vide, la plupart de ces vieilles ayant renoncé à évoluer, mais continuant néanmoins à "balancer" sur leur famille, à s'accrocher au peu d'indépendance qui leur reste. Le Trou et ses 365 jours de soleil de soleil pourrait être le paradis, il n'est que l'antichambre de la mort, l'endroit aseptisé où viennent s'échouer les vies qui n'en demandaient pourtant pas beaucoup. C'est caustique, d'un humour noir hautement réjouissant et ça balaie tous les poncifs politiquement corrects sur les vieilles !

Les vieilles, Pascale Gautier, folio 2011, 215 pages pleines d'une tendresse rugueuse!

10/11/2011

Je ne suis pas Eugénie Grandet

"On ne peut pas toujours être au premier rang de la vie des autres, vois-tu. On a sa propre vie à mener et ce n'est pas facile d'être soi."

Deux oeuvres d'art comme repères dans ce roman :  Eugénie Grandet qu'Alice s'efforce de lire parce que sa soeur aînée, Anne-Louise a décidé de l'emmener visiter l'exposition de Louise Bourgeois, Moi, Eugénie Grandet et la Cerisaie, pièce sur laquelle travaillent Anne-Louise aux costumes et son amoureux Max à la mise en scène. Deux oeuvres d'art sur le thème de la famille qui vont permettre à l'adolescente de se positionner, avec intensité . Quand elle affirme: Je ne suis pas Eugénie Grandet , elle refuse ainsi le destin fané de l'héroïne de Balzac et trouvera aussi sa juste place vis àvis de sa soeur et un peu plus tard d'une grand-mère quasi inconnue et revêche.shaïne cassim,soeurs,eugénie grandet,louise bourgeois
Quant à la Cerisaie, un désatre de dernière minute permettra à Max de revenir sur son passé familial mais aussi de rebondir face à l'adversité.
L'art comme combat mais aussi l'art comme révélateur des luttes intérieures: Alice doit quitter l'exposition de Louise Bourgeois quand elle prend conscience qu'elle pourrait rater sa vie. Un roman troublant et intense , qui souffre peut être d'un défaut de construction mais une écriture qui plonge directement dans l'âme adolescente et la transcrit de manière intense et juste. Un roman qui donne évidemment envie de découvrir le catalogue de l'exposition de Louise Bourgeois.

Je ne suis pas Eugénie Grandet, Shaïne Cassim, Medium de l'Ecole des Loisirs 2011 , 182 pages hérissées de marque -page.

Couverture de Hélène Millot, en parfaite adéquation avec un texte qui évoque aussi beaucoup les tissus.

Je découvre Shaïne Cassim avec ce roman et j'ai bien envie de continuer à la lire...

07/11/2011

Comment (bien) gérer sa love story

"Si vous avez jamais eu un cadeau d'anniversaire plus pourri que ça, écrivez-moi.
ça me fera plaisir."

Les vacances (désastreuses) sont finies, et Maxime a tout pour être heureux : une petite amie (en première année de psycho alors que lui est en terminale... ), un smartphone, une guitare, des amis, dont le fameux Kevin, pour qui j'ai une tendance toute particulière . En effet," Kevin est délinquant routier,( et il en est très fier)." et il a surtout un peu (beaucoup) de mal avec le second degré,  second degré dont est friand Maxime.anne percin
Mais, évidemment, notre héros, fidèle à sa réputation de loser va tout faire foirer et il devra affronter la réalité économique et "...l'omerta gynécologique", ce qui n'est pas rien !
J'étais très contente de retrouver mon ami Maxime mais il m'a quand même fallu 93 pages pour vraiment rentrer dans l'ambiance , savourer les métaphores, (un exemple au hasard : "-On dirait Dark Vador qui s'est pris les couilles dans une porte.
On peut toujours compter sur elle pour apporter une touche de raffinement et de sophistication à une conversation."
apprécier à leur juste valeur les notes en bas de page, les adresses au lecteur, bref tout ce qui fait le charme et l'humour d'Anne Percin.
93 pages, le temps de digérer sans doute le titre et son "gérer" qui sent l'arnaque marketing et oublier le bandeau rouge annonçant triomphalement "saison deux" , comme si notre Maxime avait quelque chose à voir avec les séries télé, pff !
Un bon cru donc où notre héros ,dans le désordre ,verra le loup, provoquera l'ire (et la jalousie) maternelle, fêtera ses dix-huit ans , et vivra les hauts et les bas d'une histoire d'amour. Cerise sur le gâteau, parce qu'il est évidemment beaucoup question de musique dans ce roman, la compile de la teuf généreusement fournie en fin de roman !

