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21/12/2014

Un monde flamboyant

"Ce qui m'intéressait, c'étaient les perceptions et leur mutabilité, le fait que nous voyons surtout ce que nous nous attendons à voir."

Harriet Burden a toujours détonné, que ce soit par son physique, son intelligence , son intérêt pour la science, la philosophie, débordant ainsi de la pratique artistique -méconnue- qui était la sienne. siri hustvedt
Cantonnée à son rôle d'épouse d'un célèbre galeriste et de mère de famille, "Harry", son surnom ô combien révélateur, devra passer par l'épreuve de la dépression à la mort de son époux avant de se lancer dans une entreprise devant aboutir (entre autres) à la révélation du sexisme du monde de l'art.
Mue par une saine colère et une grande énergie , Harry passe ainsi un pacte faustien avec des artistes masculins qui lui serviront de "masques". Mais l'entreprise ne sera pas sans risques.
Roman choral, empruntant la  forme d'une enquête universitaire menée a posteriori après la mort Harry, variant les points de vue ,Un monde flamboyant est un texte enthousiasmant à plus d'un titre :
résolument féministe (et ce n'est pas un gros mot), riche , sans jamais être indigeste, intelligent et bien mené, avec des personnages attachants et une fin extrêmement émouvante ,le tout,bien sûr, avec le style élégant de l'auteure. Un énorme coup de cœur ! Et ou, sur l'étagère des indispensables !


 

le billet enthousiaste de Papillon !

 

18/12/2014

La faute

"Elle sait que je fais de gros efforts pour m'améliorer en tant que mère, même si je ne pourrais jamais rivaliser avec elle."

Roman de la culpabilité , annoncé d'emblée par le titre français, La Faute (en VO :Just What Kind of Mother Are You? , encore plus accusateur , selon moi ) fait la part belle à la psychologie plus qu'au polar , même si le personnage de la policière est tout sauf secondaire .Les personnages féminins y ont la part belle et le processus d'identification fonctionne à merveille.paula daly
Chacune d'entre nous  peut en effet se reconnaître dans ce personnage de mère de famille débordée entre sa famille et son refuge pour animaux,( ce qui nous vaut entre autres de belles tirades sur les maîtres inconscients, frappées au coin du bon sens ), placée dans une situation intenable .
L'intrigue est plus sophistiquée qu'il n'y paraît à première vue, Paula Daly sait raconter une histoire, même si la langue qu'utilise ses personnages flirte souvent avec le trivial, ce qui peut être dérangeant. Certaines scènes sont à mon avis ratées, mais on est totalement tenu en haleine et on dévore d'une traite ce roman à la fois facile, populaire ( rien de péjoratif pour moi dans cette appellation) et hautement addictif.

 Un énorme merci aux viles tentatrices qui m'ont donné envie de lire ce roman : Clara et Cuné ! Je semble être sortie de ma mauvais passe, merci les filles ! : )

08/12/2014

La femme d'un homme

"ça ne sert à rien de construire un mur de mots. Les mots sont comme des outils, facilement convertibles en armes, qui bâtissent des clôtures là où elles ne sont pas  essentielles. La vie ne se résume pas aux mots. Les gens, par nature, baignent dans l’ambivalence, entraînés par des vents capricieux et agités."

Beaucoup de non-dits dans le couple en apparence idéal que forment depuis vingt ans, Todd, promoteur immobilier ambitieux, et Jodi, thérapeute à mi-temps. Un élément perturbateur, dont Jodi veut à tout prix minorer l'importance, va rompre cette belle harmonie et entraîner le couple dans un maelstrom d'émotions et de situations qu'ils ne parviendront plus à maîtriser.a s a harrison
The silent wife, titre original du roman, rend bien compte de la manière si particulière de l'héroïne de gérer ses émotions et sa vie. Tant de perfection,( elle est très classe, veut faire de sa vie un modèle de perfection et pour cela sélectionne soigneusement ses patients pour ne pas sortir de sa zone de confort et de compétence ),  des apparences aussi  lisses, ne peuvent évidemment que cacher un grand bazar intérieur que le lecteur découvrira progressivement, même s'il ne sera jamais clairement nommé.
Et c'est ce que j'ai aimé dans ce thriller psychologique où, à mon avis, la psychologie domine largement: si comme l’écrit Cuné, on flirte avec les clichés, les personnages sont beaucoup plus fouillés qu'il n'y paraît et cette volonté de ne rien nommer précisément est extrêmement efficace du début à la fin. Une narration fluide, des rebondissements surprenants, un pur régal piqueté de marque-pages !

La femme d 'un homme, A S A Harrison, traduit de l'anglais par Audrey Coussy, Livre de poche 2014.

02/12/2014

Petit enfer dans la bibliothèque

"La déflagration avait projeté un exemplaire de L'Amour au temps du choléra sur son visage avec tant de force qu'un œil avait été touché et que le texte du roman  s'était imprimé su rune joue  et le front de façon définitive. ça lui donnait une mine austère , mais au moins avait-il de la lecture quand il se rasait."

Quand un auteur a la gentillesse de résumer son roman page 13, on ne va pas se gêner : "Les événements décrits dans ces pages se sont déroulés au cours d'une semaine très chargée de la fin de l'été 2004. Une semaine qui avait débuté par une expédition à Swindon pour dénicher un boulot et s'était terminée par des torrents de feu purificateur tombant des cieux, une révision du budget opérationnel des services des bibliothèques du Wessex et par la mort de Gavin Watkins abattu par d'un coup de feu par mon fils. ce dernier point était particulièrement déprimant-surtout pour Gavin." Prolepse ultime ou sabordage masochiste ? Je l'envisagerais plutôt comme l'ossature solide d'un roman foisonnant de surprises, d'humour et d'amour forcené des livres et de la littérature.jasper fforde
C'est toujours un plaisir fou de retrouver Thursday Next, devenue au fil du temps et des aventures une quinquagénaire un peu cabossée , mais toujours partante pour affronter Goliath et ses sbires. Jasper Fforde utilise en virtuose ce que lui permet la littérature en matière de surprises,  crée des personnages haut en couleurs, un univers complètement fou, paradis ou enfer des bibliothécaires,nous plonge dans la perplexité, nous embrouille et , hop à quelques encablures de la fin , tout devient clair mais pas totalement résolu car un nouveau volume est en vue ! Un pur régal, hautement addictif !

Petit enfer dans la bibliothèque, Jasper Fforde, traduit de l’anglais par Jean-François Merle, Fleuve éditions 2014, 408 pages piquetées de marque-pages.

 

 

 

Série Thursday next

  1. L'Affaire Jane Eyre, Fleuve noir, 2004 ((enThe Eyre Affair, 2001) clic
  2. Délivrez-moi !, Fleuve noir, 2005 ((enLost in a Good Book, 2002)
  3. Le Puits des histoires perdues, Fleuve noir, 2006 ((enThe Well of Lost Plots, 2003) clic
  4. Sauvez Hamlet !, Fleuve noir, 2007 ((enSomething Rotten, 2004) clic
  5. Le Début de la fin, Fleuve noir, 2008 ((enFirst Among Sequels, 2007) clic
  6. Le Mystère du hareng saur, Fleuve noir, 2013 ((enOne of Our Thursdays Is Missing, 2011) clic
  7.  petit enfer dans la bibliothèque , Fleuve, 2014The Woman Who Died a Lot, 2012 clic
  8.  Dark Reading Matter

17/11/2014

Chemins de croix

"J'étais tellement soulagé de le savoir vivant que 'javais envie de le tuer. Peut-on trouver plus irlandais que ça ? "

Jack Taylor ne boit plus, avale encore quelques pilules au passage mais juste pour  se sentir "détendu, un concept qui [lui ] était aussi étranger que la gentillesse".ken bruen
Taraudé par la culpabilité, il veille au chevet de son fils spirituel , entre la vie et la mort. Trop de deuils ont assombri l'ancien garda et pour le détourner de ses démons, son amie Ridge lui demande d'enquêter sur un crime horrible commis à Galway : la crucifixion d'une jeune homme.
Même si les ans se font de plus en plus sentir sur le détective déjà passablement amoché, son auteur est en pleine forme et nous régale d'une festival de remarques acerbes et incisives. Jack déambule dans une ville de moins en moins irlandaise et de plus en plus touchée par la mondialisation, vitupère contre les prêtres actuels , conduit son enquête à son rythme (très lent d'abord, accéléré ensuite) et à sa sa manière si particulière.
Il nous régale d'emblée avec une liste haute en couleurs : "Beaucoup de crimes figurent dans le lexique des actes étranges qui, au Royaume Uni, ne mériteraient même pas une mention, mais qui , ici, frôlent l'impardonnable",liste qui débute par "Le silence ou la réserve. Il faut être capable de parler de tout et de rien, de préférence sans désemparer. Que le discours  se tienne n'entre même pas en ligne de compte."
 Sa bibliothèque s'épure et, par la force des choses,  il nous gratifie d'une seule référence d'auteur : Craig Mc Donald, dont il affirme " Il a écrit sur la souffrance un roman à vous arracher les dents de la mâchoire" mais sans le titre du livre en question  ! Même Pierre Bondil, le traducteur, pourtant prodigue en notes éclairantes n'a pu assouvir la frustration du lecteur. Mais bon, pas grave, l'écriture est splendide et le livre se dévore à belles dents ! Un régal ! Ken Bruen  parvient toujours à me remettre en selle quand tout me tombe des mains !