Comment (bien) gérer sa love-story, Anne Percin, Le Rouergue 2011, 246 pages hérissées de marque-page, pour lutter contre la morosité et regarder ses ado d'un oeil plus indulgent !

Ps: j'anticipe : oui, on peut le lire sans avoir dévoré le premier mais c'est mieux de suivre l'évolution du personnage !

01/11/2011

L'honorable société

dominique manotti,doa,un président nerveux et colérique

" L'honorable société" désigne en général la mafia mais il n'y sera fait qu'une très légère allusion dans le roman de Manotti et Doa qui joue ici sur le double sens de l'expression car c'est dans le monde de la politique que nous entraînent les deux auteurs. L'assassinat d'un employé du Commissariat à l'Energie Atomique entre les deux tours de l'élection présidentielle en France va  en effet semer le trouble dans plus d'un état major...
"Les Atrides à la française, une histoire pleine d'adultères et de fric."
Cet aspect n'est qu'ébauché dans le roman de Manotti et Doa ,les auteurs lui privilégiant la description de la main-mise du privé sur le secteur ultra sensible du nucléaire. Le tout avec la bénédiction d'un futur président nerveux et colérique. Toute ressemblance ne serait évidemment pas une coïncidence et les auteurs  ne se privent pas de quelques clins d'oeil en forme de crocs de boucher pour renforcer la connivence avec le lecteur. Etre plongé dans ce roman et, en allumant la radio, entendre soudain la voix du principal protagoniste est d'ailleurs une expérience assez troublante...
Le roman dépeint bien la confusion ambiante et la manière dont chacun essaie à la fois d'en tirer parti et de feindre de l'organiser , l'intrigue est bien menée, les personnages bien campés, ça se lit sans déplaisir mais on reste un tantinet sur sa faim tant on a l'impression que tout cela aurait gagné à être plus dense.

L'honorable société, Manotti et Doa, Série noire gallimard, 2011, 329 pages qui ne réconcilient pas avec les politiques.

Emprunté à la médiathèque.

31/10/2011

La centrale

"On a bu deux bières ensemble, et ça m'est tombé dessus."

"Chair à neutrons, Viande à rem.", voilà ce que sont les ouvriers intérimaires qui travaillent dans les centrales nucléaires en France. Pas de "collectif de travail", rien que des hommes qui se croisent, cohabitent parfois, travaillent dans des conditions extrêmes,jusqu'à ce que la pression soit trop forte. Trop de radiations, mais aussi trop de confinement (ha cette impression d'étouffement que l'on ressent en lisant ce roman !)  et pourtant cette fascination sourde pour ces centrales qui les coupent du monde extérieur. Loïc sera notre guide dans cet univers si particulier. Nous le suivrons au cours de quelques missions et nous partagerons son quotidien et ses angoisses.elisabeth filhol,prix france culture télérama
Travail dangereux, parcellisé, sous-traité pour éviter toute "vague", travailleurs instrumentalisés, prêts non pas à être dévorés par le Voreux de Zola, mais sourdement contaminés par ces radiations invisibles, en lisant La centrale, je n'ai pu m'empêcher de penser à Germinal, car peu nombreux sont les romans qui décrivent le monde du travail . Pas de style lyrique cependant ici mais une description toute en retenue d'un monde quasi inconnu , une analyse de cette puissance "Dont on connaît bien les effets dévastateurs. Mais qui a sur les hommes, du moins certains hommes, une force d'attraction incomparable."qui fera date.

Un livre court (132 pages dans l'édition folio) mais dont on ne sort pas indemne.

La centrale Elisabeth Filhol, folio 2011.

L'avis d'Antigone

Celui de Ficelle,

d'Hélène,

De Brize

15/10/2011

Nagasaki ...en poche

"Cette femme était à maudire. A cause d'elle le brouillard s'était levé."

eric faye

 Quelques indices lui ont mis la puce à l'oreille. Alors Shimura-san  qui vit seul et mène une vie bien réglée entre la station météorologique où il travaille et sa maison, va installer une webcam dans sa cuisine. Bientôt l'impensable va se donner à voir...
Partant d'un fait-divers survenu au Japon, Eric Faye sonde avec finesse l'ambivalence des sentiments de ce personnage bien falot et interroge la notion d'intimité . Il souligne aussi l'absence de liens dans une société vieillissante où les androïdes seront de plus en plus amenés à se substituer aux humains.
Ni fantastique ni poétique le récit avance  à l'image se son personnage principal, tout en retenue , suscitant d'abord l'étonnement  et levant beaucoup d'interrogations chez le lecteur.Mais à trop vouloir boucler son récit bien proprement, l'auteur , tout à la fin ,lui fait perdre de son intensité. Dommage !

14/10/2011

Veuf

"Tu as été ma plus belle qualité, j'espère ne pas avoir été ton plus gros défaut."

Jean-Louis Fournier et moi c'est une longue histoire d'amour, teintée d'humour et de mélancolie. Je l'avais trouvé un peu acrimonieux dans son dernier opus mais on ne se refait pas , j'ai craqué quand j'ai vu Veuf en librairie.jean-louis fournier
Et j'ai bien fait. Car le récit de la vie après le décès de sa femme Sylvie est une merveille de délicatesse. Fournier y navigue à vue," souvent  au cap Horn, au fond de [son] petit bateau malmené par la mer"entre humour- politesse- du -désespoir du veuf qui doit affronter le quotidien lui rappellant sans cesse l'absente et "les mots doux et légers" pour" ranimer nos souvenirs heureux" de ces textes courts .
Courts mais fertiles en formules et les post-it ont émaillé quasiment chaque page de ce récit où Fournier ne se présente jamais à son avantage et se montre d'une sincérité désarmante.
Il égratigne au passage les "veuvages mode d'emploi" et toutes les manifestations stéréotypées entourant la mort, soulignant pourtant les marques d'affection qui l'ont touché. On le sent écorché vif et l'humour noir est son bouclier favori contre la douleur.
Pas de panégéryque obligé et figé de la défunte ,même si on voit bien qu'elle fut une belle personne à travers ce qu'il nous en dit.Fournier la célèbre d'une façon bien plus élégante et vivante ,soulignant aussi la complicité qui les unissait.
Un livre qui nous rappelle aussi qu'il faut chérir les moments partagés avec ceux que l'on aime, tant qu'il est encore temps.

"Tu étais le pôle positif, j'étais le pôle négatif. ça faisait de la lumière , et souvent des étincelles."

 

Veuf, Jean-Louis Fournier Stock 2011, 157 pages qui font beaucoup de bien.

21/09/2011

Personne ne bouge

"La plus belle fois, ce fut un samedi."

Imaginez que le temps s'arrête , que tout se fige autour de vous, en plein mouvement . Et surtout qu'un silence absolu s'installe. Que feriez-vous ? Voler, commettre quelques farces ? Antoine , même s'il esaiera bien de corriger les trop nombreuses fautes de sa dictée, découvrira bientôt que cette sitaution anormale peut se réveler encore plus utile, surtout si l'on est deux à partager ce secret...olivier adam
Un texte tout à la fois ancré dans le réel (voir  la description des relations parents/ado , les réflexions pleines de saveur du narrateur) et plein de poésie. Une petite merveille pour s'imaginer au bord de l'eau, dans un silence absolu ,devant une mer figée en plein mouvement. Pour se creuser une parenthèse au creux du temps.

 

Personne ne bouge, Olivier Adam, l'école des loisirs 2011, 92 pages pour rêver.

L'avis de Gaëlle.

Celui de Clarabel