Jack Taylor, la série, récapitulatif

 1. Delirium Tremens (Mai 2006 en Folio). clic
2. Toxic Blues (Mai 2007 en Folio)clic
3. Le martyre des Magdalènes (Folio, 2008) clic
4. Le dramaturge (Oct 2007) clic
5.La main droite du diable clic
6.Chemins de croix. clic
7. En ce sanctuaire clic
8.Le démon clic
9.Sur ta tombe clic

 

14/11/2014

Le livre du roi...en poche

Un jeune étudiant islandais parti étudier à Copenhague va se retrouver embarqué dans une chasse au trésor d'un genre particulier. En effet, dans cette Europe d'après guerre, il va aider un professeur aussi savant qu'atrabilaire à mettre la main sur Le livre du roi, "la plus ancienne source de la mythologie et de la poésie nordique ancienne." Par la même occasion , il s'agit aussi de réaffirmer la singularité de la culture islandaise, l'Islande étant à cette époque sous la coupe du Danemark.arnaldur indridasson
à la croisée du Nom de la rose et d'Indiana Jones, Le livre du roi est un roman d'aventures et de formation qui tient ses promesses, ni plus ni moins. L'auteur s'offre même le petit plaisir d'y mettre en scène son propre père, journaliste à l'époque, ce dont nous informe une note en bas de page.  Un livre qui plaira aux amoureux des livres car  Arnaldur Indridason y affirme la nécessité d'apprécier la valeur des manuscrits anciens.

Un cran en dessous de notre policier préféré mais une lecture confortable car on y trouve tout ce à quoi on s'attend dans ce type d'ouvrage.

31/10/2014

Bird Cloud...en poche

Quand on est occupée à asperger les plats d'huile d'olive et de sauces , toute inquiétude à propos du plan de travail crée une diversion inopportune."

 

Pendant une année  entière, la romancière Annie Proulx va batailler pour acquérir et faire mettre en conformité un terrain qui lui permettra de faire construire la maison de ses rêves dans un paysage grandiose du Wyoming. Il faudra encore deux ans  pour que la maison, dessinée par un architecte, sorte de terre et puisse être suffisamment habitable pour affronter les vents tempétueux et les congères de neige. Mais la vue sublime (représentée sur le bandeau de la couv' )en vaut largement la chandelle.
Bird Cloud, nom de la propriété d'Annie Proulx est le récit de cette construction. L'occasion pour l'auteure de Brokeback Mountain  non seulement de brosser un autoportrait bref et sans concessions, mais aussi de revenir tout aussi rapidement sur son enfance .annie proulx
Elle s'attarde beaucoup plus longuement sur la nature sauvage qui l'entoure, sur l'histoire du Wyoming et de ses habitants aux mœurs pour le moins rustiques.
 Les passages historiques m'ont rapidement lassée et , bien que friande de récit de constructions et/ou de rénovations (c'est grave docteur ? ), je suis restée quelque peu sur ma faim, Annie Proulx passant d'un sujet à l'autre sans transitions, de manière souvent déstabilisante. Néanmoins ce texte  m'a donné envie de renouer avec l'écriture de cette romancière dont j'avais beaucoup aimé Noeuds et dénouements.

30/10/2014

La femme d'en haut

"Les gens n'ont pas envie de s'inquiéter pour la Femme d'En Haut. Elle est fiable, organisée, sans histoires."

L'arrivée d'une jeune élève d'origine étrangère, Reza,  dans sa classe de primaire ,va bouleverser la vie bien rangée de Nora.claire messud,artfemme
Abordant bientôt les rives de la quarantaine, cette institutrice modèle prend en effet conscience au contact de la famille de Reza de tout ce à quoi elle a renoncé: ambition artistique, maternité, amour; en bref,  la vie et son intensité. Nora tombe pour ainsi dire amoureuse à titres divers de Sirena, la mère de l'enfant, une artiste en passe d'être mondialement reconnue, de son époux, Skandar et bien sûr de Reza, qu'elle va chérir. Renouant avec une pratique artistique aux côtés de Sirena , Nora se prend à espérer d'une autre vie.
Récit a posteriori dont la narratrice est Nora, cette Femme d'En Haut,"invisible durant des décennies" , le roman de Claire Messud scrute avec précision les moindres remous intérieurs de cette femme qui a soif de vivre et qu'anime une colère monstrueuse.Ce texte à la structure circulaire, qui peut se lire comme la réponse de Nora à la trahison inévitable et extrême, souffre de quelques longueurs, comme souvent chez Claire Messud ,mais j'ai néanmoins pris beaucoup de plaisir à entrer dans l'univers de Nora, femme frustrée, bridée ,mais jamais caricaturale.

La femme d'En Haut, Claire Messud, traduit de l’anglais (E-U) par France Camus-Pichon, Gallimard 2014, 373 pages.